Chapitre 116
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 116 : Le majordome (2)
──────
Le quartier des demeures de la capitale royale était toujours calme et désert, mais aujourd’hui, les rues étaient particulièrement bruyantes.
Une foule immense s’était rassemblée et discutait à voix basse.
« Ils en ont vraiment fait un exemple. »
« Mais est-ce seulement permis ? »
« C’est horrible. »
« Quel crime ont-ils bien pu commettre… ? »
Tous les regards étaient tournés vers un même endroit.
Six cadavres étaient suspendus bien en vue aux grilles de la demeure du baron Myatro.
Tous pendaient mollement, décapités.
On les avait décapités la nuit précédente.
Quel crime avait bien pu les mener à une telle fin ?
La foule n’eut aucun mal à le deviner.
« Ils ont dû se faire prendre en flagrant délit de vol. »
« Alors, la rumeur selon laquelle la demeure était vide la nuit était fausse. »
« Évidemment que c’était des sottises. Réfléchis un peu. Est-ce que ça a le moindre sens que tout le monde quitte la demeure alors que le jeune chef de la maison s’y trouve seul ? »
« Vu comme ça, c’est vrai que ça ne tient pas debout. »
Les nobles de haut rang étaient toujours escortés par des gardes.
Même pour sortir quelques instants, ils étaient accompagnés de chevaliers.
Un noble affilié au Conseil bénéficiait en permanence d’une protection rapprochée.
Il était donc impensable qu’on le laisse seul la nuit.
« Ils ont cru à ce genre de rumeur et ont tenté de voler ? Quels idiots. Ils ont eu ce qu’ils méritaient. »
« Quand même, c’est un peu excessif, non ? C’est peut-être censé servir d’avertissement, mais la méthode est trop radicale. Qui suspend des cadavres comme ça, de nos jours ? Il vient peut-être vraiment des provinces. Il a un côté plutôt barbare. »
« C’est ce que j’aime chez lui. Le Veilleur de Narak doit avoir du cran. J’ai entendu dire qu’il était jeune, mais il ne manque pas d’audace. »
D’innombrables autres conversations parcouraient la foule.
La rue devenait de plus en plus bruyante.
Le jour venait à peine de se lever, pourtant les badauds se pressaient dans la rue.
« P-Pardon ! Laissez-nous passer ! »
« Messieurs, veuillez nous faire un peu de place ! »
Un groupe de gens du peuple se fraya péniblement un chemin dans la foule.
Il y avait une femme en uniforme de servante, des gardes légèrement armés, des cuisiniers, des jardiniers et d’autres encore. Tous travaillaient pour la demeure du baron Myatro.
Lorsqu’ils parvinrent enfin à traverser la foule et se retrouvèrent devant la demeure, leurs visages se figèrent de stupeur.
Certains furent si surpris qu’ils en tombèrent par terre.
« Ah ! »
« Q-Qu’est-ce que c’est que ça ?! »
« Il s’est passé quelque chose cette nuit ! »
« Ouvrez la grille, vite ! Assurez-vous d’abord que le baron va bien ! »
Un garde ouvrit aussitôt la grille d’entrée.
Les autres se précipitèrent dans la demeure.
La foule qui les observait fut gagnée par la confusion.
« La demeure était vraiment vide ? »
« Alors, qui a suspendu ces cadavres… ? »
« I-Il devait bien rester au moins un chevalier. Même s’il est le Veilleur de Narak, le jeune baron n’a pas pu s’occuper seul de six voleurs adultes. »
« J’ai entendu dire que le Veilleur de Narak n’avait encore engagé aucun chevalier. »
Un enfant d’à peine dix ans avait-il vraiment pu massacrer six hommes adultes et suspendre leurs corps à la grille ?
C’était difficile à croire.
Tous contemplèrent la demeure, perplexes.
Comme si elle n’avait aucune intention de répondre à leurs questions, la grille d’entrée se referma brusquement.
Malgré cela, la foule ne se dispersa pas. Elle resta là un long moment.
Pendant quelque temps, la capitale royale ne parlerait que du Veilleur de Narak.
* * *
Le majordome Haman jeta prudemment un coup d’œil par la fenêtre.
Des badauds s’entassaient dans la rue à perte de vue.
Ils s’étaient tous rassemblés à cause de ce que Haman avait fait.
Des cadavres décapités étaient exposés au grand jour dans le quartier le plus huppé de la capitale royale. Il n’était pas étonnant qu’ils attirent l’attention.
Haman poussa un profond soupir.
« Devrais-je les rentrer maintenant ? »
La nuit précédente, il avait vécu quelque chose de vraiment étrange.
Sous ses yeux, les têtes des voleurs avaient soudainement explosé, puis une voix glaciale avait retenti à son oreille.
───Première mission. Suspends tous les cadavres à la grille d’entrée.
Comme s’il avait été possédé, Haman avait exécuté l’ordre.
Pour une raison quelconque, il avait senti qu’il n’avait pas d’autre choix que d’obéir.
Il n’avait même pas essayé de deviner à qui appartenait cette voix.
Ce n’est qu’à présent, après le lever du soleil, que la confusion l’avait submergé.
Que s’était-il passé exactement la nuit dernière ?
Qui lui avait parlé ?
Rien n’était clair.
Haman avait l’impression qu’un fantôme avait pris possession de lui.
Il se prit la tête entre les mains.
« Mais qu’est-ce que c’était que ce bordel ? »
Tandis qu’il tentait de démêler ses pensées, une voix inconnue retentit derrière lui.
« Vous avez bien fait, comme je vous l’avais dit. »
Haman se retourna aussitôt.
Un garçon aux cheveux noirs et au visage impassible entrait dans le salon des invités. Johan Myatro.
Dès qu’il aperçut son visage, Haman fouilla dans ses souvenirs.
Cette apparence lui était plutôt familière.
Un portrait lui revint aussitôt à l’esprit.
C’était le visage de son employeur.
Pris de court, Haman s’inclina à angle droit.
« E-Enchanté. Je suis le majordome Haman. »
Johan eut un léger rire.
« Pourtant, ce n’est pas la première fois que nous nous rencontrons. »
Haman releva légèrement la tête. La confusion et la culpabilité se lisaient sur son visage.
« Eh bien, à vrai dire… ce n’est pas moi qui vous ai servi jusqu’à présent, baron. »
Verdan le Mimétique s’était fait passer pour Haman.
Johan secoua la tête.
« Ce n’est pas ce que je voulais dire. Nous nous sommes bien parlé hier soir, n’est-ce pas ? »
Haman déglutit avec difficulté.
« Si vous parlez de la nuit dernière, alors… oui, bien sûr ? »
« C’est ça. Je vous ai donné votre première mission. »
Haman haussa la voix sans s’en rendre compte.
« C-C’était vraiment votre voix, baron ?! »
Il se couvrit aussitôt la bouche.
Johan haussa les épaules.
« Quelque chose comme ça. »
« J-Je vous prie de m’excuser. J’ai été tellement surpris que j’ai élevé la voix. »
Haman baissa profondément la tête. Il voulait cacher son air embarrassé et décontenancé.
Johan l’observa en silence.
Il est plutôt amusant.
Haman avait du mal à maîtriser ses émotions. C’était un jeune homme d’une transparence exceptionnelle.
Johan n’avait rien contre les gens comme lui.
En fait, il les appréciait.
« Vous sursautez facilement. Voir du sang vous a vraiment tant choqué ? »
Haman examina Johan avec prudence.
« N-Non. C’est juste que vous semblez tellement différent d’hier. »
Aux yeux de tous, Johan ressemblait à un jeune garçon.
Sa voix n’avait pas encore mué et il était de petite taille.
La silhouette qu’il avait aperçue dans l’obscurité et Johan tel qu’il se présentait à présent semblaient appartenir à deux êtres différents.
Johan prit la parole à voix basse.
« Avez-vous vu quelque chose, hier soir ? »
Mapheltan s’était dissimulé dans l’Immersion dans le crépuscule.
Haman ne l’avait probablement pas vu, mais s’il avait aperçu la véritable nature de Mapheltan, Johan devrait d’une façon ou d’une autre le garder à l’œil.
L’expression et le ton de Johan firent courir un frisson inexplicable le long de l’échine de Haman.
Il secoua vivement la tête.
« Je vous assure que je n’ai rien vu ! J-J’ai seulement été surpris parce que tout s’est passé si vite, hier soir… »
Johan l’interrompit.
« Des voleurs se sont introduits dans la demeure plusieurs fois ces derniers temps, alors j’étais un peu sur mes gardes hier. N’y pensez pas trop. »
Comment un homme pouvait-il dégager une telle aura simplement parce qu’il était sur ses gardes ? Et quelle était cette puissance insondable ?
Tout laissait Haman perplexe.
Le jeune garçon devant lui, le baron Myatro, était véritablement auréolé de mystère.
Désormais, Haman devrait le servir.
« …Tout est arrivé par ma faute. Je vous en prie, renvoyez ce serviteur incompétent. »
Il ne le pensait pas.
Haman ne voulait pas être abandonné une nouvelle fois.
Johan eut un léger rire.
« Avant cela, laissez-moi vous poser une question. Pourquoi vous êtes-vous avancé, hier soir ? »
Haman était faible. Pourtant, il avait chargé les voleurs tout en sachant qu’il allait mourir.
Johan voulait en connaître la véritable raison.
Haman répondit d’une voix hésitante :
« On m’a appris que protéger les biens de mon maître au péril de ma vie était la qualité la plus élémentaire qu’un majordome devait posséder. »
Il était maladroit, mais droit.
Il manquait peut-être de tact, mais il avait des principes.
Johan se surprit à éprouver une certaine affection pour Haman.
« Je vois. N’oubliez pas cette façon de penser, à l’avenir. »
Le visage de Haman s’éclaira peu à peu.
« V-Vous m’autorisez à travailler comme votre majordome ? »
Johan acquiesça.
« Entendons-nous bien, à partir de maintenant, Haman Regash. »
Il lui tendit la main.
Haman s’essuya plusieurs fois la paume sur son pantalon, puis prit la main de Johan entre les siennes.
« Je vous servirai de toute mon âme ! »
Johan lui tapota légèrement l’épaule.
« Allons manger. Je vous expliquerai au petit-déjeuner ce que vous devrez garder à l’esprit. »
Haman devait être formé à nouveau.
Tous deux se dirigèrent aussitôt vers la salle à manger.
Les domestiques qui préparaient le petit-déjeuner n’arrivaient pas à croiser le regard de Johan.
En une seule nuit, il était devenu quelque peu effrayant.
* * *
Johan resta enfermé dans son bureau toute la journée.
Il avait beaucoup de choses à méditer.
La Maison Leonar était sa principale source d’inquiétude.
…Pourquoi l’auraient-ils fait ?
La Maison Leonar ne se mêlait jamais d’intrigues politiques.
La devise de cette maison de marquis était d’affronter chaque problème de front.
Pourtant, ils avaient placé un espion dans la Maison Myatro.
Bien sûr, au vu de leurs relations politiques, ce n’était pas si surprenant.
La Maison Leonar appartenait à la faction royaliste, au service de la famille royale, tandis que la Maison Myatro faisait partie de la faction des nobles, liée au comte de la Maison Staviana.
Le problème, c’était que la Maison Leonar soit à l’origine d’un tel complot.
Ayant lu le roman d’origine, Johan ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur la situation actuelle.
Il se plongea dans ses pensées.
Depuis sa réincarnation, il avait rencontré d’innombrables imprévus.
Parfois, les événements s’étaient complètement éloignés du roman d’origine.
Il n’y avait toujours eu qu’une seule explication.
Les actes imprévus de Johan. Chaque fois qu’il provoquait un incident, une variable absente du roman d’origine prenait racine dans la réalité.
Cette fois ne ferait pas exception.
L’une des actions de Johan avait forcément poussé la Maison Leonar à agir différemment du roman d’origine.
Quelle action cela pouvait-il être ?
Après y avoir réfléchi toute la journée, il parvint à une conclusion.
L’attaque de la capitale royale. Peu de temps auparavant, Mapheltan avait mené une armée d’Elfes à l’assaut de la capitale royale.
À cette occasion, la barrière de puissance sacrée qui entourait toute la capitale royale s’était brisée, ne serait-ce qu’un instant.
La capitale royale n’était donc plus une zone interdite aux démons.
Plusieurs démons sans aucun lien avec le plan de Mapheltan avaient profité de ce jour-là pour s’infiltrer dans la capitale royale.
Des signalements d’apparitions démoniaques se répandaient dans toute la ville.
Johan supposa que le comportement étrange de la Maison Leonar était dû à un phénomène démoniaque.
Il était tout à fait possible que le marquis ait été possédé par un démon.
Hum, je ne vais pas un peu vite en besogne ?
Une idée en avait entraîné une autre, et il avait fini par aboutir à cette conclusion.
Aucune autre hypothèse ne lui venait à l’esprit.
Johan s’adossa à sa chaise et laissa échapper un faible grognement.
Il se sentait oppressé.
Devrais-je aller voir le marquis ?
Tandis qu’il y réfléchissait, on frappa à la porte.
« C’est Haman. Puis-je entrer ? »
« Entrez. »
La porte s’ouvrit.
Haman entra et prit la parole.
« Baron, un invité est arrivé. I-Ils ont été envoyés par la Maison Leonar. »
Le coin des lèvres de Johan se releva.
Le moment était parfait.
« Faites-les entrer tout de suite. »
Haman sortit un carnet de ses vêtements.
En se grattant la tête, il prit un air embarrassé.
« M-Mais le soleil va bientôt se coucher. »
Il avait consigné dans son carnet chaque parole de Johan.
L’une de ses notes indiquait qu’il fallait vider la demeure à la tombée de la nuit.
Johan eut un léger rire.
« Vous êtes meilleur que Verdan, n’est-ce pas ? »
« Pardon ? Qu’entendez-vous par là… ? »
« Ce n’est rien. Mais, plus important… »
Johan s’interrompit et tapota lentement l’accoudoir de sa chaise.
Rendre visite à quelqu’un au coucher du soleil ?
C’était plutôt impoli.
Le marquis Leonar devait avoir une autre raison d’agir ainsi.
Après y avoir réfléchi, Johan ouvrit lentement la bouche.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>