Chapitre 8
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 8 : Mission d’escorte (1)
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Quinze jours s’étaient déjà écoulés depuis mon arrivée dans l’unité.
Pendant ce temps, notre escouade de dix hommes avait connu bien des changements.
Le premier concernait l’entraînement.
Une fois certain que les membres de l’escouade avaient acquis des bases solides, j’en avais immédiatement augmenté l’intensité.
« Très bien, cent cinquante maintenant. Vous n’allez pas peiner pour si peu. À terre, encore. Un. »
« Un ! »
« Deux. »
« Deuuux ! »
Les membres de l’escouade faisaient des pompes en suivant mon compte.
Ces séances plus rudes avaient renforcé leur corps, mais leurs gémissements avaient gagné en volume tout autant.
« Qu’est-ce que vous faites ? Si vous avez fini vos pompes, préparez-vous pour l’exercice suivant. »
« C-commandant, on pourrait se reposer juste un instant… »
« C-c’est vrai. J’ai l’impression que je vais mourir. »
Quoi ? Ils étaient fatigués ?
Ces salauds se ramollissaient.
« Inacceptable. Tout le monde en position de repos. »
« E-en position de repos ! »
Comme Walter et Raul s’étaient plaints, les autres membres de l’escouade furent punis avec eux et leur lancèrent des regards meurtriers.
« Qu’est-ce que vous faites ? Cessez de regarder partout et concentrez-vous. »
« O-oui, mon commandant ! »
Tout en les réprimandant, je leur rappelai pourquoi nous nous entraînions.
« Je me fiche que vous vous donniez à fond jusqu’à vous écrouler. Mais vous plaindre d’être fatigués avant même de tomber, c’est inacceptable. Vous croyez que les barbares qu’on a vus tout à l’heure se soucieront de votre situation ? »
« Non, mon commandant ! »
« Alors pourquoi vous dites ça, si vous le savez ? »
« Désolés, mon commandant ! »
Walter et Raul, les responsables de toute cette histoire, répondirent plus fort que les autres. C’était plutôt impressionnant.
Voyant que les autres continuaient à leur jeter des regards en coin, je leur rappelai un principe que je leur avais déjà enseigné.
« Ne trouvez pas injuste d’être réprimandés ensemble parce qu’un autre a commis une erreur. Vous êtes des camarades qui devez combattre dos à dos. Qu’est-ce que je vous ai répété sans arrêt ? Quelle est la règle quand un camarade commet une faute ? »
« La responsabilité collective ! »
Bien. Au moins, ils s’en souvenaient.
Ça ne voulait pas dire pour autant que j’allais les laisser tranquilles.
« Vous n’êtes pas synchronisés. En position de repos arrière, encore. »
« E-en position de repos arrière ! »
« Oh ? Vous serrez les dents. Vous êtes en colère ? »
« Non, mon commandant. »
« Si vous êtes en colère, dites-le-moi quand vous voulez. Votre commandant d’escouade est prêt à retirer ses insignes pour se battre avec vous, si ça vous tente. »
Bien sûr, j’appelais ça un combat, mais ça n’aurait pas été très différent d’une raclée déguisée.
Personne ne réclama de combat.
Pendant que je leur faisais subir leur punition, j’entendis des murmures au loin.
« Hé, regardez là-bas. »
« Où ça ? »
« Ces types, là-bas. »
« Tss, tss. Ils passent encore un sale moment. »
À présent, tout le monde dans l’unité savait que je faisais travailler mes hommes sans relâche. Les soldats-bagnards qui, au début, avaient envié les membres de mon escouade après avoir entendu parler de moi les regardaient maintenant avec pitié, comme s’ils n’avaient jamais éprouvé une telle envie.
« Pff, les pauvres types. »
« Sérieusement. Je retire ce que j’ai dit, quand je les enviais. »
« Hé. Comment ils font pour vivre comme ça ? »
Les membres de l’escouade grinçaient des dents, le meurtre dans les yeux. Ils avaient visiblement beaucoup à répondre aux moqueries des autres soldats-bagnards.
« Ces fils de pute… »
« Hh… hh… Ils croient… qu’on fait ça… sans raison ? »
« Quand on ira au combat, j’espère qu’ils se feront poignarder et qu’ils crèveront. »
Leur affection pour moi et leur mécontentement face à l’entraînement se disputaient en eux. À force de se mêler, ces sentiments les poussèrent à se convaincre que tout cela était pour leur avenir.
Ce n’est pas complètement faux.
L’entraînement augmentait bel et bien leurs chances de survie.
Enfin, si je les fais bosser aussi dur un mois de plus, ils deviendront au moins de bons soldats.
Je voulais aussi leur enseigner le maniement de la lance et améliorer leurs aptitudes individuelles, mais…
Dans ma vie précédente, je n’étais pas lancier, et je n’y connais rien. Qu’est-ce que je pourrais bien leur apprendre ?
Mes connaissances en maniement des armes étaient trop limitées. Je n’avais donc pas d’autre choix que d’y renoncer.
Hein ? Qu’est-ce que vous avez dit ?
J’avais l’air de faire trimer l’escouade jusqu’à l’os tout en m’épargnant ?
Désolé, mais je travaillais tout aussi dur qu’eux.
Une fois le programme de la journée terminé, alors que les membres de l’escouade se reposaient,
« Vous avez mis plus de force dans vos bras aujourd’hui. »
Clac !
L’épée de Berun frappa mon poignet.
Mon épée en bois m’échappa et vola au loin.
Berun avait peut-être décidé de ne plus se retenir du tout, car il faisait maintenant appel à son mana sans réserve.
Je me massai le poignet et marmonnai une plainte à voix basse.
« Vous ne pourriez pas y aller un peu moins fort ? »
« Haha, j’aimerais bien, mais vous êtes extraordinairement doué. Tout ça fait partie de votre entraînement, alors ne croyez pas que je sois trop dur avec vous. »
Difficile de contester un argument aussi raisonnable.
Voilà déjà huit jours que j’avais commencé à apprendre auprès de Berun.
On disait que l’être humain s’habituait à tout, et ça semblait vrai. À force d’apprendre en me faisant rosser, les techniques de combat commençaient peu à peu à m’être familières.
Grâce à ça, j’en étais arrivé à pouvoir tenir tête à Berun de façon assez convaincante, mais il me manquait encore un peu pour prendre le dessus.
« Vous avez bien travaillé aujourd’hui. Arrêtons là. »
« Oui, monsieur. »
L’entraînement était fini pour aujourd’hui ?
Je devrais me reposer en rentrant à la caserne.
Alors que j’allais ranger le terrain d’entraînement en prenant soin de mon corps épuisé, Mac vint chercher Berun.
« Seigneur Berun, j’ai rapporté l’objet que vous aviez demandé au dépôt de ravitaillement. »
« Oh ! C’est déjà prêt ? Parfait, juste à temps. Ubel ! »
« Oui, monsieur ! »
Interloqué par cet appel inattendu, je m’approchai. Berun me tendit la boîte que Mac avait apportée.
« Ouvrez-la. »
À sa demande, j’ouvris la boîte et découvris une cuirasse de fer à l’intérieur.
« Seigneur Berun, qu’est-ce que c’est ? »
« Ces derniers temps, j’ai reçu des rapports de l’officier au ravitaillement et des autres chefs d’escouade. Non seulement vous accomplissez vos tâches tous les jours sans vous reposer, mais vous vous portez aussi volontaire dès qu’il y a du travail, même si personne ne vous le demande. Je n’entends que des éloges à votre sujet. »
« C’est vrai, mais… »
Après avoir dit à Berun que je souhaitais qu’on me confie davantage de tâches, j’avais travaillé tous les jours sans prendre de repos. Chaque fois que l’unité avait besoin de bras, je m’étais proposé.
Puisque j’avais décidé de travailler dur, autant donner tout ce que j’avais.
Résultat, on me traitait désormais comme un soldat de classe A à part au sein de l’unité. Cela dit, je n’aurais jamais imaginé que Berun m’offrirait un cadeau pour ça.
« En tant que commandant, je récompense ainsi le soldat le plus diligent de l’unité. Ne refusez pas. Prenez-la. »
« Même si vous le dites comme ça, c’est un peu… »
Comme j’hésitais, Mac prit lui aussi la parole.
« Ne refusez pas. Le centurion a demandé personnellement au dépôt de ravitaillement de la faire fabriquer pour vous. »
« Hum. J’ai simplement fait fondre une armure inutilisée et l’ai fait ajuster à votre taille. Vous n’avez pas à vous sentir obligé. »
Berun me disait de ne pas me sentir obligé, mais les cuirasses coûtaient extrêmement cher dans ce monde.
Ce n’était pas un équipement qu’un simple soldat pouvait porter.
Même la plupart des soldats réguliers portaient une armure matelassée appelée gambison. Un soldat-bagnard avec une cuirasse de fer ?
Même si elle avait été fabriquée à partir d’une vieille armure recyclée, c’était beaucoup trop.
Est-ce un cadeau pour un futur subalterne qui veut faire carrière dans l’armée ?
Berun croyait à tort que je voulais rester dans l’armée, alors c’était tout à fait possible.
J’avais l’impression de le tromper, mais impossible de revenir sur ce qui était déjà fait.
Je laisserais passer pour cette fois.
« Puisque vous le dites, je l’accepte avec gratitude. »
« Essayez-la pour voir si elle vous va. Vous savez comment mettre une cuirasse ? »
« Eh bien… pour être honnête, pas très bien. »
« Je vais vous aider. »
Avec l’aide de Mac, j’enfilai la cuirasse.
Heureusement, elle m’allait parfaitement.
La sensation m’était étrangère et, comme c’était la première fois que je portais une armure de fer, je m’examinai sous tous les angles.
Cling.
Ce n’est pas aussi lourd que je le pensais.
Elle était d’un gris cendre terne, sans motif particulier, et paraissait donc assez sobre. Pourtant, elle protégeait tout le haut de mon corps, des épaules exceptées, y compris la poitrine, l’abdomen et les flancs. Elle semblait très pratique.
Satisfait de la façon dont elle m’allait, je remerciai encore Berun.
« Merci. J’en prendrai grand soin. »
« Haha, alors travaillez encore plus dur maintenant que vous avez reçu un cadeau. »
« Oui, monsieur ! »
Alors que nous discutions cordialement tous les trois, Mac tapa soudain dans ses mains, comme s’il venait de se souvenir de quelque chose, puis demanda à Berun :
« À propos, Seigneur Berun, qu’allons-nous faire pour l’escorte des nouvelles recrues dans deux jours ? J’ai entendu dire que le Commandant d’escouade Pellon superviserait l’opération, mais il faudrait aussi décider rapidement du reste des effectifs. »
« Combien de personnes faut-il pour cette mission d’escorte ? »
« Une trentaine. »
« Le quartier général a récemment ordonné de renforcer le service de guet. Nous avons donc augmenté la fréquence des sorties des soldats réguliers. Il ne nous en reste qu’une vingtaine dans l’unité que nous puissions envoyer. »
« Ne pourrait-on pas envoyer des soldats-bagnards à la place des soldats réguliers, juste pour cette journée ? Comme vous le savez, ce sont habituellement les soldats réguliers qui se chargent des missions d’escorte… »
« Ça poserait problème. »
À cet instant,
« Hum ?! »
Les yeux de Berun brillèrent comme s’il venait d’avoir une idée.
« Les missions d’escorte sont confiées aux soldats réguliers parce que les soldats-bagnards y causent souvent des problèmes, n’est-ce pas ? »
« C’est exact. »
« Alors, pourquoi ne pas envoyer des soldats-bagnards en qui nous avons confiance ? »
« Quoi ? Où trouver des gens comme ça… »
Leurs quatre yeux se tournèrent lentement vers moi.
On aurait dit des gens qui venaient enfin de retrouver une télécommande égarée dans le canapé.
Je devinais sans peine ce qu’ils avaient en tête.
« Et si vous y alliez ? »
« Moi ? »
« Je crois pouvoir vous confier cette mission. N’est-ce pas ? »
« C’est vrai. Si c’est le Commandant d’escouade Ubel, nous pouvons vous envoyer sans inquiétude. »
Mac et Berun m’accordaient une confiance sans bornes. Je me demandai s’ils n’avaient pas mangé quelque chose d’avarié, mais la situation n’était pas mauvaise pour moi.
Ils me faisaient suffisamment confiance pour déroger à la coutume.
« Si vous me la confiez, je m’en chargerai. »
« Haha, je savais que vous diriez ça. Merci beaucoup. »
Peut-être ravi que j’aie accepté la mission sans hésiter, Berun aborda soudain un autre sujet.
« Ubel, il ne manque pas un homme à votre escouade de dix ? »
« Si, en effet. »
Notre escouade comptait actuellement neuf membres, moi compris.
Il nous manquait une personne.
« Choisissez n’importe quelle recrue parmi les nouveaux arrivants. »
« Merci ! »
Le droit de choisir une recrue.
Ça n’avait peut-être pas l’air de grand-chose, mais c’était un privilège considérable.
Les soldats-bagnards étaient des gens qu’on avait traînés là après qu’ils eurent causé des ennuis. Pour le dire franchement, il y avait donc quantité de bons à rien et de poids morts. Grâce à ce droit de sélection, je pourrais au moins en intégrer un qui tienne la route.
« Je compte sur vous, alors. »
« Comptez sur moi ! »
Après le départ de Berun, Mac m’appela.
« Il y a des choses que vous devez savoir au sujet de la mission d’escorte. Suivez-moi. »
« Oui. »
Nous nous rendîmes dans un bureau du bâtiment du corps de ravitaillement.
Une fois sur place, Mac me tendit un document.
« Voici la liste des personnes à escorter. Quand vous prendrez les recrues en charge, il faudra vérifier que le nombre est exact. Mémorisez-la bien. »
Je parcourus lentement le document.
Il indiquait les renseignements personnels des recrues à venir, leurs peines et les chefs d’accusation.
Puis je me figeai. En voyant l’un des noms, j’écarquillai involontairement les yeux.
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- Nom : Marcus
- Chef d’accusation : Insulte envers un noble.
- Peine : cinq ans.
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C’était un nom assez courant, il pouvait donc s’agir de quelqu’un d’autre.
Mais à ma connaissance, il n’y avait qu’un seul soldat-bagnard nommé Marcus qui avait été envoyé à la Frontière du Nord pour avoir insulté un noble.
Ils avaient dit qu’ils avaient été envoyés à la Frontière du Nord avant la Grande Invasion. Je n’aurais jamais cru que ce serait maintenant.
[Marcus]
Plus tard, Marcus changerait son nom en Markus et gagnerait dans tout l’Empire la réputation de Dieu de la Guerre de l’Est, chevalier et commandant sans égal.
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