Chapitre 1 297
Ren prit un instant pour exposer la situation stratégique dans son ensemble à ceux qui ne maîtrisaient pas encore tout à fait le fonctionnement des anciennes chambres fortes.
« Notre priorité absolue, c’est de récupérer les sept anneaux qui se trouvent de notre côté de la faille, expliqua Ren en posant les jointures de ses doigts sur le bord sud de la carte.
« Hier, Sirius et Liu ont réussi à arracher l’Anneau de l’Ombre au territoire de Selthia. Comme il lui manque cette pièce, même si elle parvient à s’emparer d’un Anneau de lumière aujourd’hui, elle n’aura toujours pas toutes les clés nécessaires pour ouvrir la troisième chambre forte. De notre côté, il ne nous en manque qu’un. Si nous récupérons notre Anneau de lumière au sud, les sept clés se trouveront à l’intérieur de nos murs. Il ne me restera alors qu’à trouver un moyen de récupérer les trois anneaux actuellement fusionnés à Dragarion.
Il marqua une pause pour laisser ses paroles faire leur chemin, puis fit glisser son doigt vers la frontière nord du territoire de Yino.
« Le Dragon de lumière du nord devient donc notre cible secondaire, poursuivit Ren. Malgré tout, notre objectif reste le même que celui dont nous avons parlé plus tôt. Nous ne nous contenterons pas d’un match nul aujourd’hui. Dès que mon équipe aura terminé au sud, nous filerons droit vers le nord pour récupérer l’anneau et le noyau de ce deuxième Gardien. Il faut mettre ce noyau hors jeu, pour que Selthia ne puisse pas l’injecter dans la prison sous le château.
Min fronça les sourcils et croisa les bras en regardant les deux sommets éloignés sur le parchemin. « Est-ce qu’on aura vraiment assez de puissance de feu pour gagner, ou même tenir le front nord sans toi dès le début ? »
« Le gros de notre avant-garde marche vers le nord sous les ordres de Selphira, répondit Ren. C’est là-haut que se déroulera la véritable guerre de tranchées aujourd’hui. Un Gardien de lumière ne frappe pas aussi fort que les autres, mais il est beaucoup plus tenace : son cuir est fait pour encaisser les coups, et son organisme répare ses blessures presque aussi vite qu’on peut les lui infliger. Le vaincre à l’ancienne, c’est s’engager dans une épuisante guerre d’usure qui exige une pression constante et des relèves nombreuses sur la ligne de front. J’emmène une petite équipe d’assaut rapide vers le sud pour frapper fort et vite, tandis que l’armée principale s’appuiera sur le nombre pour soit épuiser le Gardien du nord, soit tenir la ligne jusqu’à mon arrivée.
Une fois les raisons exposées, les derniers ordres de déploiement furent arrêtés.
Le bataillon principal, qui regroupait la grande majorité des combattants les plus puissants du royaume et des unités de soutien, s’envolerait vers le nord pour contenir la horde de mutants et entamer le long processus d’usure du Gardien de lumière de Yino.
De son côté, Ren mènerait une unité réduite et rapide droit vers le sud pour repousser l’avant-garde de Selthia, s’emparer du dernier Gardien de Yano — de son anneau comme de son noyau — et compléter leur collection.
Deux fers de lance offensifs fonçant vers les extrémités de la carte.
Une capitale au centre, protégée par un périmètre défensif resserré.
Et quelque part sous leurs pieds, enfoui à l’abri des regards, un Noyau d’ombre volé que Selthia gardait en réserve comme atout maître, attendant de voir quel front Ren choisirait avant de le lancer sur l’autre.
« Je vous retrouverai tous de l’autre côté », lança Ren en sautant sur le dos de son immense Mante. La chaleur dorée de la ligne tellurique du château vibrait dans ses veines. Trois unités, des cristaux et un noyau étaient bien rangés dans son espace d’ombre, et il tenait trois anneaux élémentaires dans sa main. Il contempla les rangées de dompteurs montés qui attendaient dans la cour. « Nous reviendrons tous vivants, sans exception, comme hier.
Un grondement approbateur parcourut les rangs.
Quelques instants plus tard, les armées réunies de l’humanité s’élevèrent dans les airs et se séparèrent en deux grandes formations, filant vers les derniers Gardiens et les ultimes heures de la guerre.
♢♢♢♢
Sur la route du sud, Ren ne prit pas la peine de dissimuler son approche.
Il ne rasa pas la cime des arbres pour se soustraire aux regards, ne déploya pas de voiles d’illusion au-dessus des plaines et ne prit pas non plus le temps de se faufiler lentement entre les patrouilles de reconnaissance mutantes. Ces tactiques furtives leur avaient été utiles lors de la campagne précédente, quand la surprise était leur meilleure arme et que Selthia ignorait où frapperait le fer de lance humain.
Mais aujourd’hui, il n’y avait plus rien à cacher. Au contraire, Ren voulait qu’elle le sente arriver à des kilomètres et le voie foncer à pleine vitesse.
Les premières forces de Selthia affrontaient déjà le Gardien au pied des montagnes ; la course au dernier élément avait commencé dès son réveil. Perdre vingt minutes à masquer leur trace en volant plus lentement ne ferait que laisser à son avant-garde plus de temps pour entamer les écailles du Gardien.
Ren traversa donc le ciel tout droit, à vive allure et sans chercher à passer inaperçu.
Sa Mante fendait le vent du sud à toute vitesse. Juste derrière lui volaient les cinq seules personnes qu’il avait emmenées pour cette mission : Luna, Larissa, Liora, Liu et Sirius. À leur rythme actuel, ils traverseraient la zone de guerre et atteindraient l’arrière-garde de Selthia en moins d’une heure.
Cinq minutes après leur départ, un faucon messager tomba des nuages, porteur de la première dépêche. Dix minutes plus tard, un deuxième oiseau arriva.
Les éclaireurs avancés postés près de la montagne du sud signalaient un changement curieux sur le front sud. Dès que le réseau de surveillance de Selthia avait repéré la signature de Ren, qui fonçait sans chercher à se dissimuler dans leur direction, l’armée mutante encerclant le Dragon de lumière avait commencé à rompre les rangs.
Au lieu de redoubler d’efforts pour achever le Gardien avant son arrivée, la horde avait ralenti l’assaut et commencé à disperser ses Bêtes d’élite dans les vallées alentour.
La raison était évidente : elles cherchaient simplement à sauver leur peau. Selthia se souvenait trop bien du cimetière en flammes des marais du nord, et elle craignait que Ren ne surgisse des nuages pour réduire tout le bataillon en cendres d’un seul coup si elle maintenait ses troupes regroupées au pied du sommet.