Chapitre 115
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 115 : Le majordome
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« Approche. Maintenant. »
Mapheltan lui fit signe d’un doigt en regardant dans la prison.
Verdan, entravé par des chaînes, ne réagit pas.
Son expression demeura calme, mais son corps s’était légèrement raidi.
Mapheltan eut un sourire intéressé.
Verdan était Johan en personne.
Au-delà de son apparence, même sa réaction à la surprise était exactement celle de Johan.
Johan avait toujours essayé de dissimuler ses émotions. Quelle que fût la crise, il laissait rarement paraître la moindre agitation.
Le faux Johan qui se tenait devant lui ne faisait pas exception.
Même après s’être retrouvé soudain face à un démon, Verdan faisait de son mieux pour garder son calme.
C’était parce que l’Autorité mimétique absorbait jusqu’à la personnalité de sa cible.
Le faux Johan, Verdan, ouvrit lentement la bouche.
« … Je comprends, maintenant. Pourquoi le baron m’a ordonné de quitter le domaine la nuit. »
Mapheltan eut un bref rire.
« Vas-y, alors. Fais-moi part de tes déductions. »
Le faux Johan répondit d’un ton égal :
« Veilleur de Narak, vous êtes un démon déguisé en humain. Lorsque certaines conditions sont réunies, vous redevenez un démon. Je pense que cette condition est le coucher du soleil. »
Johan leur avait toujours ordonné de quitter le domaine après le coucher du soleil.
Jusqu’ici, Verdan n’avait pas su pourquoi.
Mais la situation avait changé.
Sous ses yeux, Johan s’était transformé en démon.
Au moment où le soleil s’était couché, il avait révélé sa véritable nature.
Verdan ne connaissait pas l’heure exacte, mais pouvait l’estimer à peu près.
Le chevalier l’avait arrêté en début de soirée. À présent, le soleil était forcément couché.
Si cette supposition était juste, il n’y avait qu’une seule explication.
Johan devenait un démon la nuit.
Pour empêcher quiconque de le voir sous cette forme, il chassait les serviteurs du domaine chaque nuit.
Mapheltan acquiesça.
« Eh bien, tu as presque tout compris. »
La seule chose que Verdan n’avait pas devinée, c’était que Johan était un demi-démon.
Bien sûr, il n’aurait pas pu le déduire.
Aucun sang-mêlé capable de changer de race entre le jour et la nuit n’existait dans ce monde.
Le faux Johan répondit calmement :
« Alors, je me suis trompé sur un point, moi aussi. »
« Je suis un demi-démon. »
« Un demi-démon… »
Mapheltan le coupa.
« On en parlera plus tard. D’abord, j’ai quelques questions à te poser. »
Le faux Johan examina l’expression de Mapheltan, puis prit la parole à voix basse, comme s’il s’était décidé.
« Je répondrai honnêtement. En échange, je ne demande qu’une chose : permettez-moi de vous servir à partir de maintenant. »
Mapheltan laissa échapper un rire sans joie.
Le faux Johan s’était mis à manigancer.
Mapheltan ne pouvait pas ne pas l’avoir remarqué.
Verdan avait désormais les mêmes tendances que Mapheltan.
Mapheltan avait l’impression de se regarder dans un miroir.
Eh bien, ça alors.
Le faux Johan avait clairement compris que Mapheltan s’intéressait à l’Autorité mimétique.
Par conséquent, le faux Johan ne mourrait pas.
Au contraire, Mapheltan ferait de Verdan son subordonné.
Verdan avait déjà poussé sa réflexion jusque-là.
Maintenant que sa survie était assurée, la suite comptait.
Verdan ne voulait pas vivre en esclave de Mapheltan.
Il voulait être mieux traité.
S’il se proposait comme serviteur lié par contrat, Mapheltan le prendrait sûrement comme subalterne plutôt que comme esclave.
Il pourrait même lui accorder une certaine liberté.
Une fois qu’il aurait obtenu le minimum de statut, Verdan comptait préparer l’avenir.
Quel sale type.
Il se battait désespérément pour obtenir le moindre avantage, avançait masqué en préparant de mesquines combines et se livrait à des joutes d’esprit avec les autres.
Il n’y avait personne de plus désagréable.
C’est donc ça, cracher sur son propre visage ?
Mapheltan claqua la langue et dit :
« Désactive ton Autorité. »
Il ne voulait plus parler à « Johan ».
Le faux Johan hésita brièvement.
« Si je vous ai offensé, je vous prie de m’excuser. »
L’expression de Mapheltan s’assombrit.
« C’est ta dernière chance. Désactive-la. »
Sa voix était assez froide pour glacer le sang.
Ses yeux rouges scintillèrent.
Le faux Johan ravala un gémissement.
« … Compris. »
Il tira sur la peau de son visage.
L’Autorité mimétique se dissipa aussitôt.
Un jeune homme chauve au regard sournois apparut.
Verdan se jeta à plat ventre sur le sol.
L’expression figée de Mapheltan se détendit quelque peu.
Son mécontentement s’évanouit.
Mapheltan prit la parole.
« Maintenant, nous pouvons enfin discuter. J’ai quelques questions. »
Verdan n’osait même pas croiser son regard.
Sa voix tremblait.
« J-Je coopérerai de mon mieux, monsieur. »
« La Maison Leonar est vraiment derrière toi ? »
La Maison Leonar était la plus ancienne maison de chevalerie du Royaume.
« Oui, monsieur. Ils m’ont approché les premiers et m’ont confié des missions. Ils ont dit qu’ils paieraient pour toute information concernant la Maison Myatro. »
Mapheltan se tut, plongé dans ses pensées.
La Maison Leonar qu’il connaissait méprisait les manœuvres sournoises.
Elle plaçait la noblesse d’âme et la justice au-dessus de tout et se mêlait rarement aux intrigues politiques.
Le Bouclier du Royaume, inébranlable comme la pierre. C’était à la fois l’épithète de la Maison Leonar et sa réputation publique.
Pourtant, le bouclier du Royaume avait joué un mauvais tour à Johan.
Mapheltan ne comprenait pas pourquoi.
Il demanda :
« Le Marquis Leonar était-il personnellement impliqué ? »
Verdan répondit sans se relever du sol.
« Je l’ignore, monsieur. Ce noble marquis ne rencontrerait jamais quelqu’un comme moi. Pour être honnête, je n’ai même jamais vu son visage. »
Le Marquis Leonar méprisait profondément les gens de la pègre.
Le Marquis n’accordait même pas un regard aux ruelles mal famées.
« Qui te confiait directement les missions ? »
« Je ne connais ni son nom ni son identité. C’était juste un homme masqué, monsieur. »
Mapheltan fronça les sourcils.
« Imbécile. Ça aurait pu être quelqu’un qui se faisait passer pour un membre de la maison du Marquis, non ? »
Verdan secoua vivement la tête.
« I-Il m’a montré l’aura de la Maison Leonar comme preuve, monsieur. Comme vous le savez, cette aura argentée si particulière est un pouvoir que seuls les chevaliers de la Maison peuvent utiliser. »
L’aura des chevaliers de la Maison Leonar se distinguait même par sa couleur.
Des ondulations argentées. La preuve était irréfutable : celui qui la maîtrisait appartenait à la Maison Leonar.
Mapheltan claqua la langue.
« Quoi qu’il en soit, tu ne sais rien d’utile sur cette affaire. »
Tremblant, Verdan baissa profondément la tête.
« J-Je suis désolé, monsieur. Épargnez-moi, je vous en prie. »
Il ne possédait aucune information utile.
En dehors de son Autorité mimétique, rien ne justifiait de le garder en vie.
Mapheltan regarda Verdan avec agacement.
« Une dernière question. Pourquoi as-tu envoyé ces voyous au domaine ? »
Peu de temps auparavant, un groupe de voleurs amateurs avait pénétré dans le domaine sous le couvert de la nuit.
« Pour découvrir ce qui se passait au domaine la nuit, monsieur. J’ai envoyé quelques minables en éclaireurs. »
Verdan comptait s’introduire dans le domaine après avoir observé la situation et vérifié qu’il ne courait aucun danger.
Mais les voyous qu’il avait envoyés en avant n’étaient jamais revenus.
Ils avaient complètement disparu de ce monde.
Le domaine les avait engloutis.
Quelque chose s’y passait, c’était évident.
À présent, le secret avait été révélé.
Un démon vivait dans le domaine.
Mapheltan soupira.
« Toutes tes réponses étaient exactement celles auxquelles je m’attendais. À part ton Autorité, tu n’as rien de remarquable. »
Verdan se recroquevilla.
« J-Je peux être utile, monsieur. Si vous m’épargnez, je trouverai bien un moyen de vous servir… »
Mapheltan l’interrompit.
« Tais-toi. Reste ici et ferme-la pour l’instant. Nous déciderons plus tard de ce qu’on fera de toi. »
À cause de Verdan, les informations sur le domaine étaient désormais connues de tous.
Comme la nuit précédente, d’autres minables complètement absurdes risquaient de s’en prendre au domaine.
Mapheltan trouvait cela extrêmement agaçant.
Verdan devrait en payer le prix.
D’une façon ou d’une autre.
Mapheltan se détourna.
La nuit était tombée. Il devait défendre le domaine.
Quelle situation de merde.
Mapheltan quitta la prison souterraine.
Verdan continua de trembler, les yeux rivés au sol.
* * *
Haman se réveilla au bruit d’un froissement.
« Gnh. »
Dès qu’il reprit connaissance, une douleur intense l’assaillit.
Tout son corps le faisait souffrir, comme s’il avait été mis en pièces.
Chacun de ses muscles hurlait et il arrivait à peine à ouvrir les yeux.
Son flanc le lançait aussi, comme si une de ses côtes s’était brisée.
C’était à cause du passage à tabac de Verdan.
À peine le visage de Verdan lui revint-il en mémoire qu’il hurla :
« N-Non ! Non ! Ne faites pas ça ! »
Un traumatisme profond submergea son esprit.
Il se mit à se débattre désespérément.
Ses cris et le bruit de ses gestes désordonnés résonnèrent dans tout le domaine.
Un groupe entendit le vacarme.
« C’est quoi, ce bordel ? Tu avais dit qu’il n’y avait personne ! »
« Foutons le camp ! Vite ! »
« Prenez tout ! Bougez-vous ! »
« Hé, toi ! Qu’est-ce que tu traînes ?! »
De nombreuses voix éclatèrent en même temps.
Des pas précipités retentirent.
Un tumulte inattendu se répandit dans le domaine, jusque-là silencieux.
Ce n’est qu’alors qu’Haman reprit ses esprits.
Il sortit de son état de choc.
Ses yeux s’ouvrirent brusquement.
Un plafond inconnu… Non, il ne l’était pas.
Il était venu ici plusieurs fois.
Après avoir été engagé par le comte, Haman avait passé plus d’un mois à réparer et nettoyer ce vieux domaine.
Même la chambre d’amis où il était allongé lui était familière.
Les souvenirs de la veille lui revinrent peu à peu.
« Le baron Myatro m’a envoyé ici. Vous êtes le majordome, Haman ? »
Un chevalier était apparu, avait arrêté Verdan et sauvé Haman.
Haman avait ensuite été conduit directement au domaine du baron Myatro.
Après cela, il avait perdu connaissance.
Haman gémit.
« J-J’ai survécu… »
Il s’interrompit brusquement.
« Qu’est-ce que tu traînes ?! »
« Si vous avez tout, allons-nous-en ! »
« Bande d’idiots ! Plus vite ! »
Des voix pressantes et des pas précipités se mêlèrent.
Les yeux d’Haman s’écarquillèrent.
« Serait-ce… ? »
Des voleurs s’étaient introduits dans le domaine.
Un groupe était en train de le piller.
Il existait d’innombrables manuels pour ce genre de situation.
En tant que meilleur diplômé de Yebinwon, Haman les avait tous appris par cœur.
Mais à présent, il ne se souvenait de rien.
Son esprit était vide.
Une seule phrase lui restait en tête.
« Le devoir d’un majordome est de protéger les biens de son maître au péril de sa vie et de défendre son autorité sans faillir. »
Haman bondit hors du lit.
Traînant son corps meurtri, il quitta la chambre d’amis.
Il se mit à courir.
Des silhouettes sombres entrèrent dans son champ de vision.
Haman cria à pleins poumons :
« Arrêtez ! Arrêtez-vous tout de suite ! »
Les voleurs en fuite se retournèrent aussitôt.
Ils échangèrent un regard.
« Juste un petit merdeux ? »
« On dirait bien. »
« On le bute et on continue à piller ? »
Les voleurs n’avaient pas encore fouillé tout le domaine.
Quelques-uns s’arrêtèrent.
Haman fonça sur eux en criant :
« Comment osez-vous ! Savez-vous où vous vous trouvez ? Posez ce que vous avez volé et fichez le camp ! »
Les voleurs affichèrent de vilains sourires.
L’un d’eux tira une dague de ses vêtements.
« Approche. Je vais te planter proprement. »
Il attrapa soudain Haman et le maintint par-derrière.
Il comptait le tenir ainsi pour lui planter plusieurs fois la dague dans le ventre.
Haman se débattit.
« Lâchez-moi ! Lâchez-moi et fichez le camp ! »
Le voleur leva le bras.
La lame menaçante se rapprocha du ventre d’Haman.
Juste avant qu’elle ne touche sa peau, une détonation assourdissante retentit.
Le bras qui retenait Haman retomba, inerte.
Haman se retourna.
Le voleur n’avait plus de tête.
Une gerbe de sang jaillit de l’endroit où elle se trouvait.
Les autres voleurs reculèrent en titubant.
« Q-Quoi… ?! »
« Qu’est-ce que c’est ?! C’est quoi, ce bordel ?! »
Une autre détonation retentit.
La tête de quelqu’un éclata sur-le-champ.
Le sang bouillonna au niveau du cou tranché.
La scène se répéta.
Les six voleurs perdirent la tête.
Haman contempla la scène, hébété.
Il s’effondra sur le sol.
Ses yeux étaient grands ouverts.
« Q-Qu’est-ce que… »
Une voix glaçante s’éleva.
« Tu es plutôt amusant, toi. »
Haman se tourna vivement vers la voix.
Il n’y avait personne.
Une peur écrasante commença à l’envahir.
« Hein… euh… »
Quelque chose le frappa dans le dos avec un claquement sec.
« Ta première mission. Suspends tous les cadavres à la grille d’entrée. »
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