Chapitre 38
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 38 : Opération de sauvetage de l’arrière-garde (1)
──────
Frontière du Nord,
Quartier général de la défense de gauche.
Du haut des murs du quartier général, Berun observa l’ennemi en contrebas.
« J’avais toujours trouvé ces murs plutôt rassurants. »
Mais, face aux ennemis qui grouillaient tout autour comme des fourmis, le mur de six mètres lui parut pitoyablement bas.
« Je pensais qu’on en aurait éliminé un bon nombre, mais on dirait qu’ils n’en finissent pas d’arriver. »
« … »
Depuis que le commandant chargé de défendre les lieux était tombé au combat, quelques jours plus tôt, ils avaient tout tenté pour s’échapper, sans succès.
Il ne lui restait plus qu’environ quatre mille soldats et le lourd fardeau du commandement provisoire.
La situation demeurait désespérée.
« Combien sont-ils ? »
Pellon, debout à ses côtés, le visage hagard, répondit avec prudence :
« … Difficile de l’estimer avec précision, mais ils semblent être plus de douze mille. »
« Il y en a encore trop. »
« Si nous défendons la forteresse et tenons bon… »
Ils pourraient résister quelque temps en s’appuyant sur les murs, mais seulement si l’ennemi décidait de les attaquer.
« Depuis combien de temps nous encerclent-ils sans bouger ? »
« C’est le deuxième jour. »
« Je n’en étais pas sûr avant, mais maintenant, c’est clair. »
L’ennemi n’attaquait pas. Il attendait, tout simplement.
La raison était simple.
« Ils veulent nous affamer. »
« Comment le pourraient-ils… ? »
« Difficile à croire ? Je ressens la même chose. »
Qui aurait cru que ces barbares belliqueux useraient d’une telle stratégie ?
« J’ignore qui les commande, mais il ne pense pas comme les barbares ordinaires. »
Jusqu’ici, l’ennemi s’était contenté de foncer tête baissée ; à présent, il prenait l’initiative stratégique. Mauvaise nouvelle pour l’Armée du Nord.
« Il serait difficile d’espérer que leurs vivres viennent à manquer. »
Ils pouvaient se procurer de la nourriture en de nombreux endroits, des villages voisins aux garnisons qu’ils avaient prises.
« L’attente va être éprouvante. Combien nous reste-t-il de vivres ? »
« D’après nos calculs, nous avons de quoi tenir dix jours environ, pas davantage. »
« Et si nous réduisions les rations ? »
« Nous pourrions tenir quinze jours, en nous serrant la ceinture, mais… »
« Alors faites-le. »
À l’ordre de réduire les rations, Mac, l’officier du ravitaillement, ouvrit de grands yeux.
« Si nous les réduisons d’un coup, le moral des soldats va s’effondrer. »
« Mieux vaut ça que mourir de faim ou se faire trancher la tête par l’ennemi. Nous devons tenir jusqu’à l’arrivée des renforts, d’une manière ou d’une autre. »
« Mais… »
« Ne vous inquiétez pas. Pour éviter que les autres ne se plaignent, je ne prendrai que la moitié d’une ration de soldat. »
« M-Mais vous allez vous effondrer ! »
Berun esquissa un faible sourire devant l’inquiétude de Mac.
« Ce ne serait pas si grave. »
« Sieur Berun ! »
« C’est moi qui ai décidé de réduire les rations. J’en assumerai les conséquences. »
S’il devait y avoir ici des morts de faim, il devrait être le premier.
« Nous devons tenir jusqu’à l’arrivée des renforts, d’une manière ou d’une autre. »
L’Armée du Centre se trouvait dans une situation tout aussi difficile que la leur. Il ne leur restait donc qu’à compter sur les seigneurs du Nord et les forces de pacification venues de la capitale.
« Non. Il y a encore quelqu’un. »
La seule personne à avoir prévu cette situation et l’avoir averti de s’y préparer.
« Ubel, même en suivant ton avertissement et en nous préparant, nous en sommes quand même arrivés là. »
Il avait suivi ses conseils, était resté vigilant et avait fait de son mieux, mais le résultat n’était pas fameux.
« Devrais-je au moins me consoler en me disant qu’il me reste quelqu’un sur qui fonder mes espoirs ? »
Puisqu’Ubel avait prédit l’invasion barbare, il avait forcément dû s’y préparer lui aussi.
Si Ubel était bien celui que Berun connaissait, il devait déjà s’activer sans perdre un instant.
« Bien sûr, même si Ubel agit… »
Il ne serait pas facile de se tirer de cette situation.
Les forces actuelles de la Forteresse de Camilla ne seraient pas d’une grande aide, même si elles rejoignaient immédiatement l’armée principale.
« Mais si c’est Ubel, il saura ce qui compte davantage que de rejoindre l’armée principale au plus vite. »
Berun se résolut à endurer cette attente insoutenable, espérant et priant pour l’arrivée d’Ubel.
*
*
*
*
Pendant ce temps, Lapkin, le commandant qui avait isolé l’Armée de gauche avec plus de dix mille barbares, contemplait la forteresse encerclée en affichant un sourire glacial.
« L’encerclement ne présente aucune faille ? »
« Aucune. Mais… est-il vraiment sage de continuer à les encercler ainsi ? Comme nous ne nous battons pas, les guerriers commencent à se plaindre. »
À ces mots de son subordonné, Lapkin secoua la tête et claqua la langue.
« Tss. Je comprends ce que ressentent les guerriers, mais comment peuvent-ils ne pas faire la différence entre le devoir public et leurs sentiments personnels ? »
Songer à un combat au corps à corps dans une situation pareille était d’une stupidité absolue.
« Ce n’est pas une simple guerre. C’est une guerre sainte, au service de la grande entreprise de la Tribu Huran ! Comment peut-on laisser ses sentiments personnels se mêler à une affaire aussi importante ? »
« J-Je vous prie de m’excuser. »
« Le Grand Chef nous a ordonné de réduire nos pertes au minimum. L’armée principale suit probablement la même stratégie. Alors, cessez ces sottises et maintenez l’encerclement jusqu’à ce que l’ennemi meure de faim. »
« Oui ! »
Rien ne pressait.
Le temps jouait en leur faveur.
*****
Tandis que l’Armée du Nord et les barbares se livraient à une lutte acharnée contre le temps sur le front,
« Mon seigneur, nous approchons de la limite entre le front et l’arrière. »
« … Nous sommes déjà allés aussi loin. »
J’émis un grognement sourd en entendant Dihelm, qui nous accompagnait après avoir accepté de tenir temporairement le rôle de stratège militaire.
« Maintenant, il faut que je décide de la suite. »
L’avenir ayant changé de cours, je devais élaborer un nouveau plan, différent de la stratégie du jeu que je connaissais.
« Notre objectif, rejoindre l’armée principale, n’a pas changé, mais il faut décider comment nous y prendre. »
Nous avions deux possibilités.
La première consistait à rejoindre immédiatement l’armée principale.
La seconde, à commencer par vaincre les ennemis qui semaient le chaos à l’arrière, à rassembler nos forces, puis à prêter main-forte à l’armée principale.
« Nous sommes cinq cents. Même si nous rejoignons l’armée principale maintenant, nous ne renverserons pas le cours de la bataille. »
Mais si nous sécurisions d’abord l’arrière, rien ne garantissait que l’armée principale tiendrait jusque-là.
L’Armée du Nord aurait dû s’effondrer depuis longtemps, mais, contrairement au jeu, le front tenait toujours grâce à l’incident de Flamme de givre et à mes conseils.
« Pfiou… Difficile de choisir. »
J’avais à peu près tranché dans mon esprit, mais tant de vies étaient en jeu que je n’arrivais pas à me décider facilement.
« Tant pis. »
Je devrais demander son avis à Dihelm.
Après tout, n’était-ce pas pour cela que j’avais emmené un stratège militaire ?
Quand je me tournai vers lui, Dihelm sourit comme s’il n’attendait que ça.
« Vous vous demandez s’il faut rejoindre l’armée principale ou aller à l’arrière ? »
À n’en pas douter, c’était un stratège habile : il avait l’esprit vif.
« Oui. Qu’en pensez-vous ? Devons-nous rejoindre tout de suite l’armée principale ? Ou d’abord sauver l’Armée de l’arrière, rassembler nos forces, puis nous mettre en route ? »
« C’est une question difficile, mais je crois qu’il faut envisager le problème sous un autre angle pour trouver la réponse. »
« Un autre angle ? »
« Oui. À l’heure actuelle, l’Armée de l’arrière comme l’armée principale sont isolées. Au lieu de nous concentrer sur l’équilibre immédiat des forces, demandons-nous ce qui compte le plus pour la sécurité de l’Empire et pour résoudre cette crise : l’armée principale ou l’Armée de l’arrière ? »
Ses paroles me firent marquer une pause et examiner la situation sous un autre jour.
« Choisir laquelle des deux est la plus importante… »
Commençons par l’armée principale.
À présent, l’Armée de gauche et l’Armée du Centre tenaient leurs positions face à quarante mille ennemis.
« Les soldats encore présents dans l’armée principale comptent parmi les meilleurs de l’Armée du Nord. Si nous les perdons, l’Empire subira un coup terrible. »
« C’est exact. Bien qu’elles fassent toutes deux partie de l’Armée du Nord, l’armée principale du front et l’Armée de l’arrière sont très différentes. »
Dihelm me regarda, le sourire habituel dans les yeux.
Son expression m’aida à raffermir ma résolution.
« J’ai pris ma décision. »
« Où allons-nous ? »
« Nous allons d’abord sauver l’Armée de l’arrière. »
Dihelm posa sa question d’un ton malicieux :
« Sauver l’Armée de l’arrière ? Vous ne venez pas de dire que nous ne pouvions pas nous permettre de perdre l’armée principale ? »
Qu’est-ce que c’était que ça ?
Il se payait ma tête ?
Il connaissait déjà la réponse, mais me mettait à l’épreuve avec cette question. C’était si agaçant que je décidai de lui rendre la pareille.
« Hmm, vraiment ? Je pensais qu’un stratège avisé comprendrait facilement ma décision. »
« E-Eh bien… »
« À votre avis, pourquoi ai-je pris cette décision ? En tant que stratège militaire, vous devriez être capable de discerner mes intentions, n’est-ce pas ? »
Si tu ne trouves pas la bonne réponse, c’est toi qui auras l’air idiot.
Je lui demandai sans vergogne d’expliquer lui-même ma décision. Dihelm se racla la gorge, l’air pris au dépourvu.
« Hum ! Je ne me permettrais pas de prétendre saisir toute la perspicacité de Votre Seigneurie, mais… »
« Épargnez-moi les préambules. Allez à l’essentiel. »
« … À mon avis, il serait plus utile de sauver l’Armée de l’arrière que l’armée principale pour résoudre cette crise. »
« Expliquez-moi ça clairement. »
« Oui. En résumé, même si nous rejoignions l’armée principale, nous ne pourrions que maintenir la situation actuelle. Cinq cents soldats de plus ne suffiront pas à renverser le cours des événements. »
« Ce n’est pas pareil pour l’Armée de l’arrière ? »
Cette fois, je fis semblant de ne pas savoir, et Dihelm répondit d’un air contrarié :
« … Non. Comme nous l’avons vu à la forteresse, les barbares se dispersent en petits groupes pour semer le chaos à l’arrière. Si nous unissons nos forces à celles des unités isolées de l’Armée de l’arrière, que nous vainquons l’ennemi et que nous rassemblons nos troupes… »
« Nous pourrons éliminer les ennemis à l’arrière. »
« Exactement. De plus, les forces de pacification venues de la capitale et les seigneurs du Nord arriveront bientôt avec des renforts. Si nous avons rassemblé l’Armée de l’arrière d’ici là, nous pourrons renverser la situation et lancer une contre-attaque. »
« Votre clairvoyance est vraiment impressionnante, stratège. Je vous vois d’un autre œil. »
« … Tout cela, n’est-ce pas grâce à vos enseignements, mon seigneur ? »
Malgré ses paroles, Dihelm eut un rire sans joie.
On pouvait le comprendre. Il avait donné son avis pour rien et s’en retrouvait perdant.
« Tss. Voilà ce qui arrive quand on essaie de me tester pour une broutille pareille. »
Le laissant derrière moi, je donnai ses ordres aux soldats.
« Nous partons pour l’arrière. Préparez-vous. »
« Oui, mon seigneur ! »
Une fois la décision prise, il fallait agir vite, non ?
Après avoir réorganisé la formation, je pris la direction du sud avec les soldats, vers les positions de l’Armée de l’arrière.
À partir de maintenant, l’ennemi était actif dans la région ; nous ne pouvions donc pas nous relâcher.
« Nous avancerons en éclaireurs. Jackson. »
« Oui, laissez-moi faire. »
Nous utilisâmes l’unité d’éclaireurs pour explorer les environs tandis que nous avancions depuis une demi-journée environ.
Une forêt dense se dressa alors devant nous.
« La visibilité est mauvaise. Il faut que j’élargisse le périmètre des éclaireurs. »
Je rassemblai mes idées et m’apprêtai à appeler Jackson quand un éclaireur accourut, porteur d’une nouvelle urgente.
« Mon seigneur, l’ennemi ! Au-delà d’une crête, à la lisière de la forêt, des barbares affrontent une force qui semble appartenir à l’Armée de l’arrière. »
Au-delà de la crête, cela signifiait qu’ils se trouvaient à moins de cinq minutes.
Je poussai un grognement sourd et interrogeai l’éclaireur :
« Hmm, quels sont les effectifs ennemis et alliés ? »
« Nous avons environ trois mille hommes, contre deux mille barbares, à vue de nez. »
Les barbares excellaient à écraser leurs adversaires au corps à corps. Même en supériorité numérique, affronter leur charge de front serait suicidaire pour l’Armée de l’arrière.
Cependant…
« La donne change si nous les rejoignons. »
Sentant instinctivement l’occasion à saisir, je donnai aussitôt mes ordres.
« Toutes les troupes, préparez-vous au combat et pressez le pas. Nous allons secourir nos alliés. »
« Oui, mon seigneur ! »
« Pas question que quelqu’un se laisse distancer. C’est compris ? »
À ma question, Peiron hocha la tête.
« Oui. Je vais prévenir les mercenaires. »
« Bien. Dépêchez-vous. »
L’ennemi était entièrement occupé à attaquer nos alliés.
Nous ne pouvions rêver meilleures conditions pour le prendre à revers.
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