Chapitre 27
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 27 : Forteresse de Camilla (4)
──────
Une épreuve fut organisée entre les soldats.
Les centurions et ceux dont le poste avait déjà été décidé n’avaient aucune raison d’y participer. Les membres de l’escouade de dix hommes déjà formée ne prirent donc pas part à l’épreuve.
À une exception près.
« Hé, Marco, tu comptes vraiment passer l’épreuve ? Pourquoi ne pas en parler au commandant et demander un autre poste…
— Haha, Martin, ne t’en fais pas pour moi. Regarde plutôt. Je vais finir premier.
— Ah, bon, si tu as pris ta décision, qu’est-ce que je peux y faire ? Si tu y tiens, donne tout ce que tu as.
— Oui ! L’épreuve va commencer, je ferais mieux d’y aller.
— D’accord. »
J’accueillis avec un grand sourire les encouragements de Martin, mais, au fond, j’avais le cœur terriblement lourd.
Je serrai les poings.
« … Cette fois, je dois prouver ma valeur et gagner la reconnaissance du commandant. »
Autrefois, je n’aurais jamais eu besoin de penser ainsi.
Il m’avait suffi de souffrir et de rire aux côtés des autres, sous les ordres du commandant.
Mais, peu à peu, chacun avait commencé à suivre sa propre voie, et tout avait changé.
« Je suis Marcus, commandant de la Première force de frappe. Nous allons commencer l’évaluation. D’abord, l’épreuve d’endurance. Vous devrez faire trente tours du terrain d’entraînement. Le classement dépendra de l’ordre d’arrivée. Alors, donnez le meilleur de vous-mêmes. »
Dès leur toute première rencontre, Marcus avait fait preuve d’un talent extraordinaire. Il était devenu centurion grâce à ses seules capacités.
« Ceux qui ont terminé l’épreuve d’endurance, rassemblez-vous ici. Hé, toi ! Par ici, et plus vite que ça ! Qu’est-ce que tu as à me regarder comme ça ? Petit merdeux, tu crois que je ne vois pas bien parce que je n’ai qu’un œil ?! »
Le commandant avait reconnu la férocité et le charisme qui caractérisaient Max, et celui-ci était devenu centurion.
« Max, calme-toi un peu. Soldats, écoutez-moi. Il reste encore beaucoup d’épreuves, alors ceux qui ont réussi la première peuvent se reposer ici un moment. Détendez-vous. »
Martin était devenu centurion parce qu’on l’estimait pour sa facilité à s’entendre avec les autres et pour sa manière de veiller sur ses camarades, même dans les situations urgentes.
« Il y a foule, là-bas.
— Comment ils vont s’y prendre pour gérer autant de soldats ? Moi, j’en serais incapable, même si ma vie en dépendait.
— Bah, ces trois-là vont s’en charger. Au fait, Jackson, tu as pu voir les autres ?
— Je ne me suis pas présenté comme il faut. Je les ai juste observés en passant. Pourquoi ?
— Vu leurs fonctions, nos unités auront sûrement souvent affaire l’une à l’autre. Ce serait bien que les soldats fassent connaissance pendant qu’on en a l’occasion. »
Walter et Jackson observaient l’épreuve depuis le côté.
Eux aussi avaient consolidé leur position en mettant leurs talents particuliers à profit.
« Et moi, alors ? »
Je le savais mieux que quiconque.
Parmi tous mes camarades, j’étais le plus ordinaire.
J’avais confiance en mes capacités au combat, mais…
« Comparé à Marcus, je suis loin derrière, et je n’ai pas le charisme de Max. »
Je n’avais pas autant d’expérience que Martin, ni de talents particuliers comme Jackson ou Walter.
Je ne calculais pas aussi vite que Raul, je n’étais pas aussi lucide que Kram ni aussi adroit que Ren.
Un talent moyen.
Un esprit bien trop limité pour commander qui que ce soit.
Voilà tout ce que j’avais.
Mais je ne voulais pas simplement baisser les bras.
« Je veux savoir que moi aussi, j’ai ma propre voie. »
Je voulais montrer au commandant, qui avait cru en quelqu’un d’aussi quelconque que moi, que je pouvais moi aussi être utile.
« Bien. Toutes les épreuves de base sont terminées. Les cinquante premiers détermineront leur classement définitif lors de combats d’entraînement. Attendez devant le terrain. »
Réussir l’épreuve n’avait pas été difficile.
Tout se jouait aux combats d’entraînement.
En vérité, je n’avais participé que pour ça.
« Je vais gagner les combats et devenir le commandant de la Garde. »
C’était une épreuve.
« Une épreuve pour savoir si je mérite de rester aux côtés du commandant. »
Une épreuve pour prouver que j’en étais digne.
Si j’échouais, j’abandonnerais tout et je partirais.
Grâce à mon expérience du combat réel et à l’entraînement du commandant, j’avais réussi à survivre à chaque combat sans être éliminé.
Le problème, c’était mon dernier adversaire.
La finale tant attendue.
« Argh ! »
Un bâton d’entraînement en bois me transperça le ventre.
Je me rejetai en arrière pour amortir le choc et fusillai mon adversaire du regard.
« Il s’appelait… Garban, c’est ça ? »
J’avais appris auprès de Marcus, mais je maniais encore maladroitement les armes. Garban, en revanche, exécutait des techniques de lance fulgurantes, dignes d’un chef d’escouade qui avait servi comme simple soldat.
Comprenant que j’allais forcément perdre si les choses continuaient ainsi, je décidai de tenter le tout pour le tout.
« Raaah ! »
Je fonçai tête baissée pour réduire la distance, raccourcis ma prise sur le bâton et l’abattis de toutes mes forces, comme si je brandissais une massue.
Crac !
Garban fléchit les jambes et parvint de justesse à détourner le coup.
Garban riposta aussitôt.
Son bâton de bois s’abattit sans pitié sur tout mon corps.
« Urgh… »
Une douleur vertigineuse me traversa.
Je serrai les dents et m’efforçai de tenir bon.
Pan !
Le bâton de Garban me frappa de plein fouet à la tempe.
Fiiii…
Le monde se mit à tourner, tandis que mes oreilles tintaient.
Sans doute certain d’avoir gagné, Garban se détourna sans hésiter.
À cette vue, je serrai les dents.
« Ce n’est… pas encore fini. »
Garban secoua la tête en me voyant tenir à peine debout, les mains appuyées sur les genoux.
« Abandonne. Si tu continues à forcer, tu risques d’y laisser ta peau.
— Héhé. Quelle blague.
Comparé aux raclées que le commandant m’avait infligées, ce n’était qu’une petite tape.
« Viens, espèce de salaud.
— Tu l’auras voulu. »
Garban leva de nouveau son bâton et reprit l’assaut. Je savais que les méthodes ordinaires ne suffiraient pas à gagner ; je choisis donc celle qui me convenait le mieux.
Je me concentrai uniquement sur la défense, protégeai les points vitaux et avançai petit à petit, jusqu’à me retrouver à portée de bras de Garban.
Je lui lançai mon arme et lui décochai un coup de poing.
« Tu croyais vraiment que j’allais me laisser avoir par une ruse aussi minable ?! »
Garban écarta l’arme et esquiva mon poing en pivotant.
Ffffft…
Comme si j’avais attendu cet instant, je levai le bras, pivotai sur moi-même et frappai Garban à la tempe du coude.
C’était la technique que le commandant m’avait assénée lors de notre premier combat.
« Même si ce n’est qu’une pâle imitation… »
Pour l’avoir subie moi-même, je savais à quel point cette technique était puissante.
Crac !
Garban roula sur le sol sous l’impact, qui me parut des plus satisfaisants.
« C-cette… qu’est-ce que… »
Garban tenta désespérément de se relever.
Boum !
Mais Garban ne put encaisser le coup et s’effondra enfin, sans force.
Un lourd silence s’abattit.
Les soldats qui avaient assisté au combat restèrent un instant figés, les yeux écarquillés.
Puis ils éclatèrent en acclamations tonitruantes.
« Ouaiiiis !!! »
« Il a battu Garban ?! »
« C’est qui, ce type ?! »
« Incroyable !! »
Alors que l’émotion me gagnait en entendant les acclamations des soldats…
« Commandant ? »
J’aperçus au loin le commandant qui m’observait.
*****
« Ce Marco était vraiment un outsider, comme Marcus l’avait dit. »
Quand Marco m’avait demandé un peu de temps, j’avais pensé qu’il en avait besoin pour réfléchir.
Je n’aurais jamais imaginé qu’il comptait participer à l’épreuve et finir premier.
Je devinais à peu près pourquoi Marco avait pris part à l’épreuve.
« Il voulait devenir commandant de la Garde. »
Je ne pus retenir un sourire fier en le voyant poursuivre son objectif et enfin l’atteindre.
« Ces derniers temps, je m’inquiétais en secret pour les membres de l’escouade. »
Mais, en voyant Marco, je me dis que ces inquiétudes étaient peut-être infondées.
« Marco a prouvé qu’il en était capable. »
Les autres trouveraient bientôt leur propre voie, eux aussi.
Comme ils l’avaient toujours fait.
J’espérais que les membres de l’escouade continueraient à progresser. Puis je regagnai mon bureau.
*****
Le lendemain de la fin des combats d’entraînement, la réorganisation était achevée.
Les postes avaient été attribués en fonction des résultats. Certains furent déçus, mais aucun soldat ne protesta.
Une fois les chefs d’escouade et les autres officiers rassemblés, je les félicitai pour la réorganisation et leur donnai plusieurs consignes.
« Vous avez tous bien travaillé. Maintenant que la réorganisation est terminée, faites de votre mieux pour vous adapter aux unités qui vous ont été attribuées.
— Oui !
— Par ailleurs, les six soldats qui ont obtenu les meilleurs résultats aux combats d’entraînement intégreront la Garde. Marco est nommé commandant de la Garde, et les gardes auront le même rang que les chefs d’escouade. »
Au mot « commandant de la Garde », Marco, qui se tenait derrière moi, sourit.
« De plus, nous allons désormais passer à l’entraînement intensif. Je transmettrai les plans détaillés à chaque commandant d’unité. Donnez-vous à fond. Compris ?
— Oui !!! »
En voyant les officiers pleins d’entrain, je me fis la réflexion suivante.
« Combien de temps cet enthousiasme va-t-il durer ? »
Contrairement à avant, les unités avaient été réparties selon leurs corps d’armée et leurs missions différaient. J’avais donc établi des programmes d’entraînement adaptés aux particularités de chacune.
Les commandants, qui s’étaient au moins un peu habitués à mon entraînement, tiendraient le coup.
Pour les autres soldats, en revanche, ce serait assez rude.
Cinq jours après le début de l’entraînement, des cris de détresse s’élevèrent de toute la forteresse, comme prévu.
« Bien. À mon signal, nous ferons des rotations complètes du corps.
— Oui !
— Qu’est-ce que je vous ai dit de répondre pendant l’entraînement ?
— Aah !
— Bien. Dix rotations complètes du corps. Combien ?
— Dix !
— Je n’entends pas vos voix. Vingt. Combien ?
— Vingt !
— Faites trente rotations complètes du corps.
— On les fait !!! »
Les soldats ne purent retenir leurs cris face à cette douleur inconnue, qu’ils n’avaient jamais éprouvée auparavant. Marcus, Max et les autres centurions qui dirigeaient l’entraînement ressentirent une étrange satisfaction en voyant les soldats emprunter le même chemin qu’eux autrefois.
Bien sûr, ça ne voulait pas dire que je les épuisais sans réfléchir.
« Si je pousse trop fort des hommes qui ne sont pas solidement préparés, ça va mal finir. »
J’ordonnai aux instructeurs de faire travailler les soldats assez durement pour les éprouver, sans mettre leur santé en péril, et de leur donner à manger en abondance.
Après tout, il fallait manger pour avoir des forces.
« Commandant, voici le budget alimentaire de ce mois-ci. »
Raul me tendit le document qui détaillait les sommes dépensées pour acheter de la nourriture.
« Comme vous l’aviez ordonné, nous avons obtenu environ une fois et demie la ration habituelle.
— Bon travail. Les soldats ont bien reçu leur solde ?
— Oui. Nous avons aussi versé tous les arriérés.
— Le budget sera juste suffisant.
— Oui, mais, commandant, que comptez-vous faire de cette réserve que vous avez mise de côté plus tôt ?
— Elle me sera utile. Ne t’en préoccupe pas. »
Les deux cents pièces d’or laissées par Perez.
Je n’allais pas m’en servir pour faire fonctionner l’unité.
Pas que j’aie l’intention de les garder pour moi, bien sûr.
Je comptais les investir pour préparer l’avenir.
« Au départ, je pensais me contenter de l’argent de la récompense, mais grâce à Perez, mon capital de départ a considérablement augmenté. »
On aurait dit que j’investissais l’argent de l’entreprise en bourse, mais je pouvais garder la tête haute.
« Ce n’est pas pour mon propre profit. C’est pour tout le monde. »
Et si je perdais tout ?
Désolé, mais c’était impossible.
Comme je l’avais dit lors de l’incident avec Mac, je savais exactement comment la situation politique de l’Empire allait évoluer et quels événements allaient se produire.
« Si j’achète des marchandises dont le prix va bientôt s’envoler, puis que je les revends une fois les prix montés, je pourrai me faire un sacré paquet d’argent. »
C’était sans doute ce qu’on ressentait quand on connaissait à l’avance les courbes de la bourse.
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