Chapitre 14
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 14 : Opération Feu de givre (1)
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Une nouvelle arme en main, je voulais voir à quel point elle ferait la différence.
« Il n’y aurait pas des barbares quelque part qui pourraient nous attaquer ? »
J’avais lancé ça à moitié pour plaisanter, mais j’avais peut-être attiré le mauvais sort.
Les raids barbares se multiplièrent soudain à une vitesse folle.
« Commandant, ils attaquent encore aujourd’hui ! »
« Ah… »
J’étais vraiment cinglé.
Pourquoi avais-je sorti une connerie pareille ?
Les barbares attaquaient chaque fois que nous étions de garde à un avant-poste. J’avais perdu le compte du nombre de fois où c’était arrivé rien que cette semaine.
« Tout le monde, en position de combat ! »
La seule consolation, c’était que, grâce à notre entraînement régulier et à l’expérience du combat, mes hommes ne se laissaient plus distancer face aux barbares.
« Transpercez-les tous ! »
« À cause de ces enfoirés, on n’a pas droit à une seule journée de repos ! »
Le nombre de barbares variait d’un raid à l’autre.
Parfois, ils étaient une quinzaine.
D’autres fois, ils déboulaient à plus de trente.
Cette fois, ils étaient dix-sept.
Un nombre que nous pouvions gérer sans renforts.
« Tout le monde, tenez le mur de boucliers et attirez leur attention. »
« Oui ! »
« Marcus, tu viens avec moi pour disperser l’ennemi. »
« Compte sur moi. »
Était-ce parce que Marcus maîtrisait le mana ?
Sans hésiter, il s’élança et abattit rapidement ses ennemis l’un après l’autre, avec sa vitesse caractéristique.
Un barbare se jeta alors dans mon dos.
« Crève, impérial ! »
« Oui, ravi de te rencontrer aussi. »
Craignant qu’il ne se mette à m’insulter si je répondais encore, je fis semblant de ne pas comprendre et abattis la Hache noire sur lui.
Crac ! Boum !
Le coup fut si puissant que sa tête et le manche de la hache volèrent en éclats en même temps.
Terrifiant, à chaque fois que je vois ça.
Voilà ce qui arrivait quand un homme brutal maniait une arme brutale.
Mais surtout…
Je me mordis légèrement la lèvre en baissant les yeux vers le barbare mort.
Il est anormalement maigre.
Les autres n’étaient guère différents.
Si les barbares maigrissaient, c’était qu’ils manquaient de nourriture, ce qui signifiait…
La Grande Invasion arrive plus tôt que prévu.
Il n’y avait encore eu ni bataille de grande ampleur ni signe avant-coureur de la Grande Invasion ; nous avions donc un peu de répit.
Mais dès qu’un seul signe se manifesterait, la Grande Invasion serait là en un clin d’œil.
Ça sent mauvais.
Quatre jours plus tôt, ma période de service avait été réduite d’un mois supplémentaire, en reconnaissance des nombreuses exterminations de barbares menées sans la moindre perte.
Si ça continuait comme ça, je m’étais dit avec soulagement que je pourrais m’enfuir sans difficulté.
Mais sentir la Grande Invasion approcher m’angoissait sans que je m’en rende compte.
Je restai là, le visage sombre, perdu dans mes pensées…
Urk !
« Sieur Ubel, ils sont tous hors de combat. »
La bataille était terminée.
Quand tous les ennemis furent tombés, les hommes s’assirent sur la neige rougie de sang pour reprendre leur souffle.
« Haletant… Haletant… Putain, ils ont tous bouffé un truc avarié ou quoi ? Qu’est-ce qui leur prend, à ces enfoirés ? »
« Pfiou, sérieux. »
Aux marmonnements de Marco et Jackson, Max les mit en garde.
« Hé, faites gaffe à ce que vous dites devant les autres. Vous pourriez vous faire planter pour un mot de travers. »
« On le sait, quand même. »
« On est juste frustrés, c’est tout. »
Grâce à Marcus, à moi et aux résultats de notre entraînement habituel, notre escouade de dix hommes n’avait encore subi aucune perte.
En revanche, les autres soldats-bagnards de l’unité mouraient pour de bon.
Même en tenant compte de la difficulté qu’ont les soldats-bagnards à affronter les barbares, les pertes sont beaucoup trop lourdes.
Les raids barbares n’étaient fréquents que depuis trois semaines, et pourtant vingt pour cent des soldats-bagnards de l’unité d’une centaine d’hommes étaient déjà morts.
Nos exploits avaient attiré l’attention et permis de réduire notre période de service, mais…
Ça ne me réjouissait pas.
On n’était peut-être pas proches, mais des gens que je connaissais revenaient morts, du jour au lendemain.
Le plus désespérant, c’est que ce n’est rien.
Avec le temps, les offensives barbares ne feraient que s’intensifier.
Le Nord avait déjà commencé à s’enliser dans un bourbier.
Un bourbier profond et poisseux, nommé « les barbares ».
Le commandement du Nord trouvera bien une solution, mais…
Je savais que cette solution tournerait au fiasco.
Si « cet incident » se produisait dans une situation pareille…
Je ne voulais même pas y penser.
Je secouai la tête pour chasser ces pensées sinistres, puis appelai mes hommes.
« Vous avez fini de nettoyer ? »
« Oui. Nous avons mis les armes à part et entassé les corps sur le côté. »
« Beau travail. La relève ne devrait pas tarder. Briefez la garde suivante, puis rentrez. Une fois à l’unité, allez vous reposer. »
« Oui ? Et vous, Commandant ? »
« Je dois faire mon rapport à Sieur Berun. »
Il fallait évidemment signaler tout événement inhabituel survenu pendant une garde.
Mais ça fait presque deux semaines que je répète le même rapport tous les jours. Ça commence à devenir pénible.
Mais qu’y pouvais-je ?
Si on me l’ordonnait, je devais le faire.
Un peu plus tard, quand la relève prit son poste et que mes hommes regagnèrent la caserne, j’allai trouver Berun pour lui faire mon rapport.
« C’est Ubel. Puis-je entrer ? »
« Entrez. »
« Sieur ! »
Berun me rendit mon salut et me demanda ce qui m’amenait.
« Hmm, vous venez de rentrer de garde, on dirait. Qu’y a-t-il ? »
« Des barbares ont attaqué pendant notre garde. Je suis venu vous en faire rapport. »
« Il y a encore eu une attaque aujourd’hui ? »
« Oui. Il y avait trop de corps ennemis pour que nous puissions les gérer seuls, alors nous les avons regroupés à un avant-poste, pour le moment. »
Ces derniers temps, Berun souffrait des attaques barbares autant que les autres. Il se frotta le visage et soupira.
« Des pertes ? »
« Aucune. »
« … Beau travail. Je signalerai l’affaire au commandement du Nord. Vous avez repoussé huit raids sans la moindre perte, malgré la récente furie des barbares. Les haut gradés en seront très satisfaits. »
Si les haut gradés étaient satisfaits, une nouvelle récompense était possible. Voilà qui m’arrangeait.
Je réprimai un sourire qui menaçait de me tirer les lèvres et l’écoutai.
« Y a-t-il autre chose d’inhabituel à signaler ? »
« Eh bien… »
J’hésitai un instant à lui parler de l’état des barbares, puis décidai de le faire.
« Les barbares qui nous ont attaqués cette fois étaient anormalement maigres. »
« Maigres ? »
« Oui, comme s’ils n’avaient rien mangé depuis plusieurs jours. »
« Hmm, vraiment ? Je le noterai et le signalerai aux haut gradés. »
Contrairement à moi, qui étais très inquiet, Berun ne manifesta aucune réaction particulière.
C’était compréhensible.
Comme il ignorait qu’une Grande Invasion se préparait, l’état nutritionnel des barbares ne devait pas lui sembler important.
Je sais que c’est la réaction normale, mais…
Je ne pouvais m’empêcher de le trouver calme, voire complaisant.
Au moins, je dois rester sur mes gardes.
Personnellement, j’espérais que rien ne se passerait.
Mais le risque existe toujours. Je ferais mieux de prévoir un plan B, au cas où je ne pourrais pas quitter le front avant la Grande Invasion.
Un commandant devait toujours se préparer au pire. Si quelque chose arrivait, je devais avoir un autre plan, qui ne consistait pas à fuir le front.
*****
Pendant ce temps, comme les raids barbares s’étaient multipliés au cours des dernières semaines, le commandement du Nord convoqua une réunion d’urgence.
Les dirigeants de l’Armée du Nord s’étaient réunis autour d’une grande table ronde, au quartier général.
La silhouette d’âge mûr assise à la tête de la table, Schultz Konrad, commandant en chef du Front de la Frontière du Nord, prit la parole d’une voix grave.
« J’ai appris que les unités avaient subi des pertes considérables à cause des récentes incursions barbares. Existe-t-il une solution ? »
Schultz ayant ouvert la discussion, les officiers d’état-major assis autour de la table donnèrent leur avis à tour de rôle.
« Nous avons envoyé à la capitale une proposition visant à avancer cette année l’interdiction du commerce avec les barbares, par rapport à l’an dernier. »
« Ils survivent grâce à la charité de l’Empire. Si nous coupons le commerce, ils seront forcés de reculer. »
Les commandants froncèrent les sourcils à ces arguments.
« Cela suffira-t-il vraiment ? »
« Les barbares sont de la vermine dont la survie ne nous apporte rien. Si nous les privons de leurs moyens de subsistance, ils ne feront que devenir plus féroces et nous attaquer avec davantage de hargne. »
« Exactement. »
« Aucune raison de les ménager. »
Tous les officiers supérieurs présents à la réunion réclamèrent des mesures sévères contre les barbares.
Ironiquement, c’était là une conséquence de la purge déclenchée par Ubel.
Depuis des générations, la Faction intègre réclamait une réponse ferme face aux barbares, tandis que la Faction corrompue prônait la conciliation ou la modération, maintenant ainsi l’équilibre dans le Nord.
Bien entendu, la Faction corrompue n’adoptait pas cette position parce qu’elle pensait que les barbares étaient des êtres humains comme les autres, dignes qu’on leur tende la main.
À leurs yeux, les hommes qui avaient acheté leur poste avec de l’argent ne faisaient que risquer leur vie en combattant. Et lorsque la capitale décidait de faire des concessions aux barbares, les marchandises transitaient naturellement par les unités, où il était facile de les détourner.
Mais la plupart des membres de la Faction corrompue avaient désormais été chassés.
Quatre-vingts têtes étaient tombées : celles de chefs d’escouade de dix hommes, de commandants d’unités d’une centaine d’hommes et de membres du personnel du quartier général. Une cinquantaine d’autres avaient quitté l’armée.
Qui pouvait encore s’opposer aux arguments de la Faction intègre ?
C’était une locomotive lancée à toute allure, un poulain échappé de ses rênes.
« Et si nous profitions de l’occasion pour régler une bonne fois pour toutes le problème des barbares ? »
« Le régler ? »
« Oui. Nous devrions leur donner une leçon, pour qu’ils n’osent plus jamais convoiter le territoire impérial. »
Un commandant d’unité d’un millier d’hommes, assis près du bout de la table, leva alors prudemment la main. Schultz lui fit signe d’un léger mouvement du menton.
« Si vous avez un autre avis, exprimez-vous librement. »
« … Oui, merci. Il ne fait aucun doute qu’il faut soumettre les barbares, mais un point me préoccupe. »
« Lequel ? »
« Le corps des officiers de l’Armée du Nord est actuellement décimé. »
Le vide laissé dans la chaîne de commandement par la purge.
À cette évocation, tous poussèrent de sourds grognements.
« Hmm… »
« C’est effectivement un problème qu’on ne peut nier. »
« Il serait difficile de mobiliser toutes les forces du Nord. »
« C’est exact. Nous pouvons en déployer trois mille au maximum, peut-être même seulement mille. »
Schultz acquiesça à l’évaluation des officiers d’état-major.
Dommage que nous manquions d’hommes capables.
L’extermination des barbares était le souhait de tous les gens du Nord.
Schultz était né dans le Nord et servait à la Frontière du Nord depuis trente ans. Pendant tout ce temps, il avait tenté d’effacer les barbares de ces terres, mais diverses circonstances l’en avaient empêché.
Après la purge de la Faction corrompue, une occasion s’était enfin présentée.
Et pourtant, je ne peux réaliser ce rêve, faute d’hommes compétents.
Comme si le ciel lui-même était cruel.
Schultz soupira intérieurement. Une idée lui vint alors à l’esprit.
… S’il n’y a pas d’hommes capables, il suffit de les trouver.
En parcourant les rapports reçus, Schultz interrogea son chef d’état-major.
« Chef d’état-major, quelle unité a éliminé le plus de barbares ces derniers temps ? »
« La Troisième unité de soldats-bagnards, l’unité d’une centaine d’hommes de Berun Colter. D’après les rapports, c’est Ubel Graum, chef d’escouade de soldats-bagnards sous ses ordres, qui a éliminé le plus de barbares ces derniers temps. »
« Berun. Si c’est son unité, c’est tout à fait possible. »
Schultz se souvenait de Berun, un simple commandant d’une centaine d’hommes, pour des raisons toutes simples.
D’abord, Berun était un commandant assidu et sincère, digne de servir d’exemple aux autres.
Ensuite, son unité avait permis de purger la Faction corrompue.
Enfin, bien qu’elle fût désormais sur le déclin, la famille Colter avait jadis été une branche cadette éloignée de la famille Konrad.
« Un chef d’escouade de soldats-bagnards nommé Ubel… Ce nom me dit quelque chose. »
« C’est lui qui a découvert l’affaire de traite d’esclaves, il y a quelque temps… »
« Ah, celui-là. »
Schultz se souvenait avoir récemment réduit la période de service d’Ubel pour récompenser ses exploits.
« Pourrais-je revoir le dossier d’Ubel ? »
« Oui. Un instant, je vous prie. »
L’officier d’état-major retrouva le dossier personnel d’Ubel parmi les innombrables documents et le tendit à Schultz.
En parcourant le dossier, Schultz laissa échapper un son grave.
« Hmm. »
« Qu’y a-t-il ? »
« Celui-là a du potentiel. »
Pour un simple soldat-bagnard, ses faits d’armes étaient remarquables.
Il n’est dans le Nord que depuis moins de deux mois, et pourtant il a déjà combattu les barbares plusieurs fois, en éliminant chaque ennemi sans la moindre perte…
Si les rapports avaient été rédigés par quelqu’un d’autre que Berun, Schultz aurait cru à un mensonge ou à une exagération.
Mais Berun ne ferait jamais de faux rapport. Tout est donc vrai.
Un simple chef d’escouade de soldats-bagnards pouvait-il vraiment accomplir de telles choses ?
Même ceux qu’on considérait comme l’élite après leur sortie de l’Académie impériale et leur formation au centre d’instruction de l’Armée impériale trébuchaient souvent et commettaient des erreurs lors de leur première affectation.
Et pourtant, cet homme était un soldat-bagnard. À part sa naissance noble, rien ne le distinguait particulièrement.
Était-ce dû à ce tempérament singulier qui lui avait valu le surnom d’excentrique du Nord ?
Le dossier d’Ubel avait vivement piqué la curiosité de Schultz.
Ce ne serait pas une mauvaise idée de le mettre à l’épreuve.
Schultz décida de profiter de l’occasion pour donner de l’expérience aux soldats et, par la même occasion, repérer des hommes capables.
« Les barbares sont déchaînés. Nous enverrons donc deux unités d’un millier d’hommes pour les soumettre, briser leur élan et empêcher de nouveaux raids. »
« Quelles unités allez-vous mobiliser ? »
À la question des officiers d’état-major, Schultz prit la parole avec un sourire entendu.
« Envoyez l’unité d’un millier d’hommes de Gilbert, issue de l’Armée de gauche, et celle de Kruger, issue de l’Armée de droite. »
La Frontière du Nord était divisée en quatre armées : l’Armée centrale, l’Armée de gauche, l’Armée de droite et l’Armée arrière.
L’Armée centrale et l’Armée arrière comptaient dix mille soldats chacune, tandis que l’Armée de gauche et l’Armée de droite en comptaient cinq mille chacune.
À l’exception de l’Armée centrale, chaque armée avait un commandant de défense à la tête de cinq unités d’un millier d’hommes.
Parmi elles, l’unité d’un millier d’hommes de Gilbert, au sein de l’Armée de gauche, était réputée compter de nombreux soldats-bagnards. La Troisième unité de soldats-bagnards, à laquelle appartenait Ubel, était l’une de ses unités subordonnées.
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