Chapitre 15
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 15 : Opération Flamme de givre (2)
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Combien de fois était-ce déjà arrivé ?
Treize… non, quinze ?
J’avais perdu le compte du nombre d’attaques de ces barbares.
« Vous devriez être fatigués, vous aussi. Alors, ça vous dirait d’arrêter de mourir, maintenant ? »
Crac !
Je fracassai le crâne d’un barbare qui chargeait et poussai un soupir.
À ce rythme, je vais finir par m’attacher à ces salauds.
J’avais autrefois éprouvé au moins une vague réticence à tuer, mais les batailles éclataient désormais presque tous les deux jours. Même voir leurs cerveaux se répandre ne me faisait plus rien.
À vrai dire, le combat réel semblait même décupler ma force physique.
Depuis quelques jours, mon dantian me démange bizarrement. Peut-être que je pourrais… ?
Je connaissais bien les symptômes de l’éveil du mana.
Ils variaient d’une personne à l’autre, mais tout le monde disait que le corps démangeait et que le sang semblait bouillir. Probablement.
Je n’en étais pas encore là, mais à ce rythme, j’avais l’impression que mon mana pourrait bientôt s’éveiller.
Après avoir éliminé les barbares venus, comme d’habitude, chercher une tombe, j’allai faire mon rapport à Berun.
« …Voilà qui conclut mon rapport. Huit barbares nous ont attaqués, et nous les avons tous éliminés. »
« Bon travail. »
J’avais l’impression d’avoir déjà entendu ces mots des dizaines de fois.
« Le mois dernier à lui seul, votre escouade de dix hommes a éliminé plus de deux cents barbares. »
Autant que ça ?
Ces barbares n’étaient vraiment pas comme les autres.
« Vous vous entraînez sans relâche chaque jour. Vous et vos soldats, vous ne méritez presque plus le nom de soldats-bagnards. »
« Vous nous flattez. »
« À ce stade, plus besoin de s’inquiéter de… »
« Pardon ? »
« Non, rien. Retournez donc vous reposer comme il se doit aujourd’hui. On pourrait bientôt vous confier une mission importante. »
Une mission importante.
Quelque chose me tracassait, mais je n’en laissai rien paraître.
« Compris. Je vais donc prendre congé. »
« Oui, allez vous reposer. »
Je saluai Berun et pris le chemin des baraquements.
Mon tour de garde venait à peine de se terminer, et j’aurais pu me reposer. Au lieu de ça, je poussai l’entraînement plus dur que d’habitude.
« Allez, cinquante tours aujourd’hui. En mouvement. »
« Quoi ? D’habitude, on en fait trente… »
« Le dernier aura dix tours de plus. Arrêtez de traîner et courez. »
À peine eus-je menacé de faire travailler encore davantage le dernier que les yeux de mon escouade s’illuminèrent.
« Argh ! Pousse-toi ! »
« Je serai le premier ! »
Ils serrèrent les dents et se mirent à courir.
C’était vraiment touchant de les voir s’entraîner avec autant d’ardeur.
Après cette compétition acharnée, Marcus et Max, arrivés premiers, s’approchèrent de moi.
« Quelque chose ne va pas ? »
« Hum ? Pourquoi ? »
« Vous avez l’air d’avoir intensifié l’entraînement. »
« …Rien de particulier. Berun m’a dit qu’on pourrait bientôt nous confier une mission importante, alors je veux simplement que nous soyons prêts à tout. »
Mon mauvais pressentiment y était aussi pour quelque chose.
« Quel genre de mission importante… ? »
« Je n’en sais rien. Il a dit qu’on le saurait demain, mais je n’en connais pas les détails non plus. »
« Ils pourraient lancer une opération de pacification ? »
Max avait pris un air inhabituellement calme.
« Les barbares nous causent beaucoup de soucis ces derniers temps. Le quartier général prépare peut-être une campagne de grande ampleur… »
« Ha ha, impossible. »
Je m’efforçai de rejeter l’hypothèse de Max.
Non, j’avais envie de la rejeter.
Il était vrai que les barbares semaient le chaos ces derniers temps.
Il était également vrai qu’ils souffraient d’une pénurie de vivres, à en juger par leur état.
Mais une opération de pacification — ou plutôt, cet incident — ne devait pas avoir lieu avant un bon moment.
Bien sûr, mes interventions avaient peut-être précipité les choses.
J’en avais déjà la preuve sous les yeux.
C’est pour ça que je les fais trimer autant, mais…
Au fond, j’espérais désespérément que, cette fois, ma prédiction serait fausse.
Pourtant, malgré mes prières, Berun convoqua dès le lendemain tous les chefs d’escouade de dix hommes de l’unité.
« Tout le monde semble être là. Je vais maintenant vous transmettre l’ordre de mobilisation envoyé par le quartier général. »
Un ordre de mobilisation était un avis officiel adressé à chaque unité avant le début d’une guerre.
Les chefs d’escouade rassemblés dans les baraquements ne purent dissimuler leur stupeur en entendant parler d’un ordre de mobilisation. En moi, je poussai un cri d’alarme.
Un ordre de mobilisation, comme ça, tout à coup… Ne me dites pas que…
Gloups.
Mes paumes se couvrirent de sueur.
Berun prit alors la parole, et mes craintes se réalisèrent.
« Les attaques des barbares se faisant de plus en plus fréquentes, le quartier général a décidé d’envoyer une unité de mille hommes de l’Armée de droite et une autre de l’Armée de gauche pour les soumettre. »
« Nous sommes l’unité envoyée par l’Armée de gauche ? »
À la question d’un chef d’escouade de soldats réguliers, Berun acquiesça.
« C’est exact. »
J’avais prié de toutes mes forces pour que ma prédiction soit fausse, mais je n’avais plus qu’à l’accepter.
« L’état-major a décidé de baptiser cette opération de pacification “Flamme de givre”. »
Comme je le redoutais, l’incident de la Flamme de givre avait été avancé.
Ha… Merde. C’est vraiment en train d’arriver ?
Je savais pourquoi l’opération de pacification avait été avancée.
Alors voilà comment l’effet papillon de la purge vient me retomber dessus…
Je ne pouvais pas me plaindre : j’en étais la cause.
Dans le jeu, l’Opération Flamme de givre était un événement qui survenait après la purge de la Faction corrompue.
Si la purge, qui aurait dû avoir lieu bien plus tard, avait été avancée et que les membres de la Faction corrompue, qui auraient dû s’opposer à l’opération, avaient tous été balayés dans la foulée, alors il n’était pas impossible que cette opération de pacification, prévue pour plus tard, ait elle aussi été avancée.
Ouf. Bon. Je peux comprendre qu’un événement arrive plus tôt que prévu.
Le problème, c’était que je devais participer à cette opération de pacification.
[Incident de la Flamme de givre]
Une bataille qui marqua profondément le Frontière du Nord.
Dans l’histoire originale, elle avait eu lieu environ deux mois avant la Grande Invasion.
Les barbares semaient le trouble ; le plan consistait donc à réduire leurs effectifs par mesure préventive.
Ça avait tourné à la catastrophe.
Non, c’était bien pire qu’un échec. Un désastre total.
Les forces engagées dans l’opération de pacification avaient été anéanties jusqu’au dernier soldat.
Et ce n’était pas tout. L’Armée du Nord avait ensuite subi la contre-attaque des barbares furieux.
Les soldats et les commandants s’étaient battus avec acharnement et avaient tout juste empêché le front de s’effondrer, mais trois mille hommes supplémentaires avaient péri.
En échange de la perte de cinq mille soldats et commandants au total, l’Armée du Nord n’avait récolté que quelques maigres succès au début de l’opération.
L’Opération Flamme de givre n’avait laissé à l’Empire qu’une blessure profonde.
Pendant la Grande Invasion, elle avait été considérée comme l’une des raisons pour lesquelles le Frontière du Nord s’était effondré si rapidement.
*****
Face à cette nouvelle tombée comme un coup de tonnerre, je ne pus cacher mon air sombre.
J’aurais voulu éviter l’opération d’une manière ou d’une autre, mais, malheureusement, ce souhait ne pouvait se réaliser.
« Nous partirons dans deux jours. Assurez-vous d’en informer vos soldats. Compris ? »
« Oui ! »
« C’est tout pour le briefing. Vous pouvez disposer. »
Sur ces mots de Berun, les chefs d’escouade quittèrent les baraquements les uns après les autres. Je sortis péniblement avec eux.
Si je devais résumer mon état d’esprit en une phrase :
Ha ha ha. Ce monde de merde ne supporte vraiment pas de me voir sourire, hein ?
Participer à l’opération de pacification de la Flamme de givre revenait à marcher droit vers une mort certaine. C’était pratiquement une condamnation à mort.
Comment ça ?
J’exagérais ?
Désolé, mais pas du tout.
Prenez la première guerre entre Goguryeo et les Sui, par exemple.
Cette guerre était une véritable source de rage pour un certain pays, et l’une des pires bourdes de son histoire. Même là, dix à vingt pour cent des hommes avaient survécu.
Mais l’Opération Flamme de givre ?
Tout payé, rien gagné.
Pas un seul survivant. Ils avaient été exterminés jusqu’au dernier.
Cette opération était donc pire que l’une des défaites les plus cuisantes de ma vie précédente.
Ouf. D’abord, je dois me calmer.
Ce n’était pas comme si je n’avais aucun plan. La veille au soir, avant de me coucher, j’avais réfléchi à ce qu’il faudrait faire si l’incident de la Flamme de givre survenait.
Après m’être creusé la tête jusqu’à en avoir mal, j’avais trouvé une seule solution.
Et, pour être clair, la désertion n’en faisait absolument pas partie.
La désertion, c’est le dernier recours du dernier recours. Il est bien trop tôt pour y penser.
Pour survivre, je devais réduire au minimum les pertes des forces engagées dans l’opération de pacification.
Revenir sain et sauf après avoir mené l’opération à bien est impossible, quelle que soit la façon dont j’y réfléchis.
Entrer en territoire ennemi — non, dans un piège mortel — et en ressortir indemne, c’est absurde, de toute façon.
Mon objectif était d’accepter quelques pertes parmi les forces engagées dans l’opération, tout en empêchant les pertes supplémentaires causées par la contre-attaque ennemie.
Ce sera difficile, mais pas impossible.
Après tout, je savais comment l’Opération Flamme de givre se déroulait et pourquoi elle avait échoué.
Si j’utilisais bien ces informations, c’était possible.
Le problème, c’était ceci.
Je ne suis qu’un chef d’escouade de dix hommes, et en plus un soldat-bagnard. Je n’ai presque aucun pouvoir d’action.
À quoi bon avoir un plan pour renverser la situation si je n’avais aucune autorité ?
Le plan pouvait attendre.
D’abord, il me fallait assez d’influence au sein des forces engagées pour pouvoir le mettre à exécution.
En toute franchise, obtenir en deux jours l’autorité nécessaire pour maîtriser ces forces relève de l’utopie.
Je mis de l’ordre dans mes pensées en me dirigeant vers les baraquements où mon escouade m’attendait.
Je devais leur parler de l’opération.
La nouvelle suscita des réactions mitigées.
« Nous allons vraiment participer à une opération de pacification ? »
« Oui. »
« Ah… »
« Vu tous les problèmes que les barbares nous ont causés dernièrement, ce n’est pas étonnant, mais… »
À l’évocation de la guerre, Martin fronça les sourcils et poussa un grognement.
« Ugh. Être envoyé à la guerre… »
« Tu n’as jamais fait la guerre, toi non plus, Martin ? »
« Quand j’étais une jeune recrue, environ deux cents barbares ont envahi la région une fois, mais je n’ai jamais franchi la frontière pour me battre comme ça. »
« Est-ce qu’on va s’en sortir ? »
Quand Marco posa la question d’une voix un peu abattue, Max lui donna une tape sur la tête.
« Espèce d’idiot. Combien en avons-nous déjà tué ? Tu as peur d’un truc pareil ? »
« Tu n’as pas peur, Max ? »
À voir la légère raideur du visage de Max, il était tout aussi inquiet.
« Peur, mon œil. Tu crois que l’Armée impériale est une blague ? Et puis, notre commandant vient avec nous. Qu’est-ce qu’on a à craindre ? »
Max surmonta son anxiété grâce à tous les efforts qu’il avait fournis jusque-là et à la confiance qu’il avait en moi.
…Max est vraiment impressionnant quand ça compte.
Peut-être était-ce parce que Max ignorait à quel point cette opération allait mal finir, mais je ne pouvais nier qu’il avait apaisé l’inquiétude de l’escouade.
« Écoutez-moi tous. »
« … »
« Comme Max l’a dit, inutile d’avoir peur. Faites confiance à l’expérience que vous avez acquise et au temps passé à vous entraîner. Vous avez travaillé dur pour être prêts à affronter ce genre de situation. »
« … »
« Gardez la tête froide, quoi qu’il arrive, et faites ce que vous avez à faire. Si vous y parvenez, je prendrai mes responsabilités et veillerai à ce que vous rentriez tous sains et saufs. »
C’était aussi ma résolution.
Le temps passé ensemble avait été court, mais je m’étais déjà profondément attaché à eux.
Serrement.
Opération de pacification ou pas, je ne laisserai jamais mourir mon escouade.
J’affermis ma résolution et tournai les yeux vers les baraquements où logeait Berun.
*****
Cette nuit-là, alors que tous les membres de mon escouade auraient dû dormir, je me levai discrètement et me glissai hors des baraquements.
Je me rendais chez Berun.
S’il avait dormi, j’aurais fait demi-tour et serais revenu le lendemain. Mais de la lumière filtrait par l’entrée ; Berun semblait donc, heureusement, être encore éveillé.
Vu l’heure tardive, je signalai ma présence avec précaution.
« C’est le commandant d’escouade Ubel. Puis-je entrer ? »
« Hum ? Entrez. »
Berun m’accueillit d’un air perplexe.
« Que me vaut votre visite à cette heure-ci ? »
« J’ai quelque chose à vous dire. Je suis donc venu vous voir. »
Je savais comment réduire les pertes de l’opération de pacification, mais je n’avais pas les moyens de mettre mon plan à exécution.
Alors, que devais-je faire ?
La réponse était simple.
Si je n’ai pas de pouvoir, il me suffit de rallier quelqu’un qui en a.
Je pris une inspiration et regardai Berun droit dans les yeux, résolu.
« Je sais que je dépasse les bornes, mais je vais vous poser la question franchement. »
« Allez-y. »
« Que pensez-vous de cette opération de pacification ? »
À peine eus-je posé la question qu’un silence glacial s’abattit sur les baraquements.
Notes de bas de page :
« Tout payé, rien gagné » adapte une expression typique des joueurs coréens, utilisée pour souligner que l’opération s’est soldée par des pertes totales et qu’il n’y a eu aucun survivant.
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