Chapitre 131
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Whispers of a Scheming Demon ◈
Chapitre 131 : Œil transperçant l’esprit (2)
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« Je crois vous avoir laissé largement le temps de réfléchir. Maintenant, donnez-moi votre réponse. »
Johan pressa Horentz de répondre.
Il le poussait à lui accorder la main de sa fille.
Horentz ne pouvait s’empêcher d’être embarrassé.
La Maison Myatro était certes un excellent parti, mais cela ne dissipait pas son malaise persistant.
L’homme qui deviendrait l’époux de sa fille, Johan Myatro, n’était pas un humain ordinaire.
Son cœur était bien trop sombre pour son âge, et il était aussi rusé qu’un vieux conspirateur de l’aristocratie.
Pour un garçon d’à peine treize ou quatorze ans, il dégageait quelque chose de bien trop étrange.
Quiconque lui faisait face était envahi par le sentiment que quelque chose clochait.
La conduite politique dont Johan avait fait preuve récemment n’avait absolument rien de celle d’un jeune garçon.
Il savait faire pression sur la famille royale aussi bien que le comte de Staviana.
Le Veilleur de Narak cache sûrement un grand serpent en lui. Ou peut-être qu’un démon l’habite.
De telles rumeurs circulaient ouvertement.
Bien sûr, elles n’étaient qu’à moitié sérieuses, mais Horentz ne pouvait pas balayer ces jugements d’un revers de main.
Johan lui avait bel et bien inspiré un frisson.
Même à cet instant, tandis qu’il croisait son regard, il était assailli par un sentiment d’étrangeté.
Horentz savait bien juger les gens.
Marchand expérimenté, il avait côtoyé toutes sortes de personnes.
Quelqu’un comme Johan était rare.
Impossible de lire ses pensées, et presque tout ce qui l’entourait demeurait mystérieux.
C’était précisément le genre de personne dont il fallait se méfier en premier.
Horentz répugnait à confier sa fille à Johan.
Avant d’être un marchand calculateur, il était un père qui aimait sa fille.
Horentz afficha un sourire aimable et prit la parole.
« Je crois que vous êtes encore un peu jeune pour parler de fiançailles, seigneur Johan. Et si nous en reparlions dans un an ou deux ? »
« Ce serait trop tard. J’ai besoin de dame Serena dès maintenant. »
Autrement dit, il voulait obtenir l’Œil transperçant l’esprit.
Le Veilleur de Narak dévoilait ouvertement son sombre désir.
Il avait choisi délibérément de parler sans détour.
C’était une façon tacite de proposer qu’ils mettent tout sur la table.
Horentz comprit les intentions de Johan.
Son sourire s’effaça et il reprit d’un ton ferme :
« Serena n’est pas un objet. »
Johan acquiesça.
« Bien sûr. Indépendamment de l’Œil transperçant l’esprit, je respecterai dame Serena et la chérirai par-dessus tout. J’assumerai mon devoir d’époux. »
Il n’avait nullement l’intention de rendre Serena malheureuse.
Au contraire, Serena connaîtrait une vie plus heureuse que dans l’histoire originale.
Johan était certain d’y parvenir.
Horentz reprit :
« Ha ha… Le devoir d’un époux. À vrai dire, j’ai du mal à le croire. N’avez-vous pas l’intention de prendre d’autres épouses que ma fille ? »
La fille appelée Ilea, qui avait accompagné Johan dans la capitale royale, était devenue la fille adoptive du comte de Staviana.
Autrement dit, Johan comptait devenir le gendre du comte par l’intermédiaire d’Ilea.
Horentz le savait déjà.
Johan répondit avec calme.
« C’est exact. Si nécessaire, je conclurai plusieurs mariages. »
C’était une déclaration d’un sans-gêne exceptionnel.
Selon les préceptes de l’Église du Grand Saint, tout humain, à l’exception du roi, ne pouvait avoir qu’une seule épouse.
Personne n’osait enfreindre cette loi.
Les lois de l’Église du Grand Saint primaient sur toutes les lois nationales du continent.
D’une certaine manière, les propos de Johan frôlaient le blasphème.
Horentz plissa ses yeux en amande.
« …Vous êtes sérieux ? »
Johan ne laissa rien paraître.
« Je n’ai aucune raison de mentir. »
Horentz laissa échapper un souffle incrédule.
Après un bref silence, il reprit :
« Je vais faire comme si je n’avais rien entendu. Accepteriez-vous de rester manger ? »
Johan répondit d’un ton égal.
« Je comprends ce que vous ressentez. Les préceptes de l’Église du Grand Saint étant si inviolables, je dois vous sembler fou, vicomte. »
Horentz ravala un grognement.
« Hum, ce n’est pas tout à fait ça… »
Johan l’interrompit.
« Cela va peut-être vous surprendre, mais je n’ai pas l’intention de défier la volonté du Grand Saint. »
Horentz fronça les sourcils.
« À vrai dire, j’ai du mal à comprendre ce que vous voulez dire. »
Johan parla à voix basse.
« J’ai l’intention de devenir roi. »
Le silence tomba aussitôt.
Aucun des deux ne parla.
Le calme s’étira longuement.
Les yeux étroits de Horentz s’agrandirent lentement.
Le regard qu’ils échangeaient trembla.
Horentz douta de ses propres oreilles.
Le Veilleur de Narak voulait le trône. Comptait-il commettre une trahison ? Et si oui, pourquoi avouer cela à la Maison Marcano ? Leur demandait-il de se joindre à une rébellion ?
Toutes sortes de pensées et d’émotions lui déchirèrent l’esprit.
Horentz parla d’une voix tremblante.
« Qu’est-ce que vous venez de… ? »
« Le grand-duché de Myatro. Je restaurerai la gloire perdue de ma famille. »
Autrefois, la Maison Myatro avait été une maison grand-ducale.
À présent, elle n’était qu’une maison noble du Royaume, mais elle avait jadis régné en maîtresse sur le Sud.
Johan commencerait par rétablir cette autorité.
Il lui fallait s’affranchir du Royaume et de l’Empire pour exercer une influence plus grande sur le continent.
Les yeux de Horentz s’agitèrent violemment.
Il était difficile de rejeter les paroles de Johan comme de simples absurdités.
S’il existait quelqu’un capable de prétendre au titre de duc-roi, c’était bien le Veilleur de Narak.
Les actes de Johan ne faisaient que le confirmer.
Avant même d’avoir vingt ans, il avait rebâti sa maison déchue. En quelques semaines à peine après son arrivée dans la capitale royale, il avait pris le contrôle absolu du monde politique.
À présent, il visait encore plus haut.
Le grand-duché de Myatro avait de fortes chances de voir le jour.
L’esprit de Horentz s’emballa.
Il devait décider au plus vite de la position à adopter et de la conduite à tenir.
Ce ne fut qu’après un long moment que Horentz prit enfin la parole.
« …Seigneur Johan, pourquoi me dites-vous cela ? »
Contrairement à Horentz, qui s’était longuement tourmenté, Johan répondit aussitôt.
« Eh bien, je me suis laissé porter par le fil de mes pensées. »
« Pardon ? Que voulez-vous dire… ? »
« Nous parlions des préceptes de l’Église du Grand Saint, n’est-ce pas ? Je voulais simplement dire que, même avec plusieurs épouses, je n’enfreindrai pas la loi du Grand Saint. »
Un duc-roi était aussi un roi.
Les rois et les empereurs pouvaient avoir de nombreuses épouses.
Le Grand Saint lui-même reconnaissait cette exception.
Dès que Johan deviendrait duc-roi, les préceptes de l’Église du Grand Saint ne s’appliqueraient plus à lui.
Horentz eut un rire amer.
« Donc, si vous avez abordé le sujet, ce n’était pas pour demander à la Maison Marcano de vous soutenir ? »
Horentz avait cru que Johan avait besoin de l’influence des Marcano.
Mais il s’était trompé.
Johan répondit d’un air indifférent.
« Que les Marcano me soutiennent ou non, le territoire de Myatro deviendra tôt ou tard un grand-duché. »
Les nobles et la famille royale du Royaume ne pouvaient empêcher la création d’un grand-duché.
Le problème, c’était l’Empire.
Pour que Johan devienne duc-roi, il lui fallait l’approbation de l’empereur.
Horentz n’avait aucun lien avec la famille impériale.
Que la Maison Marcano se range ou non aux côtés de Johan ne changerait pas grand-chose pour lui.
Horentz murmura à voix basse.
« …Vous voyez déjà au-delà de l’objectif. »
Pour Johan, ses fiançailles avec Serena et les affaires politiques du Royaume n’étaient désormais que des étapes vers un résultat plus ambitieux.
Il avait déjà une longueur d’avance.
Horentz ressentit un vide inexplicable.
Johan eut l’air perplexe.
« Qu’avez-vous dit ? »
Horentz secoua lentement la tête.
« Rien. Plus important, le comte et Sa Majesté sont-ils au courant de vos intentions ? »
Johan acquiesça.
« Son Excellence m’aide déjà, et Sa Majesté acceptera toutes les exigences que je formulerai. »
Johan tenait fermement le roi Roderic en laisse.
Tant que l’archimage Lumina serait là, le roi serait un allié indéfectible.
Horentz fixa Johan d’un regard absent, puis reprit :
« …Alors, pour revenir à la question de départ, ai-je vraiment le choix de refuser cette demande en mariage ? »
Dans le Royaume, Johan possédait un pouvoir sans limites.
S’il le souhaitait, la famille Marcano pouvait bel et bien être détruite.
Leur conversation venait de faire prendre pleinement conscience de ce fait à Horentz.
Johan répondit d’une voix égale.
« Comme je vous l’ai déjà dit, vicomte, je n’ai absolument pas l’intention de vous imposer quoi que ce soit. Le choix vous appartient entièrement, à vous et à dame Serena. Si vous refusez ma proposition, je trouverai simplement une autre solution. »
Une autre solution ?
Voilà qui était véritablement effrayant.
Aux oreilles de Horentz, les derniers mots de Johan sonnaient comme une menace.
Horentz sentit un frisson le parcourir.
En revanche, Johan gardait une expression parfaitement calme.
Horentz ouvrit lentement la bouche.
« Accordez-moi encore un peu de temps. Je vous donnerai ma réponse demain matin. »
Il devait aussi en discuter avec Serena.
Johan haussa les épaules.
« Très bien. Je respecterai votre décision, quelle qu’elle soit. Prenez votre temps et faites-moi savoir ce que vous aurez choisi. »
Johan sourit doucement.
Horentz ne parvint pas à lui rendre son sourire.
Il subissait une pression inexplicable.
Forçant son visage à se détendre, il dit : « Alors, restons-en là pour aujourd’hui. Accepteriez-vous de prendre le petit-déjeuner avec moi ? »
« Je vous remercie, mais je dois décliner. J’ai rendez-vous avec Sa Majesté pour le petit-déjeuner. »
Johan comptait rencontrer le roi Roderic sans attendre.
Il devait discuter avec Roderic de son accession au rang de duc-roi.
Johan se leva.
Horentz poussa intérieurement un soupir de soulagement.
Il avait le sentiment qu’il souffrirait vraiment d’une indigestion s’il mangeait avec Johan, dans ces circonstances.
Horentz se força à sourire.
« Quel dommage. J’organiserai une autre occasion. »
Johan s’inclina légèrement et quitta le salon de réception.
Horentz resta longtemps immobile.
* * *
Une journée passa rapidement.
Le matin où Horentz avait promis de donner sa réponse était déjà arrivé.
Au lieu d’envoyer un message, il dépêcha quelqu’un au domaine Myatro.
Une femme vêtue d’une robe élégante entra dans le domaine.
Serena Marcano. Celle que l’on appelait l’Or du Royaume était venue voir Johan.
Les domestiques du domaine ne pouvaient détacher les yeux d’elle.
Même le majordome Haman ne parvint pas à cacher son trouble.
Comme le disaient les rumeurs, Serena possédait une beauté à couper le souffle.
Si Haman ne s’était pas habitué à la beauté, il serait resté pétrifié.
Heureusement, il avait rencontré une certaine Ilea à plusieurs reprises.
En réalité, Haman était resté figé le jour où il avait vu Ilea pour la première fois.
Il n’avait jamais vu une personne aussi belle.
Cette même Ilea se tenait à l’entrée du domaine, face à Serena.
Toutes deux se dévisagèrent.
Elles ressemblaient à des statues.
Tous les domestiques observaient la scène, le souffle retenu.
Ilea prit la parole la première.
« Vous êtes vraiment aussi belle que le disent les rumeurs. Je m’appelle Ilea. »
Serena lui adressa un doux sourire.
« Je suis Serena Marcano. C’est un honneur de vous rencontrer, dame Staviana. »
Sans répondre, Ilea se contenta de regarder Serena.
Une intention meurtrière délibérée se mêlait au sourire de ses yeux.
Serena parla calmement.
« Y a-t-il quelque chose que vous souhaitiez me dire ? »
Aucune réponse ne vint.
Une étrange tension emplit l’air.
Par habitude, Serena activa l’Œil transperçant l’esprit.
À cet instant, Serena fut submergée par une sensation qu’elle n’avait jamais éprouvée de sa vie.
L’espace autour d’elle se tendit comme un élastique.
Elle eut l’impression que son âme quittait son corps.
Dans le brouillard de ses sens, une voix douce et claire lui parvint aux oreilles.
« Si tu recommences à utiliser ça sur moi, je te tue. »
Au même instant, le temps s’accéléra à toute vitesse.
Cette étrange sensation disparut soudain.
Ilea l’avait déjà dépassée et s’éloignait du domaine.
Serena se retourna pour regarder Ilea.
« Q-qu’est-ce qui vient de se passer… ? »
Ilea sourit des yeux.
« J’ai été ravie de vous rencontrer, dame Serena. Prenons le thé un de ces jours. »
Elle s’en alla, ne laissant derrière elle que ces mots.
En les observant toutes deux, Johan ravala un grognement.
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