Chapitre 18
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 18 : Opération Flamme de givre (5)
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J’exultai intérieurement lorsque Gilbert annonça qu’il allait diviser les troupes en deux.
« Parfait !! »
Exactement comme prévu.
Tout ce que j’avais fait en rendant visite à Gilbert la veille au soir avait servi à préparer cet instant.
La défaite du corps expéditionnaire était déjà inévitable. Pour limiter les pertes, il nous fallait nous préparer aux attaques ennemies et attendre une occasion favorable.
Mais tant que Gilbert en serait le commandant, c’était impossible.
Alors j’avais décidé de diviser les troupes.
De toute façon, si ça continue comme ça, ils vont tous se faire broyer.
Mieux valait les séparer et se préparer à la suite.
Bien sûr, ce n’est que mon avis.
En temps normal, diviser le corps expéditionnaire dans une telle situation aurait été insensé.
Mais notre Gilbert, avec sa tête de chips, n’en avait cure.
« Diviser les troupes ? Que voulez-vous dire… ? »
« Comme vous l’avez dit, l’ennemi pourrait frapper nos arrières. Alors, pourquoi ne pas diviser les troupes ? L’avant-garde cherchera les barbares, tandis que l’arrière-garde se reposera avant de couvrir nos arrières en cas de problème. »
Gilbert adressa à Berun un sourire légèrement moqueur.
« Vous commanderez l’arrière-garde, Berun. C’est bien ce que vous avez proposé, n’est-ce pas ? »
Être envoyé à l’arrière signifiait qu’on l’empêchait de s’illustrer au combat.
En temps normal, Berun aurait protesté contre ce traitement injuste.
Hoche, hoche ! À mon signal, Berun accepta sans se plaindre.
« … Je vous obéirai. »
« Bien. Je vous accorde temporairement le grade de commandant de trois cents hommes et vous confie l’arrière-garde. Faites de votre mieux. »
Sur ces mots, Gilbert tourna les talons.
« Bien, en avant ! »
Après avoir séparé les troupes de force, il partit d’un air triomphant.
C’était à peu près ce à quoi je m’attendais, mais il abuse de son autorité pour se venger parce que Berun l’a critiqué.
Comment un minable aussi mesquin avait-il pu devenir commandant de mille hommes ?
Une fois Gilbert parti avec ses troupes, Marcus s’approcha et murmura :
« Il n’a emmené que des soldats réguliers. »
« On dirait bien. »
« Franchement… Je ne sais même pas quoi dire. »
Marcus secoua la tête, comme s’il n’arrivait pas à croire qu’un homme pareil puisse exister.
« Résultat, il ne reste que des soldats-bagnards avec nous. »
« Il reste encore une cinquantaine de soldats réguliers. »
« Ce ne sont pas tous des soldats réguliers sous les ordres du Centurion Berun ? »
« C’est vrai. »
Laisser ces soldats réguliers derrière avait également fait partie de mes intentions.
Il ne veut sans doute pas partager les mérites militaires avec ceux qui ont parlé dans son dos avec Berun.
Quoi qu’il en soit, j’avais séparé Gilbert comme prévu et obtenu des troupes que Berun pourrait commander. Le résultat était satisfaisant.
Les deux cent cinquante soldats-bagnards et les cinquante soldats réguliers restés dans l’arrière-garde observaient Berun et l’endroit où le gros des troupes avait disparu, l’air inquiet.
Ils croyaient que leur commandant en chef les avait abandonnés.
Berun me demanda à voix basse :
« J’ai fait ce que vous m’avez dit, mais je me suis attiré les foudres de Gilbert. »
« Vous ne vous sentiez pas mal à l’aise à ses côtés, de toute façon, Centurion Berun ? »
« C’est vrai, mais… Hum ! Quoi qu’il en soit, que devons-nous faire maintenant ? »
« D’abord, il faut rassurer les soldats. »
« Comment ? »
« Vous êtes leur commandant. Vous le savez mieux que moi, non ? »
Berun me lança un bref regard noir, poussa un petit soupir, puis cria aux soldats :
« Notre arrière-garde va se reposer trois heures, comme l’a ordonné le seigneur Gilbert, puis nous repartirons. Compris ? »
« Hourra ! »
« On est sauvés. »
« Centurion Berun, vous êtes le meilleur ! »
À l’annonce du repos, les soldats se détendirent. Berun était vraiment un commandant modèle : il savait ce dont ses hommes avaient besoin.
Au moins, ils ne déserteront pas et ne refuseront pas les ordres.
Et puis, même si on nous appelait l’arrière-garde, on nous avait en pratique laissés livrés à nous-mêmes. Nous déplacer avec souplesse, comme une force indépendante, ne devrait pas poser trop de problèmes.
Trois heures plus tard, l’arrière-garde reposée se mit à suivre l’avant-garde.
Gilbert avait emmené tous les commandants, à l’exception des chefs d’escouade qui avaient servi sous les ordres de Berun et de deux centurions nouvellement nommés, les moins influents de l’unité de mille hommes. Nous n’avions pas d’autre choix que de réorganiser notre déploiement.
Berun divisa les troupes en trois grands groupes, plaça les nouveaux centurions sur les ailes droite et gauche, et prit lui-même le commandement du centre.
« Ubel, restez au centre à mes côtés, avec Pellon. »
« Oui, monsieur. »
Une formation qui maintenait les troupes groupées tout en surveillant les deux flancs.
C’est le mieux qu’on puisse faire pour le moment.
Notre petit nombre m’inquiétait. Mais, contrairement à une charge en ligne droite, stupide, le déploiement d’ailes droite et gauche nous permettrait de reconnaître les environs et d’éviter les embuscades barbares.
Ça change vraiment tout, avec un autre commandant.
Nous avancions depuis environ deux heures sous le commandement méthodique de Berun lorsqu’un homme prit la parole :
« Il y a des traces de l’avant-garde, devant nous. »
« Hum. »
Nous découvrîmes un village qui semblait avoir été incendié par l’avant-garde.
Pellon et les autres chefs d’escouade ne réagirent pas particulièrement, mais après avoir examiné l’état du village, je soupirai intérieurement.
Haa…
Ça avait commencé.
« Centurion Berun. »
« Qu’y a-t-il ? »
« Il fait bien trop froid pour que l’avant-garde ait incendié ce village. Regardez. Ces arbres à moitié brûlés sont devenus des blocs de glace. »
Nous n’étions qu’à trois ou quatre heures de marche de l’avant-garde. Il était absurde que le bois brûlé ait gelé à ce point en si peu de temps.
« Et il n’y a aucune trace de combat. »
« Vous voulez dire que… ? »
« Oui. Je pense que ce sont les barbares, et non l’avant-garde, qui ont incendié cet endroit. »
Berun ouvrit de grands yeux.
« Les barbares ont brûlé leurs propres maisons ? Pourquoi… Attendez. Vous voulez dire que l’ennemi a repéré notre présence et s’est enfui le premier ? »
« C’est probable. »
C’était une très mauvaise nouvelle pour le corps expéditionnaire.
Si les barbares nous avaient repérés, cela signifiait qu’ils avaient eu le temps de rassembler leurs forces et de préparer une contre-attaque.
Jusqu’ici, nous avons tout juste réussi à l’emporter grâce à notre supériorité numérique, mais…
Les barbares avaient repéré le corps expéditionnaire et s’étaient repliés pour rassembler leurs forces. L’équilibre précaire allait maintenant être complètement renversé.
*****
Comme je m’y attendais, les mauvaises nouvelles ne tardèrent pas à arriver.
Alors que le soleil déclinait et que le ciel virait lentement au rouge, des soldats en piteux état apparurent un à un sur la route de l’arrière-garde.
« V-vous êtes… »
« L’arrière-garde ! »
« P-pitié, sauvez-nous ! »
Berun calma les soldats affolés et leur demanda ce qui s’était passé.
« Que s’est-il passé ? »
« L’avant-garde a été vaincue par l’ennemi. En ce moment… les barbares… »
« L’avant-garde a été vaincue ? Qu’est-ce que cela signifie ? Où est le seigneur Gilbert ? »
« Le seigneur Gilbert… est mort au combat. »
Berun fut stupéfait d’apprendre que le commandant en chef de l’unité de mille hommes avait péri.
« M-mort au combat ?! Expliquez-moi exactement ce qui s’est passé ! »
« C-c’est que… »
Le messager raconta ce qu’ils avaient vu et entendu.
Quelques heures plus tôt, l’avant-garde de Gilbert avait poursuivi sa route sans hésiter.
« Nous avons continué à chercher les barbares, mais il n’y avait que des villages déjà incendiés. Nous n’avons pas trouvé la moindre trace de l’ennemi. »
Gilbert, qui cherchait désespérément à s’illustrer au plus vite, n’avait certainement pas apprécié la situation.
« A-t-il forcé les troupes à avancer pour les poursuivre ? »
« Oui. »
Je pouvais deviner la suite sans l’entendre.
Gilbert avait fini par trouver les barbares et s’était probablement jeté sur eux sans réfléchir, persuadé qu’il ne s’agissait que d’un petit groupe comme les précédents.
« L’ennemi nous a tendu une embuscade. »
Ah, là là.
Il fallait vraiment qu’il finisse en beauté.
« Nous avons essayé de les contenir comme nous pouvions, mais ils étaient trop nombreux. Nous ne faisions pas le poids. »
« Combien pouvaient-ils être pour vaincre une avant-garde composée de soldats réguliers ? »
« Je ne saurais pas vous dire exactement, mais ils étaient probablement plus de deux mille. »
« C-comment ? »
Leur nombre dépassait de loin mes attentes.
Avec une telle force, on pouvait raisonnablement penser que toutes les tribus barbares de la région s’étaient alliées.
Les barbares avaient des intérêts divergents et s’unissaient rarement.
Il y avait une exception.
Quand la survie de leurs tribus était elle-même menacée.
Si le corps expéditionnaire s’était contenté de tuer les hommes et d’épargner les vieillards, les femmes et les enfants, les barbares ne se seraient jamais rassemblés en une force aussi importante.
Mais…
Ils ont tué non seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants qui auraient assuré la survie des tribus. Ils n’avaient pas d’autre choix que de s’unir pour survivre.
Voilà ce qui arrivait quand on pénétrait en territoire ennemi et qu’on faisait couler le sang sans épargner les prisonniers.
Les conséquences de la boule de neige déclenchée par un imbécile avaient été considérables, mais il ne servait à rien de regretter ce qui était déjà arrivé.
Il était temps de discuter de la suite.
« Deux mille barbares… Ce n’est que le nombre confirmé. Ils sont peut-être encore plus nombreux. »
« Centurion Berun… »
Berun observa les mines inquiètes de Pellon et des chefs d’escouade, puis se tourna brusquement vers moi.
« Ubel, que pensez-vous que nous devrions faire ? »
Tous les regards se tournèrent vers moi.
Berun leur avait peut-être dit que j’avais organisé l’arrière-garde pendant le trajet. Ils me fixaient, les yeux brillants.
Ils croient que je suis une sorte de machine à réponses qu’il suffit d’actionner avec un bouton ?
J’avais l’impression d’être devenu conseiller par accident, mais il n’y avait rien à faire.
Sous leurs regards, je me raclai la gorge et pris la parole.
« Hum ! Deux options s’offrent à nous. »
« Deux options ? »
« C’est vrai ? »
Je hochai la tête à la question de Berun.
« Oui. »
« Dites-nous vite. »
« Premièrement, nous pouvons battre en retraite. »
« Battre en retraite ? »
« Oui. Les barbares ne s’arrêteront pas à l’anéantissement du corps expéditionnaire. Il est fort probable qu’ils poursuivent leur avantage et lancent une contre-attaque contre le front où est stationnée l’Armée du Nord. »
« … C’est effectivement plausible. »
« Le quartier général ignore encore ce qui s’est passé ici. Si nous battons en retraite, que nous rendons compte de la situation et que nous nous préparons à l’offensive ennemie, nous pouvons éviter de nouvelles pertes. »
Si nous y parvenions, les pertes de l’Armée du Nord seraient considérablement réduites.
Cependant…
« Si nous battons en retraite maintenant, l’échec de cette opération de soumission sera confirmé et tous les membres du corps expéditionnaire, à l’exception de nous, seront anéantis. »
« Hmm… »
À ces mots, Berun s’assombrit.
Il s’inquiétait pour les soldats encore en vie.
Les centurions et les chefs d’escouade pressèrent Berun de se décider.
« Centurion Berun, nous n’avons pas le temps ! »
« C’est vrai ! »
« Cela nous peine d’abandonner les soldats restants, mais si nous hésitons, nous ignorons quand l’ennemi attaquera. Nous devons battre en retraite immédiatement et informer le quartier général. »
Berun serra brièvement les dents à leurs paroles, puis me regarda d’un air résolu.
« Ubel. »
« Oui. »
« Je sais que c’est égoïste, mais je veux sauver autant de soldats que possible. Existe-t-il un moyen de les sauver ? »
« Centurion Berun ! »
« Dans une situation pareille, c’est impossible… »
« Il y en a un. »
Les commandants qui protestaient sursautèrent et tournèrent les yeux vers moi.
« Quoi ?! »
« C’est vrai ? »
« Oui. N’ai-je pas dit dès le début qu’il y avait deux options ? Il existe un moyen de sauver les soldats sans que cette opération de soumission se solde par un échec. »
À l’évocation d’une solution, Berun m’incita à poursuivre.
« Dites-nous. Quelle est cette méthode ? »
« Avant de vous l’expliquer, sachez que ce plan comporte des risques extrêmement élevés. »
« Autrement dit, si ça tourne mal, nous devons être prêts à mourir jusqu’au dernier. »
« C’est exact. »
Berun esquissa un sourire et se tourna vers les autres commandants.
« Voilà ce que propose Ubel. Qu’en dites-vous ? La mort vous effraie ? »
« Comment pouvez-vous dire une chose aussi décevante ? »
« Ha ha, nous sommes des gens du Nord. »
« Nous sommes prêts à mourir depuis le jour où nous avons rejoint l’Armée du Nord. »
Né dans le Nord, mourir dans le Nord.
C’était un credo propre aux gens du Nord, qu’on ne retrouvait nulle part ailleurs.
« Et vous, Ubel ? Cela vous suffit-il ? »
« … On dirait que j’ai parlé à tort devant des gens du Nord aussi braves. »
Je me dis que je pouvais leur faire confiance et combattre à leurs côtés.
« Alors, je vais vous exposer le second plan. »
Mon plan était simple, mais compliqué à mettre en œuvre.
« L’ennemi ignore que le corps expéditionnaire s’est divisé en deux. »
Nous avions tué tous les barbares croisés jusque-là ; l’ennemi ne connaissait donc probablement pas les effectifs exacts du corps expéditionnaire.
« Après avoir vaincu l’avant-garde, ils croiront avoir battu l’Armée impériale. Ils se disperseront pour traquer les survivants et les empêcher de regagner le front. »
Je présentais cela comme une hypothèse, mais c’était exactement ce qui s’était passé lors de l’incident de Flamme de givre. C’était sur ce point que j’avais concentré mon attention.
« Pour sauver les soldats, nous devons retourner la situation à notre avantage et les traquer à notre tour. »
« … Si nous poursuivons l’ennemi, nous finirons naturellement par rassembler les survivants dispersés. »
« C’est ça. Et pour réussir cette opération, nous devons revoir notre formation. »
Je traçai un schéma au sol et leur expliquai la formation et la stratégie que nous allions adopter.
« Premièrement, nous allons diviser l’arrière-garde en quatre groupes : est, ouest, sud et nord. »
« Diviser les troupes ? Les barbares ne nous repéreront-ils pas plus facilement ? »
« Ce serait vrai si nous les divisions sans prendre de précautions. Mais si nous avançons en formation ordonnée, c’est différent. »
La formation que je dessinais était une sorte de dispositif de recherche en losange.
« Nous placerons les soldats les plus petits et les plus rapides aux points les plus éloignés de chaque direction, pour servir d’éclaireurs. Ensuite, si nous surveillons les environs tout en avançant depuis le centre… »
Les yeux de Berun s’illuminèrent tandis qu’il m’écoutait.
« Les éclaireurs en périphérie serviront de sentinelles et permettront à toute la formation d’avancer comme un seul être. Et comme nous surveillerons toutes les directions en progressant, nous pourrons facilement éviter l’ennemi ou lui tendre une embuscade à notre guise. »
Était-ce parce que Berun connaissait bien la stratégie militaire ?
Il comprit immédiatement mon intention, tout en soulevant une question.
« Comment comptez-vous transmettre les informations aux soldats des autres directions ? »
« Nous placerons des équipes de garde et des coureurs entre les éclaireurs pour transmettre les messages. Si nous laissons environ cinquante pas entre les extrémités de la formation, communiquer ne devrait pas poser de problème. »
« Ah… »
« Je comprends. »
Ce n’est qu’alors que les autres commandants saisirent ma stratégie et laissèrent échapper des exclamations admiratives.
Berun me regarda, stupéfait.
« Eh bien. Impressionnant. C’est vous qui avez conçu cette formation ? »
« Disons que ça m’est venu comme ça… »
« Une fois cette affaire réglée sans encombre, je devrais proposer de généraliser cette formation dans toute l’armée. C’est une stratégie novatrice qui pourrait également servir pour les gardes et les missions de reconnaissance. »
« Ha ha ha… »
En vérité, je n’avais fait qu’adapter la formation et la stratégie de Jeg, mon personnage préféré du jeu, connu pour son sang-froid.
Je me sentais un peu coupable de m’approprier une idée qui serait louée plus tard, mais…
Ce n’est pas le moment de s’en soucier.
Nous allions profiter du fait que les barbares ne nous avaient pas encore repérés. Tels des fantômes, nous traquerions l’ennemi, rassemblerions les survivants dispersés et renforcerions nos forces.
C’était le seul moyen d’empêcher l’Opération Flamme de givre de se solder par un échec.
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