Chapitre 118
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Murmures d’un démon conspirateur ◈
Chapitre 118 : Un invité indésirable (2)
──────
Mamon Leonar, chevalier de la Maison Leonar et membre de la Garde royale, était assis dans le petit salon du baron, les yeux rivés au plafond.
Son regard était vide et terne.
Il avait le cœur vide.
« … Père, est-ce que j’agis comme il faut ? »
Mamon avait toujours entendu les mêmes paroles de son père, le Marquis Leonar.
« Quelles que soient les circonstances, agis avec honneur et sans la moindre honte. Voilà ce qu’un chevalier de la Maison Leonar doit faire. »
Mamon avait pris les paroles de son père très à cœur.
Ces enseignements étaient devenus ses convictions.
Il avait vécu selon elles jusqu’à présent.
Mais, depuis quelque temps, tout avait changé.
Il avait commis pas mal d’actes honteux.
Sur ordre de la famille royale.
La personnalité du roi avait beaucoup changé ces derniers temps.
Lui qui ne s’était jamais intéressé à la politique s’était soudain mis à agir comme un vieux monstre du jeu politique.
Il intriguait contre les nobles et ourdissait des complots.
En tant que chevalier de la Garde royale, Mamon n’avait eu d’autre choix que de prendre part aux machinations du roi.
Pour obéir aux ordres royaux, il avait dû renoncer à ses convictions.
Aujourd’hui ne faisait pas exception.
Un chevalier comme Mamon avait tendu un piège, tel un chasseur.
Il avait lui-même fabriqué des entraves pour capturer le Veilleur de Narak.
Sa proie n’avait nulle part où fuir.
Sans même dégainer son épée, Mamon allait refermer le piège autour de la gorge de son adversaire.
Ce genre de méthodes ne convenait absolument pas à un chevalier portant le nom de Leonar.
Mamon laissa échapper un grognement sourd.
Alors qu’il était perdu dans ses pensées, on frappa à la porte.
La porte du petit salon s’ouvrit.
Johan entra, vêtu d’une tenue d’apparat.
« Chevalier Mamon, je vous ai fait attendre. »
Mamon, qui était resté assis sans bouger, se ressaisit aussitôt.
Il ne pouvait pas laisser Johan voir son trouble intérieur.
D’une voix raide, il répondit :
« Sa Majesté doit nous attendre. Partons sans tarder. »
Son regard parcourut Johan de la tête aux pieds.
Leurs yeux se croisèrent.
Mamon fut saisi d’une étrange impression.
Quelque chose avait changé chez Johan.
Plus précisément, l’aura imposante qui l’entourait avait complètement disparu.
Quelques instants plus tôt, Mamon avait assurément éprouvé une certaine estime pour Johan.
Chaque fois que leurs regards se croisaient, un respect inexplicable s’éveillait en lui.
Johan était jeune, mais il avait la prestance d’un chef de maison noble et du Veilleur de Narak.
À présent, c’était différent.
Le Johan qui se tenait devant lui n’était qu’un gamin ordinaire.
Il affichait une expression grave, mais son regard manquait de profondeur.
Il semblait être une tout autre personne que quelques instants auparavant.
Même apparence, mais être entièrement différent. Mamon le sentit instinctivement.
Johan répondit d’un ton calme :
« Compris. Nous ne pouvons pas manquer davantage de respect à Sa Majesté. Allons-y. »
Il quitta le petit salon.
Mamon le regarda s’éloigner en silence, puis marmonna :
« … Comme je le pensais, il a utilisé Verdan. »
Ce Johan était un imposteur.
Mamon en était certain.
* * *
Mapheltan, dissimulé dans l’Immersion dans le crépuscule, avait observé toute la scène.
Il avait entendu la conversation entre le faux Johan et le chevalier Mamon, et n’avait manqué aucun des changements subtils dans l’expression de Mamon.
Mamon savait que le Johan devant lui était Verdan.
Mapheltan claqua la langue dans l’obscurité.
« C’était donc bien un piège. »
Il voyait à peu près ce qui se tramait.
Le roi avait délibérément confié Verdan à Johan et le poussait à s’en servir.
Pourquoi le roi faisait-il cela ?
Il ne pouvait en être sûr, mais il pouvait avancer une hypothèse.
Le roi cherchait à mettre le Veilleur de Narak aux fers.
Il allait probablement faire pression sur la Maison Myatro sous prétexte que Johan avait osé envoyer un imposteur en réponse à la convocation du roi.
Dès que l’identité du faux Johan serait découverte, Johan n’aurait d’autre choix que de payer pour s’être moqué de la famille royale.
Il ne serait sans doute pas puni.
Le prix à payer prendrait certainement la forme de chaînes politiques.
Le roi avait révélé ses ambitions politiques, et le Veilleur de Narak était le pion le plus utile du paysage politique actuel.
Une question restait en suspens.
Comment le roi pouvait-il être certain que Johan utiliserait Verdan ?
En réalité, ce n’était pas la bonne question.
Le roi n’était sûr de rien.
Il ne faisait que mettre Johan à l’épreuve.
Le roi avait d’abord instillé dans l’esprit de Johan le soupçon qu’un piège avait été tendu.
Johan ayant mordu à l’hameçon, il allait forcément réagir d’une manière ou d’une autre.
S’il trouvait suspecte la convocation au palais royal en pleine nuit et utilisait Verdan, le roi s’en servirait comme prétexte pour le mettre aux fers.
À l’inverse, si Johan se rendait lui-même au palais royal, soit sans se méfier, soit après avoir percé à jour tout le plan du roi, ce dernier tenterait de rallier Johan, membre de la faction des nobles, à sa cause, ou de le recruter.
En somme, le roi serait ravi si Johan mordait à l’hameçon, mais il ne perdrait rien dans le cas contraire.
Johan, en revanche, n’avait qu’une seule option.
La nuit, il devenait un démon.
Il n’avait pas le choix : il devait utiliser Verdan.
Quel que soit le plan du roi, il devait tomber dans le piège.
Mapheltan claqua la langue.
« … Quelle putain de situation. »
Dès que le faux Johan entrerait dans le palais royal, la Maison Myatro tomberait sous l’emprise du roi.
Il ne pouvait pas laisser faire.
Il ne pouvait pas non plus se contenter d’attendre une meilleure occasion.
Mapheltan avait toujours manqué de temps.
Il n’avait pas le loisir de s’occuper de politique.
Il lui fallait une solution, et vite.
L’esprit de Mapheltan s’emballa.
Un visage lui vint immédiatement à l’esprit.
« Ilea. »
Une conversation qu’il avait eue avec elle lui revint en mémoire.
« J’ai mis au point un sort à partir des illusions de Belzarak. Impeccable, non ? »
Ilea avait créé un sort pour dissimuler la disparition du Troisième Prince Gawain.
Le sort qu’elle avait conçu permettait d’imiter parfaitement une cible.
Au premier abord, il ressemblait à l’Autorité mimétique, mais une différence les séparait.
Une autre personne ne pouvait pas annuler de force le sort d’Ilea.
Si l’Autorité de Verdan cessait d’agir dès qu’on arrachait la peau du visage de sa cible, le sort d’Ilea ne pouvait être dissipé que par la volonté de celle qui l’avait lancé.
Mapheltan avait besoin du pouvoir d’Ilea, et tout de suite.
Il devait l’emmener dans la capitale royale.
À pleine vitesse, il pouvait atteindre le territoire du comte en une heure environ.
Mapheltan prit une feuille de papier.
Il griffonna rapidement quelques mots.
Puis, depuis l’obscurité, il glissa le billet dans la main du faux Johan.
Gagne le plus de temps possible.
Le faux Johan s’inclina légèrement devant le vide.
Il était déjà l’esclave de Mapheltan.
Mapheltan quitta aussitôt le domaine.
Dissimulé par l’Immersion dans le crépuscule, il fila dans le ciel au-dessus de la capitale royale.
La barrière de Pouvoir sacré qui entourait toute la capitale ne le retint que brièvement, mais ce n’était pas un problème.
Mapheltan n’était plus un démon à la forme immature.
C’était un démon cornu à deux cornes et le Douzième Apôtre de la Fin.
Il pouvait facilement déchirer une barrière affaiblie.
Mapheltan éventra la barrière et s’élança dans les ténèbres.
* * *
Au château du seigneur, sur le territoire direct de Staviana, le comte buvait du thé noir après le dîner.
Un parfum subtil et profond se répandait dans la salle à manger.
Assise en face du comte, Ilea en savoura l’arôme et prit la parole.
« Il sent merveilleusement bon, père. »
Elle était officiellement devenue la fille adoptive du comte.
Ilea de Staviana. Elle était à présent la jeune demoiselle de la maison la plus puissante du royaume.
Le comte répondit :
« Le goût sera différent. La première fois que tu en boiras, tu ne sentiras que son âpreté. Une pointe d’amertume cachée sous un doux parfum. C’est peut-être comme un premier amour. »
Il aimait beaucoup les métaphores et les sujets liés à l’amour.
Depuis une semaine environ, Ilea et le comte avaient eu de nombreuses conversations, dont la plupart tournaient autour de l’amour.
Ilea n’avait rien contre le sujet. En fait, elle le trouvait intéressant.
C’était comme donner forme à quelque chose d’inconnu et d’abstrait, d’insaisissable.
D’une certaine manière, cela ressemblait à l’apprentissage de la magie.
Ilea prit une gorgée de thé noir.
« … C’est effectivement un peu âpre. Non, très âpre. Ça n’a rien à voir avec son doux parfum. »
Le comte eut un petit rire.
« Ta relation avec Sir Johan n’est-elle pas semblable ? Plus tu te rapproches de lui, plus le parfum s’estompe, jusqu’à ce qu’il ne reste que l’amertume. »
Ilea hocha lentement la tête.
Chaque fois qu’elle lui dévoilait ses sentiments, Johan finissait toujours par la décevoir.
La douceur s’évanouissait, remplacée par l’amertume.
Ilea bougonnait souvent.
Elle soupira.
« C’est vrai. Je ne sais pas quoi faire. »
Le comte lui adressa un sourire attendri.
« Cette amertume fait aussi partie du charme du thé noir. Si tu le savoures lentement, tu finiras par en découvrir la douceur. C’est pareil pour l’amour. L’amertume fait elle aussi partie de ce qu’on apprend sur l’amour. N’abandonne pas et continue de frapper à la porte du cœur de celui que tu aimes. Bien sûr, ne t’impatiente pas. La patience est essentielle, aussi bien dans la cérémonie du thé qu’en amour. »
Ilea contempla son thé noir en silence avant d’en boire une nouvelle gorgée.
Il était toujours amer.
« C’est difficile. Je ne comprends pas encore. »
Le comte sourit de toutes ses dents, creusant davantage les rides de son visage.
« C’est tout à fait normal. Il faut beaucoup d’efforts et de temps. »
Ilea réfléchit à ses paroles.
La conclusion était simple.
Prendre son temps.
Ce n’était pas dans la nature d’Ilea.
Quand elle désirait quelque chose, elle faisait toujours de son mieux pour l’obtenir au plus vite.
Il lui était difficile d’accepter le conseil du comte.
Elle comptait tout de même le garder en tête.
Le comte était d’une sagesse remarquable pour un humain, et l’amour était le sujet qu’il avait étudié toute sa vie.
Ilea sourit doucement.
« Je me souviendrai de tes paroles, père, et je ferai de mon mieux. »
Le comte hocha la tête.
« Avant cela, viens à bout de ce thé noir. La cérémonie du thé est à la base des bonnes manières en société. »
Ilea étudiait les manières des maisons nobles.
Elle en maîtrisait déjà la plupart.
Elle apprenait à une vitesse extraordinaire.
À vrai dire, même parmi les jeunes nobles, elle ne détonnerait pas du tout.
Il ne lui restait qu’à affiner son palais.
Ilea leva sa tasse.
« Je vais continuer d’essayer. »
Au moment où elle porta la tasse à ses lèvres, son front se plissa légèrement.
Ce n’était pas à cause du goût.
Ilea avait perçu une présence.
Le comte eut un petit rire.
« Toujours aussi âpre, à ce que je vois. Arrêtons-nous là pour aujourd’hui. »
Ilea sourit des yeux.
« Je crois que oui. On dirait que nous avons un invité. »
Le comte parut perplexe.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? Un invité à cette heure-ci ? »
À peine eut-il fini de parler qu’une forme noire passa devant ses yeux.
Crac !
Le bruit du verre qui se brisait leur parvint un instant plus tard.
Une bourrasque féroce balaya la pièce.
Les cheveux blancs du comte s’envolèrent dans tous les sens.
Toute la vaisselle posée sur la table avait été brisée.
Le comte fixa droit devant lui, impassible.
Ilea avait disparu.
À la place où elle était assise, il ne restait qu’un billet.
Le comte en lut le contenu.
Je t’emprunte Ilea pour un petit moment.
Il tourna les yeux vers la fenêtre, de l’autre côté.
La vitre avait été entièrement brisée.
« … Hm. »
Au même moment, de nombreux soldats se précipitèrent dans la salle à manger.
« Votre Excellence ! Vous n’êtes pas blessé ?! »
« Tout va bien ?! »
« Mais que s’est-il passé ?! »
Le tumulte éclata.
Le comte répondit sans expression :
« Un invité est simplement passé un instant. Inutile de vous agiter, dispersez-vous. »
Le vent nocturne soufflait par la fenêtre brisée.
Le comte contempla les ténèbres et porta tranquillement sa tasse à ses lèvres.
Les soldats échangèrent des regards méfiants.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>