Chapitre 20
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran de la Frontière du Nord ◈
Chapitre 20 : Opération Feu de givre (7)
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Le retour vers le front fut tout sauf une promenade, malgré le regain de moral des soldats.
Contrairement à la fois précédente, nos effectifs avaient presque doublé : impossible, cette fois, de passer complètement inaperçus aux yeux de l’ennemi.
« Les Impériaux ! »
« Vengeons nos frères tombés au combat !! »
Les barbares s’étaient dispersés à la poursuite de nos troupes.
Ils n’étaient pas nombreux, et les vaincre ne posait pas de problème, mais…
*Ouf… C’est quand même agaçant.*
L’angoisse de ne pas savoir quand l’ennemi nous rattraperait,
la sensation du meurtre qui persistait au bout de mes doigts,
l’épuisement après des combats successifs, sans repos,
et jusqu’à la puanteur du sang qui me collait à la peau.
*Ça aurait été plus étonnant qu’on aille bien.*
Je n’étais pas le seul à ressentir ça.
« Hé, Max, je suis vivant, là ? »
« Malheureusement. »
« Ha… J’ai envie de m’allonger. J’ai l’impression que je m’endormirais dès que je fermerais les yeux. »
« Alors tu te réveillerais en enfer. »
« Espèce d’abruti… »
Les soldats traînaient les pieds, avec des têtes de poulets malades.
Tout le monde avait atteint ses limites. Même Marcus avait l’air complètement épuisé.
*Pas étonnant. On n’a pas arrêté d’avancer sans prendre le moindre vrai repos.*
Une part de moi voulait proposer une halte, mais il nous fallait serrer les dents et continuer, aussi difficile que ce fût.
Si l’ennemi nous encerclait maintenant, tous nos efforts seraient réduits à néant.
Une demi-journée passa tandis que nous reprenions le chemin du front.
Au moment où nous commençâmes à croiser moins de barbares, une silhouette familière apparut au loin.
« L-Là ! Je vois un poste de garde ! »
« On y est presque, pour de vrai !! »
Au-delà se trouvait le territoire impérial.
À l’idée que la sécurité était enfin à portée de main, les officiers et les soldats reprirent des couleurs.
« On y est presque ! Encore un petit effort et on pourra rejoindre notre unité. Avancez ! »
« Oui !! »
Les encouragements de Berun remontèrent encore le moral des soldats.
Mais…
Malheureusement, Dieu nous mit à l’épreuve jusqu’au bout.
Boum… Badadadadoum !
*C’est…*
Un grondement retentit derrière nous, tandis qu’un nuage de poussière s’élevait.
Un frisson glacé me parcourut l’échine.
*Putain !*
Alors que notre destination était juste devant nous, les forces principales de l’ennemi nous avaient repérés.
À en juger par la poussière et les pas, ils étaient au moins plusieurs milliers.
« Berun, l’ennemi est là ! Les barbares nous poursuivent !! »
« Toutes les troupes ! Gardez la formation autant que possible et foncez à pleine vitesse !! »
Comprenant que nos effectifs ne pourraient pas leur tenir tête, Berun ordonna une retraite immédiate.
L’arrière-garde parvint à peine à garder sa formation en fuyant à toute vitesse, tandis que les barbares nous poursuivaient comme des forcenés.
Une partie de chat mortelle.
Chacun savait que traîner derrière signifierait mourir ; les soldats puisèrent donc dans leurs dernières forces et coururent.
Après un moment, je jetai un coup d’œil en arrière, me demandant si l’ennemi avait peut-être renoncé à nous poursuivre.
Pas la moindre chance.
Ils s’étaient assez rapprochés pour qu’on les distingue clairement.
À ce rythme, ils nous rattraperaient avant même qu’on atteigne le front.
Et s’ils nous rattrapaient ?
Ce serait fini.
*Tout ce qu’on a enduré n’aura servi à rien, et on sera encerclés puis massacrés.*
Je ne pouvais pas laisser ça arriver.
*Réfléchis… !*
Qu’est-ce que je pouvais faire, là, tout de suite ?
Comment survivre ?
Des dizaines d’idées se bousculèrent dans ma tête.
C’est alors que je remarquai un petit canyon sur notre voie de retraite.
Des falaises rocheuses se dressaient de part et d’autre, et le passage ne faisait que cinq ou six mètres de large : dix hommes adultes pouvaient à peine le traverser de front.
*Là !*
À cet instant, Berun sembla arriver à la même conclusion et se tourna vers les soldats, le visage résolu.
« Toutes les troupes, halte !! »
Berun avait complètement gagné la confiance des soldats ; tous s’immobilisèrent comme s’ils avaient été cloués sur place. Les plus perspicaces comprirent la situation et ne purent cacher leur mine sombre.
« Si nous continuons à fuir, ils nous rattraperont bientôt. Plutôt que de mourir pour rien en courant, nous allons leur tenir tête ici ! »
Son jugement était juste.
Mais il lui manquait un élément essentiel.
« Tenir tête à l’ennemi ne suffira pas. Pendant que nous gagnons du temps ici, Berun et les centurions doivent courir jusqu’au front et ramener des renforts. »
Le poste de garde de l’Armée impériale se trouvait à moins d’une heure du canyon. À pleine vitesse, ils pouvaient l’atteindre en vingt minutes.
Plutôt que de laisser tout le monde se faire rattraper et tuer, nous avions plus de chances en servant d’appât pour gagner du temps, pendant que quelqu’un allait chercher de l’aide.
À ma proposition, le visage de Berun se durcit.
« Je ne peux pas faire ça. Vous voudriez que je survive dans la honte au prix de la vie des soldats ? C’est moi qui servirai d’appât. Allez chercher les renforts. »
« Non. Pour obtenir des renforts au plus vite, Berun et les centurions, qui sont les commandants les plus haut gradés ici, doivent y aller eux-mêmes. »
« … »
À force d’insister, Berun se mordit la lèvre.
Il avait compris que c’était la meilleure solution.
Grrincement !
« À partir de maintenant… je confie le commandement à Pellon et Ubel, les chefs d’escouade. »
Berun me saisit l’épaule, ses yeux injectés de sang fixés sur les miens.
« Ubel. »
« … »
« Vous devez survivre. »
« Je m’en souviendrai. »
« Je reviendrai, quoi qu’il arrive. Je vous en prie… tenez bon jusque-là. »
À la perspective de retenir l’ennemi comme appât jusqu’à l’arrivée des renforts, les soldats pâlirent, mais personne ne protesta.
Tout le monde savait que c’était notre meilleure option.
Après le départ de Berun et des centurions, seuls les chefs d’escouade et les soldats restèrent dans le canyon.
Les soldats avaient l’air hébété. Après avoir demandé la permission à Pellon, je haussai la voix pour les galvaniser.
« Je suis le chef d’escouade Ubel ! »
L’ennemi se rapprochait toujours.
Il fallait que je remonte le moral des soldats d’une manière ou d’une autre avant qu’il ne nous atteigne.
« Je sais ce que vous ressentez, chacun d’entre vous. Je ressens la même chose. Le front est juste devant nous, et pourtant nous ne pouvons pas y retourner. Nous risquons de mourir ici. Vous devez trouver ça injuste et amer. »
« … »
« Mais vous allez rester là à attendre une mort inutile ?! »
Aux mots « mort inutile », une faible lueur apparut dans les yeux des soldats.
« Nous avons deux choix. Le premier, c’est de continuer à fuir sans rien faire, pour finir par mourir sous les coups de l’ennemi. Et l’autre ! »
« … »
« L’autre, c’est de faire confiance à vos camarades et d’affronter l’ennemi en étant prêts à mourir. »
Plusieurs raisons m’avaient poussé à me porter volontaire pour servir d’appât.
J’avais l’habitude d’affronter des ennemis en grand nombre en tirant parti du terrain.
Il fallait quelqu’un pour commander les soldats pendant l’absence de Berun.
Grâce à mes exploits jusque-là, mon influence parmi les soldats n’avait plus d’égale que celle de Berun.
Les raisons ne manquaient pas, mais la principale était que forcer les autres à se sacrifier tout en sauvant ma peau, ce n’était pas mon genre.
« On dit qu’à la guerre, ceux qui sont prêts à mourir survivent, tandis que ceux qui cherchent à vivre meurent. Je ferai face à la mort et je survivrai. Et nous ne sommes pas sans espoir. »
Je désignai le canyon, dont la forme rappelait le chiffre onze et qui était encadré par des parois rocheuses.
« Les falaises se dressent de chaque côté. Ce terrain permet à une petite troupe de tenir tête à un ennemi plus nombreux. Les barbares ne pourront pas exploiter pleinement leur supériorité numérique, tandis que nous pourrons les combattre efficacement. »
La vie revint peu à peu dans les yeux des soldats.
Ils avaient dû comprendre que ce plan n’était pas complètement insensé.
« Alors, qu’allez-vous faire ?! »
J’avais dit tout ce qu’il y avait à dire.
À présent, le choix leur appartenait.
« Allez-vous fuir comme des lâches et mourir pour rien ? Ou allez-vous faire confiance à vos camarades, vous battre avec courage et survivre ?! »
Après un bref silence, plusieurs soldats s’avancèrent, touchés par mes paroles.
« Je vous suivrai, commandant d’escouade Ubel. »
« Moi aussi… !! »
« Je me battrai aussi !! »
Marcus et mes subordonnés étaient parmi eux.
Mais ils ne furent pas les seuls.
« Même si on fuit, on va mourir… »
« Si je dois mourir en courant, autant abattre au moins un de ces foutus barbares. »
Un à un, les soldats saisirent leurs armes, le regard déterminé.
Quand je vis qu’ils étaient tous prêts, je donnai aussitôt mes ordres.
« Nous n’avons pas le temps ! Ceux qui ont un bouclier, en avant !! Nous barrerons le passage pour empêcher l’ennemi de traverser le canyon. »
J’expliquai aux chefs d’escouade le plan que j’avais conçu.
Nous formerions des rangs serrés en travers du canyon pour bloquer l’ennemi.
Tel était mon plan.
Des dizaines de lignes alignées en travers du canyon, comme un code-barres.
En temps normal, cela n’aurait rien eu de remarquable, mais à présent, c’était aussi solide qu’un mur de forteresse.
Sous la direction des chefs d’escouade, les soldats se mirent en formation dans un ordre parfait et fixèrent l’ennemi qui approchait.
Une trentaine de secondes passa.
Une longue colonne de barbares, qui devait en compter plus de trois mille, commença à s’engouffrer dans le canyon.
« Premier rang, levez vos boucliers !! »
Les soldats du premier rang levèrent leurs boucliers, tandis que ceux des deuxième et troisième rangs se tenaient prêts derrière eux.
À cinquante pas, quarante pas, trente pas…
Quand l’ennemi fut à une dizaine de pas,
« Tous, lancez !! »
À mon cri, des dizaines de projectiles s’abattirent sur l’ennemi.
*****
À la vue des Impériaux qui prenaient position dans le canyon, les barbares lancés à la poursuite de l’Armée impériale éclatèrent de rire.
« Ha ha, qu’est-ce qu’ils fabriquent, ces lâches ? »
« Ils veulent nous arrêter ? »
« Hé hé, bande d’idiots. »
Rien d’étonnant à ce qu’ils se moquent des soldats impériaux.
Ils étaient plus de trois mille, contre seulement quelques centaines d’ennemis. Et surtout, ces derniers avaient l’air si misérables qu’ils en faisaient grimacer n’importe qui.
« Tuez les Impériaux !! »
« Montrez à ces lâches qui sont les vrais guerriers ! »
Malgré le terrain défavorable à une progression en grand nombre, ils chargèrent avec assurance.
Puis…
« Hein ? »
« Qu’est-ce que… ? »
Les barbares en tête de la charge virent des dizaines d’ombres voler dans leur direction et laissèrent échapper des exclamations stupéfaites.
Ce furent leurs derniers mots.
*****
Tandis que les soldats du premier rang tenaient leurs boucliers levés,
ceux des deuxième et troisième rangs sortirent les armes qu’ils portaient à la ceinture et les lancèrent tous en même temps.
C’étaient des hachettes.
Pendant que nous éliminions les barbares dans la forêt, Berun et moi avions décidé d’en faire porter aux soldats en cas d’urgence, mais je n’aurais jamais cru qu’elles serviraient ainsi.
Quand des dizaines de hachettes volèrent vers eux,
les barbares affichèrent un air déconcerté.
Comme s’ils se demandaient :
*C’est notre tactique ?*
*Pourquoi vous l’utilisez ?*
On aurait dit qu’ils avaient beaucoup de choses à nous reprocher.
Malheureusement, ils n’eurent pas le temps de nous en faire part.
« Quatrième et cinquième rangs, à vous !! »
Quand les soldats des deuxième et troisième rangs s’écartèrent,
ceux des quatrième et cinquième rangs lancèrent leurs hachettes.
Clac !!
Les barbares touchés par les hachettes roulèrent à terre.
Le passage était déjà étroit. Une fois les hommes de devant à terre, comment ceux qui les suivaient auraient-ils pu rester indemnes ?
Les barbares lancés à l’assaut s’emmêlèrent les uns aux autres, semant un chaos total.
Voilà ce qu’ils gagnaient à se ruer sur nous sans ordre.
« Impressionnant. »
Pellon, debout à côté de moi, laissa échapper un commentaire admiratif.
Il était stupéfait de voir de simples hachettes ralentir l’avant-garde ennemie.
« Ce n’est qu’une petite ruse qui exploite le terrain. »
Un léger avantage ne suffisait pas à changer le cours de la bataille.
*L’ennemi est toujours plusieurs fois plus nombreux que nous…*
J’avais espéré qu’ils sèmeraient encore plus le désordre et nous feraient gagner du temps, mais je rêvais un peu trop.
« Les barbares arrivent ! »
À notre surprise, l’ennemi régla le problème en piétinant ses camarades tombés à terre.
« Crève !! »
« Tenez la ligne !! »
« Aaah !! »
Furieux, les barbares enfoncèrent facilement notre formation.
La fatigue accumulée au fil des combats et des marches forcées se fit pleinement sentir au moment de l’affrontement.
« Les premier et deuxième rangs commencent à céder ! »
« Le troisième… le troisième rang est en danger ! »
Comprenant que les soldats avaient atteint leurs limites physiques, les barbares avancèrent avec une force irrésistible.
Peu après,
« Le troisième rang va céder, lui aussi. »
Moins de cinq minutes après le début du combat, le troisième rang menaçait de rompre. Je n’eus d’autre choix que d’intervenir moi-même.
« Pellon, prenez le commandement des soldats, je vous prie. »
« Comptez sur moi ! »
« Marcus !! »
« Compris. »
Marcus et moi nous ruâmes vers l’avant. Je fracassai le crâne d’un barbare qui avait percé notre formation et s’était introduit dans nos rangs, puis je criai :
Crac !!
« N’ayez pas peur !! Tant que vous tiendrez bon, l’ennemi ne fera pas un pas de plus ! »
À cause du terrain, seule une douzaine d’ennemis environ pouvait nous affronter de front. Si les soldats ne cédaient pas à la panique et tenaient leurs positions, nous pouvions résister jusqu’à l’arrivée des renforts.
Et puis, nous avions un atout dans notre manche.
« Q-Qu’est-ce que c’est que ça ? »
« Arrêtez-le !! »
Les barbares ne purent dissimuler leur panique lorsque Marcus, qui s’était précipité à mes côtés, se mit à les tailler en pièces dans toutes les directions.
La puissance de Marcus était vraiment terrifiante.
À cet instant, on aurait dit Zhang Fei tenant seul une armée de dizaines de milliers d’hommes au pont de Changban.
*Bien. Si nous tenons seulement jusqu’à l’arrivée des renforts…*
Alors que je commençais à reprendre espoir, combattant aux côtés de Marcus et abattant des ennemis,
un événement inattendu se produisit.
Fouuuum ! Boum !!
Je me retournai précipitamment au bruit de l’explosion menaçante.
Marcus, qui fauchait l’ennemi quelques instants plus tôt, roulait à terre après avoir été projeté par un homme.
L’homme portait une peau de loup et maniait une énorme épée à deux mains, aussi grande qu’un homme adulte.
Et, incroyable mais vrai, une aura scintillait autour de la lame.
Il était capable d’insuffler son aura dans une arme.
Un adversaire d’une force comparable à celle d’un chevalier de rang intermédiaire venait d’apparaître dans les rangs ennemis.
Notes :
La scène où Zhang Fei tient tête à une armée immense au pont de Changban fait allusion à un épisode célèbre du Roman des Trois Royaumes.
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