Chapitre 102
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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◈ Whispers of a Scheming Demon ◈
Chapitre 102 : Appréhension
──────
Dès qu’il entra dans Beldana, Johan se rendit directement au château du comte de Staviana.
Une immense forteresse s’étendait devant lui.
Le château de la Maison Myatro avait un charme désuet, mais celui du comte était le comble du luxe.
Même les soldats qui gardaient les portes portaient des armures étincelantes.
Sans la moindre inspection, ils laissèrent passer la voiture de Johan.
D’innombrables grilles de fer s’ouvrirent et se refermèrent les unes après les autres dans le château.
Ilea écarta légèrement le rideau et regarda dehors.
« On dirait que le comte a été informé de l’arrivée de Johan. »
Autrement, ils n’auraient jamais passé l’inspection.
Le château du comte était réputé difficile d’accès.
Johan acquiesça.
« Ils ont dû signaler notre arrivée au comte dès que nous avons franchi le pont-levis. »
Ilea réfléchit un instant avant de reprendre la parole.
« Je pense qu’on devrait mettre en place un système similaire dans la baronnie. »
Les défenses de Myatro étaient bien trop laxistes par rapport à celles du territoire du comte.
En vérité, quiconque était assez déterminé pouvait entrer dans le château du seigneur.
Il fallait que ça change.
« Je compte rénover tout le château une fois cette affaire réglée. »
Il leur fallait renforcer leurs effectifs et réparer le château.
« Ça me paraît judicieux. Je donnerai aussi un coup de main. »
« Pas besoin de t’en occuper. Concentre-toi sur ta tâche. »
Ilea entrerait dans la famille du comte en tant que fille adoptive et prendrait le contrôle de la haute société. Elle n’avait pas de temps à perdre avec d’autres affaires.
Ilea prit un air quelque peu blasé.
« Une tâche, hein. Ça commence maintenant, alors. Je sens déjà que je vais m’ennuyer. »
À peine eut-elle fini de parler que la voiture s’arrêta.
On frappa, puis une voix calme se fit entendre.
« Nous sommes arrivés. Veuillez descendre. »
Johan ouvrit la portière.
Un homme âgé, vêtu d’une tunique impeccable, s’inclinait devant lui.
Derrière lui s’étendaient un jardin verdoyant et de splendides bâtiments.
Johan le salua : « Ravi de vous rencontrer. Êtes-vous le majordome du comte ? »
« Oui. Appelez-moi Baden, je vous prie. C’est un honneur de rencontrer le Veilleur de Narak. »
L’homme qui s’était présenté sous le nom de Baden avait beaucoup de dignité et de sang-froid.
C’était probablement un roturier, mais il se comportait comme un noble.
« Très bien, Baden. Où est le comte ? J’aimerais le voir immédiatement. »
Baden désigna le bâtiment derrière lui.
« Veuillez d’abord vous rendre dans l’aile annexe. Le comte reçoit un autre visiteur. »
Le comte était extrêmement occupé. Même les nobles de haut rang devaient généralement attendre plusieurs semaines avant d’obtenir une audience privée.
Dans tout le royaume, seule une poignée de personnes, Johan compris, pouvait se présenter à l’improviste et rencontrer le comte.
Johan acquiesça.
« Je n’ai pas le choix. J’attendrai, montrez-moi le chemin. »
Il se dirigea droit vers le bâtiment qui se dressait devant lui.
* * *
Dans une chambre d’amis de l’aile annexe du château, Johan sirotait du thé en attendant le comte.
Le temps passa, mais le comte ne se montra pas.
À sa place, un visage familier entra dans la chambre.
« Sir Johan, cela fait longtemps. »
Le chevalier d’âge mûr au visage agréable sourit à Johan.
Johan lui rendit son sourire.
« Je suis heureux de vous revoir, Sir Maira. »
Maira était le chevalier qui s’était rendu chez le baron et avait remis à Johan l’invitation du comte.
« C’est un honneur que le Veilleur de Narak se souvienne de mon nom. »
Johan agita la main.
« Inutile de tant de formalités. D’ailleurs, j’aimerais aussi saluer Sir Kembell. »
Kembell avait accompagné Maira lors de sa visite chez le baron.
C’était le chevalier dont le visage était à moitié couvert de cicatrices.
À l’évocation du nom de Kembell, le visage de Maira s’assombrit.
Il esquissa un sourire gêné.
« Ha ha, Kembell n’est pas à Beldana pour le moment. Il est parti accomplir une autre mission. »
Johan eut un léger sourire en coin.
« Quelle mission peut bien avoir un traître ? »
Mapheltan avait ensorcelé Kembell, qui avait trahi le comte.
Il avait probablement déjà rejoint le Troisième Prince Gawain.
Maira dissimulait la vérité.
Johan connaissait toute l’histoire, mais fit semblant de rien.
« C’est dommage, mais tant pis. Veuillez transmettre mes salutations à Sir Kembell, la prochaine fois. »
Maira lui sourit avec amabilité.
« Bien sûr. Kembell regrettera sûrement lui aussi d’avoir manqué l’occasion de vous rencontrer. »
Ce n’était qu’une formule de politesse.
Kembell n’éprouvait aucune sympathie pour Johan, et Maira le savait bien.
Johan changea aussitôt de sujet.
« Le comte doit être très occupé. »
Johan attendait depuis un bon moment, mais le comte n’avait toujours pas daigné se montrer.
Maira prit un air plus grave.
« À vrai dire, un invité important est arrivé. »
L’expression sombre de Maira éveilla la curiosité de Johan.
« Puis-je vous demander de qui il s’agit ? »
« Le margrave du royaume, Wolfgang von Eisenfeldt, s’entretient actuellement en privé avec le comte. »
Johan fut quelque peu surpris.
« Cet esprit enraciné dans le Nord est descendu dans la région centrale ? »
Wolfgang avait de nombreux surnoms.
L’un d’eux était l’Esprit enraciné du Nord.
Wolfgang quittait rarement le Nord.
Même lorsque le roi le convoquait, Wolfgang envoyait souvent un représentant à sa place.
La politique ne l’intéressait pas.
Une seule chose l’intéressait.
Massacrer des bêtes magiques. Wolfgang von Eisenfeldt était un va-t-en-guerre fanatique.
Wolfgang n’accordait même pas un regard à la paisible région centrale.
Il n’avait absolument aucune raison de se rendre sur les terres du comte.
Johan trouvait cela profondément déroutant.
« Le margrave est dans ce château ? »
« En effet. C’est tout à fait inhabituel. »
C’était l’hiver, et le Nord était incroyablement actif à cette saison.
Quand le froid s’installait, les bêtes magiques au-delà du mur se mettaient peu à peu à descendre vers le sud.
Incapables de supporter le froid mordant, elles se dirigeaient vers la région centrale, plus clémente.
Les guerriers du Nord devaient repousser leur invasion.
À la chute du Nord, le continent tout entier serait piétiné et réduit en ruines.
Et pourtant, Wolfgang avait quitté le Nord en pleine saison hivernale.
Johan avait beau y réfléchir, il ne parvenait pas à deviner pourquoi.
Johan ravala un grognement.
« Sir Maira, pardonnez-moi, mais puis-je vous poser une question ? Pourquoi le margrave est-il descendu vers le sud ? »
Maira eut l’air embarrassé.
« Je n’en ai pas la moindre idée. Je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider. »
Johan claqua doucement la langue.
Alors qu’il se perdait dans ses pensées, le sol se mit à trembler sous de lourds coups sourds.
Le bâtiment tremblait.
On aurait dit qu’un séisme venait de frapper.
Johan murmura : « Qu’est-ce qui se passe tout à coup… »
Il ne put finir sa phrase.
La porte de la chambre s’ouvrit à la volée.
Johan et Maira se figèrent.
Ils avaient senti une présence écrasante.
Une silhouette imposante se tenait là, les yeux rivés sur la chambre.
Le regard de Wolfgang était celui d’un prédateur qui jauge sa proie.
Un silence pesant s’ensuivit.
Maira retrouva tant bien que mal ses esprits et prit la parole d’une voix tremblante.
« V-Votre Excellence, Grand Maréchal. »
L’invité qui s’était introduit sans prévenir n’était autre que Wolfgang.
Wolfgang von Eisenfeldt, Grand Maréchal du royaume et commandant suprême du Nord, se tenait devant Johan.
Johan était complètement abasourdi.
Il n’aurait jamais imaginé rencontrer Wolfgang sur les terres du comte.
D’après le roman d’origine, sa première rencontre avec Wolfgang devait avoir lieu plusieurs années plus tard.
Leur rencontre avait eu lieu bien trop tôt.
Les pensées de Johan se figèrent.
« Merde. »
Wolfgang était un homme particulièrement excentrique.
Si Johan le froissait, il aurait de sérieux ennuis.
Il devait trouver le moyen de faire bonne impression.
Johan se creusa la tête de toutes ses forces.
En s’appuyant sur le roman d’origine, il réfléchit à la manière de se comporter avec Wolfgang.
Wolfgang ne lui laissa pas le temps de penser.
Il entra à grands pas dans la chambre.
Chacun de ses pas faisait trembler le sol sous son immense carcasse.
Sa carrure, son expression et son regard dégageaient une pression écrasante.
« Exactement comme dans le roman. »
Les gens ordinaires ne pouvaient soutenir le regard de Wolfgang.
Même les bêtes magiques, pourtant incapables de connaître la peur, tremblaient devant lui.
Johan était un peu — non, très — tendu.
Bien sûr, il n’en laissa rien paraître.
Il garda l’expression la plus calme possible.
Wolfgang s’arrêta devant Johan.
Il ouvrit lentement la bouche.
« Combien de temps comptes-tu rester assis ? »
Johan ne s’était pas levé.
En somme, il manquait de respect à son visiteur.
À la vue du Grand Maréchal du royaume, il était d’usage de se lever et de lui témoigner son respect.
Johan répondit calmement.
« Jusqu’à ce que vous révéliez votre identité. »
Un sourcil de Wolfgang tressaillit.
Maira paniqua, ne sachant que faire.
« S-Sir Johan, qu’est-ce que vous racontez ? Saluez vite Son Excellence le Grand Maréchal. »
Johan fronça les sourcils.
« Vous prétendez que ce malotru est Son Excellence le Grand Maréchal ? »
Maira blêmit.
Le comte de Staviana, qui venait d’entrer, observait en silence Johan et Wolfgang.
Une veine saillit sur le front de Wolfgang.
Il fixa Johan droit dans les yeux.
« … Un malotru ? »
Johan ne détourna pas le regard.
« Vous êtes vexé ? Vous n’avez pas le droit de vous mettre en colère. »
Wolfgang n’avait témoigné aucune courtoisie à Johan.
Il était entré dans la chambre sans permission et lui avait parlé de haut.
S’il y en avait un qui avait manqué de respect à l’autre en premier, c’était Wolfgang.
Wolfgang prit la parole d’une voix grave.
« Je m’appelle Wolfgang. Maintenant, en ai-je le droit ? »
Johan ne montra aucun signe d’agitation.
Il se contenta d’esquisser un léger rire.
« Pouvez-vous le prouver ? »
Wolfgang laissa échapper un rire incrédule.
« Gamin, répète un peu ça. »
Même Wolfgang, qui avait vécu cent cinquante ans, avait rarement rencontré pareille insolence.
Johan répondit d’un ton égal.
« J’ai du mal à croire que vous soyez Son Excellence le Grand Maréchal. Pourquoi le rempart du Nord se trouverait-il dans le Sud en plein hiver ? Tant que vous ne m’aurez pas prouvé qui vous êtes, vous ne serez à mes yeux qu’un imposteur. »
Wolfgang observa Johan en silence, puis tourna son regard vers le comte de Staviana.
Le comte de Staviana répondit avec une expression étrangement satisfaite.
« Ainsi en a décidé le Veilleur de Narak. »
Les lèvres de Wolfgang s’étirèrent lentement.
Il arborait un sourire cruel.
« Très bien. Dans ce cas, montre-moi de quoi est capable le Veilleur de Narak. Si tu n’es pas à la hauteur de mes attentes, je te tuerai de mes propres mains. »
Dans le même temps, Wolfgang serra les deux poings.
Sa chemise explosa sur son corps en un instant.
Son torse nu, couvert de cicatrices et de muscles, apparut au grand jour.
Ce n’était pas un corps ordinaire.
C’était celui d’un homme qui avait passé toute sa vie à ramper dans l’enfer.
L’air autour d’eux s’alourdit soudain.
La gravité écrasa toute l’aile annexe.
Tous les serviteurs s’effondrèrent au sol.
Même Maira, pourtant chevalier, ne put y résister.
Il eut un souffle rauque.
Cette pression écrasante lui arracha un gémissement.
Johan fronça les sourcils.
« … C’est exactement comme Beris. »
Quand il avait invoqué Beris, le rang insondable de l’Apôtre avait écrasé tout l’espace alentour.
C’était pareil, à présent.
Le vieux général devenu Transcendant dégageait une présence comparable à celle d’un Apôtre.
Résistant à la pression, Johan se força lentement à se relever.
Il soutint directement le regard de Wolfgang.
« Johan von Myatro. C’est un honneur de vous rencontrer, Votre Excellence le Grand Maréchal. »
Le sang ruisselait du nez de Johan.
Son expression resta pourtant calme.
Les lèvres de Wolfgang s’étirèrent jusqu’aux oreilles.
Il éclata de rire.
« Ha ha ! Quel drôle de type ! Bienvenue dans le Nord, Veilleur de Narak ! »
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