Chapitre 6
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 6 : Première mission et affrontement (2)
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On n’allait pas rester les bras croisés alors que les mérites militaires nous tombaient tout cuits dans le bec.
« Ren. Va chercher le cor de signal. »
« O-Oui ! »
À la Frontière du Nord, on utilisait des cors fabriqués avec des cornes d’animaux pour transmettre des signaux en cas d’urgence.
Dès qu’on en sonnerait, des renforts du neuvième poste de garde se mettraient en route pour nous rejoindre.
On n’a pas besoin d’aide dans l’immédiat, mais on ne sait jamais.
Quand Ren, le plus jeune de l’escouade, rapporta le cor, je rassemblai mes hommes.
D’abord, les soldats les plus expérimentés.
« Max, Martin, Walter, Raul. »
« Oui ! »
« Vous quatre, bloquez la route avec vos boucliers, comme un mur. À mon signal, écartez-vous de votre voisin pour ouvrir une petite brèche. Compris ? »
« Oui ! »
Bien. Maintenant, les nouvelles recrues de notre escouade de dix hommes.
« Kram, Jackson, Marco, Ren ! »
« O-Oui ! »
« Quand les porteurs de bouclier ouvriront une brèche, enfoncez vos lances à travers et frappez l’ennemi. »
Une seule route menait au huitième poste de garde.
Assez large pour laisser passer quatre hommes adultes de front, elle était bordée d’un côté par une falaise et de l’autre par une paroi rocheuse à pic.
Si on bloque ce passage étroit et qu’on les empêche d’atteindre le poste, ils n’auront d’autre choix que de nous affronter deux ou trois à la fois.
On formait un premier et un deuxième rang, puis on repoussait les ennemis les uns après les autres.
C’était la méthode la plus efficace dans cette situation.
Autrefois, des ordres aussi soudains les auraient plongés dans la confusion.
« Allez, bougez-vous ! »
« On les retiendra avec nos boucliers au premier rang. Vous, vous les embrochez à travers les brèches. Compris ? »
« Oui ! »
L’escouade se mit en place sans perdre son calme, conformément aux ordres.
Une semaine entière consacrée aux exercices de formation finissait enfin par porter ses fruits.
« Ubel. »
« Ouais, sonne. »
Ren, qui attendait à côté de moi, souffla dans le cor.
Bwoooooom !
Tandis que le son résonnait dans la montagne, les barbares accélérèrent le pas.
« Deuxième rang, gardez la tête froide et frappez comme il faut. Si vous touchez un allié du premier rang, vous allez le regretter. »
« Oui ! »
Mêler une plaisanterie à une menace bien réelle sembla détendre les soldats du deuxième rang.
Pendant ce temps, l’ennemi poursuivait son ascension acharnée et se rapprochait peu à peu.
Ils comptent sûrement attaquer le poste de garde et s’enfuir avant l’arrivée des renforts.
Ils croyaient vraiment que ça allait marcher ?
Nous bloquâmes l’étroite route et attendîmes.
Quand la distance se réduisit à vingt pas, les barbares hésitèrent un instant.
« Premier rang, levez les boucliers ! »
Ffffft !
À peine l’ordre sorti de ma bouche, des haches à une main grossièrement taillées volèrent dans notre direction.
Même pas en rêve, bande de salauds.
Dans le jeu aussi, les barbares commençaient souvent les combats en lançant des haches à une main pour blesser leurs adversaires. Je n’allais pas tomber dans le piège en sachant ce qui m’attendait.
Bang ! Bang !
Grâce aux soldats de tête, qui levèrent leurs boucliers à temps, la tactique des haches eut peu d’effet.
Les boucliers qu’on nous a fournis sont de la camelote. Si ces salauds s’approchent et se mettent à les frapper pour de bon, ils ne tiendront pas longtemps, mais…
En avoir valait toujours mieux que de n’en avoir aucun.
Sans eux, on nous aurait fendu le crâne avant même qu’on ait pu combattre.
Quand ils virent que leurs haches avaient échoué, les barbares poussèrent d’étranges cris de guerre et chargèrent comme des taureaux.
« Ark Haracha !! »
J’avais tellement joué aux jeux vidéo dans ma vie précédente que je comprenais plus ou moins la langue des barbares.
Ils nous traitent de lâches juste parce qu’on a des boucliers ? C’est un peu fort.
J’aurais préféré qu’ils appellent ça de la stratégie.
« Ne paniquez pas. Restez calmes et tenez la formation. »
« Oui ! »
Je rassurai l’escouade tout en évaluant la distance.
Dix pas, cinq pas…
Les barbares approchèrent et, une fois tout près de nous,
« Maintenant. En avant ! »
Au signal, les boucliers s’écartèrent pour ouvrir des brèches, et des pointes de lance acérées s’y engouffrèrent pour transpercer les barbares.
À la Frontière du Nord, les soldats-bagnards étaient principalement armés de lances.
La raison était simple.
Elles coûtaient moins cher à fabriquer que les autres armes.
Ils se sont sûrement dit qu’il n’y avait aucune raison de donner des armes qui exigeaient beaucoup de fer, comme des épées ou des masses, à des soldats-bagnards qu’ils comptaient de toute façon utiliser comme boucliers humains.
Fallait-il en conclure qu’on devait se montrer reconnaissants de recevoir des armes ?
Bien sûr que non.
Alors que les soldats réguliers apprenaient les véritables techniques de combat à la lance,
les soldats-bagnards n’en apprenaient qu’une seule : l’estoc.
Et encore, on ne nous enseignait ça que pour qu’on sache nous servir des lances qu’on nous avait données.
Mais cela signifiait aussi…
Pour ce qui est d’estoquer, on ne vaut pas moins que les soldats réguliers.
Même des soldats-bagnards incapables pouvaient transpercer des cibles piégées derrière des boucliers dans un passage étroit.
En avant ! En avant !
Avec les nouvelles recrues du deuxième rang, j’enfonçai ma lance dans le ventre des barbares qui chargeaient.
Le sang frais gicla de toutes parts.
La sensation poisseuse du sang sur mon visage me raidit sans que je m’en rende compte.
J’avais déjà tiré avec des armes à feu, mais c’était la première fois que je tuais quelqu’un de mes propres mains avec une arme tranchante.
Pendant moins d’un dixième de seconde, la morale et le sentiment de culpabilité que j’avais acquis dans ma vie précédente me traversèrent l’esprit.
« Retirez vos lances, tout de suite ! »
Sans rien laisser paraître, je donnai l’ordre suivant.
Si je ne les tue pas, ils me tueront.
C’était aussi l’état d’esprit dont j’aurais besoin pour survivre dans ce monde à partir de maintenant.
La culpabilité ? La morale ?
À quoi bon tout ça si on meurt ?
Avais-je pris cette situation trop à la légère parce que je ne pensais qu’à gagner des mérites militaires ?
Oui. Je le reconnaissais.
Mais je n’avais pas changé d’avis.
Vu l’époque chaotique qui s’annonçait, je devrais affronter ce genre de situation d’innombrables fois.
Je dois devenir plus fort.
C’était pour ça que je cherchais à gagner des mérites militaires,
pour ça que je me battais ici pour ma vie,
pour ça, et rien d’autre.
Pour survivre à l’ère du chaos qui approche…
Le seul moyen était d’atteindre une position où personne ne pourrait m’atteindre.
Boum !
Je repoussai du pied le barbare transpercé au ventre et retirai ma lance.
« Refermez les boucliers ! »
« Refermez les boucliers ! »
L’escouade répéta l’ordre et réagit vivement, rétablissant la formation en un instant.
Leur élan initial s’était brisé. Les barbares hésitèrent et reculèrent d’un pas.
Leurs camarades, qui avaient chargé les premiers, avaient fini embrochés. À moins d’être complètement idiots, ils avaient dû comprendre.
S’ils se ruaient sur nous sans réfléchir, ils subiraient le même sort.
Frotte.
Je m’essuyai le visage et les fixai froidement.
À les voir, je doute qu’ils chargent de nouveau à l’aveuglette.
Si nous voulions gagner sans subir de lourdes pertes, il fallait les faire bouger.
Et s’ils ne bougent pas…
Je les y obligerais.
« Tout le monde, gardez la formation et avancez pas à pas ! »
« Oui ! »
Ayant compris dans les grandes lignes ma stratégie, l’escouade répondit d’une voix ferme.
Les barbares ne purent que regarder le mur de boucliers s’approcher lentement.
Je leur adressai alors un sourire moqueur et criai dans leur langue :
« Bi da, Ark Haracha ? »
« !!! »
La stupeur se peignit sur les visages ennemis.
D’abord, parce que je parlais leur langue.
Ensuite…
« Kukoran de !!! »
Je leur avais renvoyé leur propre insulte.
Alors, qui est le lâche, maintenant ?
Quand je me moquai ouvertement d’eux, ils rougirent de colère et nous lancèrent leurs haches à une main.
Naturellement, celles-ci s’écrasèrent contre les boucliers sans jamais m’atteindre.
Dans ma vie précédente, j’étais du genre à pousser mes adversaires à quitter rageusement une partie en les provoquant dans le chat.
Il est facile de faire sortir de leurs gonds une bande de barbares ignorants.
Je continuai à les harceler dans leur propre langue.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? Vous n’arrivez pas à frapper plus fort ? Vous êtes comme ça au lit aussi ? »
« La ferme, lâche d’Impérial ! »
« Tu tiens ça de ton père ? Remarque, c’est sûrement pour ça que ta mère… »
Je n’eus pas besoin de finir ma phrase.
Les barbares étaient des êtres humains, eux aussi ; ils n’eurent aucun mal à comprendre.
« Je vais te tuer, Impérial ! »
Ils avaient peu d’expérience du combat : quelques piques suffirent à les faire rugir de rage et charger.
« En avant. »
En avant !
Les barbares tombèrent comme la fois précédente.
La seule différence, c’était que cette fois, ils frappèrent les boucliers avec leurs haches.
Merde…
Même transpercés par nos lances, deux d’entre eux continuèrent à frapper et détruisirent deux boucliers.
Tss. On n’y peut rien.
Deux étaient morts tout à l’heure, et trois venaient de succomber.
Il ne restait plus que trois barbares.
Avec un tel avantage numérique, nous pouvions désormais les vaincre de front.
« Abandonnez les boucliers et attirez l’ennemi sur le terrain dégagé devant le poste de garde. »
« Oui ! »
Quand nous jetâmes nos boucliers et battîmes en retraite, les barbares restants nous poursuivirent comme des fous.
Leurs congénères étaient déjà morts, et des Impériaux les avaient humiliés.
S’ils rentraient ainsi dans leur tribu, on les traiterait forcément d’idiots. Ils avaient dû se dire qu’ils nous prendraient au moins la tête avant de mourir.
Qu’est-ce qu’ils ont avec cette fichue fierté ?
Je savais que les barbares accordaient de l’importance à l’honneur des guerriers, mais comme je l’avais déjà dit, une fois mort, c’était fini.
Et puis, même s’ils sont prêts à mourir…
L’issue était déjà décidée.
À peine arrivés sur le terrain dégagé, nous encerclâmes l’ennemi comme si nous l’avions attendu.
« Crève, sale barbare ! »
« Grrrk ! »
« Gehu… Urk ! »
Un barbare nommé Gehu reçut la lance de Max dans la gorge et s’effondra. Son compagnon, qui avait crié en voyant la scène, fut à son tour tué par Martin et Walter.
« Kahol ! »
Le dernier barbare n’abandonna pas, malgré ses blessures et le sang qui le recouvrait.
Peut-être sentait-il que la fin approchait.
Rassemblant ses dernières forces, il brisa l’encerclement et se rua sur moi.
« Je vais au moins te tuer ! »
« Ubel ! »
Mon escouade paniqua devant ce mouvement soudain, mais, curieusement, je gardai mon calme.
Parce que mon instinct me soufflait quelque chose.
Ce barbare ne représentait aucun danger pour moi.
Ffffft.
La fine pointe de ma lance rencontra la hache du barbare.
Normalement, il était difficile de bloquer une arme contondante comme une hache avec une lance.
Mais…
Clang !
« C’est impossible ! »
Non seulement je parai son coup sans effort, mais je le repoussai vers le bas.
« Ghk ! Quelle force… ? »
Une force inhumaine, dépourvue de technique ou de ruse, accomplit un miracle par la seule puissance des muscles. La pointe de la lance repoussa la hache.
Je repoussai le barbare, le heurtai de l’épaule pour le déséquilibrer, puis fis tournoyer ma lance.
Ffffft !
La hampe sembla se courber et siffla dans l’air.
Crac !
La pointe déchira la chair et les organes avant de se planter dans la colonne vertébrale.
On aurait dit qu’il avait été frappé par une épée à deux mains ou une arme contondante plutôt que par une lance. Et encore, la hampe n’avait pas résisté à la force du coup : elle s’était brisée en son milieu.
Si j’avais manié une autre arme qu’une lance, j’aurais tranché la colonne vertébrale et fendu son corps en deux.
« Ggh… Urk ! »
Le barbare qui s’était jeté sur moi avec son dernier souffle me maudit dans un état pitoyable.
« Un jour… toi aussi… tu mourras dans d’atroces souffrances… comme moi. »
« Ouais, peut-être. »
Mais…
« Pas aujourd’hui. »
En avant !
Je lui transperçai la gorge et mis fin à ses souffrances.
Pour une raison ou une autre, j’avais le cœur lourd.
Ne te laisse pas ébranler.
Si je voulais survivre, il fallait que je m’habitue à ça.
Je secouai la tête, chassai ces pensées parasites et observai l’escouade.
« Tout le monde va bien ? »
« Oui ! »
Quand des soldats rencontraient des barbares alors qu’ils gardaient un poste, six sur dix mouraient généralement.
Incapables de croire qu’ils avaient éliminé un groupe de barbares sans un seul mort ni blessé grave, les soldats poussèrent des cris de stupeur.
« C’est tout grâce à toi, commandant ! »
« J’étais tellement surpris ! Quand est-ce que tu as appris la langue des barbares ? »
« Euh… C’est venu comme ça. »
Je ne pouvais pas vraiment leur dire que je l’avais apprise en jouant.
« Héhé. C’est probablement la première fois que notre unité élimine des barbares sans la moindre perte. »
Max me fit un pouce levé et me félicita.
Max était celui qui avait passé le plus de temps comme soldat-bagnard au sein de notre escouade de dix hommes. Je pouvais donc me fier à son jugement.
C’était ma première bataille et ma première victoire depuis que j’avais pris possession de ce corps.
Le profond soulagement et le sentiment d’accomplissement qui m’envahirent au fond du cœur me firent comprendre que je commençais à m’intégrer à ce monde, que j’étais devenu Ubel.
Mais je n’avais pas à m’en inquiéter.
J’étais le seul à savoir ce qui allait se passer ensuite,
les secrets que les autres ignoraient,
et même quels héros s’illustreraient à l’avenir.
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