Chapitre 19
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 19 : Opération Flamme de givre (6)
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Quelques heures avant que l’arrière-garde d’Ubel ne tombe sur les soldats vaincus,
Les barbares avaient appris que l’Armée impériale envahissait leur territoire et massacrait tous les membres des tribus, jeunes comme vieux. Ils avaient abandonné leurs villages et s’étaient rassemblés auprès de la Tribu Kalnamu, la plus puissante de la région.
Ils étaient environ six mille. Parmi eux, au moins deux mille hommes étaient en âge de combattre. Avec les guerriers de la Tribu Kalnamu, leurs effectifs atteignaient près de deux mille cinq cents combattants.
« Quel spectacle. »
« Chef adjoint, les Impériaux arrivent. »
« Je sais. »
Chez les Impériaux, on disait que si dix mille barbares se rassemblaient, la frontière était en danger. Leur force était loin d’être négligeable.
Sur ordre de son père, le chef de la tribu, Hakal, chef adjoint de la Tribu Kalnamu, avait pris la tête des guerriers. Après avoir ordonné une embuscade sur la route de l’Armée impériale, il avait lancé l’assaut dès que celle-ci s’était approchée.
« Tuez les Impériaux ! »
« Ouaaaah ! »
« Qu’est-ce que… ! »
« Seigneur Gilbert, c’est une embuscade ! »
« L’ennemi est trop nombreux ! Vous devez battre en retraite ! »
Une attaque surprise aurait peut-être été surmontable si le commandant ennemi avait gardé son calme, rassuré ses soldats et organisé leur retraite.
« Ne reculez pas ! Retenez-les ! Gagnez du temps ! »
« Seigneur Gilbert ? »
Ce stupide Impérial, qui semblait être leur commandant, fut le premier à prendre la fuite, utilisant ses soldats comme appâts.
« Quel lâche. »
Avec un chef pareil, l’issue était évidente.
« Merde, sauve qui peut ! »
« M-mais… »
« Vous voulez mourir ici ?! Les commandants sont déjà partis ! Si vous tenez à vivre, fichez le camp ! »
À mesure que cet imbécile fuyait, les autres porcs autour de lui prenaient leurs jambes à leur cou, l’un après l’autre.
Les commandants en fuite avaient-ils survécu ?
Non.
Crac !
« Argh ! »
« Où crois-tu aller, lâche ?! »
Hakal planta une hachette dans le dos du premier porc de tête à prendre la fuite.
La force du coup fit rouler l’homme au sol. Il serra les dents et dégaina son épée.
« S-sale barbare ! Sais-tu seulement qui je suis ?! »
« Ha. Quel imbécile. »
Hakal avait entendu dire que certains Impériaux connaissaient leurs coutumes, mais celui-là, à l’évidence, n’en savait rien.
Sinon, il ne l’aurait pas défié après avoir vu la peau de loup jetée sur ses épaules.
« Quelle déception. »
Hakal posa la main sur la poignée de l’épée à deux mains qu’il portait dans le dos.
Puis il la fit tournoyer à la vitesse de l’éclair.
Fchac !
Le sang gicla de toutes parts.
L’imbécile qui s’était rué sur lui sans connaître sa place fut tranché net à la taille.
Hakal claqua la langue en voyant l’homme mourir sans même comprendre ce qui lui était arrivé.
« Tss. »
Ses mouvements laissaient penser qu’il avait atteint le rang de guerrier, mais il était bien trop pitoyable pour quelqu’un qui avait reçu la Bénédiction de la Grande Nature.
À cet instant, la voix d’un subordonné de confiance retentit.
« Hakal. »
« Qu’y a-t-il ? »
« Le chef a décidé de poursuivre les Impériaux en fuite. »
« Chasser les Impériaux… »
Il sourit.
Il venait justement de se dire qu’il n’y avait pas eu assez d’action.
« Pas mal. »
Se léchant les lèvres, Hakal tourna les yeux vers la forêt, à l’ouest.
La forêt occidentale, où les soldats vaincus avaient fui.
C’était aussi la direction où se trouvaient Ubel et Berun.
*****
Quand le soleil couchant eut complètement disparu et que la nuit fut tombée,
nous progressions discrètement en suivant les traces des barbares. Peu après, nous repérâmes un groupe de soldats vaincus, aux prises avec l’ennemi.
« On les a trouvés ! »
« Il y a des Impériaux, là-bas ! »
« Aaaah ! »
Les barbares étaient une cinquantaine.
Ils encerclaient les soldats vaincus dans la forêt sombre, ricanant à voix basse.
« Hé… Ils sont une vingtaine. Pas mal. »
« Sales Impériaux ! »
« Vous mourrez en regrettant d’avoir posé le pied sur nos terres. »
Alors qu’ils se rapprochaient lentement des soldats vaincus, le regard chargé de rage et de folie,
« J’ai déjà bien assez de regrets. »
« Quoi… ? »
À ma voix calme, un barbare se retourna.
Ce fut la dernière chose dont il se souvint.
Crac !
« Qui va là ?! »
Les barbares reculèrent en voyant leur camarade mourir, mais il était déjà trop tard. Tout comme ils s’étaient dissimulés dans la forêt pour encercler les soldats vaincus, nous les avions déjà encerclés à notre tour.
Fchac !
Marcus se rua courageusement sur eux et tailla les barbares en pièces dans toutes les directions. Les autres soldats s’occupèrent rapidement de l’ennemi, eux aussi.
Les soldats vaincus, qui venaient d’être encerclés, clignèrent des yeux, incapables de comprendre ce qui se passait.
« Mais qu’est-ce que… »
« Vous allez bien ? »
« S-Seigneur Berun ? »
Les soldats ouvrirent de grands yeux en reconnaissant Berun.
« Vous pouvez vous détendre. Nous sommes venus vous sauver. »
« Merci ! Merci infiniment ! »
« Vous nous avez sauvé la vie ! »
Tandis que les soldats pleuraient de gratitude, je m’adressai discrètement à Berun.
« L’ennemi risque de converger vers nous après avoir entendu le vacarme. Nous devons partir sans tarder. »
« Je comprends. Je sais que vous êtes heureux, mais nous n’avons pas le temps. Récupérez vos armes et en route. »
« O-Oui ! »
Nous étions pratiquement au cœur du territoire ennemi.
Impossible de nous attarder.
« Jusqu’ici, tout s’est pourtant bien passé. »
C’était la troisième fois que nous tombions sur les barbares dispersés, cachés dans la forêt, pour les éliminer et récupérer des soldats vaincus. Notre troupe, qui ne comptait que trois cents hommes au départ, approchait désormais les quatre cents.
« Dans quelle direction devons-nous aller maintenant ? »
« Je pense que nous devrions commencer à nous diriger vers le nord. »
« Le nord ? »
« Oui. »
La force de répression engagée dans cette Opération Flamme de givre ne se limitait pas à l’unité de mille hommes de Gilbert.
L’unité de mille hommes de Kruger était partie du flanc droit du front.
Elle se trouvait encore là-bas.
« La force de répression de l’Armée de droite doit être dans une situation semblable à la nôtre. »
Elle était probablement dans une situation encore pire que la nôtre.
Nous avions divisé nos forces et laissé une arrière-garde comme ultime ligne de défense. L’Armée de droite n’avait même pas eu cette possibilité.
« À l’heure qu’il est, ses soldats doivent être complètement dispersés et traqués par les barbares. »
Nous avions rassemblé autant de survivants de l’unité de mille hommes de Gilbert que possible.
Vouloir en sauver davantage, c’était courir à la catastrophe.
Le mieux était de nous diriger vers le nord, de récupérer autant de survivants de l’Armée de droite que possible, puis de rentrer.
« Je comprends. Nous irons donc vers le nord, comme vous le proposez, et nous sauverons les soldats de l’Armée de droite. »
Berun hocha la tête, puis donna ses ordres.
« Toute la troupe, cap au nord. »
« Oui ! »
Les soldats se mirent en marche vers le nord, sans élever la voix pour ne pas alerter l’ennemi.
L’arrière-garde était désormais devenue une force entièrement autonome.
La nuit était tombée, mais nous ne pouvions pas nous arrêter alors que nous ignorions quand l’ennemi risquait de nous attaquer.
Nous marchâmes jusqu’à l’aube. Puis Berun demanda à Pellon :
« Nous devons être assez près de l’Armée de droite, maintenant. Pellon, à quelle distance sommes-nous du front ? »
« Nous devrions atteindre le front après environ une journée de marche. »
« Une journée… Et les barbares ? »
« Rien d’inhabituel dans les environs. Ils semblent toujours en train de fouiller les alentours. »
« Si nous poursuivons notre route comme jusqu’ici, nous devrions pouvoir récupérer d’autres soldats et rentrer sains et saufs. »
Berun poussa un profond soupir en entendant l’avis de ses commandants.
« Ouf. Tout ce qu’on peut faire, c’est prier pour que l’Armée de droite s’approche autant que possible de notre direction. »
Si elle avait fui vers le nord ou l’ouest plutôt que vers le sud, il serait presque impossible de la sauver.
Nous n’allions tout de même pas retourner ramper dans la gueule de l’ennemi pour les secourir.
Notre position actuelle se situait à peu près à mi-chemin entre les points de départ de l’Armée de gauche et de l’Armée de droite, en prenant le front comme repère.
« Les soldats vaincus de l’Armée de droite ne devraient plus tarder à apparaître… »
À peine cette pensée m’eut-elle traversé l’esprit qu’un soldat chargé de surveiller les environs vint nous annoncer la nouvelle.
« Des soldats, probablement de l’Armée de droite, affrontent l’ennemi devant nous ! »
« Combien d’alliés et d’ennemis ? »
« Environ trois cents alliés, et l’ennemi est légèrement plus nombreux. »
Trois cents ?
C’était plus que je ne l’avais prévu.
Il était étonnant que tant de soldats de l’Armée de droite aient survécu, mais il fallait d’abord s’occuper de l’ennemi devant nous.
« Nous allons secourir nos alliés. Toute la troupe, à l’assaut ! »
Sur l’ordre de Berun,
l’arrière-garde se rua d’un seul élan sur l’ennemi.
Leur troupe était assez nombreuse, mais elle ne faisait pas le poids face à la nôtre.
« Hup ! »
Boum !
Je percutai un barbare de l’épaule, puis fis tournoyer Hache noire et lui éventrai le flanc.
« Argh ! »
Fchac !
Son corps s’effondra comme une marionnette dont on aurait coupé les fils.
La fatigue avait dû s’accumuler au fil du temps.
Mon corps me semblait plus lourd que d’habitude.
Je me surpris à rêver d’un bain chaud pour dissiper ma fatigue, mais…
« Tant pis pour le bain. »
En réalité, tout ce que je pouvais faire, c’était me laver le visage avec le sang de l’ennemi.
*****
Le combat fut assez rude, mais notre supériorité numérique et l’effet de surprise nous permirent de l’emporter sans grande difficulté.
Après avoir éliminé tous les ennemis,
nous demandâmes aux soldats survivants de l’Armée de droite ce qui s’était passé.
« Comment en êtes-vous arrivés là ? »
« Eh bien… »
L’Armée de droite avait balayé les ennemis et accumulé les faits d’armes. Mais après avoir appris l’arrivée de l’Armée impériale, les barbares avaient rejoint un grand village et submergé ses troupes, provoquant leur déroute. Jusque-là, son sort ressemblait à celui de l’Armée de gauche.
Mais les mesures prises ensuite avaient été complètement différentes.
« S-Seigneur Kruger nous a ordonné de ne pas prendre la direction de l’est, vers le front, mais de fuir vers le sud-est pour rejoindre l’Armée de gauche… »
Kruger, commandant de mille hommes, avait lui-même indiqué aux soldats une voie de repli alors que la défaite se profilait.
« Et qu’est-il arrivé au seigneur Kruger ? »
À la question de Berun, les soldats répondirent d’un air sombre.
« Quand les barbares nous ont encerclés, le seigneur Kruger a profondément regretté d’avoir sous-estimé l’ennemi. Il a reconnu que c’était sa faute… Puis il s’est fait appât pour permettre à la force de répression de s’échapper. »
« Ha ! »
Comme Gilbert, Kruger avait commis plusieurs erreurs durant la campagne. Pourtant, avant de mourir, il avait compris ses torts et, pour racheter les soldats qui avaient péri à cause de lui, il s’était fait appât afin d’ouvrir une voie de fuite.
Il avait commis la même erreur, mais sa réaction avait été tout autre que celle de l’autre commandant. Je ne pouvais m’empêcher d’être impressionné.
Kruger avait bel et bien commis une faute, mais il était tout aussi indéniable que de nombreux soldats de l’Armée de droite lui devaient la vie.
« Nos effectifs ont pas mal augmenté depuis le début. Ne sommes-nous pas trop nombreux, maintenant ? Et si les barbares nous repèrent… »
« On n’y peut rien. De toute façon, nous avons éliminé chaque ennemi que nous avons croisé. Ils ne nous trouveront pas facilement. »
Avec les soldats de l’Armée de droite qui nous avaient rejoints, l’arrière-garde comptait désormais environ six cents hommes. Nous aurions dû être sept cents, mais nous avions subi pas mal de pertes dans le combat qui venait d’avoir lieu.
« Cela signifie que nous en avons sauvé environ trente pour cent ? »
« C’est moins que je ne le pensais. »
À la réponse de Marcus, je secouai la tête intérieurement.
Moins ?
Marcus disait quelque chose de dangereux.
Je m’apprêtais à répondre quand Berun, qui écoutait en silence depuis l’arrière, reprit Marcus.
« Votre raisonnement se défend, mais nous avons sauvé trente pour cent d’une force de répression qui aurait facilement pu être anéantie. C’est loin d’être un mince exploit. »
Marcus ouvrit de grands yeux, puis baissa la tête.
« Je vous prie de m’excuser. »
« Votre nom est… ? »
« Marcus. »
« Marcus, je ne vous réprimande pas, alors ne le prenez pas trop à cœur. Je veux simplement que vous et les autres soldats compreniez la réalité, car vous semblez tous trop découragés. »
Berun avait raison. Nous avions tué des centaines de barbares pendant l’avancée de l’arrière-garde, et le nombre de barbares éliminés au début de l’opération était au moins deux fois plus élevé.
« Nous sommes en train de battre en retraite après une défaite, mais on peut dire que nous nous sommes bien battus malgré tout. »
Entièrement d’accord avec Berun, je pris la parole.
« Seigneur Berun, nous avons rassemblé beaucoup de soldats, et nos provisions, notamment la nourriture, commencent à manquer. Que diriez-vous de battre en retraite, maintenant ? »
J’avais craint que Berun ne tienne à sauver encore d’autres soldats, mais, heureusement, il n’en fut rien.
« Comme vous le dites, mieux vaut rentrer au front dès maintenant. »
Berun s’adressa aux soldats.
« Nous avons combattu l’ennemi de toutes nos forces et sauvé nos alliés. Rester ici plus longtemps serait insensé. Tout le monde, retour au front ! »
À cet ordre, les soldats se mirent en marche avec discipline, pleins d’espoir de rentrer vivants.
Notre destination était la Frontière du Nord.
Il était enfin temps de mettre un terme à cette guerre misérable.
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