Chapitre 3
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 3 : Le soldat pénal Ubel Graum (2)
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Un an plus tard,
c’est-à-dire en année impériale 387, allait s’avérer une année décisive.
C’était alors que l’intrigue principale du jeu commençait véritablement, avec la catastrophe connue sous le nom de Grande Invasion.
[Grande Invasion]
Événement au cours duquel des tribus barbares attaquent simultanément l’Empire, marquant le début d’une ère de chaos à travers tout le pays.
Après la Grande Invasion, l’Empire décline peu à peu et vient alors une époque où les seigneurs de toutes les régions révèlent leurs ambitions et se disputent la suprématie.
Mais ça, c’est pour plus tard.
Pour l’instant, ce qui comptait, c’était la Grande Invasion.
La Frontière du Nord, où j’étais affecté, serait la première région à tomber lors de la Grande Invasion.
Avec les officiers et les commandants qui mourraient les uns après les autres, quelles étaient les chances qu’un soldat-bagnard comme moi s’en sorte ?
À ce compte-là, un chameau avait plus de chances de passer par le chas d’une aiguille.
Bien sûr, tout espoir n’était pas perdu.
Les soldats-bagnards pouvaient obtenir leur grâce en se distinguant au combat. Si je profitais de ce système pour me couvrir de mérites avant la Grande Invasion, je pourrais trouver un moyen de quitter le front.
Pour l’instant, la solution, c’est d’obtenir ma grâce et de fuir le nord.
La situation était désespérée, mais je décidai de me faire confiance. Ou plutôt, de faire confiance à tout ce que j’avais appris en jouant plus de cinq mille heures à ce jeu.
Je savais quels événements allaient se produire à partir de maintenant.
Je savais quels choix faire. Alors, qu’est-ce que je ne pourrais pas accomplir ?
Mais avant ça…
« Qu’est-ce que c’est que cette posture ? Tu t’affaisses ? Pourquoi tu ne t’allonges pas, tant que tu y es ? »
« P-pardon ! »
« Le premier qui s’écroule gardera la tête baissée jusqu’à ce soir. Compris ? »
« … »
« Répondez-moi. Compris ? »
« Oui… »
D’abord, il fallait que je m’occupe de ces types.
*****
Ce soir-là.
Dans le bureau de Berun.
« … Voilà ce qui s’est passé. »
Berun laissa échapper un léger rire en écoutant le rapport de Pellon.
« Il les a tous mis à terre ? Au moins, nous n’aurons pas à nous inquiéter de la discipline parmi les troupes. »
« Oui. Ses méthodes sont brutales, mais à ce rythme, il aura tous les soldats-bagnards sous contrôle en quelques jours. »
Les soldats-bagnards obéissaient à la loi du plus fort à la lettre.
Même si quelqu’un était leur supérieur, ils ne reconnaissaient pas ceux qu’ils jugeaient plus faibles qu’eux.
C’était pour cela que tant de chefs d’escouade s’arrachaient les cheveux en tentant de gérer leurs hommes. Pourtant, Ubel avait réglé le problème sans difficulté.
« Il semble aussi doué au combat qu’il est grand. »
« Hmm, vraiment ? »
Berun avait entendu des rumeurs sur la famille Graum et Ubel.
Un homme accablé par une tragédie : sa belle-mère avait soudoyé un juge pour le faire condamner, puis son demi-frère l’avait dépouillé de son héritage.
Heureusement, Ubel avait conservé son titre de noble. Mais même s’il achevait son service et retournait auprès de sa famille, il avait presque aucune chance de recouvrer ses droits.
Il serait peut-être mieux pour lui de rester dans l’armée…
Berun se rappelait encore très nettement qu’Ubel avait salué avec naturel, alors que personne ne lui avait correctement enseigné le geste.
Il avait probablement observé la manière de saluer des soldats, puis l’avait imitée.
Mais dans une situation où on l’avait traîné ici comme soldat-bagnard et où il devait être complètement perdu, se souvenir du salut et le reproduire était loin d’être facile. Berun ne pouvait s’empêcher de l’estimer davantage.
Il a la force nécessaire pour mater les soldats-bagnards d’un seul coup, mais aussi le réflexe d’observer ceux qui l’entourent. Il est parfaitement taillé pour le commandement.
Du point de vue d’un centurion, un chef d’escouade compétent était toujours le bienvenu.
« Puisqu’il vient d’arriver, gardez-le à l’œil vous-même pour le moment. Veillez à ce qu’il n’y ait pas de problème. »
« Bien compris. »
« Et s’il semble prêt, mettez-le immédiatement de service. »
« Oui. »
À l’origine, Berun avait prévu de lui accorder environ un mois pour s’adapter.
Mais il avait l’impression qu’Ubel serait parfaitement intégré à l’unité en une semaine.
*
*
*
*
Pendant ce temps,
tandis que Berun souriait, satisfait,
une atmosphère glaciale régnait sous la tente de l’escouade d’Ubel.
« Hé, Max. On va vraiment faire ça ? »
« Bien sûr. Tu veux laisser passer ça sans rien faire ? »
« Eh bien, non, mais… »
C’était le milieu de la nuit, l’heure où tout le monde dormait.
Martin, le deuxième membre le plus ancien de l’escouade, et Max, le plus ancien, observaient Ubel.
Ils comptaient se venger de ce qui s’était passé dans la journée pendant qu’il dormait.
Pas question…
On ne peut pas laisser passer ça.
Il était devenu chef d’escouade dès son arrivée, juste parce qu’il était noble ?
Très bien. Ça les avait agacés, mais ils pouvaient l’accepter, maintenant.
Ils avaient constaté de leurs propres yeux qu’il était fort et remarquablement doué.
Mais ils ne pouvaient pas non plus se laisser battre comme ça.
Si on continue à se faire mener par le bout du nez par ce salaud…
On se fera battre à mort avant même la fin de notre service.
Ils voulaient au moins être traités comme des êtres humains. Ce n’était donc pas tant une tentative de lui faire du mal qu’un ultime effort désespéré pour améliorer leur sort.
« Alors… on y va. »
Hochement de tête !
Après s’être fait signe, ils s’approchèrent lentement d’Ubel, la gorge sèche, une corde et un gourdin à la main.
Au moment où ils furent tout près,
Ffffouit !
La couverture d’Ubel s’enroula autour du visage de Martin.
« Urk ?! »
Avant même que Martin ait le temps de paniquer, sa vision bascula et il fut plaqué au sol.
« Aaaah ! »
« Martin ?! »
Max eut un hoquet et voulut se précipiter vers Martin.
« Hein… ? »
Mais il ne put que pousser un bref cri en voyant l’énorme poing qui venait d’apparaître juste devant lui.
*****
« Comment se fait-il que vous ne vous écartiez jamais, même un tout petit peu, de ce à quoi je m’attends ? »
« Aïe… »
Max et Martin roulèrent sur le sol.
À l’intérieur de la tente, les membres de l’escouade promenaient des yeux affolés sur la tentative d’assassinat (?) en pleine nuit.
« Quoi ? Vous pensiez pouvoir vous débarrasser de moi en m’attaquant pendant mon sommeil ? »
« C-ce n’est pas… »
« Qu’est-ce que tu racontes, espèce d’abruti ? »
Ils avaient peut-être leurs raisons d’agir ainsi, mais ils ignoraient deux choses.
D’abord, j’avais déjà prévu que quelque chose de ce genre arriverait.
Ensuite, j’avais le sommeil léger.
Ça me rappelle soudain le bon vieux temps.
Quand j’avais été envoyé à l’étranger pendant mon service militaire.
Une fois, on nous avait livré une bombe à l’aube.
J’avais eu une de ces trouilles.
Heureusement, je n’avais pas été gravement blessé, mais depuis cet incident, j’avais le sommeil léger.
Putain, rien que d’y repenser, ça me remet en rogne.
Boum !
« Argh ! »
Après avoir remis une raclée à Max, qui venait de me rappeler un vieux traumatisme, je m’adressai au grand soldat étendu à côté de lui.
« Hé, comment tu t’appelles ? »
« M-Martin. »
« Et ? »
« Pardon ? »
« C’est tout ce que tu as à dire pour te présenter ? »
« J-Je suis celui qui a le plus d’ancienneté dans l’escouade après Max. »
Donc Martin était le deuxième plus ancien, en gros.
De toute façon, ces types m’avaient complètement réveillé.
J’en profitai pour faire connaissance avec tous les membres de l’unité.
« Au suivant. Présentez-vous, les autres, par ordre d’incorporation. »
« Oui, chef ! Je m’appelle Walter. J’étais chasseur, mais on m’a traîné ici après que j’ai corrigé le fils d’un propriétaire terrien qui semait le trouble dans mon village. »
« Moi, c’est Raul… Je me suis engagé à peu près en même temps que cet abruti de Walter. Avant, je travaillais pour une petite compagnie marchande. »
« Je m’appelle Kram. »
La peau sombre de Kram était rare dans le nord. Ils venaient probablement de l’ouest.
« J-je m’appelle Jackson. »
« C’est tout ? »
« J-j’ai appris le métier d’herboriste, alors je sais bien m’orienter sur les chemins de montagne. »
Bien.
Toi, tu seras notre éclaireur.
« Je m’appelle Marco. J’ai eu dix-neuf ans cette année. »
« Attends. Tu as dix-neuf ans ? »
« C’est ça. »
« Alors, pourquoi tes cheveux… »
« Pardon ? »
« Non… laisse tomber. »
Marco.
Le crâne déjà luisant de Marco faisait de lui un soldat sacrément inquiétant.
Forte probabilité qu’il devienne un soldat à surveiller de près. À noter.
Il n’en restait plus qu’un.
« J-je m’appelle Ren… Je suis doué pour les petits travaux, comme la couture. »
Hmm. Le plus jeune, et le responsable des tâches ménagères.
Bien. J’avais maintenant une idée générale de qui était qui.
Après avoir gravé dans ma mémoire les détails sur les membres de l’escouade, je me tournai vers Max et Martin.
« Quand même, je ne m’attendais pas à ce que vous soyez les plus anciens, vous qui avez l’air d’être les deux plus grands crétins du coin. »
« … »
« Tss. Quel duo pitoyable. »
Je comprenais qu’ils aient comploté pour se venger.
Quel homme accepterait sans broncher de se faire battre ?
S’ils avaient baissé la tête sans montrer la moindre volonté de se défendre, j’aurais été bien plus déçu.
Mais…
« Vous êtes les vétérans. Si vous comptiez vous y mettre, vous auriez dû faire ça correctement. »
« Aïe ! »
Je donnai une tape sur la tête de Max, puis promenai un regard glacial sur les autres.
« Je ne dis pas ça uniquement à ces deux-là. »
« … »
« Retenez bien ceci. Une résolution à moitié assumée ne fait qu’accélérer votre mort. Celui qui se laisse emporter par une émotion passagère et se jette dans le tas n’est qu’un grande gueule. »
« A-alors, qu’est-ce qu’on est censés faire ? »
Ren, dont le visage avait l’air doux, me posa la question.
« Qu’est-ce que vous êtes censés faire ? »
« … Oui. »
« Réfléchir et juger. »
C’était une habitude qui servirait beaucoup, pas seulement dans l’armée, mais dans la vie.
S’ils étaient incapables de faire quelque chose d’aussi simple…
Alors ils mourront, j’imagine.
Bien des choses allaient arriver dans l’Empire, et pour y survivre, il faudrait au moins un minimum de détermination.
« Analysez constamment la manière de mettre votre adversaire à terre et évaluez l’écart entre vous. »
« … »
« Si vous ne trouvez pas de solution, alors baissez la tête, plaquez-vous au sol, serrez les dents et tenez bon. Si vous ne pouvez pas devenir des loups sans pitié, devenez au moins des rats. Dans ce monde, les rats lâches vivent plus longtemps que les imbéciles téméraires. »
Il ne fallait pas confondre courage et témérité.
S’attaquer à une tâche impossible, ce n’était pas du courage. C’était de la témérité.
« Mais si vous n’êtes toujours pas capables de faire la différence entre les deux et d’agir en conséquence, faites confiance à quelqu’un qui sait réfléchir et juger, et suivez-le. »
« Vous voulez dire quelqu’un comme vous, Seigneur Ubel ? »
« Je ne le nierai pas. »
Reconnaître ses propres lacunes et suivre quelqu’un d’autre était aussi une qualité.
Un chien qui aboie tout seul n’est qu’un chien enragé.
Mais un chien qui aboie pour protéger son maître est considéré comme un fidèle compagnon et grandement estimé.
S’ils n’avaient pas l’assurance de devenir des loups eux-mêmes, mieux valait encore qu’ils deviennent des compagnons fidèles.
Je leur tendais une chance.
La chance de tenir bon dans l’ère chaotique qui les attendait.
Peut-être que mes paroles les avaient touchés.
Les soldats prirent un air grave.
« A-alors… hum, est-ce que je peux vous poser une question ? »
Max, qui avait été roué de coups, se redressa péniblement et prit la parole.
« On a tous mené une vie misérable. Dehors, on est des mouches dont les nobles comme vous, Seigneur Ubel, peuvent faire tomber la tête d’un seul mot. »
« En gros, tu veux savoir comment vous pouvez me faire confiance. »
« C’est ça. Nous aussi, on est des êtres humains. Si on vous fait confiance et qu’on vous suit, Seigneur Ubel, il faut qu’on puisse croire qu’on pourra survivre ici sans finir en boucliers humains. »
« La confiance, hein ? Pour être honnête, je ne peux pas vous garantir que vous survivrez tous simplement en me suivant. »
Je ne pouvais même pas garantir ma propre survie, à l’heure actuelle. Je n’allais pas débiter des absurdités sans fondement du genre : « Faites-moi confiance et vous vous en sortirez tous vivants. »
« Mais je peux vous promettre ceci. »
« … »
« Si vous me suivez, au moins, vous ne mourrez pas inutilement sans avoir rien accompli. »
Que je devienne un compagnon fidèle ou un loup moi-même,
je n’en étais pas encore certain.
Mais j’avais bien l’intention de faire tout ce qu’il faudrait pour survivre.
« … Je vois. »
Après avoir entendu ma réponse, les membres de l’escouade se regardèrent un instant. Puis ils hochèrent la tête et s’agenouillèrent tous.
« À partir de maintenant, nous servirons le Seigneur Ubel et le reconnaîtrons comme notre chef ! »
« Nous avons hâte de servir sous vos ordres ! »
« Moi aussi, j’ai hâte de travailler avec vous tous. »
Le premier jour après ma transmigration,
j’avais gagné la reconnaissance et la loyauté des membres de mon escouade.
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