Chapitre 130
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 130 : Œil transperçant l’esprit
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« Laissez-moi vous poser une seule question. Quel est votre but ultime ? »
Depuis qu’il avait investi un corps dans ce monde, Johan n’avait poursuivi qu’un seul objectif : survivre.
Il s’était simplement battu pour rester en vie.
Même aujourd’hui, rien n’avait changé.
Tout ce que faisait Johan relevait d’un combat désespéré pour ne pas mourir.
Il avait cultivé son pouvoir et son influence afin de préserver sa vie.
Mais cela ne suffisait toujours pas.
Dans la seconde moitié de l’histoire originale, le monde serait détruit.
Démons comme humains y trouveraient la mort.
Pour empêcher cette fin déjà écrite, Johan devait exercer un contrôle absolu.
Il comptait soumettre tous les êtres doués d’intelligence.
Mapheltan parla calmement.
« Je régnerai en tant que mal absolu et dieu de tous les peuples. »
Le comte fixa Mapheltan sans répondre.
Ce ne fut qu’après un long moment qu’il prit la parole.
« … Ainsi, vous ne cherchez au moins pas à anéantir l’humanité. »
Chaque Apôtre vivait dans le but d’exterminer l’humanité.
Ils étaient animés d’une soif de vengeance sans fin contre les humains et le Grand Saint.
Autrefois dieux des races antiques oubliées, les Apôtres avaient été corrompus par Marziel. Ils ne pouvaient que haïr Marziel et ses fidèles.
Mapheltan était différent.
Bien qu’il fût un Apôtre, il ne chantait pas la Fin de l’humanité.
Au contraire, il voulait régner sur les humains.
Une anomalie parmi les anomalies.
« Comme je vous l’ai déjà dit, je suis un demi-démon, déclara Mapheltan. J’ai aussi du sang humain dans les veines. Pourquoi souhaiterais-je donc la fin de l’humanité ? »
Après avoir mis de l’ordre dans ses pensées, le comte répondit :
« Je comprends votre objectif. Si vous ressuscitez Yeriyan et ne vous retournez pas contre elle, alors moi, Cromwell Staviana, partagerai à jamais la volonté du Veilleur de Narak et du Treizième Apôtre de la Fin. »
Le comte fit son serment sans perdre son calme.
Impossible de savoir s’il le pensait vraiment.
Il aurait pu mentir pour se tirer de cette situation.
Mapheltan n’avait aucun moyen de vérifier ce que le comte ressentait réellement.
Il ne possédait pas encore l’Œil transperçant l’esprit.
Il me faut Serena.
Serena Marcano. S’il la recrutait rapidement, il ne serait plus rongé par ce genre de doutes.
Mapheltan hocha lentement la tête.
« Cromwell, j’espère que tu pensais ce que tu viens de dire. »
Le comte soutint le regard rouge de Mapheltan.
« J’espère seulement que votre déclaration est tout aussi sincère. »
Si vous ne vous retournez pas contre Yeriyan, un Ange — autrement dit, si vous ne détruisez pas l’humanité —, je vous prêterai ma force.
Voilà ce que le comte voulait dire.
Mapheltan eut un léger rire.
« Bien. Nous sommes vraiment dans le même bateau, maintenant. Soyons donc loyaux l’un envers l’autre. »
Il tendit sa main noire.
Le comte la serra de sa main ridée.
« Loyauté, hein ? Ce n’est pas un mot qu’on s’attendrait à entendre de la bouche d’un démon, mais puisque tu es un demi-démon, je peux le comprendre dans une certaine mesure. »
Ils échangèrent une brève poignée de main.
Mapheltan était plutôt satisfait.
Il avait entièrement rallié le comte à sa cause.
Du moins en apparence.
Lumina, qui les observait, prit la parole.
« Alors, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? Ô Roi de tout mal, veuillez m’accorder vos augustes ordres. »
Son ton était légèrement moqueur.
Elle n’éprouvait aucun respect sincère pour les Apôtres.
Pour Lumina, seul Muel était son véritable maître.
Mapheltan devait d’abord déraciner cette loyauté profondément ancrée.
Il regarda Lumina.
« Avant de nous mettre au travail, je veux vérifier une chose. Lumina, qu’est-il arrivé à ton rang magique ? »
Pour passer du rang d’Archimage à celui de Porteur d’anneau, il fallait remplir de nombreuses conditions.
L’une d’elles était de conclure un pacte direct avec un démon transcendant.
Lumina venait de conclure un pacte avec Mapheltan.
Pourtant, elle n’avait pas progressé.
Bien qu’elle eût rempli toutes les conditions à l’exception du pacte, elle était toujours Archimage.
Le visage de Lumina s’assombrit légèrement.
Elle répondit d’une voix éteinte :
« … Rien n’a changé pour l’instant. »
Mapheltan eut un rire méprisant.
« Ainsi, Muel avait raison. On dirait que tu n’as pas le talent nécessaire pour briser ton “mur”. »
Muel avait un jour dit à Lumina qu’elle n’était pas faite pour devenir Porteuse d’anneau.
Ces paroles étaient devenues réalité.
Le visage de Lumina se tordit aussitôt.
« Ne me juge pas aussi facilement ! »
Mapheltan haussa les épaules.
« Je n’ai fait que répéter les paroles de Muel. »
« A-arrête ! »
« Et puis, ce n’est que l’avis de Muel. »
Lumina fronça les sourcils.
« … Qu’est-ce que tu insinues, Fin ? »
« Je sais comment briser ton mur et éveiller ce talent. »
Lumina était devenue Archimage avec pour seul atout son corps humain.
Elle n’avait déjà plus aucune limite.
Avec un peu de chance, un concours de circonstances ou le bon déclencheur, Lumina pouvait assurément devenir Porteuse d’anneau.
Elle fixa Mapheltan comme si elle le défiait du regard.
« Tu es né transcendant. Tu ne peux pas comprendre l’angoisse des mortels comme nous. »
Mapheltan eut un léger rire.
« Quelle façon de penser rigide. C’est un défaut fatal pour une Mage. C’est cette idée fixe qui t’impose des limites. Garde l’esprit plus ouvert. Le jour où ton cerveau, endurci par le lavage de cerveau de Muel, s’assouplira, tu entreras dans un monde nouveau. »
Les Mages étaient des êtres capables de penser avec souplesse.
Ils abordaient les phénomènes en gardant toutes les possibilités ouvertes.
Ils exploraient sans relâche l’inconnu.
Lumina, elle, était différente.
Elle n’agissait qu’en fonction de la volonté de Muel.
Sans volonté propre, telle une marionnette, elle avait servi Muel pendant cent cinquante ans.
Cela lui avait permis de devenir Archimage, mais les difficultés avaient commencé ensuite.
À partir du rang de Porteur d’anneau, il fallait parvenir à une illumination personnelle.
Une personne privée de libre arbitre ne pouvait atteindre ce domaine.
Lumina ne pourrait accéder aux Cieux supérieurs qu’en surmontant Muel.
« … N’essaie pas de nous monter l’un contre l’autre, dit-elle. Quoi que tu fasses, Fin, tu ne briseras jamais le lien entre Muel et moi. »
Mapheltan haussa les épaules.
« Enfin, je ne faisais que te donner un conseil. Que tu progresses ou non ne me concerne guère. Tu as seulement besoin de m’aider pendant la durée de notre pacte, soit un an, en tant qu’Archimage — le rang qui te limite. »
Lumina lança un regard acéré à Mapheltan.
« Dis-moi simplement ce que je dois faire. Je n’ai plus envie de te parler. »
Mapheltan hocha la tête.
« Va au lieu d’exécution et récupère le cadavre de Verdan. Personne ne doit apprendre que tu as été remplacée. »
Le Mimétique Verdan avait été placé sur le bûcher à la place de Lumina.
Verdan serait brûlé vif à sa place.
Mapheltan regrettait d’avoir ainsi utilisé Verdan, mais les circonstances ne lui laissaient pas d’autre choix.
Il devait se servir de Verdan pour simuler la mort de Lumina.
Lumina pivota brusquement.
Sans un mot, elle quitta le bureau.
En la regardant s’éloigner, Mapheltan claqua la langue.
Quelle perte de toutes ces années.
Sa façon de parler et de se comporter ne convenait pas à quelqu’un de cent cinquante ans.
On aurait dit que sa mue physique avait aussi lavé son esprit.
Voyant le mécontentement de Mapheltan, le comte prit la parole.
« Les Mages sont généralement un peu comme ça. Ilea est une exception. »
Bien qu’elle fût jeune, Ilea était plutôt mûre.
« Ilea n’est pas une Mage. C’est une Sorcière, Cromwell. Tu le sais, maintenant. »
Lumina avait appelé Ilea une Sorcière un peu plus tôt.
Le comte n’avait certainement pas manqué ce mot.
Sans perdre son calme, il répondit : « Dire qu’il existe encore une Sorcière en cette époque… Honnêtement, je ne l’aurais jamais imaginé. »
« À partir de maintenant, tu vas continuer à vivre des choses qui dépassent le bon sens. Habitue-toi. Ça risque d’être difficile pour un vieil homme. »
Le comte eut un petit rire.
« Je ne suis pas aussi rigide que tu le crois. Je suis prêt à tout accepter. »
Mapheltan eut lui aussi un léger rire.
« Voilà une réponse qui me plaît. »
« Alors, que dois-je faire maintenant ? »
« Repose-toi bien pendant un jour ou deux. Bientôt, tu seras trop occupé pour souffler. »
Mapheltan agita la main.
Il congédiait le comte.
Alors que le comte quittait le bureau, il demanda : « Et toi ? »
« Dès le lever du soleil, je rencontrerai Horentz Marcano. Il est temps d’obtenir l’Œil transperçant l’esprit. »
Johan comptait se fiancer à Serena.
Pour obtenir son Œil transperçant l’esprit.
Après un bref instant de réflexion, le comte dit : « Le Vicomte Marcano refusera probablement pas. »
Horentz était un homme extrêmement calculateur, et la Maison Myatro représentait un parti bien trop parfait.
L’issue était déjà décidée.
Mapheltan était du même avis que le comte.
« Enfin, il acceptera probablement. »
« Je te souhaite bonne chance. »
Le comte quitta le bureau.
Mapheltan resta plongé dans ses pensées jusqu’au lever du soleil.
* * *
Le soleil du matin se leva.
Après avoir assisté à l’exécution de l’Archimage Lumina, Horentz Marcano retourna aussitôt à sa demeure.
Il voulait se jeter dans son lit sans attendre.
Ces derniers jours, il avait été si occupé qu’il avait à peine dormi.
Depuis l’incident du rituel d’invocation de Muel, il avait été convoqué à toutes sortes d’événements : réunions du Conseil, conférences organisées par la royauté et réunions de cardinaux.
Horentz voulait se reposer.
Mais ce souhait ne pouvait être exaucé.
Au lieu de gagner sa chambre, il se rendit au salon de réception.
Un autre rendez-vous avait été fixé.
Cette fois, c’était avec le Veilleur de Narak.
Johan Myatro avait demandé un entretien privé.
Horentz ne pouvait pas refuser la demande du Veilleur.
Johan était désormais, en titre comme dans les faits, l’homme le plus puissant du Royaume.
La famille royale et le comte le soutenaient pleinement.
D’innombrables nobles avaient pris le vent et s’étaient employés sans relâche à rencontrer Johan.
La famille Marcano ne pouvait pas aller à contre-courant.
Elle devait accueillir Johan à bras ouverts.
Pourtant, Horentz était mal à l’aise.
Il avait déjà percé à jour les sombres intentions de Johan.
Johan comptait prendre plusieurs épouses.
Pour mettre la main sur l’Œil transperçant l’esprit et gagner en influence politique, il se servirait sans aucun doute de Serena.
En tant que père d’une fille, Horentz trouvait Johan particulièrement inquiétant.
Ce jeune serpent était son principal sujet de préoccupation.
Horentz soupira.
Ses yeux fendus s’abaissèrent.
Il n’arborait une telle expression que lorsqu’il était seul.
Il resta un moment plongé dans ses pensées, puis on frappa à la porte et la voix du majordome retentit.
« Monseigneur, le Veilleur de Narak est arrivé. »
Le moment était venu.
Horentz reprit contenance et posa sa voix.
D’un ton jovial, comme à son habitude, il répondit : « Faites-le entrer. »
La porte s’ouvrit.
Le sourire de Johan apparut.
« Vicomte, je suis heureux de vous voir. Cela faisait longtemps… Non, pas tant que ça. »
Ils s’étaient déjà rencontrés plusieurs fois lors de différentes réunions.
Horentz se leva.
« Ha ha ! Nous avons même dîné ensemble hier. Veuillez m’excuser de ne pas vous avoir salué comme il se doit. »
Johan secoua la tête en entrant.
« Ce n’était pas le moment d’échanger tranquillement des politesses. Soyons indulgents l’un envers l’autre. »
Horentz lui adressa un sourire chaleureux.
« Vous m’ôtez un poids en disant cela. Ha ha ! »
La porte du salon de réception se referma.
À l’instant où ils se retrouvèrent à l’abri des regards, l’attitude de Johan changea légèrement.
Son sourire s’effaça.
Il prit la parole, le visage impassible.
« Vicomte, avez-vous réfléchi à ma proposition ? »
Il entra directement dans le vif du sujet : il parlait de l’arrangement matrimonial.
« Ha ha, si vous parlez de votre proposition… »
Johan fronça légèrement les sourcils.
« Je vous ai laissé tout le temps nécessaire. Veuillez me donner votre réponse, maintenant. »
Horentz sentit une étrange pression.
Une fine pellicule de sueur froide perla sur son front.
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