Chapitre 37
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 37 : En route
──────
Après notre victoire,
je m’occupai aussitôt des suites de la bataille.
« Ren, rédige un rapport et informe le gouvernement central de ce qui s’est passé ici. »
« Le gouvernement central ? Pas le quartier général ? »
« Le quartier général doit être encerclé par les barbares, à présent. Comment veux-tu qu’on le prévienne ? Pour l’instant, informe le gouvernement central. »
« Oui, monsieur ! »
L’Armée impériale était en difficulté et n’avait pas remporté la moindre victoire. Si la nouvelle du triomphe de la Forteresse de Camilla se répandait, cela remonterait au moins le moral des troupes.
Je décidai de faire largement connaître notre victoire, à la fois pour redonner courage à l’Armée impériale et pour mettre nos exploits en lumière.
« Récupérez toutes les armes ennemies et enfermez les prisonniers dans les cachots de la forteresse. Ils risquent de semer le trouble, alors corrigez comme il se doit ceux qui refusent d’obéir. »
« Je vais prévenir les hommes. »
« Faites rentrer tous les blessés dans la forteresse et conduisez-les auprès de Carbin, le médecin militaire. »
« Compris. »
Nous avions eu la chance de ne déplorer aucun mort, mais les blessés étaient assez nombreux. Or, nous devions rejoindre le gros des troupes : c’était mauvais signe.
Je devrais laisser tous les blessés à la forteresse, avec la garnison.
Il fallait aussi y laisser suffisamment de soldats pour la défendre, même si nous partions.
Ce serait la catastrophe si nous baissions la garde et qu’on nous dépouillait pendant que la maison était vide.
Le nettoyage est presque terminé.
Alors que les efforts de tous nous permettaient d’achever le travail,
« Commandant, les frères et sœurs Camellun sont arrivés. »
Kane arriva à la forteresse au moment opportun.
Avec les mercenaires que je lui avais réclamés auparavant.
« Je vais les accueillir tout de suite. »
« Oui, monsieur. »
J’allai à leur rencontre avec Ren.
À la porte sud, Kane et Reina nous attendaient.
« Mon seigneur. »
« Cela faisait longtemps. »
« Merci d’être venus malgré les troubles qui secouent l’Empire. »
« Je vous en prie. C’est bien normal. Mais j’ai entendu dire qu’une bataille avait déjà eu lieu… »
« Haha, ce n’était rien. »
Je balayai modestement le regard admiratif de Kane et tournai les yeux vers le groupe qui le suivait.
Oh ? Ils en imposent.
Les mercenaires avaient une allure aussi redoutable que des soldats d’élite, ce qui m’arracha un discret soupir d’admiration.
Je ne m’attendais pas à ce qu’ils recrutent autant de mercenaires aguerris en si peu de temps.
La Compagnie commerciale Camellun a vraiment gagné en influence.
Reina remarqua mon regard et prit la parole avec modestie.
« Comme vous l’aviez demandé, nous avons engagé deux cents mercenaires. Nous les avons tous sélectionnés pour leur longue expérience ; vous pouvez vous fier à leurs compétences. »
« Je vous remercie. En plus de leur solde, je vous verserai une compensation pour la peine que vous vous êtes donnée… »
« Ne vous inquiétez pas pour l’argent. »
« Comment ? Mais… »
Reina m’adressa un sourire singulier.
« Au vu des liens que nous avons tissés jusqu’ici, c’est la moindre des marques de confiance. »
En d’autres termes, elle voulait resserrer encore davantage ses liens avec moi. Elle avait donc estimé que cette Grande Invasion me permettrait de gravir les échelons.
Comme prévu, elle n’a rien d’une personne ordinaire.
Son flair pour les affaires et son instinct étaient remarquables,
mais j’étais encore plus impressionné par son audace.
Serait-ce cela, le talent inné ?
Puisqu’ils m’avaient accordé leur confiance les premiers, je décidai de faire tout mon possible pour la mériter.
« Je ferai de mon mieux pour être à la hauteur de votre confiance, madame. »
« Par ailleurs, les employés de notre compagnie parcourent toujours les territoires voisins afin d’y recruter d’autres mercenaires. Des renforts devraient arriver sous peu. »
« Voilà qui est déjà rassurant. Au fait, où est Peiron ? »
« Je suis là… Hum ! Non, je suis là, monsieur. »
Peiron, qui se tenait derrière les mercenaires, s’éclaircit la gorge et s’avança.
On aurait dit qu’il les commandait.
« Vous allez bien ? »
« Grâce à vous, je vais bien. Mais j’ai appris qu’il y avait eu une bataille. Pourquoi ne m’avez-vous pas appelé ? Ne me dites pas que vous m’avez oublié… »
« Pourquoi aurais-je fait ça ? Je comptais de toute façon t’emmener avec nous cette fois-ci, alors ne t’inquiète pas. »
« C’est vrai ? »
« Est-ce que je te mentirais ? »
Une fois que nous aurions rejoint le gros des troupes, des batailles d’une tout autre ampleur nous attendraient. Dans une situation où chaque combattant de classe chevaleresque comptait, je ne pouvais pas le laisser derrière.
« Tu as décidé de commander les mercenaires ? »
« Hum ! C’est exact. »
« Tu peux les tenir en main ? »
« Hé hé. J’ai déjà fait régner la discipline pendant le trajet, alors pas d’inquiétude. »
« Parfait. »
Nous avions désormais presque toutes nos forces.
Si j’en laisse environ deux cents à la forteresse, blessés compris, ça devrait aller.
Martin et la garnison resteraient sur place, et Reina recrutait encore des mercenaires. Même si les barbares attaquaient, la forteresse ne tomberait pas.
Ça nous ferait environ cinq cents hommes en route, mercenaires compris ?
Nos forces étaient réduites, mais compte tenu de la taille de la forteresse, c’était tout ce que nous pouvions faire.
Quelques heures plus tard,
j’avais fini de régler les suites de la bataille et rassemblé les soldats et les mercenaires qui partiraient avec nous.
Sans doute avaient-ils été prévenus à l’avance,
car tous attendaient mes paroles, le visage grave.
Sous leurs regards, je pris calmement la parole.
« À partir de maintenant, nous quittons la forteresse pour soumettre les barbares. »
Ces quelques mots firent peser la tension sur les soldats.
« D’après les informations dont nous disposons, environ quarante mille barbares encerclent actuellement l’armée principale. Trente mille autres ennemis ont pénétré nos arrières. »
À l’annonce de ces effectifs — plus du double de toute l’Armée du Nord —, les soldats se raidirent visiblement.
Je les observai et leur demandai d’une voix grave :
« Vous avez peur ? »
« … »
« Hier et aujourd’hui, nous avons affronté plus de deux mille ennemis et fini par l’emporter. Sans perdre un seul homme, nous avons vaincu des adversaires quatre fois plus nombreux que nous. »
« … »
« Je vous le redemande. Vous avez peur ? »
« Non, monsieur ! »
« Voilà. Nous n’avons aucune raison de craindre l’ennemi. Alors, montrons-leur ! »
Je fis naître en moi une faible trace d’énergie et pris le contrôle de l’atmosphère autour de nous.
« C’est eux qui doivent nous craindre, et non l’inverse ! Nous leur ferons comprendre qui ils devraient vraiment redouter ! »
« Où que vous nous meniez, nous vous suivrons, même au péril de nos vies ! »
« Nous vous suivrons ! »
Quand Marcus salua, les commandants et les soldats, mais aussi les mercenaires emportés par l’enthousiasme, répétèrent leur promesse de me suivre.
Satisfait par ce spectacle, je me préparai intérieurement.
Le vrai commencement, c’est maintenant.
L’épisode qui marquait le début du jeu Chant de l’Empire,
la Grande Invasion qui allait ouvrir cette ère chaotique.
Le moment était venu de fouler ce champ de bataille désespéré.
*****
Pendant ce temps,
au moment où Ubel achevait ses préparatifs et prenait la route,
des querelles stériles se poursuivaient dans la salle de conférence du palais impérial, dans la capitale de l’Empire.
« Ces misérables barbares ravagent le nord. Si les choses tournent mal, les régions centrales pourraient elles aussi subir des dégâts. »
« Tout cela est arrivé parce que Schultz, le commandant du Front du Nord, a mal défendu ses terres. »
« Votre Majesté, destituez Schultz Konrad, qui a manqué à ses devoirs, et punissez-le sévèrement ! »
Les courtisans corrompus de la Faction des Nobles se souciaient davantage de trouver un coupable que de résoudre la crise. En temps normal, l’Empereur aurait dû intervenir pour mettre fin à leur conduite honteuse, mais…
« Hum… Même ainsi, n’est-il pas membre de la maison ducale de Konrad ? J’ai entendu dire qu’il combattait encore au front. Peut-être devrions-nous patienter un peu… »
L’Empereur n’avait ni le pouvoir ni la capacité de leur tenir tête.
Après tout, c’étaient les courtisans corrompus de la Faction des Nobles qui l’avaient placé sur le trône, lui, un membre d’une branche cadette de la famille impériale.
Un pantin aux mains des nobles.
Voilà ce qu’était Billian de Helion, empereur de l’Empire.
Et tandis qu’un homme assistait à la scène en réprimant sa colère,
Quel spectacle.
Ce n’était pas la première ni la deuxième fois que les vieux nobles de la Faction des Nobles se comportaient ainsi ; il avait donc l’habitude. Mais alors que l’invasion barbare avait franchi la frontière et percé le front nord, ils ne songeaient qu’à leurs propres intérêts et calomniaient les autres. C’en était exaspérant. Révoltant.
Tandis qu’il se frottait l’espace entre les sourcils et se désolait en silence,
un des vieux nobles de la Faction des Nobles s’adressa à lui.
« Jeune marquis Hallios, vous êtes bien silencieux depuis quelque temps. »
« Ah, je ne me sens peut-être pas très bien. J’ai eu un bref vertige. »
« Tss. Nous avons fait preuve d’indulgence en vous autorisant à assister à la réunion à la place de votre père souffrant ; que ferons-nous si vous êtes malade, vous aussi ? »
J’ai mal à la tête rien qu’à voir vos sales tronches.
Les mots lui brûlèrent les lèvres, mais il les ravala de force.
Quoi qu’on en dise, ces hommes étaient de puissants dignitaires qui tenaient l’Empire entre leurs mains.
« Je vous prie de m’excuser pour cette attitude indigne. Je vais prendre l’air et me remettre un instant. »
« Faites donc. »
Prétextant un malaise, il prit congé et quitta la salle de conférence.
Ouf. Je peux enfin respirer.
Après être resté auprès de ces vieux nobles répugnants et dégoûtants, l’air libre lui éclaircit l’esprit.
Combien de temps s’était écoulé depuis qu’il avait quitté la salle de conférence ?
Clap clap clap~
« Je me demandais où tu étais passé. Te voilà donc ici ? »
Un sale type agaçant venait d’apparaître.
Garsion Ludwig.
Descendant direct de la maison ducale de Ludwig, qui avait donné des ministres de haut rang pendant trois générations, et l’un de ses amis d’enfance.
« La réunion est terminée ? »
« Pendant ton absence, nous avons réglé les grandes lignes. »
« Qu’a-t-on décidé pour les forces de pacification ? »
« Malheureusement, nous avons dû trouver un compromis avec les courtisans corrompus. »
Une lueur de désillusion et de colère passa dans les yeux de Garsion, contrairement à son attitude habituelle.
« Nous avons dû leur céder l’unité de ravitaillement à l’arrière et le poste d’inspecteur. »
C’était à peu près ce à quoi il s’attendait.
« Ces vieux intrigants n’auraient jamais cédé facilement le ravitaillement et le pouvoir d’inspection, qui leur permettent de tenir les forces de pacification en laisse. »
« Nous avons tout de même obtenu le commandement, alors ne sois pas trop déçu. Le marquis Rokselon, ancien commandant du Front de l’Ouest, et le comte Mirus, qui a jadis dirigé les forces centrales, mèneront les troupes. Avec eux à la tête de l’armée, ils ne pourront pas agir à leur guise. »
« Ha ! Les vieux nobles de la salle de conférence ont vraiment accepté ? »
Le marquis Rokselon et le comte Mirus étaient des commandants chevronnés de la Faction de l’Empereur. Il était surprenant qu’on ait nommé à la tête des troupes ces deux commandants qu’ils avaient eux-mêmes écartés, par peur de leur réputation et de leurs compétences.
« Ces vieux nobles ont-ils enfin compris à quel point la situation est grave ? »
« Ils devaient être inquiets, même s’ils ne le montraient pas. Si le nord tombe, les barbares atteindront les régions centrales en un rien de temps. Et toi, qu’est-ce que tu comptes faire ? Ton nom ne figure pas sur la liste des forces de pacification. »
Ce sourire rusé.
Ce salaud plaisantait, là ?
« S’il n’y a vraiment pas de poste pour moi, j’emmènerai des soldats de ma maison. Ne t’inquiète pas. »
« Haha, je plaisantais. Jeg, tu as toujours autant de caractère. C’est d’ailleurs l’une des choses que j’apprécie chez toi, en tant qu’ami. »
« Espèce de détraqué. »
« Je vais prendre ça pour un compliment. »
« Assez plaisanté. Dis-moi quand nous partons. »
« Nous partons dans trois jours. Nous n’avons pas beaucoup de temps, alors prépare-toi. »
« Trois jours, hein ? Bientôt, nous pourrons exterminer jusqu’au dernier de ces déchets qui menacent l’Empire. »
« Et la vermine qui le ronge de l’intérieur. »
Il laissa échapper un léger rire à la remarque de Garsion.
« Comme c’est évident. »
Jeg Hallios.
Garsion Ludwig.
Ces deux hommes, que l’on disait promis à un brillant avenir parmi les jeunes nobles et les chefs de file de la Faction de l’Empereur, tournèrent les yeux vers le nord et raffermirent leur résolution.
Un à un, les futurs seigneurs de guerre entraient en scène dans cette ère chaotique.
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