Chapitre 107
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Murmures d’un démon intrigant ◈
Chapitre 107 : Un divertissement inopportun
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Le majordome Haman quitta le bureau.
En regardant son dos s’éloigner, Johan tapota l’accoudoir de son fauteuil.
Hum.
Il réfléchit un instant.
… Le comte a engagé un majordome aussi empoté ?
Il avait beau y réfléchir, il ne comprenait pas.
Le comte était un homme extrêmement méticuleux.
Il prêtait toujours attention aux moindres détails, même pour les tâches les plus insignifiantes.
Il était impensable qu’il traite les questions de personnel à la légère.
Il l’a choisi au hasard parce qu’il n’était pas le majordome de cette maison à l’origine ?
Cela lui paraissait peu probable.
Johan comptait actuellement beaucoup pour le comte.
Le comte devait faire attention à lui.
Il ne voudrait pas offenser Johan pour une erreur mineure.
Il ne pouvait que faire de son mieux pour tout ce qui concernait Johan.
Après tout, il devait sauver sa femme.
Et pourtant, il avait engagé un majordome aussi négligent. Johan n’y comprenait rien.
Après avoir réfléchi un moment, il fouilla dans la pile de documents.
Voilà.
Parmi les documents que le comte lui avait remis se trouvait la liste du personnel du domaine.
Johan examina les renseignements concernant Haman.
Haman von Regash. Le plus jeune enfant de la famille Regash et major de sa promotion à Yebinwon. Il était si doué que la cour royale était venue le recruter en personne.
Johan fronça les sourcils, perplexe.
… Un noble ? Et major de sa promotion à Yebinwon ?
Certains majordomes venaient de familles nobles.
Quand ils étaient les fils cadets de familles appauvries, ils ne pouvaient généralement pas hériter des biens familiaux et entraient parfois au service d’autres nobles.
Haman était dans ce cas.
C’était déjà peu courant, mais une autre mention attira l’attention de Johan.
Major de sa promotion à Yebinwon.
Yebinwon ouvrait aux roturiers et aux petits nobles les portes des fonctions officielles.
Dès qu’ils en sortaient diplômés, même les roturiers pouvaient entrer dans l’administration.
La plupart travaillaient pour de grands nobles ou se voyaient confier des tâches subalternes au palais royal.
Mais les majors de promotion, eux, faisaient exception.
Ils étaient aussitôt nommés à de modestes postes administratifs royaux.
C’était l’élite de l’élite.
Johan lâcha un rire sans joie.
Ce type a été major de sa promotion à Yebinwon ?
Il y avait un gouffre entre sa première impression et ce qu’indiquaient les documents.
Johan dévisagea les feuilles.
Le portrait qui figurait sur la page était identique au visage de Haman.
Peut-être qu’il est bon en théorie, mais nul en pratique.
Ça arrivait parfois.
On appelait ces gens des têtes en l’air.
Johan claqua la langue et referma les documents.
Le comte semblait avoir engagé Haman en se fiant uniquement à ses notes.
De la part d’un comte, c’était négligent.
Le comte devait être très occupé ces derniers temps.
Il n’avait sans doute pas eu le temps de tout faire parfaitement.
Johan n’alla pas plus loin dans sa réflexion.
Il n’avait pas l’intention de renvoyer Haman.
À vrai dire, les compétences de Haman n’avaient pas grande importance pour Johan.
De toute façon, ils ne se verraient que quelques fois.
Johan avait simplement été curieux de connaître les choix du comte en matière de personnel et d’en savoir plus sur Haman.
Il avait obtenu toutes ses réponses.
Le comte avait manqué de rigueur dans son travail, et Haman n’était qu’une tête en l’air.
Dès qu’il parvint à cette conclusion, Johan chassa de son esprit toutes les pensées liées à cette affaire.
Une autre préoccupation prit leur place.
… Horentz Marcano.
Il le rencontrerait le lendemain.
Le but de cette rencontre était simple.
D’abord, faire bonne impression. Johan devait entretenir de bonnes relations avec la famille Marcano pour que ses projets se déroulent sans accroc.
C’était l’une des factions royalistes fidèles au roi.
Les familles royalistes ne reconnaîtraient jamais à Myatro le droit de s’administrer elle-même.
Si Johan voulait devenir roi-duc, il devait d’abord gagner les nobles royalistes à sa cause.
Quatre familles du Conseil étaient royalistes.
Parmi elles, la famille Marcano était la plus facile à rallier.
Contrairement aux autres royalistes, entièrement assujettis à leur loyauté, la Maison vicomtale Marcano n’agissait qu’en fonction de ses intérêts.
Fidèles à leurs origines marchandes, les Marcano étaient d’une grande finesse dans leurs calculs.
Ils accepteraient probablement l’offre de Johan.
Johan savait bien ce que désirait la famille Marcano et était convaincu de pouvoir s’en servir.
Johan parcourut les documents que le comte lui avait remis.
Il passait une dernière fois en revue les renseignements sur la famille Marcano.
Flap. Flap.
Pendant un moment, seul le bruit des pages qu’on tournait résonna dans la pièce.
« Ça devrait aller. »
Mapheltan s’étira longuement. Ses bras, visibles de chaque côté de lui, étaient devenus noirs.
Sans même s’en rendre compte, il était devenu un démon.
Il regarda par la fenêtre.
Le soleil s’était entièrement couché.
Mapheltan contempla l’extérieur d’un air absent.
Au-delà des murs du domaine, les rues brillaient encore de mille feux.
Fidèle à son surnom de ville qui ne dort jamais, la Capitale royale était aussi lumineuse en pleine nuit qu’en plein jour.
Seul l’espace autour de Mapheltan était plongé dans une obscurité totale.
Un sentiment de vide le submergea soudain.
« Qu’est-ce que je vais faire, maintenant ? »
Sur le territoire du baron, il n’avait jamais eu le temps de s’ennuyer, même la nuit.
Raguel, Ilea, Zalkarin, Gaf, Hakain et les autres… Qu’il discute avec eux, s’entraîne ou fasse autre chose, il y avait toujours de l’animation autour de Mapheltan.
La Capitale royale, elle, était différente.
Une fois le soleil couché, Mapheltan ne pouvait rien faire.
Il ne pouvait ni quitter le domaine ni se promener en ville.
S’il déambulait dans les rues sous sa forme démoniaque, sa mort ne ferait aucun doute.
La Capitale royale regorgeait de gens puissants, et Mapheltan devait éviter d’attirer leur attention.
Autrement dit, il était prisonnier du domaine.
Mapheltan ravala un grognement.
« … Je vais m’ennuyer pendant un bon moment. »
L’idée de perdre autant de temps lui était insupportable.
Il devait trouver quelque chose à faire la nuit.
Mapheltan fixa le plafond d’un air absent.
Il se plongea dans ses pensées.
Elles se prolongèrent un bon moment.
Combien de temps passa ? Mapheltan fronça soudain les sourcils.
Qu’est-ce que c’était ?
Froufrou.
Un bruit lui parvint de quelque part.
Mapheltan tendit l’oreille.
Les sens aiguisés d’un Apôtre se déployèrent dans le domaine comme une toile d’araignée.
Il entendit de faibles bruits de pas.
Des chuchotements étouffés leur répondaient.
Quelqu’un était entré dans le domaine.
Mapheltan fronça les sourcils.
Haman, cet idiot. Je le lui ai répété cent fois.
Il semblait que quelques domestiques étaient restés dans le domaine.
Dans un long soupir, Mapheltan activa son Autorité.
Sa silhouette disparut comme un mirage.
Il se dissimula dans l’Immersion dans le crépuscule.
Personne ne pouvait sentir la présence de Mapheltan.
Se fondant dans l’obscurité, Mapheltan poussa ses sens à leur maximum.
Il entendit des voix.
Elles étaient trop éloignées pour qu’il distingue leur conversation.
Mapheltan glissa dans les ténèbres et quitta le bureau.
Un long couloir s’étendait devant lui.
Il n’y avait personne.
Seuls des bruits de pas se faisaient entendre.
Les escaliers ?
Mapheltan glissa vers le centre du deuxième étage.
Ah !
Deux humains portant des masques noirs montaient prudemment au deuxième étage.
Impossible de les prendre pour autre chose que des voleurs.
Mapheltan trouva la situation absurde.
Des voleurs dès le premier jour ?
Il en fut tout décontenancé.
Puis quelque chose d’encore plus absurde se produisit.
L’un des voleurs sortit une carte de ses vêtements.
Mapheltan s’approcha et regarda ce qu’elle représentait.
Qu’est-ce que c’est ?
La carte indiquait en détail le plan du domaine.
Des renseignements sur le domaine avaient déjà été vendus.
Après avoir consulté la carte, l’un des voleurs désigna un endroit.
L’autre hocha la tête.
Ils inspectèrent plusieurs endroits du domaine, puis se dirigèrent bientôt vers le bureau.
Mapheltan les suivit en silence.
Criiiic.
Un voleur ouvrit prudemment la porte du bureau.
La pièce était évidemment vide.
Les deux hommes entrèrent aussitôt et se mirent à fouiller la pièce.
L’un d’eux, tout excité, éleva légèrement la voix.
« Regarde ça. »
Il tenait un grand sac à dos.
Plusieurs reliques sacrées étincelantes étaient visibles par l’ouverture.
C’étaient des objets que Mapheltan avait pris dans les Archives interdites.
L’autre voleur lança, les yeux brillants :
« J’ai trouvé quelque chose, moi aussi. »
Il tenait une liasse de parchemins.
C’étaient les documents sur le Conseil que Johan avait reçus du comte.
« Qu’est-ce que tu vas faire de ces bouts de papier ? Laisse-les. »
« Imbécile. Lis quelques lignes de ce qui est écrit là-dessus. Tu changeras d’avis. »
Les documents regorgeaient de renseignements valant plus que de l’or.
« Bon, tirons-nous vite d’ici. »
« Pourquoi tu es si pressé ? Fouillons encore un peu. Quand est-ce qu’on aura de nouveau l’occasion de faire un coup pareil ? »
« Je suis mort d’inquiétude. Tu ne trouves pas ça bizarre que tout se passe aussi facilement ? C’est pas étrange, un manoir aussi grand sans le moindre soldat ? »
« Qu’est-ce qu’il y a de bizarre ? C’est ce que disait la Guilde. Un veilleur de Narak ou je sais pas quoi est venu de la campagne. Il ne doit pas savoir à quel point le monde est dangereux. »
Mapheltan réfléchit soigneusement à leur conversation.
Puisqu’ils avaient parlé d’une Guilde, il semblait que tous les renseignements sur le domaine avaient été transmis à la guilde des voleurs.
Un seul jour après leur arrivée dans la capitale, la situation du domaine était déjà connue de tous.
Mapheltan lâcha un rire sans joie dans l’obscurité.
C’est ridicule.
Qui avait bien pu vendre des renseignements sur le domaine ? Sans doute l’un des domestiques.
L’un des voleurs prit la parole.
« Quoi qu’il en soit, je ne le sens pas. Débrouille-toi pour le reste. Moi, je me tire. »
« Tch, quel lâche. Très bien, casse-toi. Mais ne reviens pas ramper après. »
Mapheltan ravala un grognement.
Ces voleurs étaient d’une médiocrité exceptionnelle.
Ils n’avaient pas le moindre professionnalisme.
C’étaient sans doute des membres de bas rang de la guilde des voleurs.
Il n’était pas normal que des vauriens pareils s’introduisent dans le domaine d’une famille du Conseil.
Si quelqu’un avait vraiment voulu cambrioler les lieux, des gens bien plus haut placés auraient dû être impliqués.
Voilà ce que pensa Mapheltan.
L’un des voleurs jeta sur son épaule le sac à dos contenant les reliques sacrées et se mit en route.
« Je m’en vais. Termine et sors, toi aussi. Ne te fais pas attraper et ne me ralentis pas. »
Alors qu’il s’apprêtait à quitter le bureau, une voix sinistre résonna dans la pièce.
« Je vais vous poser quelques questions. »
Les voleurs se figèrent sur place.
La voix avait le pouvoir de pétrifier les humains.
Le voleur qui avait dérobé les reliques sacrées bégaya :
« C-C’était ta voix, à l’instant ? »
« … Non. Derrière toi. Cette chose. »
Les yeux du voleur qui tenait les documents tremblèrent violemment.
Une créature maléfique se reflétait dans ses pupilles.
Un immense dos noir, des ailes qui recouvraient entièrement le bureau et deux cornes d’un blanc immaculé, dressées au-dessus de l’arrière de sa tête. Un être qui n’aurait dû apparaître que dans le Livre sinistre se tenait là, entre les deux voleurs.
« Derrière moi ? Qu’est-ce que tu racontes… ? »
L’un des voleurs tourna lentement la tête.
Ses pupilles se dilatèrent.
Il croisa un regard cramoisi.
Le voleur laissa tomber le sac à dos.
Une peur écrasante envahit tout son corps.
Il ne parvenait même pas à crier.
Mapheltan ouvrit lentement la bouche.
« Première question. À qui avez-vous acheté les renseignements sur ce domaine ? »
Aucune réponse.
« G-Guh… »
Seule une respiration rauque se faisait entendre.
Mapheltan tapota le front du voleur avec un long ongle.
« Tu peux mourir en paix si tu réponds. »
Le voleur resta figé.
Il ne parvenait pas à ouvrir la bouche.
Mapheltan claqua la langue.
Il fit doucement glisser son ongle acéré vers le bas.
Du sang coula sur le front du voleur.
Le sang rouge s’infiltra dans sa pupille terrifiée.
L’un de ses yeux prit une teinte aussi cramoisie que ceux de Mapheltan.
Il se mit soudain à hurler.
« Un démon ! Un démon ! C’est un démon ! Un démon ! »
Le voleur se mit à courir.
Il sprintait plus vite que jamais de toute sa vie.
Sa fuite avait quelque chose de plutôt comique.
Le coin des lèvres de Mapheltan se releva légèrement.
« Je commençais à m’ennuyer, et voilà qu’un divertissement se présente. »
Il n’aurait pas dû y prendre plaisir, mais il lui était difficile de retenir son rire.
Un ricanement résonna dans le domaine plongé dans le noir.
Mapheltan se retourna lentement.
Ses yeux se plissèrent en croissants de lune.
« Toi aussi, tu ferais mieux de courir. Vite. »
Le voleur restant recula avant de prendre la fuite à son tour.
Cette nuit-là, une partie de chat commença.
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