Chapitre 22
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 22 : Récompenses et reconnaissance (1)
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Quand je rouvris les yeux, je me trouvais dans une caserne inconnue.
« Hum… »
« Oh ! Vous êtes réveillé ?! »
« Où suis-je… ? »
« À l’infirmerie. »
« À l’infirmerie ? »
Je tournai légèrement la tête et regardai le médecin assis à côté de moi.
Sa voix m’était familière.
Je l’avais déjà croisé en faisant quelques petits boulots par-ci par-là.
Je crois qu’il s’appelait Carbin.
« Vous êtes resté inconscient trois jours après la fin de la bataille. »
« Trois jours ? J’ai été dans cet état tout ce temps… Argh ! »
Une douleur me déchira le corps entier et m’arracha un gémissement.
« Évitez de forcer. Vous n’avez pas une seule partie du corps indemne : vous avez des blessures externes et des lésions internes. Nous avions peur que vous ne vous réveilliez jamais. »
D’après Carbin, j’avais frôlé la mort.
Mon corps était couvert de plaies d’épée, et mes organes avaient été sérieusement endommagés.
Apparemment, c’était un miracle que j’aie pu combattre dans cet état.
C’était si grave que ça ? Je n’avais rien senti d’anormal pendant le combat.
Le réveil de mon mana avait-il provoqué une poussée d’adrénaline dans mon cerveau ?
C’était possible.
« Mais la bataille… ? »
« Ne vous inquiétez pas. J’ai entendu dire que nous les avions écrasés comme il fallait. »
« Écrasés ? »
« Les renforts auraient encerclé l’ennemi de toutes parts. Les barbares dans le canyon ont été anéantis, et nous avons remporté une grande victoire. »
« …Tant mieux. »
J’expirai, soulagé d’apprendre que l’opération s’était achevée sans encombre.
Ça veut dire que nous avons réussi à empêcher l’incident de Flamme de givre ?
[Pertes de l’Armée impériale]
Environ 1 600 morts, 300 blessés
[Barbares soumis]
4 500 au total, en comptant les succès antérieurs et les résultats dans le canyon
Au début de l’année impériale 387, l’opération Flamme de givre, qui aurait dû laisser l’Empire meurtri par des milliers de pertes, fut consignée non comme un échec, mais comme une campagne victorieuse.
Enfin, il y avait eu pas mal de rebondissements en chemin.
Mais, au bout du compte, tout s’était bien terminé.
Plus important encore, cette bataille a considérablement affaibli les barbares du coin. Le cours de l’histoire va encore changer.
Je réfléchis un instant à la manière dont l’avenir de ce monde pourrait se dérouler.
D’abord, la Grande Invasion. Contrairement au cours initial des événements, nous avions limité les dégâts, réduit le nombre de barbares et éliminé Hakal, l’un de leurs commandants d’avant-garde.
Tant de choses avaient déjà changé qu’on pouvait se demander si la Grande Invasion elle-même aurait encore lieu.
…Malheureusement, ce ne sera pas le cas.
Quelques milliers, ça pouvait sembler beaucoup, mais comparé à l’ensemble des barbares, ce n’était qu’une poignée.
Il n’y avait pas eu environ cent mille barbares lors de la Grande Invasion ?
Elle serait peut-être avancée, mais l’événement historique connu sous le nom de Grande Invasion ne disparaîtrait pas.
Son ampleur et sa puissance, en revanche, pouvaient changer.
Les tribus frontalières, qui auraient dû former l’avant-garde, avaient subi un coup terrible. La ligne de front ne s’effondrerait donc pas instantanément comme dans le cours initial des événements.
C’était clairement à l’avantage de l’Empire.
À part ça…
À mesure que les événements et les personnages de l’histoire apparaissaient les uns après les autres, tout cela commençait à devenir bien réel.
La Grande Invasion approchait.
Dans ce cas, je dois sérieusement envisager le plan B que j’avais imaginé.
Le plan B, c’était ce que j’avais conçu au cas où il se révélerait difficile de fuir le front.
Son principe était simple.
Empêcher le Nord de s’effondrer à cause de la Grande Invasion.
Ce ne serait pas facile.
Mais ce n’était pas impossible non plus.
N’avais-je pas déjà transformé en victoire l’opération Flamme de givre, qui était vouée à l’échec ?
Bien sûr, l’ampleur n’était pas la même.
J’avais tout de même confirmé qu’il était possible de changer le cours de l’histoire.
Bon, il faudrait que je devienne commandant d’un millier d’hommes, ou au moins centurion parmi les soldats réguliers. Mais je trouverai bien un moyen de régler ça.
Personne ne pouvait nier que je m’étais distingué au cours de cette opération de soumission.
Même en tenant compte du fait que je suis un soldat-bagnard…
Je pensais être probablement le troisième, après Berun et Pellon.
Une fois que j’eus compris la situation, je questionnai Carbin au sujet de mon escouade.
J’avais craint qu’on ne leur prodigue pas les soins nécessaires parce qu’ils étaient soldats-bagnards, mais grâce à Berun, l’Ange du Nord, mes craintes ne s’étaient pas réalisées.
« Seigneur Berun a ordonné que tout le monde soit soigné, soldats-bagnards comme soldats réguliers, même s’il fallait pour cela épuiser les réserves du service de l’intendance. »
« Je vois. Mes hommes ont donc tous été soignés eux aussi ? »
« Si vous parlez des soldats de l’escouade de dix hommes du seigneur Ubel, tous sont déjà retournés à la caserne, à l’exception de Marcus et de Max. »
« Ces deux-là… ? »
« Marcus n’a pas été blessé aussi gravement que vous, seigneur Ubel, mais ses lésions internes étaient suffisamment sérieuses pour qu’il doive se reposer quelque temps. Quant à Max… »
Malgré les soins, Max avait fini par perdre l’œil gauche.
En voyant mon visage s’assombrir, Carbin tenta de me réconforter doucement.
« J’ai entendu les grandes lignes de la bouche des gars qui étaient alités ici. »
« … »
« C’est malheureux, mais vous devriez vous estimer heureux pour Max. »
« …Heureux ? »
« Oui. Vous voyez cette tente, là-bas ? »
Carbin désigna une tente dans un coin éloigné.
« C’est là que nous gardons les corps des soldats qui sont morts pendant les soins, sans avoir repris connaissance. »
« … »
« À ma connaissance, on en a transporté environ cinq là-bas aujourd’hui. Et ce n’est pas tout. J’ai entendu dire qu’un bon nombre étaient morts sur le terrain sans recevoir le moindre soin. »
Carbin avait sans doute vu tant de camarades mourir sans qu’on puisse les sauver que son regard semblait un peu vide.
« Il faut juste être reconnaissant d’avoir survécu, hein ? »
« Qu’importe qu’on ne voie plus ou qu’on ait perdu des membres ? L’essentiel, c’est d’être en vie. »
« Mais Max… »
« Un autre médecin me l’a dit tout à l’heure. Dès que Max a repris connaissance, la première chose qu’il a demandée, c’est si vous étiez sain et sauf. »
« … »
« Je comprends que vous vous en vouliez, mais ne vous accusez pas trop. C’était le choix de Max, non ? Si vous réagissez comme ça, Max sera mal à l’aise, lui aussi. »
Les paroles de Carbin m’éclaircirent un peu les idées.
« Merci pour le conseil. »
« Ha ha. Si vous m’en êtes reconnaissant, payez-moi un verre un de ces jours. J’ai toujours rêvé de me faire offrir un verre par quelqu’un d’important. »
Hein ? Quelqu’un d’important ?
Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Quand je penchai la tête, perplexe, Carbin ouvrit de grands yeux.
« Ah ! Maintenant que j’y pense, vous n’en avez pas encore entendu parler. »
« Il y a une rumeur qui court ? »
« Oui. Bien sûr, je l’ai seulement entendue par hasard de la bouche d’autres soldats et de collègues médecins, mais… »
Après avoir regardé autour de lui, Carbin se pencha vers moi et murmura :
« Seigneur Berun a transmis plus tôt un rapport au haut commandement, où il consignait les mérites de chacun lors de cette opération. La rumeur dit que le nom du seigneur Ubel figure tout en haut. »
« Quoi ? »
Voir mon nom en premier dans le rapport signifiait que j’étais celui qui avait le plus contribué à cette opération.
Moi, en premier ? Berun a donc jugé ma contribution supérieure à la sienne ou à celle de Pellon ?
Peut-être que les choses iraient encore mieux que prévu.
*****
Bien que le nombre de victimes eût été élevé, l’Armée du Nord exultait d’avoir soumis plusieurs milliers de barbares.
Au quartier général, en revanche, personne n’arrivait à se réjouir.
« …Voilà qui conclut le rapport sur cette opération de soumission. »
Schultz, commandant en chef de la Frontière du Nord, se frotta le visage quand Berun eut terminé son rapport.
« Ho ho ho… »
Berun avait rapporté les faits tels qu’ils s’étaient déroulés. Son rapport détaillait non seulement le déroulement de la bataille, mais aussi les erreurs des commandants et du quartier général.
À mesure qu’il écoutait, Schultz sentait l’amertume lui envahir la bouche, comme si des épines le piquaient.
L’Armée du Nord avait indéniablement remporté une grande victoire.
Mais le quartier général n’en méritait aucunement le crédit.
« Les commandants qui auraient dû réconforter les soldats et assumer leurs responsabilités, aveuglés par la gloire, ont enchaîné les erreurs qu’une simple recrue n’aurait même pas commises. Quant au quartier général, qui aurait dû évaluer et analyser la situation avec plus de sang-froid que quiconque, il n’a pas vu ce qui se préparait et a commis la sottise de sous-estimer l’ennemi… »
Il n’y avait rien à répondre. Comme l’avait dit Berun, Schultz avait considéré cette opération comme un simple exercice destiné à améliorer l’expérience et les capacités des commandants.
« À cause de ce vieil imbécile sénile, de jeunes innocents ont versé leur sang. »
« Non ! »
« Nous sommes tous responsables de cet échec ! Punissez-nous, je vous en prie ! »
Les officiers d’état-major et les commandants, qui avaient pris conscience de leurs erreurs, baissèrent la tête.
« Après la purge, nous avons tous baissé notre garde. »
Une fois qu’il ne resta plus personne dans l’armée pour s’opposer à leurs opinions, ils étaient devenus arrogants, et cette situation absurde s’était produite.
Grr !
Alors que je m’étais juré de ne jamais le devenir.
Des décennies plus tôt, lorsque Schultz venait d’entrer dans l’Armée impériale comme jeune commandant, il avait vu des supérieurs incapables de regarder la réalité en face, qui ne parlaient de guerre qu’assis derrière leur bureau.
Schultz s’était juré que, s’il accédait un jour à une telle position, il ne deviendrait jamais comme eux.
Les années avaient passé. La chance lui avait souri et il était devenu commandant en chef. Il avait cru s’acquitter fidèlement de son devoir, sans avoir rien à regretter. Pourtant, sans même s’en rendre compte, il avait commis les mêmes erreurs que ces supérieurs.
« …Cette affaire sera rapportée à la capitale exactement comme le centurion Berun l’a consignée. Tout le monde est d’accord ? »
« Oui. »
« Nous le sommes. »
Si le rapport était envoyé tel quel, le quartier général ne recevrait aucune récompense pour ses mérites.
Non, nous risquons plutôt d’être punis que récompensés.
Mais on n’y pouvait rien.
Ils ne pouvaient pas se déshonorer en falsifiant un rapport dans le seul but de dissimuler leurs erreurs.
« Ouf. Maintenant que nous avons décidé comment informer la capitale, il est temps de déterminer les récompenses à accorder à ceux qui se sont distingués. »
Les personnes dont le centurion Berun avait signalé les mérites étaient réparties en trois catégories : troisième classe, deuxième classe et première classe.
« Les récompensés de troisième classe… Ce sont des soldats ordinaires ? »
« Oui. »
« Accordez trente pièces d’argent aux soldats réguliers. Pour les soldats-bagnards, donnez-en dix et réduisez leur peine de six mois. »
Les soldats ordinaires touchaient environ deux ou trois pièces d’argent de solde ; c’était donc une mesure généreuse.
« Les récompensés de deuxième classe sont des sous-officiers et des soldats qui ont joué un rôle important dans la bataille. »
« C’est exact. »
« Donnez cent pièces d’argent aux soldats et rendez-les admissibles à une promotion. Pour les soldats-bagnards, réduisez entièrement la durée de service qui leur reste. Quant aux commandants, en plus de leurs récompenses, nous leur accorderons des points supplémentaires lors de leurs prochaines évaluations pour une promotion. Cela devrait suffire. Hein ? »
Le nom d’un soldat sur la liste des récompensés de deuxième classe attira alors l’attention de Schultz.
« Qui est-ce ? »
« Lequel… ? »
« Ce soldat qui s’appelle Marcus. Son dossier indique que c’est un soldat-bagnard, pourtant son nom figure en tête des récompensés de deuxième classe. »
Intrigué, Schultz examina ses faits d’armes plus en détail.
« Hein ! C’est remarquable. »
Non seulement Marcus s’était toujours tenu en première ligne et avait massacré les barbares chaque fois qu’une bataille éclatait, mais il avait aussi tranché la tête de guerriers barbares ?
« Il y avait donc un diamant brut parmi les soldats-bagnards. »
Vaincre des guerriers barbares signifiait que Marcus avait dû éveiller son mana.
« Penser qu’un combattant de rang chevaleresque sert au front comme soldat-bagnard… Avec de telles capacités, Marcus aurait pu entrer au service d’une maison noble et obtenir le titre de chevalier comme il se doit… »
Les origines de Marcus et son casier judiciaire l’avaient freiné.
« Hmm, c’est vraiment regrettable. Faites à Marcus une offre distincte pour un poste de centurion. »
« O-oui, entendu. »
« Il ne reste donc que les récompensés de première classe. »
Contrairement aux deuxième et troisième classes, les mérites de première classe ne comptaient que trois noms.
Pellon, Berun et Ubel.
Tous trois avaient largement contribué à l’opération, mais le nom qui attirait le plus l’attention était celui d’Ubel, tout en haut de la liste.
J’en avais bien l’impression…
Le jeune homme que Schultz observait depuis avant le début de l’opération figurait fièrement parmi les récompensés. Schultz en était non seulement ému, mais aussi ravi.
C’était peut-être parce qu’Ubel avait compensé ses erreurs.
Pour dissimuler l’affection qui montait en lui, Schultz se força à garder son calme et s’éclaircit la gorge.
« Hum. D’abord, accordez trois cents pièces d’argent à Pellon, promouvez-le centurion et remettez-lui une médaille du Mérite militaire. »
La médaille du Mérite militaire était décernée à ceux qui s’étaient illustrés à la guerre. C’était aussi la promesse qu’en temps voulu, son récipiendaire gravirait les échelons et prospérerait.
« Ensuite, Berun a mené les soldats dans la dernière phase, limité les pertes et encerclé puis anéanti les barbares dans le canyon. Nommez-le commandant d’un millier d’hommes, accordez-lui cinq cents pièces d’argent, un étendard de commandant et une médaille du Mérite militaire. »
Les officiers d’état-major et les commandants acquiescèrent, comme s’ils s’y attendaient.
Ils semblaient avoir supposé que Berun serait promu pour occuper le poste vacant.
« Enfin, examinons les exploits d’Ubel, chef d’escouade parmi les soldats-bagnards et principal contributeur. »
Le rapport que Berun avait remis en personne détaillait tous les exploits d’Ubel.
Ubel avait trouvé une voie à suivre pour les forces de soumission grâce à un plan ingénieux.
Ubel avait dirigé les soldats du canyon avec brio et contribué à la victoire.
Et Ubel avait le plus contribué à la mort du chef adjoint de la Tribu Kalnamu, la plus puissante de la région.
Les commandants ne purent dissimuler leur stupeur devant les explications du chef d’état-major.
Ses exploits étaient éblouissants.
Qui aurait cru qu’un simple soldat-bagnard accomplirait de tels faits d’armes ?
« Ho ho, Berun avait donc une bonne raison de désigner Ubel comme le principal contributeur. »
Les commandants acquiescèrent.
En temps normal, j’aurais dû réfléchir soigneusement à la récompense à lui accorder, mais ce n’est pas nécessaire.
L’Armée impériale manquait actuellement de gens compétents.
Décider de la récompense à accorder à Ubel n’était pas difficile.
« Moi, le commandant en chef… »
Schultz énuméra lentement les récompenses auxquelles il avait réfléchi.
« Réduisez entièrement la durée de service d’Ubel, accordez-lui mille pièces d’argent, décernez-lui une médaille du Mérite militaire et proposez-lui le poste de commandant de cinq cents hommes. »
Les personnes présentes dans la salle de réunion ne purent cacher leur stupeur.
« Oh ! »
« Commandant de cinq cents hommes ? »
« C’est exact. »
Schultz sourit largement.
« Sachez que je n’accepterai aucune objection. »
Cette affaire lui avait fait comprendre une chose essentielle.
L’Empire a vraiment besoin de talents jeunes et nouveaux, maintenant.
Il était difficile de purifier une eau boueuse, mais facile de troubler une eau limpide.
Les officiers de la Faction intègre, qui avait pris le contrôle de l’armée, avaient peu à peu perdu leurs idéaux d’autrefois et s’étaient figés après avoir chassé la Faction corrompue.
Avant que les puissants installés, moi compris, ne pourrissent… !
Il fallait former de nouvelles pousses qui prendraient en charge l’avenir de l’Empire.
Je ne peux pas promettre combien de temps je resterai à ce poste.
Mais tant que Schultz serait ici, il soutiendrait comme il se devait les jeunes prometteurs qui avaient attiré son attention.
Telle était sa résolution pour l’avenir.
Ainsi, sans même le savoir, Ubel se trouva un puissant protecteur.
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