Chapitre 17
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Asakusa
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Vétéran de la Frontière du Nord ◈
Chapitre 17 : Opération Flamme de givre (4)
──────
Après avoir incendié le premier village, les forces de répression poursuivirent leur route sans prendre de repos.
Avant le coucher du soleil, nous découvrîmes un autre village et l’attaquâmes.
Je craignais que les soldats ne soient épuisés après une seule bataille, mais les forces de répression mirent facilement l’ennemi en déroute grâce à leur supériorité numérique.
Le lendemain, les ennuis commencèrent lorsque nous découvrîmes le troisième village.
Ils avaient peut-être flairé quelque chose.
Contrairement aux deux premiers, ils réagirent sans tarder.
Après une nuit de repos, la folie qui avait envahi leurs esprits s’était dissipée et la fatigue du combat leur retomba dessus. La bataille tournant à la mêlée, il était naturel que leur élan fût moindre que la veille.
« Meurs, impérial ! »
Un barbare abattit sa masse sur ma tête.
Je déviai facilement son attaque et lui fracassai la poitrine avec la Hache noire.
Crac !
« Argh ! »
« Ouf. »
Je repris mon souffle et regardai autour de moi.
« Ren ! Il y en a un qui arrive sur toi. »
« Oui, chef ! »
« Marco, espèce de chauve ! Arrête de rompre les rangs ! »
« Raul ! Achève celui-là et rejoins-nous. »
« Compris, Martin. »
Encouragés par Max et Martin, les deux membres les plus anciens, les soldats de l’escouade combattaient dos à dos.
En dépit de la bataille, qui n’était guère plus qu’une rixe, ils tenaient fermement leur formation. Ils avaient désormais l’étoffe de véritables soldats d’élite.
À l’inverse…
Les soldats fonçaient sur l’ennemi, portés par une folie qui s’attardait encore en eux, tandis que leurs commandants n’avaient ni commandement ni stratégie digne de ce nom, hormis leur supériorité numérique.
Pouvait-on vraiment appeler ça une guerre ?
Il aurait été plus juste de parler de violence exercée par le plus grand nombre contre une poignée d’hommes.
Il est évident que les choses tourneront mal quand la bataille sera terminée et que les soldats auront retrouvé leurs esprits.
Alors que je soupirais intérieurement devant le désastre qui allait bientôt nous tomber dessus…
« Haha ! Ces vermines sont des parasites qui rongent l’Empire ! N’en épargnez aucun, tuez-les tous ! »
Au loin, Gilbert riait à gorge déployée en tranchant la gorge d’une barbare et de son enfant.
Cet imbécile jette de l’huile sur une maison prête à prendre feu.
Mais je ne pouvais pas m’avancer pour le lui dire.
Un soldat-bagnard qui osait prendre la parole risquait seulement d’y perdre la tête.
S’il y a quelqu’un qui puisse lui parler…
Je lançai un regard appuyé à Berun.
Depuis la veille, Berun n’arrivait pas à cacher son trouble. Peut-être avait-il enfin pris sa décision, car il s’approcha de Gilbert, le visage résolu.
« Seigneur Gilbert. »
« Centurion Berun, que voulez-vous ? »
« Exécuter jusqu’aux femmes et aux enfants incapables de se battre est excessif. Il vaudrait mieux les faire prisonniers et s’en servir pour prouver nos mérites militaires… »
Gilbert eut un rire incrédule.
« Ha ! Je n’aurais jamais cru vous entendre dire une chose aussi stupide. Barbares, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, ils sont tous nos ennemis. Ce sont des parasites qui menacent l’Empire dès qu’ils en ont l’occasion ! »
Il pointa son épée vers l’enfant barbare mort.
« Il n’est peut-être rien pour l’instant, mais qu’adviendra-t-il s’il grandit et devient un jour une bête qui menace l’Empire ? Qu’est-ce que vous ferez, alors ? »
« Mais… ! »
« Silence ! Qu’est-ce que vous attendez, soldats ? Coupez-leur les oreilles sur-le-champ et rassemblez-les. Empalez les autres cadavres sur des pieux pour qu’on les voie depuis les alentours. »
À ses ordres, les soldats, le visage sombre, coupèrent des oreilles et empalèrent les cadavres sur des pieux.
Apparemment toujours mécontent, Gilbert fronça les sourcils et claqua la langue.
« Tss. À ma place, je prendrais leurs têtes plutôt que leurs oreilles, mais nous manquons de bras. Je le mentionnerai dans mon rapport ; que chaque centurion compte les oreilles coupées et en signale le nombre. Une fois le travail terminé, nous repartirons aussitôt à la recherche du prochain village. »
« Oui, chef. »
« Hé hé, comptez sur nous. »
« Hmph ! »
Gilbert renifla, lança un regard noir à Berun, puis s’éloigna avec plusieurs commandants qui lui passaient la pommade.
Berun se mordit la lèvre et baissa la tête.
Il n’était apparemment pas le seul à éprouver des sentiments mitigés.
Nous avions remporté une victoire écrasante, pourtant l’ambiance était complètement retombée.
Même la faible folie qui persistait s’était évanouie, et les soldats avaient retrouvé leurs esprits.
On se croirait à un enterrement.
Quelle armée perdait le moral après avoir remporté une bataille ?
Les ordres de Gilbert n’étaient pas entièrement dénués de sens, mais il n’avait jamais tenu compte de l’état d’esprit des soldats.
Tant qu’ils avaient cédé à ses provocations et s’enivraient de folie, c’était une chose…
Le froid.
Une guerre déclenchée soudainement sur ordre de leurs supérieurs.
Ils étaient tous à cran, et lui leur avait servi ces âneries en ne comptant que sur leur moral passager.
Comment auraient-ils pu garder la tête froide ?
Jusqu’à la veille, c’était encore supportable.
Les soldats avaient une cause à défendre. Ils croyaient que les barbares étaient des gens sans honneur et qu’ils avaient enduré tant d’épreuves pour venir ici rendre justice.
Mais ce n’était plus le cas.
Les massacres à répétition commençaient à fissurer la justification de cette guerre.
Sentant peut-être que la situation des forces de répression était loin d’être bonne, les soldats de l’escouade se mirent à ronchonner, le visage soucieux.
« Haa… Combien de temps allons-nous continuer comme ça ? »
« C’est clair. »
« On dirait que tout le monde s’est arrêté en plein milieu de la besogne. Je ne sais pas si quelque chose d’horrible va nous tomber dessus. »
Aux mots de Kram, Martin jeta un coup d’œil autour de nous avant de prendre la parole avec prudence.
« On nous a traînés ici au nom de la guerre pour nous faire répéter des massacres aveugles. Rien d’étonnant à ce que ça nous pèse. »
Max acquiesça.
« En plus, nous n’avons cessé de nous battre comme des bêtes, sans repos ni préparation convenables. Ce serait plutôt étonnant que tout le monde aille bien. »
Leurs remarques me firent pousser un cri d’admiration intérieur.
Ils en ont vu, des choses. On dirait qu’ils ont acquis un bon instinct pour mener des troupes.
Avec encore un peu de progrès, je pourrais un jour leur confier leurs propres soldats.
Mais quand même…
Même les membres de l’escouade, que je tenais pour les meilleurs parmi les soldats-bagnards rassemblés ici, commençaient à douter. Dans quel état devaient être les autres soldats ?
Je claquai la langue en regardant Gilbert et plusieurs centurions célébrer leurs exploits militaires, sans même remarquer leurs propres erreurs.
Tss. Un imbécile pareil comme commandant…
S’il s’était contenté de faire des prisonniers et de rassurer les soldats, il aurait pu préserver au moins un semblant de moral.
Ouf. Ça s’annonce mal, et pas qu’un peu.
La route qui s’ouvrait devant nous était vraiment semée d’embûches.
Mais il reste de l’espoir.
La promesse que j’avais faite à Berun auparavant.
Je comptais m’en servir pour écarter le danger que représentait le commandant.
Berun est intervenu au bon moment. Si je m’y prends bien…
Les gens comme Gilbert, aux capacités moyennes mais à l’orgueil démesuré, détestaient qu’on les critique.
Il suffisait de regarder : même à cet instant, il lançait des regards en coin à Berun et aux autres centurions.
J’étais désolé de devoir dire ça à notre cher Gilbert, mais…
Vous n’êtes qu’un obstacle à mon plan.
La deuxième étape pour survivre consistait à séparer Berun de Gilbert.
*****
Au troisième jour de l’Opération Flamme de givre, les forces de répression avaient incendié cinq villages en tout et vaincu environ sept cents barbares, engrangeant de considérables mérites militaires.
On aurait pu considérer le résultat comme excellent.
Mais l’état des soldats était loin d’être bon.
Leur moral ne cessait de baisser.
Les ordres se répétaient mécaniquement.
La fatigue extrême se lisait déjà sur tous les visages.
Pourtant, au lieu de leur conseiller de se reposer, Gilbert poussa les soldats à avancer.
« Préparez-vous à repartir, tous ! Combien de temps comptez-vous traîner, alors que l’ennemi peut surgir à tout moment ? »
Me demandant ce qui le rendait si nerveux, je m’adressai à Pellon, que je connaissais assez bien.
« Que se passe-t-il ? Nous repartons sans même nous préparer convenablement. »
« …Je ne connais pas les détails, mais j’ai entendu dire qu’un messager de l’Armée de droite était arrivé hier soir. »
« Un messager ? »
« Oui. Il paraît que l’Armée de droite a incendié sept villages la veille et pris la tête de près d’un millier de barbares. »
« … »
Voilà donc ce qui se passait.
Il piquait une crise parce qu’il était distancé par l’Armée de droite en matière de mérites militaires ?
Quelle situation ridicule.
C’était absurde, mais j’en fus soulagé.
Il est temps de commencer.
Je m’approchai de Berun et lui murmurai à voix basse :
« Vous n’avez pas oublié notre promesse, n’est-ce pas ? »
Berun tressaillit légèrement, puis acquiesça.
« Bien sûr que non. »
« Alors, si le seigneur Gilbert ordonne encore une marche forcée demain, demandez-lui de laisser les soldats se reposer. »
« Se reposer ? »
« Oui. Il nous fera probablement reprendre la marche forcée dès l’aube, demain, à la recherche d’ennemis. Dans ce cas, conseillez-lui de laisser les soldats se reposer toute la matinée, vu leur fatigue. »
« …Je ne sais pas pourquoi vous me demandez ça, mais soit. »
Après avoir obtenu l’accord de Berun, j’attendis le bon moment.
Poussés par la soif de gloire de Gilbert, nous nous mîmes en route à l’aube et poursuivîmes notre marche forcée, mais nous ne trouvâmes aucun barbare et n’obtînmes rien.
« Bon sang ! Comment est-ce possible de ne pas trouver un seul village de toute la journée ?! Cherchez davantage ! Fouillez mieux ! »
Nous continuâmes à chercher même après le coucher du soleil.
Mais nous ne trouvâmes pas la moindre trace d’un barbare.
À la tombée de la nuit, les forces de répression n’eurent d’autre choix que d’interrompre leurs recherches et d’établir le camp.
Les tentes furent dressées à la va-vite.
Les soldats se regroupaient par deux ou trois pour allumer des feux et monter leurs tentes…
Voilà l’occasion.
Je me levai et me dirigeai vers Gilbert.
Sa tente était immense, même comparée à celles des centurions.
Quand je m’en approchai, les gardes postés à l’entrée m’arrêtèrent.
« Halte ! Le commandant d’un millier Gilbert loge dans cette tente. Donnez votre nom et votre unité. »
« Veuillez m’excuser. Je suis Ubel, chef d’escouade de l’unité des soldats-bagnards. J’ai quelque chose à dire au seigneur Gilbert au sujet de Berun. »
« Quoi ? Un soldat-bagnard comme toi croit pouvoir… »
À cet instant…
« Faites-le entrer. »
La voix de Gilbert retentit depuis l’intérieur.
Après avoir échangé un bref regard, les gardes ouvrirent l’entrée.
En pénétrant dans la tente, je découvris un intérieur somptueux.
Une table, sur le côté, croulait sous un festin luxueux.
J’avais entendu dire que les tentes des commandants étaient somptueuses, mais celle-ci dépassait mes attentes.
Il est venu faire la guerre ou pique-niquer ?
Je maugréai intérieurement et saluai.
« Ubel, chef d’escouade de l’unité des soldats-bagnards, présente ses respects à Gilbert, le héros du Nord. »
« Le héros du Nord ? »
« Si un homme qui s’est aventuré en territoire barbare et y a fait preuve d’une telle bravoure n’est pas un héros, alors qui l’est ? »
« Ha ! Pour un soldat-bagnard, vous avez la langue bien pendue. »
Il avait beau dire, ses lèvres tressaillirent. Il semblait flatté.
« Bien. Qu’avez-vous donc à me dire au sujet de Berun ? »
« Eh bien… »
Quand je feignis d’hésiter en observant sa réaction, il aboya :
« Assez tergiversé. Parlez, et tout de suite. »
« Oui, seigneur. Je l’ai entendu par hasard, mais le centurion Berun parlait de vous en mal avec les chefs d’escouade sous ses ordres. »
« Q-quoi ?! »
« Berun disait que vous poussiez cette guerre de manière bien trop inconsidérée et qu’à ce rythme, quelque chose de terrible finirait par arriver… »
Bien sûr, tout cela était un mensonge.
Et même si c’avait été vrai, chaque mot aurait été juste. Difficile de dire qu’il parlait de Gilbert en mal.
« Ha ! Ces lâches qui n’osent même pas venir me parler en face adorent bavarder dans mon dos. »
Vous aussi, vous cassez du sucre sur le dos des autres.
Les mots me montèrent à la gorge, mais je parvins de justesse à les retenir.
« Et c’est tout ? »
« Le centurion Berun a dit aux chefs d’escouade de ne pas s’inquiéter, qu’il lui suffirait d’obtenir des mérites militaires au cours de cette opération de répression et de devenir commandant d’un millier. Il a aussi dit qu’il ferait tout pour vous empêcher d’en obtenir. »
« M’empêcher d’obtenir des mérites… »
Grincement.
« Je vois. Alors, c’est ce que ce salaud a dit… »
Un sourire cruel se dessina sur les lèvres de Gilbert.
Vu son caractère, il devait avoir envie de rosser Berun sur-le-champ.
Mais le punir sur la foi de simples médisances serait gênant, surtout si son informateur est un soldat-bagnard.
Si Berun niait et lui demandait s’il croyait vraiment un soldat-bagnard, Gilbert n’aurait rien à répondre.
Au bout du compte, tout ce que ce salaud peut faire, c’est…
Sans se douter que je souriais intérieurement, Gilbert afficha un sourire sinistre.
« Merci de m’avoir révélé le vrai visage de ces lâches. Sans vous, je n’aurais jamais appris que ce salaud de Berun nourrissait de telles pensées. »
« Ce n’est rien. Je n’ai fait que mon devoir. »
« Prenez ça. »
Boum !
Il me lança une petite bourse.
« C’est votre récompense pour m’avoir rapporté les faits en toute honnêteté. Ne refusez pas. »
« Oh, merci. »
Après m’avoir donné la bourse comme s’il faisait l’aumône, il me congédia d’un geste.
« Je vais donc prendre congé. »
Je gardai la tête respectueusement baissée jusqu’à ma sortie de la tente, pour ne pas me trahir.
Sur le chemin du retour vers l’endroit où logeaient les soldats de l’escouade…
La deuxième étape est réglée, et je me suis même fait un peu d’argent. Même si ça ne me servira pas à grand-chose.
J’ouvris la bourse que Gilbert m’avait donnée.
Elle pesait suffisamment lourd pour me laisser espérer quelque chose d’intéressant.
Ce fils de pute…
Elle ne contenait que deux pièces d’argent et quelques pièces de cuivre.
C’était moins que le pourboire qu’on laisserait à une prostituée dans une taverne chic.
Gilbert.
Malgré son allure audacieuse, c’était un sacré radin.
*****
Au quatrième jour de l’Opération Flamme de givre, comme je m’y attendais, Gilbert nous fit partir à la recherche de villages dès l’aube.
Les soldats, qui n’avaient eu droit à aucun vrai repos ni la veille ni ce jour-là, avaient l’air à moitié morts.
En les voyant, Berun s’avança d’un air résolu.
« Seigneur Gilbert. »
« …Qu’y a-t-il, centurion Berun ? »
« Les soldats n’ont pas encore récupéré de la fatigue accumulée jusqu’ici. Que diriez-vous de nous reposer ce matin et de repartir dans l’après-midi ? »
« Quoi ? »
« Si nous continuons à avancer sans reformer nos rangs et que l’ennemi nous tend une embuscade, nous risquons de subir de lourdes pertes. Je vous prie d’y réfléchir. »
« Ha ! »
En temps normal, Gilbert aurait balayé ses paroles comme de simples jérémiades.
Ce salaud cherche à m’empêcher d’obtenir des mérites.
Après avoir entendu mon faux rapport, Gilbert était persuadé que Berun cherchait à lui mettre des bâtons dans les roues.
Gilbert fixa Berun d’un regard glacial.
J’observai ses lèvres, impatient.
Puis…
« Ha ! Alors, divisons les troupes en deux afin de pouvoir parer à toute éventualité. »
Berun et les centurions furent stupéfaits à l’idée de diviser les troupes.
Contrairement à eux, je ne fus pas surpris.
Parce que c’était précisément ce que j’espérais entendre.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>