Chapitre 119
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 119 : Roderic
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Devant les grilles de la résidence baronniale de Myatro, deux chevaux attendaient.
Le chevalier Mamon enfourcha un imposant destrier et prit la parole.
« Je vous prie de vous dépêcher. Sa Majesté vous attend. »
Le faux Johan, Verdan, hésita un instant devant l’autre cheval, puis répondit :
« Sir Mamon, je crois que je dois d’abord retourner à la résidence. »
Il devait gagner du temps, d’une manière ou d’une autre.
C’était l’ordre de Mapheltan.
Retarder les choses autant que possible.
Mamon se rembrunit.
« Qu’est-ce qui vous prend, tout à coup ? »
Johan répondit calmement.
« J’ai oublié quelque chose. Je ne peux pas me présenter devant Sa Majesté les mains vides. »
« Ne vous préoccupez pas de ce genre de détails. Cette audience n’était pas prévue, Sa Majesté comprendra. »
Johan secoua la tête.
« C’est une question de bienséance. En tant que noble membre du Conseil, je ne souhaite pas offenser Sa Majesté. »
Le Johan qui se tenait devant Mamon était un imposteur.
Avec un aplomb sans vergogne, il se jouait de Mamon.
Mamon le savait parfaitement, ce qui rendait la chose d’autant plus irritante.
« … Gardez vos bonnes manières pour plus tard. Le plus urgent, c’est de rencontrer Sa Majesté. »
Johan répliqua d’un ton ferme.
« Je vous prie de m’excuser, mais je dois refuser. Accordez-moi juste un peu de temps. Je reviendrai vite. »
Mamon brûlait de lui crier dessus.
Il faillit lui hurler qu’il connaissait sa véritable identité et que Verdan devait cesser son petit jeu.
Mais Mamon ne parvint pas à se résoudre à agir.
Le moment n’était pas venu.
Il devait se rendre au palais royal et révéler devant tous la véritable nature du faux Johan.
C’était le seul moyen de porter un coup sérieux au Veilleur de Narak.
Contenant son irritation, Mamon répondit : « Alors, faites vite. »
« Je vous remercie de votre compréhension. »
Johan repartit vers la résidence.
Pour Mamon, cette silhouette qui s’éloignait était absolument détestable.
« Ouf. »
Mamon leva les yeux vers le ciel nocturne, espérant apaiser un peu son mécontentement.
Son humeur ne s’améliora pas le moins du monde.
Même après un long moment, Johan ne reparut pas.
À mesure que la nuit avançait, Mamon devenait de plus en plus à cran.
* * *
« Je vous prie de m’excuser. J’ai pris du retard parce que je choisissais un présent. »
Ce ne fut qu’après un long moment que Johan ressortit de la résidence.
Il tenait un petit coffret à trésor.
Réprimant sa colère, Mamon déclara : « … Nous partons tout de suite. Nous sommes déjà très en retard. »
« Bien sûr. Je n’ai nullement l’intention de faire attendre Sa Majesté davantage. »
Johan posa le pied dans l’étrier et commença lentement à se hisser en selle.
Mamon fronça les sourcils.
« Vous dites ne pas vouloir le faire attendre, et pourtant… »
« Ah, pardonnez-moi. Un instant. »
Johan reposa soudain le pied à terre.
Le visage de Mamon se déforma aussitôt.
« Pourquoi faites-vous ça au lieu de monter immédiatement ?! »
Mamon haussa le ton. Il avait de plus en plus de mal à garder son calme.
Johan répondit sans la moindre expression.
« Je vous prie de m’excuser, Sir Mamon. J’ai soudain terriblement mal au ventre. »
Le visage de Mamon se tordit comme celui d’un Esprit maléfique.
Il mourait d’envie de dégainer sur-le-champ.
« Vous n’allez tout de même pas me dire que vous comptez retourner à la résidence ? »
« Cela ne prendra qu’un instant. Je vous demande de faire preuve de compréhension. »
Verdan se jouait de lui.
Un misérable de basse naissance, un parasite vivant dans l’ombre, humiliait un noble chevalier.
Même s’il avait tranché Verdan sur place, Mamon n’en aurait pas été satisfait.
La rage montait en lui, mais il parvint de justesse à garder la tête froide.
Il mit pied à terre et s’approcha de Johan.
D’une voix basse et menaçante, il lui lança : « On dirait que vous cherchez délibérément à gagner du temps. Laissez-moi vérifier une chose. »
Le visage de Johan ne trahit pas la moindre émotion.
« Gagner du temps ? Mais qu’est-ce que vous… »
Avant qu’il ait pu finir, des ondulations argentées se répandirent autour de Mamon.
C’était l’Aura réservée aux seuls chevaliers de la Maison Leonar.
Enveloppé de son Aura, Mamon prit la parole.
« Tu te souviens de moi, Verdan ? »
Les yeux de Johan vacillèrent un instant.
Quelques jours plus tôt, Verdan avait clairement été confronté à cette Aura argentée.
L’homme qui lui avait confié le travail était le détenteur de cette Aura argentée.
Le chevalier masqué qui avait prétendu appartenir à la Maison Leonar. C’était Mamon.
Johan fut pris de court, mais parvint à maîtriser son expression.
« … Que signifie cette impolitesse ? »
Mamon eut un rire sec.
« Quelle Autorité incroyable. Ou bien le Veilleur de Narak est-il simplement aussi remarquable ? »
L’Autorité mimétique copiait aussi la majeure partie de la personnalité de sa cible.
Comme Verdan imitait Johan, il avait pu garder une certaine contenance, même dans une situation aussi inattendue.
Comme à présent, il pouvait maîtriser son expression.
Mais Verdan restait Verdan.
Même s’il jouait à merveille l’homme magnanime, il ne pouvait dissimuler complètement les traces de son caractère mesquin.
Cette brève agitation avait transparu.
Le chevalier Mamon n’avait pas laissé passer cet instant.
Il avait vu les yeux de Johan vaciller.
Johan répondit calmement.
« Je ne vois pas du tout de quoi vous parlez. »
Mamon saisit Johan par les épaules et marmonna : « Maintenant, j’en suis absolument certain. Celui qui se tient devant moi n’est pas le Veilleur de Narak. »
Maintenant que la situation était claire, Mamon n’avait plus aucune raison de garder ses manières.
Il souleva Johan et l’installa sur le destrier.
Johan parla comme s’il avalait une lame.
« … Arrêtez ça tout de suite. Je déposerai une plainte officielle pour ce qui s’est passé aujourd’hui. »
Mamon ne répondit pas et monta derrière Johan.
« Hue ! »
Ils prirent directement la direction du palais royal.
* * *
Arterium, la capitale royale, était surnommée la ville qui ne dort jamais.
La nuit y était aussi lumineuse que le jour.
Les rues étaient illuminées et la foule se pressait partout.
Pour un démon, la capitale royale était vraiment une ville où il était difficile d’agir.
Il en allait de même pour une Sorcière.
Ilea observait d’en haut les rues de la capitale royale, tout en dissimulant sa présence.
« … L’occasion ne se présente pas aussi facilement que je le pensais. »
Son regard était fixé sur un destrier lancé au galop dans la rue.
Deux personnes le montaient.
Johan et un chevalier. Verdan et Mamon.
Ilea devait les attaquer.
Mais trouver le bon moment était difficile.
Trop de regards les surveillaient.
Alors qu’elle cherchait une solution, une voix glaciale fendit l’air.
« Je vais te donner un coup de main. »
Mapheltan apparut dans les ténèbres.
Inquiète, Ilea lui demanda : « Ce sera dangereux. Tu es sûr que ça ira ? »
« Ne t’inquiète pas. Je vais juste détourner un peu l’attention. »
L’instant d’après, Mapheltan disparut.
Sa présence émana du sol.
Une épaisse obscurité recouvrit les rues.
Les gens poussèrent des cris.
L’Énergie démoniaque qui venait de se répandre dans les environs plongeait tout le monde dans la panique.
L’attaque contre la capitale royale était encore gravée dans les mémoires.
Cet enfer pouvait se reproduire.
Le tumulte se propagea rapidement.
Même au milieu du chaos, le destrier continua d’avancer sans ralentir.
Ilea sourit.
« Ça devrait suffire. »
La foule qui remplissait les rues se dispersa dans toutes les directions.
Il ne resta personne autour du destrier au galop.
Ilea fondit droit vers le sol.
Une lueur bleue s’abattit comme une étoile filante.
Effrayé, le destrier se cabra.
Mamon tira sur les rênes et s’efforça de maîtriser sa monture.
« Doucement, doucement ! »
La secousse soudaine projeta Johan hors de la selle.
Ilea lui dit : « Cache-toi un instant. »
Après avoir calmé le cheval, Mamon décrocha son épée de la selle.
« Qui êtes-vous ?! Montrez-vous ! »
Ilea sourit avec douceur.
« À partir de maintenant, c’est moi Johan. Vous pouvez m’accompagner au palais. »
L’espace autour d’Ilea se mit soudain à onduler.
Son apparence changea en un instant.
Elle était devenue Johan.
Mamon la regarda, stupéfait.
« U… une mage ! »
Le faux Johan — Ilea — claqua des doigts.
Une petite équation apparut au-dessus de la tête de Mamon.
La magie d’effacement des souvenirs à court terme. Une formule qui effaçait un instant de mémoire, la même qu’Ilea avait autrefois utilisée sur Shaperia.
Les yeux de Mamon se voilèrent.
Johan monta aussitôt sur le destrier.
Puis Ilea dissipa le sort.
Mamon reprit ses esprits.
L’air hébété, il regarda autour de lui.
Il avait la tête qui le lançait.
Johan prit la parole.
« Pourquoi vous êtes-vous arrêté tout à coup ? »
Mamon ignorait pourquoi.
Il resta figé un instant, puis reprit les rênes.
« Hue ! »
Une étrange impression persistait, mais Mamon reprit la route du palais royal.
* * *
Dans la Grande Salle du palais royal, le roi Roderic Artelga, adossé à son siège d’honneur, contemplait les ministres.
La Grande Salle était pleine, mais silencieuse comme une tombe.
Personne ne disait mot.
La présence écrasante du roi était immense.
L’attitude de Roderic n’avait plus rien à voir avec celle qu’il affichait auparavant.
Le roi naïf et maladroit avait disparu.
En souverain digne de ce nom, Roderic considérait chacun avec un mépris ennuyé.
Le public n’était pas encore au courant de ce changement.
Seuls les nobles royalistes avaient assisté au comportement étrange du roi.
Tous les ministres réunis ici étaient des nobles royalistes.
Dans le silence, un garde du palais annonça : « Le Veilleur de Narak, le baron Johan von Myatro, entre dans le palais ! »
Les imposantes portes de la Grande Salle s’ouvrirent lentement.
Vêtu d’habits de cérémonie, Johan entra et avança sur le tapis rouge.
Il s’agenouilla devant le trône du roi.
« Johan von Myatro présente ses respects au grand roi. »
Roderic posa sur Johan un regard las, puis tourna les yeux vers le chevalier Mamon.
Mamon fit un signe de la main au roi.
Johan était un imposteur.
Voilà ce qu’il voulait dire.
Les lèvres du roi se tordirent.
Roderic s’adressa lentement à Johan.
« Vous êtes encore jeune, mais vous avez su me prouver votre valeur et êtes devenu le chef d’une maison, un pilier de ce royaume. Pourquoi avez-vous donc manqué à votre devoir ? »
Le roi reprochait à Johan de ne pas avoir sollicité d’audience.
Johan répondit calmement.
« J’ai appris que Votre Majesté était malade et j’ai estimé qu’il serait difficile d’obtenir une audience. Mon jugement était immature et irréfléchi. Je vous demande de me pardonner dans votre grande mansuétude. »
Le roi releva le coin des lèvres en un sourire rusé.
« Très bien. Je n’en dirai pas davantage. Non, je n’ai même pas besoin de m’adresser à quelqu’un comme vous. »
Dès que le roi eut fini de parler, des murmures s’élevèrent dans toute la Grande Salle.
Même un roi ne pouvait s’adresser ainsi au chef d’une maison membre du Conseil.
Roderic était allé au-delà de l’impolitesse : il l’insultait ouvertement.
Un ministre prit la parole.
« … Votre Majesté, je vous en prie, calmez-vous. Le Veilleur de Narak est encore jeune et ignore peut-être simplement les convenances. Il n’a sûrement pas voulu vous offenser. »
Le roi secoua la tête.
« Cette personne n’est pas le Veilleur de Narak. Et le véritable Veilleur de Narak m’insulte quelque part, en ce moment même. »
« Votre Majesté, que voulez-vous dire… ? »
Le roi interrompit brusquement le ministre.
« Je vais vous en apporter la preuve. »
Roderic fit un signe.
Mamon s’avança vers Johan et lui lança :
« Verdan, révèle ton vrai visage. »
Mamon saisit Johan par les cheveux.
Puis il tira brutalement sur la peau de son visage.
Rien ne se passa.
La peau de Johan rougit, c’est tout.
Tous les ministres présents le regardèrent, stupéfaits.
Mamon aussi semblait décontenancé.
« P… pourquoi ? »
Il eut beau tirer de toutes ses forces sur sa peau, l’Autorité mimétique ne se brisa pas.
Les ministres s’écrièrent :
« Quel est cet acte abominable dans la sainte Grande Salle ?! »
« Arrêtez immédiatement ! »
« Sir Mamon ! Présentez vos excuses au Veilleur ! »
Le roi fixa Mamon.
« Mamon, que s’est-il passé ? »
« C… c’est… »
Johan répondit sans la moindre expression.
« Votre Majesté, êtes-vous prêt à en assumer les conséquences ? »
Le roi fronça les sourcils.
« … Quoi ? »
Le regard de Johan semblait transpercer Roderic.
« Je vois l’ombre de Votre Majesté. Qu’est-ce que vous cachez donc en son sein ? »
Aux yeux de Johan — ou plutôt, aux yeux de la Sorcière — l’ombre que Roderic avait dissimulée était désormais à découvert.
Roderic abritait une entité d’un noir d’encre.
Johan — Ilea — sourit doucement.
*Johan, on dirait que la situation tourne en ta faveur.*
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