Chapitre 31
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 31 : Brutes et bergers (2)
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Ribal et les autres chefs de compagnies marchandes avaient engagé Jake, le capitaine de la bande de mercenaires qui avait enlevé Kane. Jake s’était installé dans un village abandonné des montagnes, dans l’attente d’un signe de ses clients.
« Capitaine, combien de temps allons-nous garder ces gens enfermés ? On ne pourrait pas simplement tous les tuer ? »
« Les clients ont dit qu’ils avaient autre chose à faire d’abord. Pas encore. »
« Autre chose ? »
« Ouais. On dirait qu’ils veulent s’emparer des richesses et des intérêts de la Compagnie commerciale Camellun avant de tuer Kane. Ils ont dit qu’ils enverraient quelqu’un d’ici demain. Alors, pour l’instant, on attend. »
Un subordonné prit la parole, mal à l’aise.
« Si ça tourne mal, on est tous fichus, non ? »
« Tu as déjà accepté des contrats, non ? Quand on veut gagner de l’argent, il faut accepter de prendre des risques. »
Jake travaillait surtout pour des gens puissants, le genre de clients qui confiaient aux mercenaires les sales besognes.
La raison était toute simple.
Ça payait mieux.
Jake estimait que, quand on vivait en mercenaire, rien ne comptait plus que l’argent.
Malgré tout, cette mission le rendait nerveux.
« À ce que j’ai entendu, ces salauds de marchands cherchent à défier le nouveau seigneur de la Forteresse de Camilla… »
Plus ils s’en mêleraient, plus ils risqueraient d’y laisser des plumes.
« Je dois toucher ma paie et filer d’ici au plus vite… »
Jake maugréait intérieurement et se disait qu’il irait trouver les clients en personne si personne ne donnait signe de vie d’ici demain, quand…
Boum !!
L’un des mercenaires fit irruption dans la pièce, l’air affolé.
« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?! »
« C-Capitaine, dehors… »
« Quoi, dehors ? »
« L’Armée impériale est là. »
« Q-Quoi ?! »
L’Armée impériale était là ?
Jake entendit l’alarme retentir dans sa tête.
« C’est pas possible… »
Jake savait que cette mission impliquait l’Armée impériale, mais…
« Ces enfoirés de chefs de compagnies marchandes ! Ils avaient juré que l’Armée impériale ne bougerait pas !! »
Jake grinça des dents en repensant aux clients qui l’avaient assuré avec aplomb qu’il n’y avait aucun risque.
Mais il était trop tard pour regretter.
Il fallait maintenant trouver un moyen de s’en sortir.
« On va briser l’encerclement et s’enfuir. Suivez-moi. »
S’ils plaçaient les otages devant eux, même l’Armée impériale n’aurait d’autre choix que de reculer.
Jake se força à garder son calme, rassembla ses armes et sortit.
Comme l’avait dit son subordonné, les soldats impériaux occupaient toute la zone alentour.
« … Ils sont sacrément nombreux. »
Jake comptait d’abord récupérer les otages pendant que ses subordonnés retiendraient l’Armée impériale. Il se dirigea vers l’endroit où ils étaient enfermés.
Ffffft !!
Une lourde hallebarde fendit l’air dans un sifflement féroce.
« Urgh !! »
Jake leva précipitamment sa masse pour parer le coup, mais le choc lui fit violemment trembler le bras.
« Quelle force… »
Jake leva les yeux, alarmé, et aperçut un homme au sourire narquois, plus féroce encore que le pire des bandits.
À l’instant où Jake le vit, il le comprit instinctivement.
« C-Ce salaud est une bête. »
Jake se sentit comme un mouton face à un loup.
Réprimant la sueur froide qui lui coulait sur le front, il cria à ses subordonnés :
« A-Arrêtez-le ! Arrêtez ce salaud !! »
Jake lança ses subordonnés sur la bête et détala à toutes jambes.
Mais, malheureusement pour lui, il n’y avait pas qu’un seul prédateur ici.
Shlak !
« Urk ! »
Une lance lui transperça l’abdomen.
Jake se retourna avec peine, aveuglé par la douleur, et découvrit une autre bête qui le toisait.
« Tu as utilisé tes hommes comme appâts avant de t’enfuir. Tu es une sale ordure qui n’a aucune notion de l’honneur. »
« C-Cof… épargne… »
L’épée de Marcus traça un demi-cercle dans la lumière de la lune.
Ce fut le dernier souvenir de Jake.
*****
Une fois que Marcus eut éliminé celui qui semblait être le capitaine, le moral des mercenaires s’effondra.
« C’est fini. »
Après tout, qui aurait pu arrêter ces deux-là quand ils faisaient équipe ?
Je regardai Marcus et Peiron tailler l’ennemi en pièces, un sourire fier aux lèvres.
« Même les soldats ont tellement progressé qu’on ne les reconnaît plus. »
Malgré le chaos du combat, ils gardaient leur formation avec calme tout en repoussant l’ennemi. Ils n’avaient rien à envier aux troupes d’élite.
Alors que j’admirais les progrès de mes hommes, les mercenaires acculés, désespérés, se ruèrent sur moi, le meurtre dans les yeux.
« Là ! Ce salaud, c’est le commandant ! »
« Si on capture le commandant, on pourra s’en sortir !! »
Une ultime lutte pour survivre ?
Même quand on lutte pour sa vie, mieux vaut choisir le bon adversaire.
Crac !!
Sans la moindre hésitation, je brandis la Hache noire et fendis le crâne de tous les salauds qui se ruaient sur moi. Puis je lançai froidement :
« Si vous voulez vivre, jetez vos armes et rendez-vous. Si vous résistez jusqu’au bout… »
Boum !
« Je vous tuerai tous. »
J’éventrai d’un seul coup le mur de bois vermoulu. Terrorisés, les mercenaires commencèrent à jeter leurs armes et à se rendre, un à un.
« N-Nous nous rendons. »
« Pitié, épargnez-nous… »
Le combat prit fin.
« Marco, ligote ces salauds avec Marcus. »
« Oui ! »
« Jackson, retrouve Kane et ses compagnons. »
« J’ai déjà localisé leur emplacement. »
Jackson avait été introuvable pendant le combat. Il devait être parti chercher les prisonniers.
« Bien. Montre-moi le chemin. »
« Oui !! »
Jackson me conduisit jusqu’à une grange, à la périphérie du village.
« C’est ici. »
J’ouvris la porte et entrai. Kane, ses gardes et un jeune homme au visage étrangement familier se trouvaient à l’intérieur.
« M-Monseigneur. »
« Vous avez dû en baver. Nous sommes venus vous tirer de là, alors reposez-vous. »
« Merci. Merci beaucoup ! »
Kane me saisit la main et me remercia à plusieurs reprises.
À part quelques coups, il semblait indemne.
« Et qui est-ce ? »
« Ah, c’est la personne que vous nous aviez demandé de retrouver… »
« Je m’appelle Dihelm. C’est un honneur de rencontrer le Seigneur Ubel, dont la réputation n’est plus à faire. »
Dihelm coupa Kane et s’inclina poliment devant moi.
« … Tu me connais ? »
« L’un de mes passe-temps consiste à m’allonger dans un champ et à écouter le vent. »
Autrement dit, Dihelm prêtait l’oreille aux rumeurs des environs.
« J’ai été impressionné d’apprendre qu’à peine arrivé à la forteresse, vous aviez réprimé la corruption des commandants et de votre prédécesseur, rétablissant ainsi la discipline militaire. Puis le chef d’une compagnie marchande m’a appris que vous me cherchiez ; je suis donc venu, plein d’espoir. »
« Je vois. »
Je retins un claquement de langue. Dihelm avait su me complimenter sans en faire trop ni pas assez.
« C’est bien Dihelm, ça. »
Personne n’aurait pu le deviner.
Ce berger qui se tenait devant moi allait devenir, en quelques années, un stratège célèbre dans tout l’Empire.
[Dihelm]
Dihelm était à la fois le cerveau du seigneur Jeg à la poigne de fer et l’un des cinq plus grands stratèges du jeu.
En le voyant devant moi, je me pourléchai intérieurement les babines.
« Kane m’a ramené un gros poisson. »
Je n’aurais jamais cru que Kane, entre tous, me ferait rencontrer Dihelm.
« Il faut que je le recrute. »
Dihelm était censé mourir jeune et passer à la postérité comme un génie malheureux, mais peu m’importait.
Tout ce que j’avais à faire, c’était de l’empêcher de mourir jeune.
Réprimant mon enthousiasme grandissant, je pris la parole.
« J’ai entendu parler d’un berger si doué qu’on le disait digne d’être un nouveau Raphael. Ces rumeurs étaient donc vraies. »
Pour mémoire, Raphael était un grand homme qui avait contribué à la fondation de l’Empire aux côtés de Cassias. Il était aussi le savant et le stratège le plus estimé du peuple impérial.
« Vous me flattez. Tout ce que j’ai fait, c’est recevoir quelques leçons des anciens du village quand j’étais enfant. Je vous prie de retirer ces paroles. »
Ou bien était-ce mon imagination, ou bien Dihelm avait l’air ravi, malgré ses protestations contre ces compliments excessifs ?
Ce n’était probablement pas mon imagination.
« Il a une haute opinion de lui-même. »
Mais il ne dépassait pas les bornes, alors il n’y avait pas de problème.
« Depuis que j’ai récemment pris en main les affaires de la forteresse, j’ai bien du mal à tout gérer seul. Pourriez-vous combler mes lacunes et travailler à mes côtés ? »
Ma proposition directe surprit Dihelm.
« Vous me proposez de devenir un conseiller extérieur. »
« Exactement. »
« Hmm… »
Dihelm réfléchit un instant, puis sembla prendre sa décision et posa une main sur sa poitrine.
« Ce serait impoli de refuser une demande aussi sincère, Monseigneur. Je suis humble et plein de lacunes, mais je ferai tout mon possible pour vous aider. »
En acceptant, Dihelm me donna l’impression d’avoir gagné une armée de mille hommes.
« Haha, merci. »
« À partir de maintenant, je suis à vos ordres. Vous pouvez me parler plus familièrement. »
« D’accord, je comprends. J’ai hâte de travailler avec toi. »
Dihelm, le génie malheureux.
Dans cette vie, je veillerais à ce qu’il ne meure pas jeune, mais vive longtemps et connaisse une grande gloire.
Après avoir libéré Kane et les autres prisonniers, je sortis pour retourner à la forteresse.
Et là…
« Hein ? »
Un rugissement menaçant retentit dans la clairière, au loin.
Il venait de Marcus et Peiron.
Armes en main, ils se battaient tous les deux, visiblement ravis de leur petit affrontement.
« Quoi ? Qu’est-ce qu’ils fabriquent, tous les deux ?! »
Pour comprendre la situation, j’appelai Garban, l’un de mes gardes.
« Hé, qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Eh bien… Le capitaine Marcus a appris que Peiron vous avait manqué de respect à la forteresse, plus tôt dans la journée. Ça l’a mis en colère, ils se sont disputés et puis… »
« Bon sang. Regardez-moi ça. »
Ce n’étaient pas des enfants. Ils se battaient vraiment à l’épée pour une broutille ?
Au moins, aucun des deux ne semblait avoir l’intention de tuer l’autre.
« Bon, si ce n’est qu’un entraînement pour se rapprocher, je peux laisser faire. Mais quand même… »
Je ne pensais pas assister un jour à ce combat de mes propres yeux.
À l’origine, avant que les deux ne deviennent frères jurés, un léger malentendu les avait conduits à se battre pour de bon. Une scène presque identique se déroulait à présent sous mes yeux.
« Dans le jeu, Arhan était intervenu, alors je n’avais jamais pu voir comment ça se terminait. Mais je me suis toujours demandé… »
Si les deux meilleurs combattants d’Arhan s’affrontaient, lequel l’emporterait ?
À leur apogée, Peiron aurait eu l’avantage.
Marcus partageait ses talents entre le métier de chevalier et celui de commandant, tandis que ceux de Peiron étaient entièrement voués au combat singulier.
Mais…
« Ça, c’est pour un avenir lointain. »
Depuis qu’il m’avait rencontré, Marcus avait progressé grâce à d’innombrables expériences et séances d’entraînement.
Pour le moment, Marcus avait clairement un niveau d’avance, voire deux, sur Peiron.
Comme pour le prouver, l’avantage dans le combat penchait peu à peu du côté de Marcus.
Clang !
La lance de Marcus dévia le milieu de la hallebarde de Peiron et ouvrit une brèche dans sa garde.
« Espèce de grande perche… Urgh ! »
La lame de l’épée frôla de justesse les cheveux de Peiron.
Avec des mouvements fluides, Marcus combinait la lance et l’épée pour acculer Peiron.
« Enfoiré !! »
« Surveille ton langage, petit poulain. »
Marcus avançait sans laisser à Peiron une seconde de répit ; les mouvements de ce dernier devenaient de plus en plus fébriles.
Coincé dans une position défavorable, Peiron s’était naturellement mis à forcer les choses.
Plus Peiron se donnait à fond, plus Marcus redoublait d’ardeur dans son assaut.
« À ce rythme, je vais devoir ramasser le corps de l’un d’eux. »
Je ne voulais pas qu’ils se blessent. Il était temps de mettre fin à ce duel.
« Crève, espèce de grande perche !! »
« Un vulgaire bandit ose… !! »
Au moment où la lance de Marcus et la hallebarde de Peiron s’abattirent l’une sur l’autre avec une violence féroce…
Clang !!
« Ça suffit. »
Je m’interposai entre eux et déviai leurs deux attaques.
« Si vous continuez, l’un de vous va finir blessé. Vous arrêtez là, tous les deux. »
« … Je vous prie de m’excuser. »
Marcus finit par comprendre à quel point il s’était emporté et baissa la tête en signe d’excuse.
« Pousse-toi !! »
Mais Peiron, fidèle à son tempérament fougueux, continuait de faire des histoires.
Les rumeurs disaient donc vrai. Peiron était irascible, facile à provoquer et prompt à faire des erreurs.
« Tss. Pas le choix. »
Je décidai de lui remettre les idées en place tant que j’en avais l’occasion.
Comment comptais-je m’y prendre ?
Simple.
« Depuis la nuit des temps, le bâton a toujours été le remède aux chiens désobéissants. »
Je levai la Hache noire et l’abattis droit sur la hallebarde de Peiron.
Peut-être trop sûr de sa force, Peiron tenta de bloquer mon coup de plein fouet.
Quelle décision stupide.
Aussi doué que fût Peiron, il ne pouvait pas facilement arrêter un coup renforcé à la fois par ma force anormale et par mon mana.
Boum !!
Le poids inimaginable du coup fit plier les genoux de Peiron.
À genoux, les deux mains sur sa hallebarde, il ressemblait à un élève puni.
« Grrraaaah !! »
« Maintenant que j’y pense, tu es aussi têtu que Max. »
Sa détermination me plut, et je lui décochai un coup de pied au plexus.
« Urk ! »
J’y avais mis de la force ; il devait avoir sacrément mal.
« Guh… Bon sang ! »
« Tu t’es calmé, maintenant ? »
« Hem… Désolé pour ça. Ça faisait longtemps que je n’avais pas rencontré un adversaire à ma mesure… »
« Ce n’est rien. Ça arrive. »
Crac !
Je me fis craquer les doigts en disant que ce n’était rien ; Peiron recula, horrifié.
« A-Attends, qu’est-ce que tu fais ? J’ai repris mes esprits. Alors… »
Reprendre ses esprits, c’était une chose.
« Mais tu dois quand même être puni, non ? »
Je corrigeai soigneusement Peiron, coup après coup, pour qu’il comprenne le sens des bonnes manières.
Le lendemain, la rumeur se répandit dans les villages alentour : un ours poussant des cris terrifiants était apparu.
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