Chapitre 30
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran de la Frontière du Nord ◈
Chapitre 30 : Voyous et bergers (1)
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À Ermil, où se trouvait la Forteresse de Camilla, les marchands qui y exerçaient se réunirent en secret dans une taverne isolée.
Ils étaient d’âges et d’apparences diverses, mais avaient un point commun.
Peu de temps auparavant, ils avaient tous été informés sans préavis que leurs contrats de ravitaillement militaire étaient résiliés. Ils en voulaient donc à Ubel et à la Compagnie commerciale Camellun.
« Nous avons des nouvelles. »
Ribal, un homme d’âge mûr à la tête de la Compagnie commerciale Ribal, s’adressa à voix basse aux marchands réunis.
« Un mercenaire engagé comme escorte a réussi à s’échapper, mais le chef de la Compagnie commerciale Camellun et les autres ont été capturés sans encombre. »
« Quel soulagement. »
« Ce gamin ne connaissait pas sa place et n’arrêtait pas de nous chercher des ennuis. Ça devait finir par arriver. »
« Le nouveau seigneur est allé trop loin, lui aussi. Résilier nos contrats de ravitaillement sans même nous prévenir ? »
« Exactement. Ils l’ont bien cherché. »
En vérité, même sans la Compagnie commerciale Camellun, Ubel les aurait tous écartés.
Tous les marchands présents s’étaient entendus avec Perez : ils vendaient les fournitures à un prix au moins deux fois supérieur au prix initial, parfois presque trois fois plus élevé, puis lui en reversaient une partie sous forme de pots-de-vin.
Bien entendu, aucun ne voyait le mal dans ses propres actes.
Ils étaient seulement furieux d’avoir perdu leur source de revenus faciles.
C’était pour cette raison qu’ils avaient enlevé Kane.
« Allons, calmez-vous. Nous avons capturé le chef de la Compagnie commerciale Camellun comme prévu. L’affaire est pratiquement entre nos mains, maintenant. »
« Mais est-ce vraiment sans risque ? J’ai entendu dire que le nouveau seigneur avait un sacré caractère. Dès qu’il apprendra ce qui s’est passé, il cherchera sûrement à mobiliser ses soldats. »
Ribal gloussa devant l’inquiétude du jeune marchand.
« Ne vous en faites pas. J’ai prévu le coup. Je fais des affaires dans le Nord depuis plus de dix ans. Vous croyez que je ne connais personne au quartier général ? »
À l’évocation de ses relations au quartier général, les chefs des compagnies marchandes se redressèrent, le visage illuminé.
« Vous voulez dire que… »
« J’ai déjà demandé à quelqu’un d’empêcher le nouveau seigneur d’agir à la légère. Même s’il est la plus haute autorité de la forteresse, il n’osera pas faire n’importe quoi si un officier de l’état-major le met directement en garde. »
« C’est impressionnant. »
« Comme on pouvait s’y attendre, maître Ribal avait tout prévu. »
« Ha ha, vous me flattez… »
Ribal sourit largement tandis que les chefs des compagnies marchandes le couvraient d’éloges.
Il avait enlevé le chef de la Compagnie commerciale Camellun et s’était servi de ses relations pour neutraliser le nouveau seigneur.
« Il ne me reste plus qu’à faire pression sur le seigneur pour qu’il rétablisse nos contrats de ravitaillement militaire, et l’affaire sera réglée. »
Ribal afficha un sourire sinistre, satisfait de son ingéniosité.
*****
Pendant ce temps, au Commandement du Nord, Schultz reçut une nouvelle désagréable dès le petit matin.
« … Peut-être que l’âge me joue des tours. Pourriez-vous répéter ? »
« Oui. Hier, l’état-major a proposé de relever temporairement le Commandant de cinq cents Ubel de ses fonctions et de le soumettre à une enquête menée par un inspecteur. »
« Pourquoi ? »
« Pardon ? »
« J’ai demandé pourquoi on avait avancé une idée aussi absurde. »
Sous le regard glacial de Schultz, le chef d’état-major déglutit avec difficulté avant de répondre.
« Il semblerait que le Commandant de cinq cents Ubel ait récemment informé les compagnies marchandes qui ravitaillaient la forteresse que leurs contrats étaient résiliés unilatéralement. On a également rapporté qu’il avait puni son prédécesseur de sa propre initiative, prétendant que celui-ci abusait actuellement de son autorité et devait être sanctionné… »
Après de longues années passées dans l’armée, Schultz comprit aussitôt la situation.
« Ha ha ha. Eh bien, eh bien… Voilà que même de vulgaires marchands s’imaginent pouvoir manipuler notre Armée du Nord. »
« … »
« La discipline de l’Armée du Nord s’est relâchée bien plus que je ne le pensais. N’êtes-vous pas d’accord ? »
« Euh… »
Le chef d’état-major ne pouvait pas acquiescer.
S’il le faisait, la colère de Schultz risquait de s’abattre sur toute l’Armée du Nord.
« Révoquez-le. »
« Pardon ? »
« L’homme qui a parlé de punir Ubel. Démettez-le immédiatement de ses fonctions et livrez-le à l’inspectorat. »
« O-Oui, mon général. »
« Et la Forteresse de Camilla semble en proie à des troubles. Accordez donc au Commandant de cinq cents Ubel le pouvoir d’inspection. »
« Commandant, c’est… ! »
Le pouvoir d’inspection était le plus puissant qui existât dans l’armée. Dès lors qu’une personne était soupçonnée d’avoir enfreint la loi, son détenteur pouvait enquêter sur n’importe qui et le punir sans restriction, qu’il appartienne ou non à l’Armée impériale, qu’il soit noble ou roturier.
« Jamais le pouvoir d’inspection n’a été accordé à un simple commandant. Je vous prie d’y réfléchir. »
« S’il n’y a pas de précédent, il suffit d’en créer un. Il sera plus efficace qu’il règle directement l’affaire plutôt que de laisser le lointain quartier général s’en charger. N’en reparlez plus. »
Schultz n’avait pas l’intention de revenir sur sa décision.
« L’Armée du Nord a besoin de changer. Si ce n’est pas moi, qui soutiendra ce garçon ? »
Schultz avait été très satisfait lorsqu’il avait appris qu’Ubel avait réglé sans hésiter le sort de son prédécesseur corrompu.
Il croyait que la volonté d’Ubel d’écarter sans délai ce qui n’allait pas et de s’attacher à faire ce qui était juste correspondait précisément à la voie que devait suivre l’Armée du Nord.
En temps normal, on aurait appelé cela du favoritisme.
Mais Schultz ne s’en rendait pas compte.
*****
Deux jours après la diffusion des ordres de Schultz,
« Qu’est-ce que ça veut dire, tout à coup ? »
Une lettre inattendue arriva du quartier général.
« Le pouvoir d’inspection ? Je suis censé punir ceux qui ont insulté l’Armée du Nord ? »
Qu’est-ce qui avait bien pu se passer pendant que je n’étais au courant de rien ?
Alors que je restais là, perplexe,
« C-Capitaine !! »
Kram accourut, l’air affolé.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Il s’est passé quelque chose ? »
« Dame Reina est arrivée. Elle dit qu’elle doit vous voir de toute urgence. »
« Elle vient de la Compagnie commerciale Camellun ? »
« Oui. J’ai entendu dire que le Seigneur marchand Kane avait été enlevé… »
« Quoi ? »
Surpris par le rapport de Kram, je fis aussitôt entrer Reina.
« Que s’est-il passé ? »
« E-Eh bien… »
D’après elle, les marchands dont les contrats avec la forteresse avaient récemment été résiliés nourrissaient du ressentiment et leur mettaient des bâtons dans les roues.
« Nous pouvions supporter quelques contrariétés. C’est courant, quand on exerce le métier de marchand. Mais, au bout d’un moment, des bandits se sont mis à surgir chaque fois que nous partions en affaires, comme s’ils savaient exactement quand nous prendrions la route. »
« Des bandits ? »
« Oui. Au début, nous avons réussi à tenir en renforçant nos escortes, mais… »
Les attaques des bandits s’étaient aggravées de jour en jour. Puis Kane avait été enlevé alors qu’il se rendait à la forteresse pour m’annoncer qu’il avait trouvé les gens de talent que je lui avais demandé de rechercher.
« Heureusement, l’un des invités qui voyageaient avec mon frère a réussi à percer leur encerclement et à s’échapper pour nous avertir. Nous l’avons donc appris assez vite, mais… »
S’il s’agissait d’un invité, c’était sûrement l’une des personnes de talent que j’avais demandé à Kane de trouver.
Je voulais le rencontrer et entendre toute l’histoire.
« Puis-je voir cette personne ? »
« Oui, un instant. »
Reina donna un ordre à son escorte, puis un homme apparut peu après dans mon bureau.
Il avait l’allure d’un bandit, des muscles aussi durs que l’armure et une hallebarde attachée dans le dos.
Aucun doute possible.
« Kane a trouvé Peiron ? »
[Peiron]
Si je devais le comparer à quelqu’un, je dirais qu’il ressemblait à Zhang Fei, dans le Roman des Trois Royaumes. Dans le jeu, il était l’un des deux piliers d’Arhan et un héros qui deviendrait plus tard le frère juré de Marcus.
Il tenait davantage du capitaine d’avant-garde que du commandant : un homme que ses ennemis surnommeraient le cauchemar du champ de bataille.
« Je ne m’attendais pas à ce qu’il ramène ce type… Il faudra que je remercie Kane. »
Mais d’abord, je devais le secourir.
« Enchanté de vous rencontrer. Je suis Ubel Graum, responsable de la Forteresse de Camilla. »
« Je suis Peiron. Ravi de vous rencontrer. J’ai entendu dire que vous me cherchiez ? »
Marco fronça les sourcils en entendant son ton.
Marco, je comprends ce que tu ressens.
Mais ce n’était pas le moment de s’attarder sur des détails aussi insignifiants.
« J’ai entendu parler de vous et vous ai fait appeler parce que je souhaitais m’entretenir sérieusement avec vous. Cependant, les circonstances ne s’y prêtent pas pour l’instant. Nous devrons donc remettre cette conversation à plus tard. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, accepteriez-vous de nous aider à secourir le Seigneur marchand Kane ? »
« Le Seigneur marchand m’a déjà payé à boire. Si je peux lui rendre service, je le ferai volontiers. »
« Bien. »
Reina m’avait déjà raconté toute l’affaire.
« Ces vermines. Il est courant que des compagnies marchandes s’allient dans l’Empire, et comme c’était une corvée d’arrêter jusqu’au dernier d’entre eux, je les avais laissées tranquilles… ! »
Je n’aurais jamais imaginé qu’ils seraient assez aveuglés par l’avidité pour aller jusque-là.
« La lettre du quartier général a dû arriver parce qu’ils préparaient aussi un coup. »
Ils avaient apparemment prévu de se servir du quartier général pour me lier les mains avant de s’en prendre à la Compagnie commerciale Camellun. Mais ils avaient choisi la mauvaise personne à provoquer.
Au moment où le quartier général m’avait accordé le pouvoir d’inspection au lieu de me retenir, leur plan avait déjà échoué. Pourtant, sans s’en rendre compte, ils avaient joyeusement enlevé Kane. Il était difficile d’imaginer plus grands imbéciles.
Peut-être parce qu’elle était encore jeune, ou parce qu’elle avait toujours chéri sa famille, Reina baissa la tête et m’implora.
« Si vous sauvez mon frère, je vous considérerai toute ma vie comme mon bienfaiteur et je vous rendrai la pareille. Je vous en prie… »
« Ne vous inquiétez pas. Je sauverai le Seigneur marchand Kane. »
Redevance ou non, en tant que commandant chargé de la forteresse, je ne pouvais pas laisser passer ça.
« Connaissez-vous l’emplacement de la base des bandits et leur nombre ? »
« J’en ai vu une cinquantaine et, avant de percer leur encerclement, j’ai aussi réussi à déterminer approximativement où se trouvait leur base. »
« Je vois. Marco. »
« Oui ! »
« Rassemble Marcus, Max et Jackson. »
Mobiliser autant d’hommes pour défaire une simple bande de brigands pouvait sembler excessif, mais dans ces circonstances, mieux valait trop que pas assez.
« Peu importe comment leurs tripes ont réussi à sortir de leur ventre… »
ils feraient mieux de prier pour que Kane soit indemne.
Une fois les préparatifs terminés, je me rendis au terrain d’entraînement. Les soldats s’y tenaient déjà en rangs bien ordonnés et m’attendaient.
Reina affichait une expression inhabituellement déconcertée.
« Ces soldats… »
« Ils ont été forgés par un entraînement éprouvant. De simples bandits ne les feront pas plier. Vous pouvez regarder sans crainte, madame. »
Après l’avoir rassurée une nouvelle fois, je passai les soldats rassemblés en revue.
« Garde-à-vous, soldats ! »
« … »
« À partir de maintenant, nous allons châtier les bandits qui menacent la paix de l’Empire et les marchands qui ont insulté l’Armée impériale. »
Je comptais laisser les archers et les troupes de garnison défendre la forteresse pendant notre absence.
« En temps normal, je devrais obtenir l’accord du quartier général avant de déplacer les soldats, mais… »
Maintenant que j’avais le pouvoir d’inspection, je pouvais sauter cette étape, agir d’abord et rendre compte ensuite.
« Max. »
« Oui ! »
« Tu prendras la tête des soldats et tu arrêteras tous les marchands impliqués dans ce complot. Raul devrait savoir où se trouvent leurs compagnies. »
« Ha ha, comptez sur moi !! »
« Marcus, Jackson, vous m’accompagnerez pour éliminer les bandits et secourir le Seigneur marchand Kane. »
« Nous obéirons à vos ordres. »
À les voir saluer avec tant de discipline, on aurait vraiment dit des commandants, maintenant.
Fier de voir à quel point mes hommes avaient progressé, je dégainai Hache noire pour la première fois depuis longtemps.
« En avant, soldats ! »
« Oui, monsieur ! »
C’était notre premier déploiement depuis notre affectation à la forteresse.
Les soldats avancèrent en formation, le visage grave. On aurait dit qu’ils avaient tous hâte de mettre leur entraînement à l’épreuve.
Alors que le soleil se couchait et que l’obscurité s’étendait sur les environs,
« Là-bas. »
Peiron désigna un sentier étroit qui montait dans la montagne.
« Suivez ce chemin et vous trouverez un village abandonné. Ça doit être leur repaire. »
« Jackson. »
« Oui ! »
Voulant vérifier les capacités des éclaireurs, j’ordonnai à Jackson d’aller en reconnaissance.
« Comptez sur moi. »
Jackson disparut dans les buissons avec les éclaireurs, l’air sûr de lui. Il ne nous restait plus qu’à attendre son retour.
Une trentaine de minutes plus tard, Jackson et les éclaireurs revinrent.
« Vous avez confirmé ? »
« Oui, c’est bien leur repaire. Mais il y a quelque chose qui cloche chez ces ennemis. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Ils portaient tous des cottes de mailles et étaient armés comme il faut. Je ne crois pas que ce soient de simples bandits. »
Les marchands les avaient donc délibérément engagés pour enlever Kane.
« Ça se complique. Ils sont combien ? »
« Il y avait environ cinq hommes de garde autour du village et, comme on nous l’avait indiqué, un peu plus d’une cinquantaine à l’intérieur. Je voulais m’approcher davantage, mais j’ai pensé qu’on nous repérerait si nous allions plus loin. Nous n’avons donc pas eu d’autre choix que de nous retirer. Je suis désolé. »
« Tu n’as pas à t’excuser. »
C’était largement suffisant. Le résultat était excellent.
« Je peux les envoyer au combat sans crainte. Jackson semble avoir un don naturel pour ce genre de chose. »
Savoir utiliser le terrain pour se couvrir et se dissimuler, se déplacer sans bruit, surveiller les alentours et progresser avec méthode.
J’avais mis en place les bases de l’entraînement, mais sans les capacités de Jackson, il aurait fallu bien plus de temps pour que l’unité d’éclaireurs remplisse son rôle.
« Je devrais peut-être former une unité de renseignement spécialisée, plus tard. »
Rehaussant l’estime que j’avais de Jackson, je détendis ma nuque.
« Maintenant que nous savons que les ennemis sont là… »
Était-il temps de se lâcher un peu ?
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