Chapitre 28
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 28 : Les frère et sœur Camellun (1)
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Grâce à Perez, mon capital de départ avait considérablement augmenté.
J’avais aussi décidé où l’investir ; il ne me restait donc plus qu’à passer à l’action.
En temps normal, j’aurais investi par l’intermédiaire des compagnies commerciales qui traitaient avec la forteresse.
Mais…
Je ne peux faire confiance à personne qui ait pu s’entendre avec Perez.
Contrairement aux autres unités, ravitaillées par leur corps d’approvisionnement, la Forteresse de Camilla utilisait des fonds de fonctionnement fournis par le quartier général pour acheter elle-même ses provisions. De ce fait, elle traitait souvent avec les marchands locaux.
Vu le caractère de Perez, il y avait de fortes chances qu’il ait touché des pots-de-vin de la part des marchands qui ravitaillaient la forteresse.
Tant que j’y suis, autant remplacer tous les fournisseurs.
J’avais déjà choisi la compagnie commerciale qui prendrait leur place.
« Ren, va me chercher Kram. »
« Oui, monsieur ! »
Comme il s’agissait d’une affaire avec des gens de l’extérieur, je décidai de la confier à Kram.
Peu après, Kram entra dans mon bureau.
« Vous m’avez fait demander ? »
« Je voudrais vous confier une mission. Ça vous va ? »
« Donnez-moi vos ordres, quand vous voulez. »
« Rien de compliqué. Je veux que vous trouviez une compagnie commerciale. »
« Une compagnie commerciale ? »
« Oui. Il doit y avoir, dans le nord-est, une petite compagnie appelée Compagnie commerciale Camellun. Prenez contact avec elle. »
« Vous voulez que nous nouions des liens avec elle. Quelle raison dois-je donner pour les approcher ? »
« Pour commencer, faites-leur savoir comme ça, en passant, que nous aimerions leur confier le ravitaillement de la forteresse. Ils viendront nous voir d’eux-mêmes ensuite. »
« Compris. Mais… »
Kram pencha la tête, visiblement perplexe.
« Pourquoi les cherchez-vous ? Si c’est une petite compagnie commerciale, elle ne sera pas d’une grande aide à la forteresse, non ? »
« Pour le moment, peut-être. »
« Comment ça ? »
[Compagnie commerciale Camellun]
Pour l’heure, ce n’était qu’une petite compagnie commerciale, sans capital et qui ne possédait rien de plus qu’un unique chariot délabré.
Pourtant, dans exactement dix ans, le flair de son dirigeant et le chaos de l’époque lui permettraient de prospérer considérablement : elle deviendrait l’une des cinq grandes compagnies commerciales de l’Empire et la plus importante maison marchande de l’Est.
Dans l’histoire, la Compagnie commerciale Camellun végète encore tout en bas de l’échelle. Si je ne noue pas de liens avec elle maintenant, quand le ferai-je ?
Je comptais la rallier à ma cause pour l’avenir.
Kram, parti à la recherche de la Compagnie commerciale Camellun, revint quatre jours plus tard.
Contrairement à son départ, il regagna la forteresse avec un chariot.
« Comme vous me l’aviez ordonné, j’ai amené le chef de la Compagnie commerciale Camellun. »
Un jeune homme d’une vingtaine d’années et une jeune fille à l’air ingénu descendirent du chariot délabré.
Ayant sans doute compris, à l’attitude de Kram, que j’étais le supérieur des lieux, le jeune homme s’inclina respectueusement devant moi.
« J’ai appris que vous nous cherchiez. Je suis Kane Camelun, chef de la Compagnie commerciale Camellun. C’est un honneur de vous rencontrer. »
J’avais entendu dire que Kane était issu d’une famille noble déchue.
Il connaissait effectivement très bien les règles de bienséance.
« Enchanté. Je suis Ubel Graum, responsable de la Forteresse de Camilla. Et voici… ? »
« Ah, ma petite sœur. Elle me suit partout et m’aide dans les affaires de la compagnie. »
« Je m’appelle Reina Camelun. »
Elle paraissait avoir une quinzaine d’années et avait un visage juvénile.
Au moment où je la vis, le coin de ma bouche tressaillit, mais je parvins à le dissimuler.
« Tout d’abord, je vous prie de m’excuser de vous avoir fait venir ici si soudainement. »
« Je vous en prie. Mais surtout, j’ai entendu dire que vous souhaitiez conclure avec nous un contrat de ravitaillement. Est-ce vrai ? »
Kane posa la question d’un ton méfiant.
Ses soupçons étaient compréhensibles.
Un contrat de ravitaillement militaire n’était pas à la portée de n’importe qui.
Ils garantissent des revenus stables sur le long terme, alors la concurrence est féroce. Il arrive souvent qu’on ne puisse pas décrocher un contrat sans avoir de relations dans l’Armée impériale.
Kane avait donc de quoi se méfier : quelqu’un qu’il n’avait jamais rencontré lui proposait un tel contrat, alors que sa compagnie était toute petite.
« Hmm. Allons d’abord ailleurs. »
« Bien sûr. »
Tandis que je les conduisais vers mon bureau, je posai discrètement une question à Kane.
« À propos, j’ai entendu dire que le prix de la primevère du soir avait fortement augmenté il y a quelques mois, après la découverte de ses propriétés médicinales. Il paraît aussi qu’il ne montre toujours aucun signe de baisse, peut-être à cause de la forte demande. À votre avis, quand redescendra-t-il ? »
« Haha… Je pense qu’il faudra encore un peu de temps avant que le prix baisse. »
« Je vois. »
Kane répondit d’une voix légèrement gênée, tandis que Reina affichait un sourire ingénu, comme si elle n’était au courant de rien.
Les autres ne l’avaient peut-être pas remarqué, mais moi, je le vis clairement.
Pendant un bref instant, son expression se figea, puis elle se détendit de nouveau.
Hmm.
Perdu dans mes pensées, je poursuivis mon chemin et arrivai bientôt à mon bureau.
« Je vous en prie, prenez place tous les deux. »
Je leur indiquai des sièges, demandai à Ren d’apporter des boissons, puis pris mon temps pour entrer dans le vif du sujet.
« Si je vous ai fait venir, c’est parce que j’ai une demande à faire à la Compagnie commerciale Camellun. »
« Une demande ? »
« Oui. Si vous l’acceptez, je confierai à votre compagnie tout le ravitaillement futur de la Forteresse de Camilla. »
Tout le ravitaillement.
C’était comme leur remettre tous les contrats de fourniture militaire de la forteresse.
L’ampleur de l’affaire dépassait les attentes de Kane, qui parut décontenancé.
« V-vous nous confieriez tout le ravitaillement ? C’est bien ce que vous voulez dire ? »
Je souris.
« Bien sûr. »
« Pourquoi proposer cela à une petite compagnie commerciale comme la nôtre… ? »
« Il y a quelque temps, j’ai entendu par hasard des gens qui avaient fait affaire avec la Compagnie commerciale Camellun en parler. Ils disaient que votre compagnie avait beau être petite, elle savait reconnaître la valeur de la confiance. Comme je devais justement changer de fournisseurs, je vous ai fait cette proposition. »
J’avais menti en prétendant avoir entendu des rumeurs sur la Compagnie commerciale Camellun, mais ils n’avaient aucun moyen de le savoir.
Mon explication lui ayant paru suffisamment convaincante, Kane hocha la tête.
« Je comprends mieux. Je saisis vos intentions, mon seigneur. Mais avant d’en discuter davantage, puis-je vous demander ce que vous attendez de nous ? »
Je laissai échapper un petit rire devant l’expression résolue de Kane.
« Vous craignez que je vous demande de faire quelque chose d’illégal ? »
« Si cela vous a offensé, je vous prie de m’excuser. Je voulais simplement que les choses soient claires. »
Kane voulait dire qu’il refuserait si ma demande enfreignait la loi impériale.
Impressionné par cette moralité peu commune chez un marchand, je le rassurai.
« Ne vous inquiétez pas. Je ne vous demanderai rien de tel. Je veux seulement que la Compagnie commerciale Camellun se procure l’article que je vais vous demander. »
« De quel article pourrait-il s’agir… ? »
« Du blé. »
« Quoi ? »
Kane semblait ne pas comprendre pourquoi je voulais du blé.
« Si vous avez besoin de provisions, vous ne pouvez pas simplement vous en procurer auprès des compagnies commerciales voisines, sans nous faire une demande à part ? »
Comme le disait Kane, on pouvait se fournir en blé pour nourrir les soldats de la forteresse auprès des marchands des environs, à tout moment.
Cependant…
« La quantité que je compte acheter est assez importante. »
« Si la quantité est importante… »
« Au moins pour trois mille pièces d’argent. »
« Quoi ?! »
« Si possible, je suis également prêt à faire crédit. »
Une vente à crédit consistait à recevoir les marchandises d’abord, puis à les payer plus tard, au prix en vigueur au moment de leur réception.
Kane me regarda comme si j’étais fou.
« Mais qu’est-ce que vous pourriez bien faire d’autant de blé ? J’ai entendu dire qu’il y avait environ cinq cents soldats en garnison à la Forteresse de Camilla. Vous attendez des renforts ? »
« Non. »
« Alors, pourquoi… ? »
Je m’étais attendu à cette réaction et me contentai de siroter mon thé.
L’Empire récoltait le blé deux fois par an, au printemps et à l’automne. Comme je l’avais déjà dit, plusieurs années de récoltes abondantes l’avaient rendu très bon marché.
Au marché, ce n’était pas une pièce d’argent pour deux sacs de blé ?
Aux prix actuels, mille pièces d’argent, soit cent pièces d’or, suffisaient à nourrir les soldats de la forteresse pendant un an.
Et trois mille pièces d’argent représentaient environ trois ans de nourriture.
Étant donné que la Forteresse de Camilla recevait jusque-là ses vivres tous les trois mois, c’était une quantité excessive.
Kane n’avait sans doute jamais imaginé que je lui demanderais autant de blé. Il se gratta la joue, mal à l’aise.
« Hmm… Je ne m’attendais pas à ce que vous demandiez du blé, et encore moins pour trois mille pièces d’argent… »
« Est-ce difficile ? »
« Pardonnez-moi, mais les céréales ne sont pas une marchandise très intéressante pour une petite compagnie comme la nôtre. »
Je comprenais ce que Kane voulait dire.
S’il accepte, la compagnie ne transportera que du blé pendant un moment et ne pourra pas s’occuper d’autres marchandises.
Dans ce monde, les chariots étaient les seuls moyens de transport, en dehors des navires. Les compagnies commerciales privilégiaient donc les marchandises très rentables lorsqu’elles partaient en tournée.
C’était d’autant plus vrai pour les petites compagnies.
Du point de vue de Kane, le blé rapportait peu et prenait trop de place.
Il ne voudrait pas consacrer un temps et des efforts précieux à s’en occuper.
« Je comprends bien vos difficultés. C’est justement pour cela que je compte vous proposer un contrat de ravitaillement militaire en échange. La Compagnie commerciale Camellun n’aurait-elle pas intérêt à accepter une perte temporaire pour miser sur l’avenir ? »
« Hmm, même ainsi, il nous faudra acheter davantage de chariots et embaucher des ouvriers pour en acquérir autant… »
« Vous semblez vous demander si cela vaut la peine de supporter tous ces désagréments. »
Avec un sourire entendu, je tournai les yeux vers Reina, assise à côté de Kane.
« Et vous, qu’en pensez-vous, votre sœur ? »
Kane tressaillit devant ma question soudaine.
« Quoi ? P-pourquoi vous adressez-vous soudainement à Reina… ? »
Pourquoi ?
Vous me posez vraiment la question parce que vous ne le savez pas ?
Je souris à Kane, qui semblait quelque peu tendu.
« Parce que votre sœur a l’air d’être la véritable propriétaire de la compagnie. Me trompé-je ? »
Il y avait une raison simple à ma remarque.
Dans le jeu, Reina dirigeait la Compagnie commerciale Camellun.
Quelques années plus tard, celle-ci connaîtrait une ascension fulgurante et Reina en deviendrait la véritable dirigeante.
C’était pour cela que j’avais été intérieurement stupéfait en voyant Kane la première fois.
Je n’aurais jamais imaginé que Reina avait un grand frère.
J’ignorais si Reina prendrait un jour la relève de Kane ou si, pour une raison quelconque, elle deviendrait soudainement la cheffe de la compagnie.
Mais une chose est sûre : Reina est la véritable force derrière la Compagnie commerciale Camellun, à l’heure actuelle.
Bien que tout ait déjà été découvert, Kane nia mon affirmation.
« Haha… Dire que Reina est propriétaire de la compagnie, c’est exagéré. »
Les paroles de Kane n’étaient pas dénuées de sens. Il était possible que Reina se contente d’apprendre le métier sous sa direction, avant de devenir adulte et de prendre la tête de la compagnie.
C’était pour cela que j’avais mis Kane à l’épreuve en chemin vers mon bureau.
« Président Kane. »
« Oui ? »
« Vous ne le savez peut-être pas, mais le prix de la primevère du soir a déjà baissé. »
Contrairement à ce que j’avais dit à Kane, le prix de la primevère du soir avait baissé depuis longtemps.
Quelques mois plus tôt, cette plante avait bouleversé le monde du commerce. Quelqu’un qui dirigeait réellement une compagnie commerciale et suivait les affaires ne pouvait pas ignorer l’évolution de son prix.
Ce serait comme prétendre travailler en Bourse sans savoir si l’indice KOSPI avait monté ou baissé depuis le mois dernier.
« Ça… »
Au moment où Kane comprit que je l’avais piégé et chercha une excuse, Reina, qui était restée silencieuse jusque-là, prit la parole.
« Grand frère, ça suffit. »
« Oh ? Tu l’avoues plus facilement que je ne le pensais. »
« Maintenant que vous avez percé notre secret, trouver des excuses ne changera rien. Mais je suis curieuse. »
« De quoi ? »
Un doux sourire ingénu se dessina sur ses lèvres.
« Même si mon frère a fait un lapsus, cela ne suffit pas à établir que je suis la véritable force derrière la compagnie. Comment l’avez-vous découvert ? »
« Disons que c’était une intuition. »
Je haussai les épaules en feignant le calme, mais sa question était vraiment perspicace.
Comme prévu, il ne faut pas la sous-estimer sous prétexte qu’elle est jeune.
Je ne pouvais pas me laisser tromper par son apparence.
Combien de joueurs du jeu s’étaient brûlé les ailes en se laissant duper par ce sourire ingénu ?
L’Araignée dorée de l’Est.
C’était l’épithète de Reina.
Pour éviter qu’elle ne me pose d’autres questions, je changeai naturellement de sujet.
« Mais surtout, n’y a-t-il pas autre chose dont nous devrions discuter ? »
« C’est vrai. »
« Dame Reina, vous comprenez à quel point cet accord serait avantageux pour la compagnie, n’est-ce pas ? »
« Je ne le nierai pas. »
Se procurer du blé serait contraignant, mais si la récompense était un contrat de ravitaillement militaire, la compagnie y gagnerait.
« Pourtant, une chose m’intrigue. »
« Laquelle ? »
Elle me regarda, les yeux plissés.
« Pourquoi cherchez-vous à rassembler autant de blé ? Si je vous le demandais avec tout le respect qui vous est dû, accepteriez-vous de me le dire ? »
« Je crains que ce ne soit pas possible. Mais si je peux me permettre un conseil… »
« … »
« Achetez autant de blé que possible parmi les récoltes de ce printemps. Cela vous sera probablement d’une grande aide. »
Je le pensais sincèrement.
Cet été-là, des conditions météorologiques anormales entraîneraient de mauvaises récoltes dans tout l’Empire, et le prix du blé s’envolerait.
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