Chapitre 111
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 111 : Serena Marcano
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« Où comptez-vous utiliser l’Œil transperçant l’esprit de Serena ? »
Johan répondit calmement à la question d’Horentz.
« Rien de grave. Je voudrais simplement vérifier quelque chose. »
Il comptait utiliser l’Autorité de Serena sur Haman, son majordome.
Il voulait découvrir sa véritable nature.
Il avait un vague pressentiment, qui le mettait mal à l’aise.
Haman, major de Yebinwon, était beaucoup plus étourdi qu’il ne l’aurait cru.
Peut-être était-ce parce qu’il s’agissait de sa première mission sur le terrain et qu’il était nerveux.
Les résultats scolaires et le travail pratique étaient deux choses distinctes. On pouvait exceller dans ses études et être mauvais dans son métier.
Au début, Johan n’avait pas prêté grande attention au comportement de Haman.
Mais son avis avait légèrement changé après la nuit précédente.
Des voleurs s’étaient introduits dans le domaine.
Ils connaissaient les lieux dans leurs moindres recoins.
Ils savaient même que le domaine était désert la nuit.
Johan ne pouvait s’empêcher de soupçonner l’un des domestiques d’avoir vendu la mèche.
Qui pouvait être le coupable ?
Une seule personne lui venait à l’esprit.
Haman, le majordome. Depuis l’incident, son comportement éveillait les soupçons de Johan.
Tout ce que faisait Haman pouvait n’être qu’une comédie.
Peut-être trompait-il Johan en faisant semblant d’être stupide.
Dans quel but ? Johan l’ignorait.
Il lui était difficile de deviner ce que Haman cherchait à obtenir.
S’il en avait voulu à la fortune de Johan, il n’aurait pas fait publier une annonce au sein de la guilde des voleurs.
Il aurait plutôt engagé en secret des voleurs chevronnés.
En somme, Haman ne convoitait pas la fortune de Johan.
Il devait y avoir une autre raison à la divulgation d’informations sur le domaine.
Johan ne parvenait pas encore à discerner ses intentions.
En réalité, rien ne prouvait même que Haman fût le coupable.
Tout ce qui suivait n’était que spéculation fondée sur des soupçons.
Haman était peut-être réellement tel qu’il en avait l’air : un idiot qui n’excellait qu’en classe.
Les preuves étaient bien trop maigres pour conclure qu’il était le coupable.
La certitude était dangereuse.
Les conclusions tirées de simples soupçons avaient de grandes chances d’être erronées.
Johan avait besoin d’une confirmation claire.
L’Œil transperçant l’esprit ferait l’affaire.
Si Horentz acceptait, Johan pourrait se débarrasser en un instant de ce casse-tête inutile.
Après réflexion, Horentz prit la parole.
« … Je vous prie de m’excuser, Sir Johan. Tant que vous ne me direz pas clairement où vous comptez utiliser l’Œil transperçant l’esprit, je ne peux pas vous confier Serena. »
La confiance entre Horentz et Johan n’était pas encore solidement établie.
Quelle que fût l’importance de la contrepartie, Horentz ne pouvait pas prêter sa fille à la légère.
Il devait garantir sa sécurité.
Johan hocha la tête.
« Je comprends. Je vais vous expliquer ma situation actuelle. »
Johan comptait lui raconter tout ce qui s’était passé la nuit précédente.
Il lui suffisait de révéler tout ce qui s’était passé, à l’exception de ce qui concernait Mapheltan.
Il n’avait rien de particulier à cacher.
Maintenant qu’une annonce avait été affichée dans la guilde des voleurs, tout le monde dans la capitale royale connaissait probablement la situation du domaine de Johan.
Horentz ne faisait pas exception.
« Très bien. Rien de ce que vous me direz à partir de maintenant ne sortira de ma bouche. Je le jure au nom du Grand Saint. Saint Marziel. »
D’un ton égal, Johan lui raconta tout ce qui s’était passé la nuit précédente.
* * *
Horentz écouta Johan sans que son expression changeât.
Dès que Johan eut terminé, Horentz ravala un grognement.
« … La rumeur était donc vraie. J’ai entendu dire que la Sans-Clés avait pris votre domaine pour cible. »
La Sans-Clés était la plus grande guilde de voleurs de la capitale royale.
Elle s’en était prise à Johan.
Plus exactement, des informations sur son domaine avaient été affichées sur le tableau souterrain de la guilde des voleurs.
Horentz l’avait appris le matin même.
Johan prit un air poli, empreint d’admiration.
« Comme on pouvait s’y attendre de la Maison Marcano. Vos informations circulent vite. »
Horentz secoua la tête, l’air grave.
« Non. La plupart des gens de la capitale royale sont probablement déjà au courant pour votre domaine. Demain, tout le monde parlera du domaine de Myatro. C’est une affaire sérieuse. »
La capitale royale était un endroit effrayant.
Une simple rumeur s’y répandait comme une traînée de poudre.
Personne ne pouvait arrêter l’incendie.
Pendant quelque temps, Johan serait sur toutes les lèvres.
Le domaine de Myatro était complètement désert la nuit.
Et ce ne serait pas tout.
Comme un feu de forêt qui gagnait du terrain, les rumeurs seraient de plus en plus extravagantes.
Après le coucher du soleil, d’étranges cris résonnaient dans le domaine de Myatro.
Le Veilleur de Narak étudiait la sorcellerie interdite à la nuit tombée.
Johan Myatro offrait des sacrifices aux démons à l’abri des regards.
Et ainsi de suite.
Les amateurs de ragots inventeraient toutes sortes d’histoires.
L’intérêt finirait par retomber et les rumeurs s’apaiseraient, mais pour Johan, un demi-démon, devenir la cible de telles commérages était déjà pénible.
Malgré tout, Johan resta calme.
Il répondit d’un air serein :
« Eh bien, je ne compte pas y prêter trop attention. »
Il s’était déjà attendu à ce que quelque chose de semblable se produise.
C’était simplement arrivé un peu plus tôt que prévu.
Comme il ne pouvait pas se montrer la nuit, Johan était condamné à devenir encore et encore la cible de tels commérages.
Tant qu’il vivrait dans ce monde, il devrait le supporter.
Horentz sourit avec douceur.
« C’est une bonne réaction. Inutile de vous soucier des rumeurs. »
Horentz était mal placé pour dire cela.
La Maison Marcano se souciait plus que quiconque du regard des autres.
Johan acquiesça.
« C’est vrai. Il suffit d’avoir confiance en soi. »
L’expression d’Horentz s’assombrit légèrement.
« … Malgré tout, je suis inquiet. »
Johan devina ce qu’Horentz allait dire.
« Si vous vous inquiétez pour ma sécurité, ce n’est pas la peine. Ces voleurs ont payé de leur sang hier. »
Les yeux étroits d’Horentz s’écarquillèrent légèrement.
« On dirait que le Veilleur de Narak sait aussi se battre. »
Indépendamment de la force de Mapheltan, Johan lui-même n’était pas dépourvu de capacités au combat.
Il avait passé deux mois infernaux avec Hakain, le Démon à l’épée.
Ses capacités physiques s’étaient considérablement améliorées et il avait acquis une certaine maîtrise de la lance.
Les humains ordinaires incapables de manier l’Aura ne faisaient plus le poids face à Johan.
Johan plaisanta :
« J’ai assez de force pour protéger ma femme. »
Horentz sourit.
« Vous feriez un bon gendre. »
Il disait cela pour plaisanter.
« Alors confiez-la-moi à titre d’essai. Votre fille rentrera chez elle saine et sauve. »
Horentz répondit aussitôt :
« Je préfère vous prévenir : l’Œil transperçant l’esprit n’est pas tout-puissant. Serena n’a pas encore assez de pouvoir pour percer à jour tous les domestiques de votre domaine. »
Cela n’avait pas d’importance.
Johan comptait d’abord dissiper ses soupçons à l’égard de Haman.
« Je n’ai besoin de vérifier qu’une seule personne. Vous m’aiderez ? »
Horentz calcula silencieusement les termes de l’accord.
En échange du prêt de Serena à Johan, celui-ci avait promis de laisser la maison de commerce Marcano s’installer dans la ville de Belna.
C’était une affaire très avantageuse pour Horentz.
Sa réflexion ne dura pas longtemps.
Horentz afficha un sourire professionnel.
« Très bien. Je vais demander une dernière fois à Serena ce qu’elle souhaite. Veuillez patienter ici un instant. »
Il ne pouvait pas présenter Serena à Johan sur-le-champ.
Horentz se rappela l’avertissement de Johan.
Ne vous servez pas de l’Œil transperçant l’esprit sur moi.
Il devait en informer sa fille.
Johan parut satisfait.
« Compris. J’attendrai de bonnes nouvelles. »
Horentz s’inclina légèrement et quitta la salle à manger.
Johan contempla la table en silence.
Le repas était resté intact.
La conversation l’avait tant distrait qu’il n’avait même pas goûté à la soupe.
Ce n’est pas très poli.
Ce ne fut qu’alors que Johan se mit à manger.
* * *
Serena Marcano était l’une des personnalités les plus influentes de la haute société de la capitale royale.
Depuis son enfance, les gens s’étaient toujours rassemblés autour d’elle.
Hommes, femmes, enfants, adultes, esclaves, roturiers, nobles, membres de la famille royale, et bien d’autres encore. Tout le monde aimait Serena, quels que fussent son âge, son sexe ou son statut.
Elle était si charmante qu’on l’appelait l’or de la capitale royale.
Les jeunes nobles renonçaient aux dépenses extravagantes pour se donner une allure semblable à la sienne.
L’élégance était devenue plus à la mode que le faste.
Grâce à Serena, la frugalité imposée à la Maison Marcano était devenue une vertu.
Tout cela était dû à l’Œil transperçant l’esprit.
Une belle femme qui savait se mettre à la place des autres et les comprendre.
Elle choisissait même les gestes qui lui vaudraient leur adoration.
Qui aurait pu la détester ?
Aucun être humain ne pouvait s’empêcher d’aimer Serena.
Si Johan n’avait pas connu l’existence de l’Œil transperçant l’esprit, il serait probablement lui aussi tombé fou amoureux de Serena.
Il n’aurait sans doute pas pu y échapper.
… Vraiment ?
Johan n’avait jamais aimé profondément une femme.
Il ne comprenait pas qu’on puisse être à ce point captivé par le charme de quelqu’un qu’on en perde tous ses moyens.
Parmi les nombreux épisodes d’Inmarok, ceux qui parlaient d’amour avaient toujours laissé Johan perplexe.
Les histoires d’hommes prêts à risquer leur vie pour Serena. Chaque fois qu’il lisait ces passages, Johan fronçait les sourcils.
Il n’arrivait pas à éprouver la moindre empathie pour eux.
Rencontrer Serena changerait-il un peu sa vision des choses ?
Johan en doutait.
Serena ne pouvait pas utiliser l’Œil transperçant l’esprit sur Johan.
Son charme en serait diminué de moitié.
Johan ressentit un étrange regret.
Un amour qui fait perdre la raison… Je ne connaîtrai probablement pas ça cette fois non plus.
Il voulait éprouver lui-même les sentiments décrits dans les romans.
Cette curiosité ne serait pas satisfaite grâce à Serena.
Du moins, c’était ce que pensait Johan.
Alors qu’il se perdait un instant dans ses pensées, le claquement de chaussures résonna.
Johan leva les yeux.
Horentz souriait.
« Sir Johan, veuillez m’excuser de vous avoir fait attendre. Même s’il est tard, permettez-moi de vous présenter ma fille. »
Derrière lui apparut une femme vêtue d’une élégante robe.
C’était Serena Marcano.
Comme dans le roman original, elle était de l’or.
Elle ne portait ni bijoux ni ornements, et n’en avait pas besoin.
Serena brillait seule, comme de l’or.
Elle ressemblait à un bijou finement ouvragé.
Un visage surgit soudain dans l’esprit de Johan.
… Ilea.
Sa première impression d’Ilea et celle que lui faisait Serena se recoupaient sur bien des points.
Toutes deux possédaient une beauté saisissante.
C’était tout.
Il ne ressentait rien de ce qu’il avait lu dans les romans.
Johan ne tomba pas amoureux au premier regard.
Serena prit lentement la parole.
« Serena von Marcano. C’est un honneur de rencontrer le Veilleur de Narak. »
Elle souleva légèrement l’ourlet de sa jupe en guise de salut.
Johan se leva et s’inclina légèrement.
« Ravi de vous rencontrer, dame Marcano. Je suis Johan Myatro. »
Horentz observa l’expression de Johan, puis afficha un sourire professionnel.
« Je vais vous laisser un moment. N’hésitez pas à parler librement. »
Horentz quitta aussitôt la salle à manger.
Johan en fut quelque peu surpris.
Il s’était attendu à ce qu’Horentz reste auprès de Serena.
Tandis qu’il s’interrogeait, une voix agréable lui parvint.
« Sir Johan, père m’a expliqué les grandes lignes. Vous connaissez l’Œil transperçant l’esprit ? »
Ses yeux dorés le fixaient droit dans les yeux.
Johan ne détourna pas le regard.
« C’est exact. Alors, n’utilisez pas votre Autorité sur moi. »
Serena sourit doucement.
« Vous êtes un peu égoïste, non ? Pourriez-vous d’abord détourner ce regard ? »
L’Œil du Grand Saint lui inspirait une étrange sensation.
Serena avait remarqué cette dissonance.
Après une brève pause, Johan répondit : « Je vous prie de m’excuser. Ce pouvoir m’échappe. »
Il ne pouvait pas éteindre l’Œil du Grand Saint.
Il ne savait pas encore le maîtriser.
Serena sourit.
« … Je vois. On n’y peut rien. Dans ce cas, il n’y a qu’un moyen de le savoir. »
Une lueur étrange scintilla dans ses yeux dorés.
Le visage de Johan se crispa.
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