Chapitre 112
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon machiavélique ◈
Chapitre 112 : Serena Marcano (2)
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Serena remarqua quelque chose d’inhabituel dès qu’elle aperçut Johan.
‘Le Gardien de Narak a le pouvoir de s’attirer l’affection des autres.’
Personne ne s’en était encore rendu compte, mais Serena, elle, l’avait remarqué.
Elle pouvait affirmer avec certitude que Johan possédait une sorte de pouvoir de séduction.
Cette conviction lui venait de son vécu.
Elle n’avait jamais éprouvé d’affection pour qui que ce soit.
Serena avait accaparé l’amour de tous, et pourtant, son cœur était douloureusement vide.
Il n’y avait de place pour personne d’autre.
Elle avait compris la nature humaine bien trop jeune.
Grâce à l’Œil transperçant l’esprit, Serena pouvait sonder le cœur véritable des gens.
Chaque être humain avait une part hideuse en lui.
Tous vivaient derrière un masque.
Même les archevêques et les saintes dissimulaient en leur sein des abîmes répugnants.
Plus l’apparence était splendide et rayonnante, plus l’intérieur était pourri.
Plusieurs pensées authentiques étaient restées gravées dans la mémoire de Serena.
‘Une fille de basse extraction qui se donne des airs raffinés.’
‘Elle est trop roturière pour se marier, mais ferait une excellente concubine.’
‘Une famille de marchands a rejoint le Conseil ? C’est la fin du monde.’
Et ainsi de suite.
Face à Serena, tous affichaient un sourire aimable.
Jamais ils ne laissaient voir ce qui se cachait sous leur masque.
Ayant grandi en voyant toute cette laideur, Serena était incapable d’éprouver de l’affection pour l’humanité.
Cette fois, c’était différent.
À l’instant où elle vit Johan, Serena fut submergée par une étrange tendresse.
Un sentiment inexplicable de confiance, de familiarité et de proximité, ainsi qu’un léger frisson d’excitation, montèrent en elle.
C’était une sensation qu’elle n’avait jamais connue.
Éprouver de l’affection au premier regard… Cela ne pouvait pas être normal.
Un pouvoir inconnu l’avait forcément influencée.
Serena en était absolument convaincue.
Elle plongea son regard dans les yeux de Johan.
Comme elle s’y attendait, plus elle soutenait son regard, plus sa tendresse grandissait.
Johan ensorcelait clairement les gens par les yeux.
Puisqu’un miracle comme l’Œil transperçant l’esprit existait, il n’était pas difficile d’imaginer une Autorité capable de charmer autrui.
Ce regard devait aussi expliquer pourquoi la Maison Myatro, autrefois déchue, avait soudain commencé à se relever.
Serena acheva ses déductions en silence.
Avec un sourire, elle lança : « Vous êtes plutôt égoïste, Sir Johan. Pourriez-vous d’abord détourner les yeux ? »
Il lui avait interdit d’utiliser l’Œil transperçant l’esprit, mais lui continuait à faire appel à son Autorité.
Le Gardien de Narak était un lâche.
C’était ce que pensait Serena.
Johan répondit d’un air posé.
« Je vous prie de m’excuser. Ce n’est pas un pouvoir que je maîtrise. »
Bien qu’on l’eût surpris en train d’utiliser son Autorité, Johan ne manifesta aucune gêne.
Il savait bien contrôler son expression.
Malgré son jeune âge, il avait quelque chose en commun avec les vieux monstres de la noblesse.
Telle était l’opinion que Serena se faisait de Johan.
Elle esquissa son sourire doux habituel.
« … Je vois. Dans ce cas, je n’y peux rien. Il n’y a qu’un seul moyen de le vérifier moi-même. »
Une lueur inhabituelle passa dans les yeux de Serena.
Ses pupilles dorées brillèrent d’un éclat singulier.
L’Œil transperçant l’esprit s’activait.
Plus précisément, Serena faisait semblant d’utiliser l’Œil transperçant l’esprit.
Elle voulait mettre Johan à l’épreuve.
Elle devait vérifier s’il savait vraiment ce qu’était l’Œil transperçant l’esprit.
L’expression de Johan se crispa légèrement.
Il claqua la langue et dit : « Vous essayez peut-être de me tester, mais ne dépassez pas les limites. Si vous utilisez l’Œil transperçant l’esprit contre moi, je considérerai cela comme un acte d’hostilité. »
Johan savait parfaitement que Serena n’avait pas encore activé l’Œil transperçant l’esprit.
Il avait bel et bien des informations à son sujet.
L’éclat inhabituel disparut des pupilles de Serena.
D’un air calme, elle déclara : « Voilà une exigence plutôt lâche. Qu’en pensez-vous, Sir Johan ? »
Johan manifestait toujours son Autorité.
Pourtant, il interdisait à l’autre partie d’utiliser la sienne.
On ne pouvait pas être plus mesquin que lui.
Après un bref instant de réflexion, Johan ferma les yeux.
« Je vous rejoins en partie, mademoiselle. Alors je vais fermer les yeux. »
Dès que son regard disparut, la tendresse qui grandissait en Serena s’atténua aussitôt.
Elle eut un rire sans joie.
« Vous comptez rester comme ça ? »
Johan hocha la tête.
« Je n’y peux rien. Comme je l’ai dit, je ne maîtrise pas mon Autorité. »
Johan ne parvenait toujours pas à contrôler l’Œil du Grand Saint.
Il n’avait pas encore appris à utiliser le pouvoir sacré.
Serena le contempla d’un air pensif.
Au bout d’un moment, elle soupira.
« C’est encore plus gênant comme ça. Rouvrez les yeux. »
Johan rouvrit aussitôt les yeux.
« Vous en êtes sûre ? »
Sa bienveillance à son égard recommença à fleurir.
Serena prit volontairement un air indifférent.
« Je peux le supporter. Après tout, ce n’est qu’une émotion factice. »
L’efficacité d’une Autorité mentale était réduite de moitié dès lors que sa cible en reconnaissait les effets.
Johan eut un petit rire.
« Vous avez l’esprit solide, mademoiselle. C’est remarquable à votre âge. Je le pense vraiment. »
Serena avait à peu près l’âge de Shaperia.
Elle n’avait pas encore célébré son entrée dans l’âge adulte.
Elle devait être à la fin de l’adolescence. Malgré son âge, elle avait une certaine maturité.
Serena détailla lentement Johan de la tête aux pieds.
« C’est assez étrange de recevoir de tels compliments de quelqu’un de bien plus jeune que moi. »
Johan n’était encore qu’un garçon. Il n’avait même pas eu sa poussée de croissance.
Il répondit calmement :
« Les apparences ne font pas tout. »
Serena le regarda, perplexe.
« Qu’entendez-vous par là ? »
Johan secoua la tête.
« Ce n’est rien. Plus important, asseyons-nous. Je vous ai fait rester debout tout ce temps sans m’en rendre compte. »
Johan tira lui-même une chaise pour Serena.
C’était la moindre des politesses.
Serena s’assit sans protester.
« Je me demandais quand vous alliez enfin m’inviter à m’asseoir. »
Son ton était taquin.
Johan sourit doucement et s’assit en face d’elle.
« Veuillez m’excuser. Je ne suis pas habitué à ce genre de situation. J’espère que vous comprendrez. »
C’était la première fois qu’il avait affaire à une noble dame.
Une lueur espiègle passa dans le regard de Serena.
Sur un ton taquin, elle dit : « Pour quelqu’un comme vous, votre cour est plutôt directe. Mon père me l’a dit. Il paraît que vous lui avez demandé ma main. »
Serena avait un côté malicieux.
C’était sans doute l’un de ses charmes.
Elle mettait les autres à l’aise avec de petites plaisanteries.
Johan appréciait également sa façon de parler.
Sa plaisanterie menait droit au cœur de la conversation.
Grâce à elle, Johan n’avait pas besoin de tourner autour du pot.
Il pouvait aller droit au but.
Il acquiesça.
« C’est exact. Je souhaite vous prendre pour épouse un jour. »
Sa proposition était calme.
Non, elle était franchement sèche.
Serena n’avait jamais reçu une demande en mariage formulée de cette manière.
Son expression trahissait à la fois la perplexité et l’intérêt.
« … Que dire ? Voilà une déclaration pour le moins singulière. »
« Si vous préférez une demande en bonne et due forme, je peux vous en préparer une quand vous le voudrez. »
Serena sourit et agita la main.
« Non, non. Je ne vous demandais pas de suivre une procédure particulière. »
Elle n’aimait pas particulièrement les formalités vides de sens.
Comme elle voyait ce qui se cachait sous les apparences soignées, aucun étalage extérieur ne pouvait émouvoir Serena.
Chez les gens comme dans leurs actes, Serena préférait l’authenticité.
Johan prit la parole.
« Les avantages concrets comptent certainement davantage que les futilités. Une union avec moi profiterait considérablement à la Maison Marcano. »
La Maison Myatro était affaiblie, mais elle avait autrefois été l’une des plus grandes maisons nobles du continent.
Avec l’arrivée de Johan, elle retrouvait sa gloire passée.
Pourtant, son influence restait insuffisante.
On ne pouvait pas dire qu’elle fût un parti idéal pour la Maison Marcano.
Il fallait encore observer son évolution quelque temps.
Serena lui adressa un sourire doux.
« Sir Johan, ne pourrions-nous pas prendre un peu notre temps ? Il me semble qu’il est trop tôt pour des fiançailles. »
Johan répondit d’un ton égal.
« Je vous ai mise sous pression sans le vouloir. Je vous prie de m’excuser. Vous n’avez pas à vous décider tout de suite ; pour l’instant, contentez-vous de garder ma proposition à l’esprit. »
Serena lui sourit de toutes ses dents.
« Très bien. J’en parlerai à mon père avant de vous donner une réponse. Et si nous parlions d’autre chose que de fiançailles aujourd’hui ? Mon père m’a dit que vous souhaitiez conclure une affaire avec notre famille. »
Johan répondit : « J’aimerais emprunter l’Œil transperçant l’esprit pendant quelques heures. Connaissez-vous les circonstances ? »
« Oui, j’en ai entendu les grandes lignes. Vous avez traversé une épreuve terrible. Je suis heureuse que vous n’ayez pas été blessé. »
Horentz lui avait déjà raconté ce qui était arrivé à Johan la nuit précédente.
« Je dois trouver le coupable. Aidez-moi, je vous prie. Bien entendu, je vous paierai. »
L’autorisation pour la maison de commerce Marcano d’ouvrir une boutique à Beldana. Voilà le prix demandé pour l’utilisation de l’Œil transperçant l’esprit.
Pour la Maison Marcano, ce serait une affaire extrêmement rentable.
Serena prit la parole.
« Très bien. Cependant, en plus du paiement que vous avez proposé, j’ai une autre condition. »
Johan réprima un grognement intérieur.
‘L’offre était déjà extrêmement généreuse, et voilà qu’elle se montre avide.’
Il dissimula ses sentiments et répondit : « Je vous écoute. Allez-y. »
Le sourire de Serena s’effaça.
D’un air calme, elle dit : « Jurez qu’à partir de maintenant, vous ne révélerez à personne quoi que ce soit au sujet de l’Œil transperçant l’esprit. »
Johan n’avait de toute façon jamais eu l’intention de parler de l’Œil transperçant l’esprit.
Il hocha la tête.
« Très bien. Je vous le promets. Je ne divulguerai à personne ce que je sais de l’Œil transperçant l’esprit. »
Le visage de Serena se durcit.
« Une promesse ne suffira pas. Je veux un serment. »
Elle tira de son corsage une feuille du plus fin parchemin.
L’écriture bleue couvrait densément la feuille.
« … Un serment. Vous comptez utiliser un Document du Pacte du Grand Saint ? »
Le Document du Pacte était une relique sacrée de troisième grade.
Dès qu’une personne signait un Document du Pacte, elle devait respecter les clauses qu’il contenait.
Quiconque ne tenait pas sa parole y perdait la vie.
On n’utilisait presque jamais de Document du Pacte pour des contrats ordinaires.
Ils étaient trop coûteux et trop rares.
Serena répondit : « C’est exact. Je vous prie de comprendre. Pour la Maison Marcano, c’est une affaire assez importante pour que nous y mettions notre vie en jeu. »
Johan comprenait parfaitement leur position.
« Très bien. Donnez-le-moi. »
Il prit le parchemin.
Il en parcourut rapidement le contenu, mais avec attention.
Aucune clause piégée ne semblait s’y trouver.
Johan se mordit violemment l’index.
Il appliqua le sang qui en coulait au bas du parchemin.
Une fois le Document du Pacte remis au siège de l’Église du Grand Saint, le contrat serait pleinement conclu.
Serena, qui avait suivi toute la scène, parut quelque peu décontenancée.
Elle ne s’était pas attendue à ce que Johan accepte si facilement.
« V-Vous avez pris votre décision très vite. »
« Inutile de faire traîner les choses. »
« … Je vois. »
« Je vais devoir y aller. »
Johan se leva.
Serena leva les yeux vers lui, l’air un peu hébété.
« Vous partez ? »
« Oui, nous nous reverrons bientôt. Ce sera un dîner assez tôt. J’enverrai quelqu’un le moment venu. »
Johan s’en alla après avoir traité le sujet principal, sans s’attarder à bavarder.
Il avait quelque chose de rafraîchissant dans sa franchise.
C’était en tout cas l’impression qu’il laissa à Serena.
Elle suivit silencieusement Johan du regard tandis qu’il s’éloignait, puis se leva brusquement.
Elle avait oublié de le raccompagner.
Il était rare qu’elle commette une telle erreur.
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