Chapitre 114
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 114 : Verdan
──────
Le faux Haman disparut en un instant.
Johan fixa d’un air agacé l’endroit où il s’était volatilisé.
« Il a disparu. »
Serena resta calme.
« Ne vous inquiétez pas. J’ai tout appris, y compris les déplacements de Verdan, son identité et l’endroit où se trouve le véritable Haman. Si vous le souhaitez, nous pouvons le capturer sur-le-champ. »
Ses paroles n’avaient rien de rassurant.
Johan était agacé par le simple fait de s’être retrouvé mêlé à cette affaire.
Il claqua la langue et marmonna :
« Quelle galère. »
Il avait des montagnes de tâches plus urgentes à accomplir.
Johan ne voulait pas perdre trop de temps sur une affaire aussi insignifiante.
Serena, qui observait son expression, prit la parole.
« Vous n’avez pas l’air particulièrement inquiet. J’imagine que vous n’êtes pas très curieux de savoir ce qui s’est passé ? »
L’indifférence de Johan lui semblait quelque peu étrange.
Même après la révélation de la véritable identité de Haman, il n’avait pas montré le moindre signe d’agitation.
Johan secoua la tête.
« Bien sûr que je suis curieux. C’est juste que je trouve ça un peu embêtant. Je déteste vous demander cela, mademoiselle, mais pourriez-vous m’expliquer la situation actuelle aussi brièvement que possible ? »
Il voulait régler cette affaire rapidement pour pouvoir s’occuper du reste.
Serena le contempla pensivement, puis laissa échapper un petit rire.
« Vous êtes vraiment quelqu’un d’étrange. Rien ne semble pouvoir vous ébranler. »
Depuis sa possession, Johan avait traversé beaucoup trop de crises et d’événements inattendus.
Le réveil soudain d’un Apôtre, l’apparition de Kaiaje, la chute de Gawain, et ainsi de suite. Comparée à tout cela, l’affaire de Haman était mineure.
Elle ne pouvait pas le bouleverser le moins du monde.
Le visage calme, il déclara :
« Je serai peut-être surpris après avoir entendu toute l’histoire. Pour l’instant, veuillez m’expliquer. »
Serena acquiesça.
« Vous trouverez sans doute cela assez intéressant. Je vais vous expliquer les choses aussi brièvement que possible. »
Elle entreprit de raconter à Johan ce qu’elle avait découvert grâce à son Œil transperçant l’esprit.
* * *
Dans un entrepôt miteux d’une ruelle de la capitale royale, le faux Haman s’effondra au sol, haletant.
Un juron lui échappa.
« Merde, d’où a bien pu venir la fuite ? »
Serena connaissait son identité.
Le faux Haman ne comprenait absolument pas comment c’était possible.
Il n’y avait eu aucune source possible de fuite.
Verdan le Mimétique travaillait toujours seul.
Comme il n’avait aucun compagnon, ses secrets étaient parfaitement à l’abri.
À tout le moins, Verdan n’avait pas pu commettre d’erreur.
Après avoir brièvement réfléchi, il marmonna :
« … Est-ce que ça pourrait venir du marquis ? »
Peu de temps auparavant, Verdan avait reçu une mission de la Maison Leonar.
La noble maison lui avait demandé d’enquêter sur le Guetteur de Narak, et Verdan avait accepté sans hésiter.
On lui avait promis une récompense colossale.
Verdan avait commencé sa mission avant que le Guetteur de Narak n’arrive dans la capitale royale.
Après s’être renseigné sur le domaine de Myatro, il avait minutieusement étudié les dossiers personnels des domestiques.
Parmi eux, un majordome nommé Haman avait d’abord attiré son attention.
Le majordome était la personne la plus proche du maître d’une maison.
En prenant sa place, Verdan pourrait facilement obtenir des renseignements sur le Guetteur de Narak.
Verdan avait aussitôt enlevé Haman et pris son apparence.
Grâce à son Autorité, Mimétisme, Verdan pouvait devenir Haman lui-même.
Son apparence, sa façon de parler, sa personnalité, ses petites manies, jusqu’à son odeur. Verdan avait assimilé le moindre détail et reproduit sa cible à la perfection.
Un déguisement créé grâce au Mimétisme était d’un tout autre ordre que les déguisements ordinaires.
Dès qu’il activait son Autorité, Verdan devenait une personne complètement différente.
Personne ne pouvait reconnaître sa véritable identité.
Serena, elle, était différente.
Elle avait découvert toute la vérité.
Cela ne lui était jamais arrivé auparavant.
Verdan se mordit la lèvre.
« Le marquis. Oui, les informations ont fuité de la Maison Leonar. »
Il n’y avait pas d’autre explication.
Verdan abattit le poing sur le sol.
« Bande d’imbéciles négligents ! Merde ! »
Le bruit réveilla quelqu’un qui avait perdu connaissance, puis un gémissement retentit.
« P-pitié, sauvez-moi ! Je vous en prie ! »
Dans un coin de l’entrepôt, quelqu’un était assis sur une chaise, un sac sur la tête.
Le visage de Verdan se tordit de rage.
Il se releva et s’approcha.
« La ferme, espèce d’abruti ! »
Verdan arracha le sac.
Un homme apparut.
Comme si leurs visages se reflétaient dans un miroir, il était identique à celui que Verdan arborait actuellement.
Seule son expression différait.
Le jeune homme aux cheveux rouge sombre tremblait de peur.
C’était Haman, le majordome.
Il lança un appel désespéré :
« M-monsieur ! Je vous en prie, épargnez-moi ! Je ferai tout ce que vous me demanderez ! »
Verdan le gifla violemment.
« Espèce de connard sans cervelle ! C’est à cause de toi qu’on m’a soupçonné pour rien ! On m’a dit que tu étais sorti premier de l’Académie préparatoire, alors comment tu peux être aussi con ?! »
Haman était beaucoup trop étourdi.
Dès que Verdan l’avait copié avec Mimétisme, il était devenu idiot, lui aussi.
Pour être plus exact, il lui était devenu difficile de résister à l’envie d’agir comme un imbécile.
C’était l’une des caractéristiques du Mimétisme.
Comme son pouvoir cherchait à imiter entièrement sa cible, la personnalité de Verdan finissait elle aussi par lui ressembler.
Même à présent, Verdan luttait contre la personnalité de Haman.
Il avait envie de se comporter aussi bêtement que lui.
« C-c’est entièrement ma faute ! Pardonnez-moi ! Je suis désolé ! »
En hurlant, Verdan agrippa la peau de son visage et l’arracha.
« Merde ! J’en peux plus ! »
La peau se déchira comme un vieux chiffon.
La chair en lambeaux se changea en fumée et se dispersa.
Le Mimétisme cessa d’agir.
La véritable apparence de Verdan se révéla.
C’était un jeune homme au crâne lisse et chauve, aux yeux étroits et bridés et à la bouche tordue. Il avait l’air profondément sournois.
À l’instant où Haman vit le vrai visage de Verdan, il se mit à écumer et à trembler de tout son corps.
Chaque fois que Verdan reprenait sa forme originale, Haman souffrait atrocement.
On lui arracherait de nouveau les ongles.
Verdan avait besoin des ongles de sa cible pour utiliser Mimétisme.
Haman serra les poings de toutes ses forces.
Il tenta désespérément de cacher ses ongles.
« J-je ne veux pas souffrir ! Pitié, non ! Je vous en prie ! »
Il poussa un cri paniqué.
Une série de réactions instinctives se manifesta comme par réflexe.
Verdan empoigna fermement Haman par les cheveux et le secoua d’avant en arrière.
« La ferme ! J’ai dit la ferme ! Espèce d’idiot inutile ! »
Il était soumis à une pression immense.
Son identité avait été découverte et il avait fait échouer sa mission.
Il voulait faire porter toute la faute à Haman.
« Beuh… Beuh… »
Les coups s’abattirent.
Verdan frappa Haman à coups redoublés.
Attaché à sa chaise, Haman ne pouvait opposer la moindre résistance.
Il ne pouvait que se laisser briser sous cette violence impitoyable.
Ses cris résonnèrent longtemps.
La respiration de Verdan devint rauque.
Ce n’est qu’alors que les coups cessèrent.
Verdan cracha ses glaires.
« Une bonne raclée, c’est le meilleur remède contre les imbéciles. »
Haman pendait, inerte, comme un chiffon.
La colère avait en grande partie quitté le visage de Verdan.
Il se sentait un peu mieux.
Il avait retrouvé l’essentiel de son sang-froid.
Il était temps de gérer la situation.
Il contempla Haman et se plongea dans ses pensées.
… Je vais d’abord le tuer, puis quitter cet endroit.
Comme il ignorait jusqu’où la fuite s’était propagée, il devait abandonner complètement la mission.
Après avoir effacé toutes les preuves, Verdan comptait éviter de s’approcher de la capitale royale pendant quelque temps.
Il perdrait l’argent de la Maison Leonar, mais il n’y pouvait rien.
Sa vie comptait davantage.
Verdan tira une dague de ses vêtements.
Il s’approcha lentement de Haman.
Le visage tuméfié, Haman le regarda.
« Adieu, idiot. »
Il n’avait voulu que mener une vie studieuse.
Il n’avait fait qu’étudier de toutes ses forces.
Et pourtant, sa récompense était une mort misérable.
Les larmes coulèrent de nouveau sur les joues de Haman.
La dague se rapprocha.
À cet instant, une énorme explosion retentit quelque part.
Verdan se tourna vivement vers le bruit.
La porte de l’entrepôt avait été pulvérisée.
Un chevalier en armure de plates entra lentement.
Le chevalier dégaina son épée et demanda :
« … Verdan le Mimétique. Est-ce bien vous ? »
Un sceau en forme de pièce d’or était gravé sur son plastron.
C’était l’emblème de la Maison Marcano. Autrement dit, cet intrus était un chevalier d’une maison affiliée au Conseil.
Il possédait forcément une force écrasante.
Verdan n’avait aucune chance contre un chevalier.
Il blêmit.
« C-comment avez-vous trouvé cet endroit ?! »
L’endroit avait été soigneusement dissimulé.
Même la Maison Leonar n’en connaissait pas l’existence.
C’était une cachette que Verdan était le seul à connaître.
Personne n’aurait dû pouvoir la trouver, et pourtant le chevalier se tenait clairement devant lui.
Verdan n’arrivait pas à accepter la situation.
Avait-on vraiment lu ses souvenirs ?
Alors qu’il restait figé sur place, le chevalier brandit son épée.
Une violente bourrasque traversa l’entrepôt.
Verdan fut projeté contre le mur, où il s’écrasa.
Poussant un cri de douleur, il regarda devant lui.
Le chevalier s’approchait lentement.
« Verdan le Mimétique, vous avez osé humilier un membre du Conseil. Vous paierez ce crime de votre vie. »
Le chevalier écrasa la poitrine de Verdan sous son soleret de fer.
Verdan se retrouva dans le même état que Haman.
Incapable d’opposer la moindre résistance, il fut emmené de force par le chevalier.
* * *
La prison souterraine de la baronnie de Myatro.
Johan fixait une cellule.
Un homme nu était enchaîné et tremblait.
C’était Verdan le Mimétique.
« B-baron, je vous en prie, épargnez-moi ! Ayez pitié de moi, juste une fois ! »
Johan ne répondit pas.
Il réfléchissait à quelque chose.
Comment pourrais-je l’utiliser ?
Verdan était un espion envoyé par la Maison Leonar.
Tous les détails n’avaient pas encore été révélés, mais ce fait était certain.
La Maison Leonar avait agi contre Johan.
La raison n’était pas encore claire.
Johan prit lentement la parole.
« Verdan, j’ai quelques questions à vous poser. »
Verdan hocha vivement la tête.
« Je répondrai en toute sincérité. »
Il voulait survivre, par n’importe quel moyen.
« Avant cela, je vais vérifier une chose. »
« Je ferai tout ce que vous voudrez, fidèlement ! »
Johan jeta quelque chose dans la cellule.
« Avalez ça. »
Un ongle d’un blanc immaculé gisait aux pieds de Verdan.
L’auriculaire de Johan était étroitement bandé.
Verdan passa des yeux de l’ongle à Johan, puis de Johan à l’ongle.
« P-pourquoi me donnez-vous ça… ? »
Le visage de Johan s’assombrit.
« Je ne veux pas perdre trop de temps avec quelqu’un comme vous. Si vous faites semblant de ne pas savoir quelque chose, comme vous le faites maintenant, ou si vous essayez de me tromper, je vous tords le cou sur-le-champ. »
Verdan prit rapidement sa décision.
Il plaqua la tête au sol comme un chien.
Les membres entravés, il n’avait pas d’autre moyen d’obéir à Johan.
Verdan avala l’ongle de Johan.
Au même instant, sa peau se mit à ramollir comme de l’argile.
Peu après, son apparence changea complètement.
À la place de Verdan se tenait un Johan nu, enchaîné.
Les lèvres du faux Johan s’étirèrent en un long sourire.
« Alors ? C’est parfait, non ? »
Son attitude se détendit brusquement.
Sa façon de parler et son expression ressemblaient beaucoup trop à celles de Johan.
Le véritable Johan eut un petit rire.
« Intéressant. »
À peine eut-il fini de parler que de la fumée noire commença à s’élever.
La silhouette du véritable Johan fut engloutie par les ténèbres.
Une lueur rouge vacilla dans l’obscurité.
Le faux Johan fronça les sourcils.
« Qu’est-ce qui se passe, tout à coup… ? »
Une voix sinistre l’interrompit.
« Approche. »
L’énergie démoniaque disparut.
Les alentours redevinrent visibles.
Un être malveillant se tenait là, les lèvres étirées en un long sourire.
« Un démon… ! »
Mapheltan lui fit signe de son doigt noir.
« Allez, viens. Par ici. »
S’il utilisait bien Verdan, il pourrait désormais agir la nuit.
Mapheltan était ravi.
Il avait reçu un cadeau aussi inattendu qu’excellent.
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