Chapitre 24
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 24 : Forteresse de Camilla (1)
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La cérémonie de remise des récompenses prit fin, et je reçus ma commission.
Je pensais qu’il ne me restait plus qu’à rejoindre la Forteresse de Camilla, mais, contre toute attente, Berun m’annonça une nouvelle imprévue.
« Un entraînement ? »
« C’est exact. Le quartier général a émis des ordres à part. Pendant les dix prochains jours, Marcus et vous suivrez mon instruction. »
On devait nous enseigner les vertus fondamentales attendues d’un commandant ainsi que la loyauté envers l’Empire. En temps normal, les nouveaux centurions suivaient un stage distinct pour apprendre tout cela, mais, grâce à la bienveillance de Schultz, nous bénéficierions d’une version abrégée.
Marcus et moi passâmes nos journées à endurer ces leçons soporifiques, et dix jours s’écoulèrent sans que je m’en rende compte.
« Voilà qui conclut l’entraînement. Beau travail. »
« Merci pour tout. »
« Vous partez demain ? »
« Oui. »
Le lendemain, je quitterais les lieux pour rejoindre la Forteresse de Camilla avec mes soldats.
Peut-être parce que c’était notre dernier jour, Berun me regarda avec une expression bien plus douce que d’habitude.
« J’espère que tout se passera bien pour vous. Enfin, ce n’est sans doute pas la peine de le dire. Je crois que vous vous en sortirez très bien. »
Berun était le premier supérieur de ce monde à avoir cru en moi.
Nous ne nous connaissions pas depuis longtemps, mais cela ne rendait pas les adieux moins pénibles.
C’est pourquoi j’avais longuement réfléchi à la question de savoir si je devais prévenir Berun de la Grande Invasion, le moment venu.
Même si je l’avertissais, Berun ne me croirait peut-être pas. Et si les choses tournaient mal, on pourrait me tenir pour responsable.
Alors, la conclusion à laquelle j’étais parvenu, c’était…
« Berun. »
« Hum ? Qu’y a-t-il ? »
« Un jour, je vous enverrai une lettre. À ce moment-là, pourriez-vous me promettre de me croire sans poser de questions ni exiger d’explications ? »
« Vous croire sans poser de questions ni exiger d’explications ? »
« Oui. »
Je craignais que Berun ne réagisse mal, mais, à ma grande surprise, il accepta de faire ce que je lui demandais.
« Très bien. Je vous le promets. »
« … Vous n’êtes pas curieux de savoir pourquoi je vous demande cela ? »
« Ha ha ! C’est vous qui m’avez demandé de ne pas poser de questions ni exiger d’explications. Je suis sûr que vous me direz tout le moment venu. »
Le regard de Berun ne vacilla pas le moins du monde.
Berun me faisait plus confiance que je ne l’avais cru.
« Merci de me faire confiance. »
« Ce n’est rien. »
Pour lui rendre un peu de cette confiance, je me jurai de sauver Berun.
Le lendemain,
« Prenez soin de vous. »
« Nous nous reverrons si l’occasion se présente. »
« Hé hé, ça me fait de la peine de vous voir partir. »
« Bon voyage, Seigneur Ubel ! »
« Je vous envie, Max ! »
Berun, Pellon, Mac, le capitaine du ravitaillement, les soldats avec qui j’avais travaillé et bien d’autres étaient venus nous saluer.
« Merci à tous pour tout. »
Après avoir fait mes adieux à tous ceux avec qui j’avais noué des liens, petits ou grands, je tournai le dos aux lieux et partis avec mes soldats.
« Maintenant qu’on s’en va pour de bon, ça me fait bizarre. Ça ne te fait pas pareil, Max ? »
« Eh bien, moi… »
Une voix inconnue se mêla à leur conversation.
« Ha ha ! Dans la vie, il y a les rencontres, mais aussi les séparations, n’est-ce pas ? »
« On dirait que tu as lu des livres. »
« C’est quelque chose que j’ai appris quand j’étais jeune, auprès des anciens de mon quartier. »
La voix appartenait à Carbin, un médecin militaire. Carbin avait eu l’air peiné d’apprendre mon départ, alors j’avais demandé à Berun de me laisser l’emmener.
Malgré les apparences, Carbin avait autrefois servi comme simple soldat et possédait de grandes compétences en herboristerie et en médecine. Un talent de très, très haut niveau. J’avais dû insister auprès de Berun avant d’obtenir son autorisation.
« Mieux vaut avoir un vrai médecin que quelque charlatan de ruelle. »
Mais peut-être parce que nous étions toujours restés entre nous, l’arrivée d’un nouveau visage plongea les soldats dans un certain malaise.
Carbin sembla s’en rendre compte et prit les devants avec un sourire détendu.
« À bien y réfléchir, on se connaît tous de vue, mais on ne s’est jamais vraiment présentés. Ah ! Le centurion Marcus et moi, nous nous sommes souvent croisés, n’est-ce pas ? »
« … C’est vrai. »
Marcus avait le visage étrangement tendu.
« Tiens, c’est bizarre. »
Marcus était timide avec les inconnus, mais pas à ce point. Pourquoi se comportait-il ainsi ?
Alors que je penchais la tête devant sa réaction, Carbin se présenta aux autres.
« Je m’appelle Carbin. J’ai servi dans le corps médical. Maintenant, on fait partie de la même famille, alors n’hésitez pas à me parler sans façon. »
« Si tu le dis… »
Les soldats, qui s’étaient observés avec méfiance, se présentèrent à tour de rôle.
« Moi, c’est Martin. Après le borgne, je suis celui qui sert ici depuis le plus longtemps. Alors, si tu veux savoir quelque chose, demande-moi. »
« Je m’appelle Jackson. Je suis doué pour trouver des plantes médicinales, alors fais-moi signe si tu as besoin de quelque chose. »
« Moi, je suis… »
Une fois que tout le monde se fut présenté, ce fut enfin au tour de Max.
« Pas besoin de me présenter, si ? »
« J’ai souvent entendu parler de toi au corps médical, Max. On disait qu’après avoir été blessé à l’œil gauche, tu t’étais dit que ce serait dommage de le jeter et que tu l’avais bouffé. »
« Quoi ?! Quel fils de pute raconte ce genre de conneries ?! »
« Quoi ? Les soldats qui venaient au corps médical disaient vraiment… »
Pfft !
« Hé hé, maintenant, tu bouffes aussi des globes oculaires ? »
« Ta gueule, bande de connards. »
Les voir s’entendre aussi vite me rassura.
« Plus important, Max n’est pas Xiahou Dun. Qui a lancé cette rumeur selon laquelle il s’était bouffé son propre œil ? »
Hum. Vu le comportement habituel de Max, il y avait bien trop de suspects pour trouver le coupable.
« Ça pourrait même être l’un de ces types. »
J’observai les soldats chahuter Max.
« Alors, ça avait quel goût, ton globe oculaire ? »
« Qu’est-ce que t’as dit, espèce de connard ? Si ça t’intrigue tant, bouffe-en un toi-même ! »
« A-Attends, je me rends ! Je me rends ! »
« Crève ! Crève, sale pourriture ! »
« Argh ! »
Max étrangla Martin en le secouant, tandis que les autres éclataient de rire en les voyant.
J’avais craint qu’ils ne soient mal à l’aise à l’idée de partir pour une destination inconnue, mais, heureusement, tout le monde semblait bien s’en tirer.
*****
Ermil, le territoire où se trouvait la Forteresse de Camilla, était plus chaud que le Nord et plus froid que l’Est.
Bien qu’il fît partie des domaines administrés directement par la Couronne impériale, il avait été négligé si longtemps qu’il ne comptait plus que quelques villages frontaliers délabrés et des hameaux de défricheurs.
Il n’y avait rien d’autre que des gens, et même les nobles ne convoitaient pas ces terres.
Pour moi, c’était une bonne nouvelle. Dès que les gens apprendraient que ce territoire était une terre précieuse, les nobles avides s’y précipiteraient comme des chiens.
« Seigneur Ubel, là-bas ! »
« C’est la Forteresse de Camilla ? »
Quatre jours après avoir quitté les monts d’Elnes, nous arrivâmes enfin à la Forteresse de Camilla.
« Elle mérite vraiment son nom de forteresse naturelle. »
Des montagnes se dressaient comme des remparts de part et d’autre, et d’épaisses portes avaient été bâties entre elles.
Je me demandai combien d’hommes il faudrait pour prendre cette forteresse de front.
« Avec cinq cents défenseurs, il en faudrait au moins quatre ou cinq mille. »
Et penser que les barbares avaient pris une forteresse pareille.
C’était si absurde que je ne trouvai même pas de juron à lancer.
Alors que j’approchais de l’entrée, perdu dans mes pensées, les soldats postés sur le rempart crièrent vers nous.
« Halte ! Vous êtes à la Forteresse de Camilla. Déclinez votre identité ! »
« Je suis Ubel Graum, le commandant des cinq cents hommes nouvellement affectés à la Forteresse de Camilla. Ouvrez les portes. »
« A-Attendez un instant, je vous prie. »
Grrrr !
Les portes s’ouvrirent, dévoilant l’intérieur de la forteresse.
À peine étais-je entré que l’homme qui se trouvait sur le rempart accourut et me salua.
« Monsieur ! Le centurion Jason salue le nouveau seigneur de la forteresse. »
« Le seigneur de la forteresse ? »
« Ah, veuillez m’excuser. Ici, nous appelons seigneur le commandant en chef de la Forteresse de Camilla. »
« Ce n’est rien. Pouvez-vous me faire visiter les lieux ? »
« Oui ! Suivez-moi, je vous prie. »
Tandis que nous suivions Jason, Ren s’exclama :
« L’intérieur de la forteresse est propre. »
« Tu as raison. Elle semble mieux entretenue que je ne le pensais. »
« Le précédent commandant devait être quelqu’un de bien. »
Un précédent commandant quelqu’un de bien ?
« Eh bien… »
« Oui ? »
« Ce n’est rien. »
Les casernes destinées aux soldats, les bâtiments de stockage pour les vivres et le matériel, et même un terrain d’entraînement assez spacieux.
Comme les soldats l’avaient dit, l’intérieur de la forteresse était bien ordonné.
Alors, tout allait bien ?
La situation était un peu plus compliquée que ça.
« À ma connaissance, le commandant en poste ici n’est pas un homme très réglo. »
Comme pour le confirmer, Marcus repéra quelque chose de suspect et me le souffla.
« Seigneur Ubel, quelque chose cloche. Il n’y a… pas assez de soldats. »
« Je sais. »
La forteresse, qui aurait dû abriter cinq cents soldats, n’en comptait que quarante ou cinquante en patrouille.
On aurait pu croire que les autres se reposaient dans les casernes, mais je connaissais la vérité.
« Rien de nouveau. »
Je le savais depuis que j’avais décidé de venir ici, et c’était le premier problème que j’avais résolu de régler.
« L’important, c’est de savoir comment m’occuper du responsable de tout ça. »
Je déciderais après avoir vu sa réaction.
Arrivé au donjon intérieur, au centre de la forteresse, Jason s’arrêta.
« Voici le bureau. Le seigneur de la forteresse vous attend à l’intérieur. Entrez, je vous prie. »
« Très bien. Marcus, reste ici avec les autres. »
Je lui adressai un discret clin d’œil, à l’abri des regards. Marcus acquiesça d’un air grave.
« À vos ordres. »
Je laissai mes soldats devant la porte et entrai dans le bureau, où un homme m’accueillit.
« Ha ha ! Bienvenue. Je m’appelle Perez Ritz. »
Ce quinquagénaire corpulent au visage couvert de rides était Perez Ritz, mon prédécesseur et celui qu’on appelait le seigneur de la forteresse.
« Je m’appelle Ubel Graum. »
« Vous venez de l’Est ? »
« Oui. »
« Eh bien, il semble que nous soyons de la même région. Ravi de vous rencontrer. »
Dans l’Empire, les noms variaient selon les régions, et Ubel comme Perez étaient des noms de l’Est.
Bien que la Forteresse de Camilla se dressât à la frontière entre le Nord et l’Est, elle relevait officiellement de la juridiction du Nord. Je me demandai pourquoi Perez servait dans le Nord, puisqu’on ne l’y avait pas envoyé de force comme soldat-bagnard, mais je ne posai pas la question.
« Je vous attendais. »
« Veuillez m’excuser de vous avoir fait attendre. J’ai fait aussi vite que j’ai pu, mais les monts d’Elnes sont loin d’ici. »
« Ha ha, ce n’est rien. Ça arrive. Alors, commençons ? »
« Oui. »
Si Perez, l’ancien commandant, était encore ici, c’était pour me transmettre ses fonctions.
J’acceptai les documents et les registres qu’il me tendit et les parcourus un à un.
Ils contenaient toutes sortes de renseignements, notamment les effectifs, l’état actuel des réserves et les dates de livraison des prochains approvisionnements.
Froufrou.
« Hum, il y a moins de documents que je ne le pensais. »
« La Forteresse de Camilla est si paisible qu’on dit que les dégâts causés par les bêtes des montagnes sont plus fréquents que ceux causés par les barbares. Quels documents voulez-vous qu’on rédige ici, à part les rapports habituels ? »
« Je vois. »
Les barbares ne lançaient aucune attaque, malgré leur présence de l’autre côté de la frontière.
Devais-je m’en réjouir ou non ?
« Malgré tout, après avoir vérifié les registres moi-même, j’en ai la certitude. »
Avait-il cru pouvoir profiter de moi parce que j’étais jeune ?
Ou bien pensait-il que c’était assez courant pour que je laisse passer ?
« Ouf… »
Je soupirai intérieurement et reposai la pile de documents.
« J’ai tout vérifié pour l’instant. »
« Vous pourrez demander aux soldats comment sont organisés les tours de garde et les patrouilles. Ensuite… »
Perez se leva de sa chaise.
« Je devrais y aller. »
« Déjà ? »
« Ha ha ! J’ai servi ici plus de cinq ans, alors les forteresses me sortent par les yeux. Cette fois, j’ai été affecté à l’état-major ; je compte me dégourdir les jambes et me reposer là-bas. »
« Vous dégourdir les jambes et vous reposer… Ça fait envie. »
« Oui, un jour, vous aussi… »
« Mais même si vous partez, rendez tout ce que vous vous êtes mis en douce sous la dent avant de filer, d’accord ? »
Il recula, alarmé, comme s’il ne comprenait pas de quoi je parlais.
« Hein ? Tout rendre ? De quoi parlez-vous ?! »
« Vous ne comprenez vraiment pas, ou vous faites semblant ? »
« J-Je ne vois pas de quoi vous parlez. Et puis, vous venez de me dire… ! »
« Je parle de l’argent que vous avez gagné en vendant les vivres et le matériel que vous avez détournés. Si nous inspectons à nouveau l’équipement et les réserves de tous les soldats, la vérité éclatera de toute façon. Inutile de chercher des excuses. »
Je connaissais déjà les manigances de cet enfoiré grâce au jeu.
« On disait qu’il maltraitait les autres soldats avec les lèche-bottes qui l’entouraient dans la forteresse, qu’il détournait leurs vivres et leur matériel et qu’il s’en mettait plein les poches. Enfin, probablement. »
Il avait pris le contrôle de la forteresse en traitant un petit groupe de soldats comme sa garde personnelle, tandis qu’il emprisonnait les autres et les exploitait.
Comment le savais-je ?
Parce que les saloperies de cet enfoiré étaient la raison pour laquelle la Forteresse de Camilla tomberait pendant la Grande Invasion.
Perez Ritz, l’ancien commandant de la Forteresse de Camilla.
C’était lui qui avait causé la ruine de la Forteresse de Camilla.
Et il était le premier problème dont je devais m’occuper dans cette forteresse.
Notes de bas de page :
Xiahou Dun était un général des Trois Royaumes qui, selon une légende populaire, aurait avalé son propre œil après avoir été touché par une flèche.
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