Chapitre 26
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 26 : Forteresse de Camilla (3)
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Après avoir gagné la confiance des soldats, je me mis aussitôt à remettre de l’ordre.
« Pour commencer, veillez à ce que la nourriture et les provisions de l’entrepôt soient correctement distribuées aux soldats. »
« Compris. »
Les hommes de main de Perez, Jason compris, devaient être remis aux enquêteurs envoyés par le haut commandement.
Comme l’Opération Flamme de givre avait fait perdre tant de soldats récemment, ils seraient probablement affectés à cette unité comme soldats-bagnards.
Exécuter sur-le-champ Perez, un noble, aurait pu causer des problèmes, mais…
« Perez a tenté de s’enfuir en cours de route. Je n’ai donc pas eu d’autre choix que de m’occuper de lui. »
« Tout de même, traiter un noble de la sorte… »
« Je vous prie de m’excuser. C’était une erreur de ma part. »
« Hum. Faites plus attention la prochaine fois. »
Après avoir accordé nos versions avec celles des soldats et trouvé des excuses à l’enquêteur venu à la forteresse pour établir les faits, nous nous en tirâmes sans encombre.
« Au fait, que va-t-il advenir des postes de centurion vacants dans la forteresse ? »
À l’origine, j’aurais dû avoir cinq centurions sous mes ordres. Mais comme tous les centurions précédents, Jason compris, avaient été emmenés comme soldats-bagnards, Marcus était désormais le seul centurion officiel de la forteresse de Camilla.
« J’en ai informé le haut commandement, mais je n’ai pas encore reçu de réponse. Vous ont-ils dit quelque chose ? »
« J’allais justement vous en parler. Le haut commandement affirme que l’Armée du Nord manque elle aussi de personnel ; nous devons donc nous débrouiller au sein de l’unité pour le moment. »
En bref, faute d’hommes à nous envoyer, ils voulaient qu’on nomme des centurions provisoires et qu’on se débrouille seuls.
Cette nouvelle m’arrangeait.
Je peux confier les postes vacants à Max et aux autres.
Mieux valait confier ces responsabilités à des subordonnés de confiance, dont les compétences avaient déjà été quelque peu éprouvées, que de nommer des soldats de la forteresse que je n’avais rencontrés que la veille.
Ils ont assez observé et appris. Ils devraient pouvoir faire leur part.
Alors, qui devais-je nommer ?
Max et Martin étaient déjà tout désignés.
Ils avaient été soldats chevronnés et savaient bien s’occuper des hommes. Ils s’étaient aussi particulièrement distingués lors de la dernière opération de pacification. Je pouvais leur confier cette tâche.
Pour le reste, je pourrais combler leurs lacunes.
Il restait deux postes.
Après réflexion, je choisis Walter et Jackson.
Si je les avais choisis plutôt que les autres, c’était parce que je voulais répartir clairement les différentes branches de la troupe et les former de façon professionnelle pendant que j’en avais l’occasion.
Walter était chasseur, il connaissait donc bien l’arc. Je devrais le placer à la tête de soldats qui en ont déjà manié un et former un corps d’archers.
Jackson avait un bon sens de l’orientation et une excellente perception de l’espace ; il me semblait donc préférable de le mettre à la tête d’une unité d’éclaireurs composée de soldats rapides.
À part ça, il me fallait des gens pour s’occuper des provisions, des escortes et du travail de bureau…
Pour l’instant, je comptais confier l’unité de ravitaillement à Raul.
Raul était doué pour les calculs et, à l’époque où nous étions soldats-bagnards, Mac l’avait souvent félicité pour son efficacité quand il aidait l’unité de ravitaillement. Je pouvais lui faire confiance.
Pour le travail administratif et le soutien de bureau, je décidai de choisir des volontaires parmi les autres membres de l’escouade.
Voilà la nouvelle organisation que j’avais en tête.
Je me demandais si les soldats de la forteresse, qui n’avaient jamais reçu de formation sérieuse à cause de Perez, pourraient faire leur part. Cela dit, ce ne serait pas un problème majeur.
Après tout, ils pouvaient compenser leurs lacunes en travaillant dur, non ?
Comment ça, ils n’en seraient pas capables ?
Allons, qu’y a-t-il de si inquiétant ?
J’étais responsable de la forteresse de Camilla. Contrairement à l’époque où j’étais soldat-bagnard, j’avais le droit de donner des ordres aux soldats.
Et rendre possible l’impossible faisait partie de mes talents.
Le lendemain, je réunis les chefs d’escouade en poste à la forteresse et les membres de mon escouade, puis leur annonçai le plan de réorganisation.
« Les postes de centurion étant actuellement vacants, et avec l’autorisation du haut commandement, j’ai l’intention d’en nommer à ma discrétion et de réorganiser l’unité en conséquence. Voici la nouvelle organisation. »
[Première force de frappe]
Effectif : 90
Centurion : Marcus
Mission principale : frapper les positions ennemies
[Deuxième force de frappe]
Effectif : 90
Centurion : Max
Mission principale : frapper les positions ennemies
[Garnison]
Effectif : 160
Centurion : Martin
Mission principale : défendre et soutenir la forteresse
[Corps d’archers]
Effectif : 60
Centurion : Walter
Mission principale : attaques à distance et soutien des forces alliées
[Unité d’éclaireurs]
Effectif : 30
Centurion : Jackson
Mission principale : exploration et reconnaissance
[Unité de ravitaillement]
Effectif : 21
Officier de ravitaillement : Raul
Mission principale : gestion et distribution des provisions
[Unité de garde]
Effectif : 6
Capitaine de la garde : à déterminer
Les meilleurs éléments seront sélectionnés lors de prochains combats d’entraînement.
Le fait que des membres de l’escouade arrivés récemment deviennent centurions aurait pu susciter des objections, mais les gens déjà bien installés ici étaient Perez et ses hommes. Grâce à cela, et aux résultats que j’avais obtenus un peu plus tôt, les soldats en place ne réagirent pas avec trop de résistance.
En réalité, la nouvelle organisation des unités les déconcertait davantage que les nominations.
« Euh… »
« Avant de poser une question, donnez votre unité, votre fonction et votre nom. »
« Oui ! Je suis Garban, chef d’escouade à la forteresse de Camilla. »
« Oui, chef d’escouade Garban. Que souhaitez-vous savoir ? »
« J’ai une question au sujet de la nouvelle organisation. D’après votre plan de réorganisation, seigneur de la forteresse, chaque unité a une mission différente. Qu’adviendra-t-il des tâches que nous accomplissions habituellement, comme les tours de garde ? »
Une question pertinente.
J’adressai un léger sourire à Garban et répondis :
« Désormais, les tâches seront elles aussi réparties selon la spécialité de chaque unité. Par exemple, sauf circonstance exceptionnelle, la garnison se chargera des tours de garde. C’est pourquoi ses effectifs sont supérieurs à ceux des autres unités. »
« Et comment les soldats seront-ils répartis dans chaque unité ? Pourrons-nous rejoindre celle que nous souhaitons ? »
« On les affectera d’abord selon leurs aptitudes. Ensuite, dans la mesure du possible, on les enverra dans l’unité de leur choix. »
Et si trop de soldats se précipitaient dans la même unité ?
Dans ce cas, je comptais organiser de simples épreuves d’endurance et de force, puis laisser ceux qui obtiendraient les meilleurs résultats intégrer l’unité souhaitée.
Une fois mes explications terminées, je donnai une dernière consigne aux chefs d’escouade.
« Cette réorganisation soudaine et de grande ampleur va mettre toute la forteresse en émoi. Coopérez avec les centurions et veillez à ce que les soldats ne soient pas désorientés. Compris ? »
« Oui, monsieur ! »
Après avoir ordonné aux chefs d’escouade de répéter aux soldats ce qu’ils venaient d’entendre, je retins Marco, Ren et Kram.
« Je n’ai pas encore décidé quelles tâches vous confier. »
Autrement dit, contrairement aux autres membres de l’escouade, aucun des trois n’avait de spécialité qui sortait du lot.
Leurs aptitudes étaient difficiles à exploiter : ils ne convenaient ni aux soldats ordinaires ni aux fonctions de commandement.
Mais je ne peux pas les laisser comme de simples soldats.
Je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter pour eux.
Tous les trois m’avaient fait confiance et m’avaient suivi jusqu’ici.
Je voulais leur donner l’occasion de trouver une nouvelle voie.
« Comme aucun poste ne vous a encore été attribué, je ferai de mon mieux pour que vous puissiez vous occuper du travail qui vous intéresse. Alors, ne vous sentez pas obligés. Parlez librement. Et si rien d’autre ne vous convient, vous pourrez m’aider pour le travail administratif, à mes côtés. »
Après un bref silence, Ren prit la parole le premier.
« J’aimerais… j’aimerais travailler à vos côtés, capitaine. »
« Tu veux t’occuper du travail administratif ? »
« … Oui. »
Ren avait l’air quelque peu amer.
« Pour être honnête, je n’ai pas autant de talent que Marcus, et je n’ai pas non plus le courage de me tenir fièrement devant les autres comme Max et Martin. Même pendant la dernière opération de pacification, je faisais seulement semblant d’être calme… »
« … »
« Même maintenant, dès que je repense aux barbares, mes mains et mes pieds se mettent à trembler. »
« Ren… »
« Je suis désolé. Vous avez accepté même un lâche comme moi, capitaine, mais moi… »
Je posai la main sur la tête de Ren tandis que sa voix se brisait et que les larmes lui montaient aux yeux.
« Tu n’as pas besoin de dire ça. Tu as fait de ton mieux. »
C’était vrai.
À l’entraînement comme au combat, Ren avait toujours fait de son mieux.
« Chacun a ses points forts et ses points faibles. Il n’y a aucune honte à trouver un travail qui te convient. »
« Capitaine… »
Ren avait couru à toute allure dans des vêtements qui n’étaient pas à sa taille.
Ce n’était pas parce que son résultat était moins bon que celui d’un autre qu’on pouvait se moquer de lui.
Je réconfortai Ren tout en lui redonnant confiance.
« Et puis, le travail administratif dont tu vas t’occuper est important : il concerne toute la forteresse. Sois-en fier, compris ? »
« Oui ! »
Ren était consciencieux et s’appliquait à tout ; il s’adapterait donc vite au travail administratif.
« Et vous deux ? »
« Moi… »
Kram, à la peau sombre, formula prudemment son souhait.
« Si vous me le permettez, capitaine, j’aimerais servir d’agent de liaison pour la forteresse. »
« Tu veux dire que tu aimerais t’occuper des affaires extérieures, faire la navette entre les compagnies marchandes et les unités situées hors de la forteresse ? »
« C’est exact. »
« Hum… »
Vu la situation actuelle de la forteresse, Kram n’aurait pas encore grand-chose à faire.
Mais si les choses se déroulaient comme je l’avais prévu, nous aurions bientôt souvent affaire à des étrangers. Je lui dis donc de s’en charger pour le moment.
Kram avait lui aussi choisi sa voie.
Il ne restait plus que Marco.
« Et toi, Marco ? Tu as pensé à quelque chose ? »
« Capitaine, si possible, pourriez-vous m’accorder un peu de temps ? »
« Tu as besoin de temps pour réfléchir ? »
« … En quelque sorte. »
« D’accord. Prends ton temps et donne-moi ta réponse. »
Marco était un talent atypique, mais d’une autre manière que Ren et Kram.
Marco a une bonne force physique de base et un instinct de combat correct, mais…
Il lui manquait encore trop de choses pour que je puisse écarter Max ou Martin et le nommer centurion.
Enfin, Marco semble avoir un projet à part en tête.
Je décidai de lui laisser le temps d’y réfléchir et d’attendre.
Rien n’arriverait si j’attendais un peu.
*****
Après l’annonce de la réorganisation, les jours suivants furent agités à la forteresse.
« Hé, tu as postulé où ? »
« À la garnison. Et toi ? »
« Moi ? Évidemment… »
Comme cette réorganisation allait complètement changer l’affectation de chacun, les soldats étaient trop occupés à décider dans quelle unité postuler. Pendant ce temps, je n’avais pas une minute à moi : je passais en revue les documents concernés et la situation actuelle de la forteresse.
« Ren, où en est le rapport d’inventaire des provisions ? »
« Ils disent que l’inspection n’est pas encore terminée. L’officier de ravitaillement Raul pense qu’elle le sera d’ici demain. »
« Vraiment ? Alors… »
Alors que j’étais enseveli sous les papiers avec Ren, l’air complètement épuisé,
Toc, toc !
Marcus et Carbin vinrent me voir.
J’avais nommé Carbin médecin de la forteresse et lui avais demandé d’examiner l’état de santé des soldats.
Il n’y a pas assez d’herbes médicinales et nous n’avons même pas d’installations convenables. Carbin ne peut pas faire grand-chose.
Il semblait qu’il faudrait un bon moment avant de mettre en place un véritable service médical.
« Qu’est-ce qui vous amène tous les deux ? »
« Nous nous sommes croisés en chemin. Comme vous l’aviez demandé, voici les documents qui consignent les examens médicaux des soldats. Quelques-uns souffrent de petits maux, mais personne n’est atteint d’une maladie grave, comme une maladie contagieuse. »
« Bon travail. »
Je pris les documents que Carbin me tendait, puis me tournai vers Marcus.
« Et toi ? Ne me dis pas qu’il s’est passé quelque chose. »
« Non. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, vous pouvez être rassuré. »
Hein ?
Personne ne serait assez fou pour chercher des ennuis, tout de même ?
J’avais déjà une montagne de travail. Si un autre problème surgissait, je ne répondais plus de rien.
En voyant l’éclat dans mes yeux, Marcus se racla la gorge et m’expliqua la raison de sa visite.
« Hum. Je suis venu vous annoncer que tous les soldats ont terminé de déposer leur candidature. »
« Ah oui ? Montre-moi ça. »
Je parcourus les candidatures que Marcus avait apportées.
« Comme prévu, l’unité d’éclaireurs et le corps d’archers ont exactement le nombre de candidats requis. »
« Les compétences requises étant bien définies, seuls les soldats sûrs de leurs aptitudes dans ces domaines semblent avoir postulé. »
L’unité de ravitaillement, en revanche, me réservait une surprise.
Il n’y avait pas beaucoup de postes et le travail était relativement sûr ; je m’attendais donc à ce qu’elle attire de nombreux candidats.
Seulement dix-neuf ? Il en manque, au contraire ?
À l’inverse, les forces de frappe, que je pensais être les moins populaires, croulaient sous les candidatures.
Pourquoi ? Après réflexion, je trouvai vite une explication plausible.
Est-ce à cause du discours que j’ai prononcé le premier jour ?
Ils semblaient se souvenir de mes paroles sur la reconnaissance des efforts et la récompense du travail accompli. Ils avaient donc postulé dans les forces de frappe, où les occasions de gagner du mérite étaient plus nombreuses.
Leur attitude était louable, mais cela signifiait que je devais évaluer les aptitudes de chacun et répartir les postes en fonction des résultats, comme je l’avais annoncé.
« Les évaluations des soldats se passent bien ? »
« Oui. Nous avons terminé les épreuves d’endurance et de force de base, notamment la course et les pompes. Nous avons retenu les cinquante meilleurs, chefs d’escouade compris, et organisons des combats d’entraînement à part. »
« Tant mieux. »
J’aurais voulu superviser tout ça moi-même, mais avec tout ce travail qui s’accumulait, je n’avais pas d’autre choix que de laisser faire les centurions.
Selon leurs souhaits, ceux qui obtiendraient de bons résultats aux épreuves intégreraient soit l’unité de garde, soit l’unité de leur choix.
« Il y a des éléments prometteurs ? »
« Le niveau général laisse encore à désirer, mais je pense qu’ils progresseront si nous comblons leurs lacunes par l’entraînement. Cependant… »
Marcus prit un air étrange.
Intrigué par sa réaction inquiétante, je lui demandai :
« Il y a un problème ? »
« Eh bien… il y a un candidat inattendu… »
Un candidat inattendu ?
Qu’était-ce censé vouloir dire ?
Comme je penchais la tête, Marcus se gratta la joue d’un air embarrassé.
« Peu importe. Je vais aller voir moi-même. »
J’étais resté assis à un bureau toute la journée et je commençais à étouffer, alors ça tombait bien.
Je quittai le bureau et me dirigeai vers le terrain d’entraînement, où se déroulaient les combats.
Les affrontements touchaient à leur fin ; le dernier combat avait commencé.
« Hein ? »
Je vis alors Marco livrer un combat acharné contre un adversaire.
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