Chapitre 5
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 5 : Première mission et rencontre (1)
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Après m’être attiré les bonnes grâces de Mac et avoir obtenu la promesse de quelques avantages,
la qualité de vie de mon unité s’améliora.
« Waouh… C’est notre ration de midi ? »
« Il y en a au moins deux fois plus qu’avant. »
« Commandant d’escouade Ubel, on peut vraiment tout manger ? »
« Oui. Le responsable du ravitaillement nous en a mis de côté, alors ne vous inquiétez pas. Mangez autant que vous voulez. »
Seul quelqu’un qui n’avait jamais connu la faim pouvait se demander pourquoi ils étaient si heureux pour un repas.
Mais seul quelqu’un qui n’avait jamais eu faim pouvait dire ça.
Pour des soldats qui avaient vécu avec juste assez de nourriture pour ne pas mourir de faim, un repas copieux suffisait à remonter le moral.
Et ce n’était pas tout.
« Une fois que vous aurez fini, rassemblez-vous sur le terrain dégagé devant la caserne. »
« Oui !! »
Les hommes de l’unité s’étaient aussi montrés plus enthousiastes à l’idée de s’entraîner. Avoir le ventre plein y était pour quelque chose, mais ils savaient également que c’était grâce à moi qu’ils avaient échappé à la faim. Ils me faisaient donc confiance et obéissaient plus volontiers à mes ordres.
Bien sûr, l’entraînement restait difficile.
« Tout le monde, formez un cercle. »
« Oui ! »
À mon commandement, les hommes s’exécutèrent rapidement.
Ils furent en formation en moins de cinq secondes.
« Rompez, puis reformez les rangs. »
« Rompre, puis reformer les rangs ! »
Pour l’instant, je me concentrais sur les formations et les exercices visant à apprendre aux hommes à réagir immédiatement aux ordres.
Si je veux les rendre utiles, ils doivent au moins maîtriser ces deux choses.
Si je tenais tant à ces exercices, c’était pour une raison : les défauts chroniques des soldats-bagnards.
C’est aussi pour ça que les joueurs ne les utilisent jamais dans le jeu.
Les soldats-bagnards avaient l’avantage de ne presque rien coûter à entretenir, ce qui en faisait une force rentable. Malgré tout, leur aptitude au combat et leur capacité à obéir aux ordres étaient lamentables.
Ils ne faisaient pas le poids face à des troupes d’élite comme les rangers ou la cavalerie. Comparés aux soldats réguliers, ils n’étaient guère plus que des épouvantails ambulants.
Ils désobéissaient et désertaient comme si c’était une habitude. Même dans le jeu, ils ne devenaient vaguement utiles qu’après un entraînement impitoyable et l’affectation d’officiers disciplinaires.
Ils constituaient la deuxième classe militaire la plus faible, juste après les soldats esclaves.
Transformer des gens comme eux en soldats d’élite ne serait jamais facile.
« Hé, hé, la ligne n’est pas droite ! »
« Ren, décale-toi davantage vers la gauche ! »
Pourtant, à voir les hommes s’entraîner sans se plaindre, il semblait qu’il y avait au moins une lueur d’espoir.
Environ une semaine après mon arrivée dans ce monde, Pellon passa nous voir.
« Ça fait un moment. »
« Oui ! »
« Vous vous êtes fait à l’unité ? »
« Oui. »
Pellon parlait comme si cela faisait vraiment longtemps, mais je l’avais déjà remarqué ces derniers jours : il rôdait autour de la caserne et nous observait.
« Hmm, tant mieux. Vous avez l’air de vous être un peu habitués au cours de cette semaine, alors je vous affecte à votre première mission dès aujourd’hui. »
Déjà ?
C’était bien plus tôt que prévu.
« Demandez aux soldats les détails précis de votre affectation. »
« … Compris. »
Là-dessus, Pellon quitta la caserne.
Les hommes furent tout aussi surpris par cet ordre soudain.
« D’habitude, on nous envoie en mission aussi vite ? »
« Je ne crois pas. »
« C’est vrai. Les gars de la caserne voisine ont eu la belle vie pendant un mois après l’arrivée de leur nouveau commandant d’escouade. »
« On a dû se mettre quelqu’un à dos ? »
« Hmm… »
C’était possible.
Je ne crois pas avoir fait quoi que ce soit pour contrarier Berun ou Pellon.
Qu’est-ce qui se passait ?
Mais un ordre restait un ordre.
« On part quand en mission ? »
« Je vais me renseigner. »
Max, qui ne perdait pas de temps, partit aussitôt. Peu après, il revint avec l’heure et les détails.
« On monte la garde à un poste d’observation. Dernière relève de l’après-midi. »
J’avais déjà une idée générale de ce que cela impliquait.
Il suffisait de surveiller les incursions barbares depuis les postes disséminés dans les montagnes. Rien de particulièrement difficile.
Les barbares attaquaient de temps en temps, apparemment.
Mais ils ne vont quand même pas débarquer le premier jour de notre service, si ?
Si ça arrivait, on aurait vraiment une poisse de tous les diables.
Je chassai cette inquiétude inutile et me préparai pour la garde.
« Il faut emporter quelque chose ? »
« Vous devriez mettre une fourrure par-dessus votre gambison. »
« Une fourrure ? »
« Oui. Le vent souffle fort autour du poste de garde, et il n’y a pas d’abri digne de ce nom. Sans fourrure, vous allez geler. »
« Où est-ce qu’on en trouve ? »
« … L’unité de ravitaillement en distribue de temps en temps, mais la plupart des gens se débrouillent pour en trouver dans les environs. »
« Ha ! »
« Pour aujourd’hui, vous pouvez prendre la mienne. Quand on aura le temps, on pourra en chercher une pour vous, commandant d’escouade… »
« Non, ça ira. »
Pourquoi se donner cette peine ?
On avait un protecteur fiable.
Un peu plus tard,
« Merci !! »
« Ce n’est rien. Faites simplement bien votre devoir. »
Après être passé à l’unité de ravitaillement, je reçus une fourrure de Mac.
Il m’avait donné une peau d’ours noir.
J’étais déjà imposant, et avec cette peau d’ours sur les épaules, j’avais carrément l’air terrifiant.
Tant que ça tient chaud, ça me va.
Après avoir récupéré la fourrure et pris un peu de repos, il fut bientôt l’heure de partir.
« Commandant d’escouade Ubel, il est temps d’y aller. »
À l’appel de Max, je sortis et trouvai huit hommes qui m’attendaient, enveloppés dans leurs fourrures.
En principe, une unité de dix hommes devait en compter dix. Mais les soldats-bagnards n’étant destinés qu’à servir de chair à canon, l’effectif officiel n’avait pas grande signification. Rares étaient les unités de soldats-bagnards au complet.
Maintenant qu’ils sont en rang, ils ont enfin l’air de soldats.
Satisfait du résultat de notre entraînement, je pris la tête du groupe en direction du poste de garde.
*****
Il s’était écoulé assez de temps depuis mon arrivée dans ce monde pour que je m’habitue un peu à ce gambison usé et à la froideur de ma lance.
Cependant,
Crac, crac !
Il y a beaucoup trop de neige.
Je ne parvenais toujours pas à m’habituer à l’épaisse couche de neige qui recouvrait tout.
Chaque fois que le vent glacial me fouettait les joues, mon corps tremblait malgré moi.
Dans mon ancienne vie, ceux qui avaient fait leur service militaire dans la province de Gangwon disaient parfois :
« Là-bas, c’est comme en Russie. »
Ils voulaient dire qu’il y faisait à peu près aussi froid.
Mais si Gangwon était la Russie, cet endroit était l’Arctique.
Et dire que c’est la période la plus douce, à la fin de l’hiver.
Je me demandai si cet endroit était vraiment habitable.
Après avoir bravé le froid mordant et atteint le poste de garde, nous tombâmes sur les soldats d’une autre unité de dix hommes, qui attendaient d’être relevés.
« Vous voilà. On va pouvoir redescendre. »
Le commandant d’escouade, qui semblait avoir la cinquantaine bien avancée, s’inclina légèrement puis redescendit la montagne avec son unité.
Le vieux n’était même pas essoufflé ?
J’avais entendu dire qu’il avait survécu près de dix ans comme soldat-bagnard.
Dans mon ancienne vie comme ici, l’expérience n’était pas à prendre à la légère.
« Commençons par allumer un feu. »
« Oui ! »
Pour nous réchauffer, nous allumâmes le brasero à l’intérieur du poste.
« Comment organiser les tours de garde ? »
À la question de Walter, je me frottai le menton.
D’après ce que j’ai vu tout à l’heure, trois hommes postés le long du sentier qui mène au poste devraient suffire à couvrir tout le périmètre.
Nous étions neuf en tout, moi compris, et il ne fallait que trois hommes à la fois.
« Trois hommes monteront la garde à tour de rôle. Les autres pourront rester ici et se réchauffer. »
« Oui !! »
Les trois premiers sortirent prendre leur poste. À mesure que le poste de garde se réchauffait, les hommes se mirent à échanger des histoires, comme le faisaient les soldats partout.
Rien de remarquable.
Des histoires de leur ville natale.
Des histoires de femmes qu’ils avaient rencontrées.
Pour l’essentiel, des histoires banales, pleines de vantardises masculines.
Pourtant, certaines choses me firent tiquer.
« Hé, vous avez entendu la rumeur ? Il paraît que les barbares préparent une grosse attaque. »
Martin accueillit l’affirmation de Max d’un air indifférent.
« Quand est-ce que ce n’est pas le cas sur ce front ? »
Max se frappa la poitrine, frustré par cette réaction tiède.
« Non, je te dis que cette fois, c’est différent. »
« En quoi ? »
« Vous savez qu’il y a des compagnies marchandes au-delà du front qui commercent avec les barbares, non ? Un gars d’une autre unité m’a dit qu’un ami d’un de ses proches leur fournissait du grain, et que, ces derniers temps, les barbares en achetaient des quantités folles. »
« Du grain ? »
« C’est ça. À votre avis, qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’ils n’ont pas assez à manger. »
Max exposa sa théorie avec assurance, comme s’il était un grand stratège.
« Le printemps va bientôt arriver et, comme chaque année, l’Empire interdira le commerce avec les barbares. Une fois qu’ils n’auront plus de vivres, on sait tous ce qu’ils feront. Ils serreront les dents et viendront probablement nous piller. »
« Allons, monsieur Max, vous allez un peu loin. »
Marco, dont le crâne luisant attirait les regards, secoua la tête.
« Les récoltes ont été bonnes sur tout le continent ces dernières années. Comment pourraient-ils manquer de nourriture ? »
« Sérieusement, qu’est-ce que tu racontes ? »
« Max, où est-ce que tu vas chercher toutes ces histoires ? »
« Je suis sérieux ! Commandant d’escouade Ubel, qu’est-ce que vous en pensez ? »
« Eh bien… »
Malgré ma réponse désinvolte, je fus intérieurement surpris.
Ce Max est futé.
Comme Ren l’avait dit, les récoltes de l’Empire avaient été bonnes ces dernières années.
C’était grâce à ça qu’il avait tenu bon malgré la tyrannie de cet empereur imbécile et la traîtrise des ministres.
Mais cela allait bientôt changer.
Dès l’été prochain, un dérèglement climatique entraînera de mauvaises récoltes dans tout l’Empire.
Les habitants de l’Empire n’avaient encore rien remarqué d’anormal, mais, au-delà des monts Elnes, là où vivaient les barbares, les premiers signes du dérèglement avaient sans doute déjà commencé à se manifester.
Leurs achats frénétiques de grain auprès des compagnies marchandes impériales en étaient la preuve.
Enfin, ils ne pourront de toute façon plus rien acheter dans quelques mois.
Depuis des générations, l’Empire interdisait le commerce au printemps et en été pour tenir les barbares en respect.
Autrement dit, dans quelques mois, les barbares ne pourraient plus se procurer de nourriture auprès de l’Empire.
Ils devraient choisir.
Mourir de faim,
ou risquer leur vie pour combattre et piller l’Empire.
Ils choisiraient le combat.
C’était une mauvaise nouvelle pour l’Empire.
Surtout quand on sait que la Grande Invasion marquera le début d’une ère de chaos.
Alors que je soupirais intérieurement, perdu dans mes pensées,
Boum !
Ren, le plus jeune de l’unité, qui montait la garde, entra en trombe, l’air alarmé.
« Commandant d’escouade Ubel ! »
« Quoi ? Pourquoi tu t’agites comme ça ? »
« Les barbares ! »
« Quoi ? »
Ils étaient vraiment là ?
Le premier jour de notre service ?
À ma question incrédule, Ren reprit, le visage blême :
« L-les barbares approchent rapidement du poste de garde ! »
À ces mots, je quittai aussitôt le poste et regardai en contrebas.
Huit hommes couverts d’étranges tatouages gravissaient la montagne. Malgré le froid, ils ne portaient que des vêtements de cuir qui leur laissaient les bras et les jambes à nu.
Je comprends mieux pourquoi on les appelle des barbares.
Ils étaient peu nombreux ; ils n’étaient donc probablement pas là pour livrer une vraie bataille.
Il paraît que les barbares attaquent parfois les postes de garde, tuent les soldats et s’emparent de leurs armes et de leur équipement. Ceux-là sont peut-être venus pour la même chose.
Ou alors, ils venaient pour un rite de passage à l’âge adulte.
Dans certaines tribus, les jeunes qui atteignaient l’âge adulte présentaient aux membres de leur tribu une proie qu’ils avaient chassée pour être reconnus comme adultes. Les impériaux figuraient parmi ces proies.
Je ne savais pas lequel de ces cas s’appliquait.
Mais dans les deux cas, c’était une coutume à la con.
Hmm. Au moins, ils n’ont pas de cicatrices.
Les barbares du Nord considéraient les cicatrices reçues au combat comme des marques de gloire et les montraient aux autres.
Pas de cicatrices ?
La preuve qu’ils avaient très peu combattu.
Leurs vêtements sont en lambeaux, eux aussi.
Les barbares confectionnaient leurs vêtements avec les peaux des bêtes qu’ils avaient chassées.
Porter des vêtements miteux signifiait qu’ils étaient mauvais chasseurs, même comparés aux autres barbares.
J’avais évalué leurs forces.
On peut les battre avec nos effectifs actuels.
Quoi ?
Comment pouvais-je les prendre à la légère, alors que c’étaient quand même des barbares ?
En temps normal, c’était évidemment impossible.
Pour des soldats-bagnards, affronter des barbares en nombre égal n’avait rien de facile.
Mais ça, c’est seulement quand je ne suis pas là.
Pour obtenir ma grâce et m’échapper d’ici, il me fallait des faits d’armes. Sur la Frontière du Nord, les têtes de barbares constituaient une excellente preuve de mérite.
À mes yeux, c’étaient des exploits qui venaient à moi tout seuls.
« Tout le monde, préparez-vous au combat. »
Je ne pouvais pas laisser passer cette occasion.
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