Chapitre 9
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 9 : Mission d’escorte (2)
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Après la Grande Invasion, l’Empire sombra dans le chaos, et d’innombrables seigneurs et héros se déchaînèrent.
Trois figures se détachaient du lot.
Jeg, le Seigneur au Sang de Fer.
Yulia, l’Impératrice des Pirates.
Arhan, le Sage Roi de l’Est.
Markus… non, Marcus était l’un des deux grands piliers du Sage Roi Arhan. Dans le jeu, c’était un talent de premier plan qu’il ne fallait surtout pas laisser passer.
Ses talents de commandant et son maniement de la lance sur le champ de bataille étaient célèbres, même parmi les joueurs.
Il a l’air bourru, mais il accorde plus d’importance à la loyauté qu’à sa propre vie. Un grand homme, vraiment.
Il était l’équivalent de Guan Yu dans Les Trois Royaumes.
Je savais que Marcus avait servi à la Frontière du Nord, mais l’histoire ne précisait jamais quand. J’avais fini par abandonner tout espoir.
Je n’aurais jamais cru le voir apparaître aussi ouvertement devant moi.
C’est le destin !
Je devais recruter Marcus.
N’était-ce pas lui qui avait fait d’Arhan, simple voyou des bas-fonds, un roi ?
Son potentiel futur ne faisait aucun doute.
Mais surtout, c’était un talent exceptionnel, capable de combler immédiatement le manque de puissance de combat de mon escouade.
Obtenir de Berun le pouvoir de recruter, c’était un coup de maître.
À n’importe quel autre moment, le recruter n’aurait pas été facile.
Peu importait l’époque ou le lieu, toutes les unités voulaient naturellement mettre la main sur des recrues prometteuses.
Mais…
Et qu’est-ce que vous pouvez y faire, bande d’abrutis ?
J’avais le pouvoir de recrutement que Berun m’avait accordé.
Le faire entrer dans l’escouade serait un jeu d’enfant.
Bon, je ne peux pas garantir que Marcus s’ouvrira à moi juste parce que je fais des efforts, mais…
Et si nous développions un esprit de camaraderie, alors quoi ?
Le chef d’escouade devient son grand frère, puis ce grand frère devient son seigneur. C’est comme ça que ça se passe, non ?
En plus, ce serait aussi une bonne chose pour Marcus.
À l’origine, Arhan ressemblait à un certain sieur Liu des Trois Royaumes. Chassé de son territoire, il avait erré en se faisant passer pour un vassal, et n’avait bâti un véritable royaume qu’après quarante ans.
Dans l’histoire, Marcus avait souffert à ses côtés et gâché toute sa jeunesse.
Marcus vaut bien mieux qu’un voyou des bas-fonds comme Arhan.
Quinze jours après avoir échoué dans ce monde, je ressentis pour la première fois une telle convoitise pour un talent.
À la seule idée que je pourrais recruter Marcus si nous menions à bien la mission d’escorte sans encombre, ma motivation s’envola.
« Nous partons dans deux jours, alors le temps presse. Vous feriez mieux de vous préparer sans tarder. »
« Oui, monsieur ! »
Après avoir reçu quelques brèves instructions par l’intermédiaire de Mac, je retournai directement à la caserne et annonçai à mon escouade qu’on nous avait confié une mission d’escorte.
En un sens, je leur apportais du travail ; je craignais donc qu’ils le prennent mal. Mais je m’inquiétais pour rien.
« Une mission d’escorte ?! »
« Ça veut dire qu’on quitte l’unité ? »
« Waouh ! Ça fait combien de temps qu’on n’a pas respiré d’air frais ? »
Les soldats-bagnards n’avaient pas le droit de quitter leur unité sans raison particulière.
Nous allions certes rester dans les limites de la Frontière du Nord, mais ils étaient ravis à la seule idée de sortir de l’unité.
Deux jours plus tard, mon escouade et moi étions donc debout et prêts à partir de bon matin.
Pellon avait été chargé de superviser la mission d’escorte.
Comme nous nous connaissions déjà un peu, je le saluai le premier.
« Je me réjouis de travailler avec vous. »
« … Berun m’a parlé de vous, alors je vais vous faire confiance pour l’instant. Mais si vous essayez de déserter, je ne laisserai pas passer ça. Gardez-le à l’esprit. »
« Oui, monsieur. Ne vous inquiétez pas. »
Si je désertai, je serais recherché dans tout l’Empire et des mercenaires lancés à mes trousses par la prime sur ma tête me poursuivraient jusqu’à ma mort. Pourquoi diable déserterais-je ?
À moins que la Grande Invasion ne soit sur le point d’éclater dès le lendemain, je n’avais aucune intention de déserter.
« Vous devez ramener les soldats-bagnards à l’unité avant le coucher du soleil. Alors, dépêchez-vous. »
Sur les ordres de Pellon, nous nous engageâmes aussitôt sur la route enneigée.
Cinq heures environ s’écoulèrent.
Après avoir traversé un chemin forestier rectiligne, bordé de buissons maigres et rabougris, nous aperçûmes le point de rendez-vous.
« Sieur Pellon, les voilà ! »
« Oui. On dirait qu’ils sont arrivés avant nous et qu’ils attendent. »
Un groupe se tenait au milieu du chemin forestier.
C’étaient des soldats d’une unité de l’arrière, chargés d’escorter les soldats-bagnards.
Genn s’avança pour les représenter et les salua.
« Je suis Pellon, chef d’escouade des soldats réguliers de la troisième unité de soldats-bagnards. Êtes-vous l’unité d’escorte de l’arrière ? »
« C’est exact. Je suis Genn, chef d’escouade de l’unité de soutien arrière. »
« L’unité de soutien ? L’officier d’escorte n’est pas venu en personne ? »
« L’officier d’escorte avait d’autres affaires à régler, alors on m’a chargé de cette mission. »
« Je vois. »
Pellon hocha la tête, puis observa avec perplexité les bâches bien serrées autour des chariots grillagés.
« Mais pourquoi ces chariots d’escorte sont-ils recouverts de bâches ? »
« Eh bien… il fait froid dans le Nord, alors nous les avons installées pour éviter que les soldats-bagnards ne meurent de froid en chemin. »
« Hmm. Je vois. »
En écoutant Pellon et Genn discuter, je fronçai les sourcils sans m’en rendre compte.
L’expression étrangement crispée de Genn.
Un malaise inexplicable me parcourut l’échine.
Les types qui ont quelque chose à cacher avaient toujours cette tête-là, dans mon ancienne vie aussi.
Je me demandai si j’avais raté quelque chose et regardai autour de moi.
Un chemin forestier couvert de neige.
Six chariots dont les bâches dissimulaient l’intérieur.
Dix soldats venus nous remettre les prisonniers.
Rien de particulièrement étrange… Non, une seconde !
Six chariots ?
Si je me souvenais bien, il y avait moins de vingt recrues à récupérer cette fois-ci.
Un chariot d’escorte pouvait transporter environ huit personnes.
Trois chariots auraient dû suffire.
Le nombre d’escortes venues de l’arrière était également suspect.
Genn n’avait amené qu’une dizaine de soldats.
Sans compter les conducteurs, il n’y en avait donc que quatre pour surveiller les environs.
Même à l’arrière, où la menace des barbares était faible, ils n’auraient jamais organisé leurs effectifs aussi négligemment.
Se pourrait-il que…
En fixant les chariots étroitement bâchés, je me rappelai une possibilité tirée du jeu.
La traite des esclaves.
Dans Chant de l’Empire, certains événements ou embranchements pouvaient se produire avec une probabilité donnée.
Le plus simple était de les considérer comme des événements aléatoires rares.
La traite des esclaves en faisait partie. Des officiers corrompus s’entendaient avec des marchands d’esclaves pour détourner des soldats-bagnards et les vendre.
Dans le jeu, les marchands d’esclaves avaient environ dix pour cent de chances de détourner des soldats-bagnards.
C’était le genre de chose qui n’arrivait que rarement, quand on n’avait pas de chance ; la plupart des joueurs n’y prêtaient donc pas grande attention. Pourtant, même si les chances étaient faibles, le fait de tomber dessus ne suffisait pas à rendre l’expérience réelle. Et là, je la vivais pour de bon ; c’était différent.
Il y avait là une vraisemblance que je n’avais jamais ressentie en jouant. Plus précisément, je comprenais un peu mieux pourquoi ces salauds faisaient ça.
Pour les marchands d’esclaves, les soldats-bagnards — des criminels traînés de force jusqu’au front — devaient ressembler à de l’argent qui n’attendait que d’être ramassé.
La plupart des soldats-bagnards étaient aussi des hommes forts et en bonne santé.
Ils ne devaient probablement pas résister à la tentation de les vendre à prix d’or.
Voilà une économie vraiment créative.
Si j’avais accepté les chariots sans me poser de questions et repris la route, les hommes soudoyés par les marchands seraient apparus, nous auraient tués, se seraient emparés des chariots et auraient fait croire à une attaque de barbares ou de bandits.
Une fois la remise effectuée, il aurait été impossible de tenir Genn et l’unité de l’arrière pour responsables, quoi qu’il arrive.
Le crime parfait…
Allez donc essayer de duper quelqu’un d’autre, bande d’imbéciles.
Ils avaient beau avoir tout minutieusement préparé, ils ne pouvaient tromper ni les connaissances accumulées au fil de mes années de jeu, ni l’œil aiguisé que j’avais développé dans l’armée.
« Tout le monde, aux armes ! »
« Monsieur ?! »
« Cessez de traîner et bougez ! »
Si je m’étais trompé, Pellon m’aurait sévèrement réprimandé.
Malheureusement pour eux, cela ne semblait pas près d’arriver.
Genn réagit à l’instant même où j’eus fini de parler.
« Merde ! Ils ont compris ! »
À son cri, des dizaines de personnes surgirent de la neige.
Vêtues de bric et de broc et armées de toutes sortes d’armes, elles ne pouvaient être que des bandits ou des mercenaires engagés par les marchands d’esclaves.
« Qu’est-ce que… ? »
Pellon fut pris de court par ce brusque retournement de situation. En temps normal, je lui aurais expliqué les choses plus calmement, mais je n’avais pas le temps de le rassurer. Je décidai de lui montrer plutôt que de lui expliquer.
Je dégainai la hachette récupérée lors de notre expédition contre les barbares et la lançai de toutes mes forces vers l’ennemi le plus proche.
Paf !
La tête de l’homme éclata avant même qu’il ait pu réagir.
À la vue de leur camarade qui s’effondrait sous leurs yeux, les ennemis qui s’étaient rués en avant sans hésiter marquèrent un temps d’arrêt.
Pendant ce temps, Pellon reprit ses esprits en voyant le sang rougir la neige.
« … Ubel, pourriez-vous m’expliquer brièvement ce qui se passe ? »
Je lui répondis en arrachant la bâche qui recouvrait l’un des chariots.
À l’intérieur se trouvaient des femmes et des enfants, des gens qui ne pouvaient en aucun cas être des soldats-bagnards. Ils avaient la bouche bâillonnée et tremblaient de tout leur corps.
« Mais… ! »
« De la traite d’esclaves. On dirait que le superviseur s’est entendu avec des marchands d’esclaves pour détourner des soldats-bagnards, ainsi que d’autres esclaves. »
La moitié des personnes enfermées dans les chariots étaient des soldats-bagnards.
Le reste semblait composé d’esclaves enlevés à part ou vendus illégalement.
« Alors, ce que vous disiez était vrai. Ouf… »
Après avoir pris une profonde inspiration, Pellon donna ses ordres, le regard sombre.
« Tout le monde ! En position de combat ! Éliminez ces bandits qui bafouent la discipline de l’Empire. »
« Oui, monsieur ! »
Les soldats prirent rapidement position. À cette vue, les mercenaires échangèrent des regards embarrassés.
Rien d’étonnant à cela.
Les mercenaires étaient des hommes qui se battaient pour l’argent.
Si leur plan échouait ou que leur vie était en danger, ils prenaient naturellement la fuite.
Genn le vit et cria, désespéré :
« Qu’est-ce que vous foutez ? Vous voulez tous mourir ? Vous croyez qu’ils vont vous laisser partir ? Il n’y a plus de retour en arrière ! La seule solution, c’est de les enterrer jusqu’au dernier ! »
Les mercenaires pouvaient toujours s’enfuir, mais Genn, en tant que responsable de toute l’affaire, n’en avait pas la possibilité.
Il me désigna, moi et mon escouade.
« Regardez l’insigne sur l’épaule de ces salauds ! Ce sont tous des soldats-bagnards ! »
En voyant qu’un tiers de l’unité d’escorte était composé de soldats-bagnards, les yeux des mercenaires s’illuminèrent.
Ils semblaient avoir conclu qu’ils avaient de bonnes chances de l’emporter.
Ils n’avaient pas tout à fait tort.
Nous nous trouvions sur un chemin forestier assez large pour laisser passer une dizaine d’adultes. Avec les arbres dénudés et l’herbe couverte de neige de part et d’autre, l’endroit ressemblait à une plaine dégagée.
L’ennemi comptait une soixantaine d’hommes, contre seulement trente dans notre unité d’escorte.
À leurs yeux, un tiers d’entre nous n’étaient que des soldats-bagnards, à peine plus que de la chair à canon. Les mercenaires pensaient sans doute pouvoir l’emporter sans trop de difficulté.
Oui.
Si nous avions été de simples soldats-bagnards, ils auraient eu raison.
« Escouade d’Ubel, dix hommes. »
« Oui, monsieur ! »
« Levez vos boucliers et formez un cercle. »
Tout cet entraînement acharné avait porté ses fruits. Même pris au dépourvu, les hommes de mon escouade, Max compris, bougèrent sans hésiter et formèrent un cercle de boucliers.
En temps normal, ils auraient dû suivre les ordres de Pellon.
Mais ils avaient travaillé avec moi pendant tout ce temps.
Mieux valait que je les commande directement plutôt que de les laisser aux ordres d’un autre.
Pellon dut le comprendre, car il se contenta de hocher la tête en silence.
Très bien. J’ai donc son accord tacite.
À présent, je n’avais plus qu’à me concentrer sur les ennemis qui fonçaient vers nous.
« Tuez-les tous ! »
« Il suffit de retenir les soldats réguliers ! Occupez-vous d’abord des soldats-bagnards ! »
Sur leurs gardes face à Pellon et aux soldats réguliers, les ennemis fixèrent mon escouade et moi.
Ils comptaient sans doute éliminer d’abord le camp le plus faible, puis profiter de leur supériorité numérique pour s’occuper de Pellon et des soldats réguliers.
Ces salauds nous prennent vraiment pour des moins que rien.
Il était temps de leur donner une bonne leçon.
« Tout le monde, attendez calmement. »
Armés de boucliers et d’armes tout juste fournis, les hommes de mon escouade attendirent l’ennemi, le visage résolu.
Quand la distance se réduisit à une dizaine de pas,
« Maintenant. Lancez ! »
Comme s’ils n’attendaient que ça, ils saisirent les hachettes à leur ceinture et les lancèrent.
Ffffft !
Les hachettes filèrent vers les ennemis avec une force terrible.
Leur adresse laissait à désirer : elles ne touchèrent pas toutes leur cible.
Malgré tout, cinq des neuf hachettes se fichèrent dans des corps ennemis. Ce n’était pas rien.
Les mercenaires qui suivaient furent stupéfaits de voir leurs camarades s’écrouler sous leurs yeux, et ce fut une grave erreur.
« Relancez ! »
Crac !
Des fleurs rouges s’épanouirent sur l’étendue de neige blanche.
Comme beaucoup avaient hésité, deux hachettes de plus atteignirent leur cible que la fois précédente.
« Espèces de salauds… ! »
Comprenant qu’ils n’arriveraient à rien comme ça, les mercenaires se lancèrent hardiment à l’assaut.
Ils se sont dit qu’ils auraient l’avantage s’ils franchissaient les boucliers et forçaient le combat rapproché ?
À première vue, c’était un choix plutôt judicieux.
Même si notre formation tient bon, l’ennemi est plus nombreux. Si ça dégénère en mêlée, nous risquons fort de perdre.
Cependant…
Qui a dit que je les laisserais approcher ?
Je décidai de leur montrer pourquoi les boucliers et les lances étaient si redoutables dans un combat aux armes blanches.
« Piquez. »
Des ouvertures apparurent entre les boucliers et les lances jaillirent. Les ennemis reculèrent, horrifiés.
« Bande de lâches ! »
Quelques mercenaires particulièrement agiles parvinrent à s’approcher des boucliers et à menacer mon escouade, mais je m’occupai personnellement d’eux.
« Dégage, espèce de putain de salaud ! »
Je levai la grande hache des barbares et l’abattis de toutes mes forces, comme pour fendre une bûche.
Un mercenaire esquissa un sourire narquois et leva son bouclier.
Il comptait sans doute bloquer mon attaque, puis profiter de l’ouverture pour frapper.
Désolé, mais tu avais déjà tout faux en croyant pouvoir la bloquer.
Boum ! Crac !
La hache, portée par une force monstrueuse, ne se contenta pas de fracasser le bouclier. Elle écrasa aussi la tête de l’homme qui ricanait.
Après lui avoir broyé la tête et le bouclier d’un seul coup, j’attrapai le cou d’un autre mercenaire qui suivait derrière et le tordis sans effort.
Crac !
« !!!!!!!!!!!!!!!! »
Les mercenaires, qui chargeaient en hurlant des insultes, se figèrent en voyant le cou d’un homme se tordre comme celui d’une poupée.
Le silence tomba sur le champ de bataille.
Un à un, les ennemis blêmes commencèrent à donner leur avis sur moi.
« Cinglé… »
« U-un monstre ! »
Me traiter de monstre, c’était un peu dur.
Je n’étais qu’un soldat bienveillant qui voulait accomplir son service.
Notes :
« Économie créative » est une allusion ironique à un slogan politique coréen, employée ici pour se moquer du plan des criminels.
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