Chapitre 13
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 13 : Une nouvelle arme
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Je m’étais attendu à une récompense, vu le rôle que mon escouade et moi avions joué dans la mission d’escorte, mais elle dépassait de loin tout ce que j’avais imaginé.
« Je l’ai appris de Pellon. Il a dit que sans vous, ils auraient subi un désastre. Le quartier général a vu cette affaire d’un bon œil et a décidé de réduire la durée de service de vous-même et des membres de votre escouade. »
« !!!!!!!!!! »
J’ouvris de grands yeux, sans même m’en rendre compte.
« V-Vraiment ? »
Une réduction de ma durée de service.
Depuis combien de temps espérais-je entendre ces mots ?
Je m’efforçai de calmer mon cœur qui s’emballait et l’écoutai attentivement.
« Félicitations. Plus que deux ans à servir, et vous serez libre. »
On m’avait retiré une année entière de service.
D’après Berun, chaque membre de mon escouade avait également obtenu une réduction de trois mois.
Ils vont sauter de joie en apprenant ça.
Il restait moins d’un an avant la Grande Invasion. Si je continuais à accumuler les mérites, quitter cet endroit avant qu’elle ne commence ne serait plus un rêve inaccessible.
Pourtant, quelque chose cloche.
Dénoncer les sales affaires qui se tramaient dans l’ombre et arrêter les responsables constituait certes un exploit majeur. Mais me retirer une année entière de service pour ça, c’était une récompense excessive.
Le quartier général n’est pas du genre à se montrer aussi généreux.
À mon expression méfiante, Berun répondit par un sourire discret.
« Vous avez l’air perplexe. »
« … Je vous prie de m’excuser. »
« Non, c’est compréhensible. Vous avez reçu une belle récompense sans prévenir. Laissez-moi vous expliquer. »
Il me parla de la situation militaire de l’Empire.
« Je ne sais pas si vous avez entendu les rumeurs, mais l’Armée impériale compte actuellement deux factions. »
Je le savais très bien.
Le conflit entre la Faction intègre et la Faction corrompue était un événement assez important dans le jeu, non ?
Mais ce que Berun ajouta ensuite me surprit.
« La Faction intègre attendait depuis longtemps l’occasion d’éliminer ces salauds de la Faction corrompue, qui rongeaient l’Armée impériale de l’intérieur. Cet incident leur a fourni l’occasion qu’ils espéraient. »
« Cet incident ? »
« Il s’est avéré que les commandants qui collaboraient avec les marchands d’esclaves appartenaient tous à la Faction corrompue. »
En somme, ils s’étaient servis du trafic d’esclaves comme prétexte pour purger les membres de la Faction corrompue qu’ils surveillaient depuis un moment.
Je savais déjà, grâce à l’histoire du jeu, qu’ils seraient purgés, mais…
… C’est beaucoup trop tôt.
Si mes souvenirs étaient bons, la purge avait eu lieu environ trois ou quatre mois avant le début de la Grande Invasion.
Est-ce que le cours de l’histoire a changé à cause de moi ?
Réfléchissons calmement.
D’abord, la mission d’escorte.
Même sans mon intervention, elle aurait réussi sans encombre.
Sinon, Marcus ne serait jamais venu à la Frontière du Nord.
Dans l’histoire originale, Marcus avait servi dans le Nord comme soldat-bagnard jusqu’à la Grande Invasion.
Autrement dit, que j’intervienne ou non, la mission d’escorte se serait achevée avec succès.
Alors, d’où venait cette variable ?
Tandis que je réfléchissais en silence, une idée me vint soudain.
… C’est moi qui ai remarqué le premier que quelque chose clochait et qui ai averti les autres.
Pellon n’avait rien remarqué d’anormal lorsqu’il avait pris le relais auprès de la voiture.
Si je bâtissais une théorie là-dessus…
Pellon aurait accepté la voiture sans rien soupçonner, puis des mercenaires l’auraient attaqué sur le chemin du retour vers son unité. Les soldats réguliers se seraient battus comme des forcenés, auraient vaincu leurs ennemis de justesse et seraient rentrés à la base.
Mais comme Genn avait remis la voiture avant de partir aussitôt, Pellon n’aurait pas découvert qui était impliqué ni jusqu’où s’étendait le réseau.
Maintenant, tout s’explique.
Contrairement à l’histoire originale, où ils avaient passé du temps à retrouver tous ceux qui étaient liés au trafic d’esclaves, j’avais capturé Genn et ses subordonnés. Cela avait précipité les événements.
Attends. Et ensuite ?
Dans le jeu original, tous les membres de la Faction corrompue n’avaient pas été purgés.
Plus de trente pour cent avaient survécu. Pendant la Grande Invasion, ils avaient fui au lieu de combattre les barbares, et certains avaient même pillé eux-mêmes les civils.
Ils avaient pleinement joué leur rôle de vermine rongeant l’Armée impériale de l’intérieur. Mais comme la purge avait eu lieu plus tôt que prévu, la plupart d’entre eux avaient été éliminés. Le cours des événements pouvait changer.
Non, il va forcément changer.
À en juger par la situation dans son ensemble, la Grande Invasion n’allait pas tout bonnement cesser d’avoir lieu.
Mais ils pourront repousser les barbares plus facilement.
Puisque l’histoire que je connaissais avait dévié de sa trajectoire, je devrais désormais établir mes plans avec encore plus de soin.
Voilà pourquoi la récompense était si excessive.
En temps normal, le quartier général n’avait aucune raison de s’intéresser à un simple chef d’escouade de soldats-bagnards.
Mais qu’en était-il si ce soldat-bagnard avait fourni le prétexte pour purger une faction ennemie ?
Dans ma vie précédente, cela revenait à voir un sergent de carrière apporter à l’état-major d’un corps d’armée un registre révélant la corruption et permettre à ses généraux deux étoiles et une étoile de réussir un coup d’État.
En outre, Berun croyait que je comptais faire carrière dans l’armée. S’il avait parlé de moi, il était logique qu’ils me couvrent de récompenses à ce point.
Ils ont dû se dire qu’investir tôt dans quelqu’un qui allait bientôt rejoindre leurs rangs ne leur ferait pas de mal.
Ils seraient probablement horrifiés s’ils apprenaient mes véritables intentions.
Ça m’embête que l’avenir ait dévié de son cours, mais…
Quoi qu’il en soit, le fait que mon nom soit parvenu jusqu’au quartier général était indéniablement une bonne nouvelle.
Le moindre service rendu restait longtemps dans les mémoires.
À l’avenir, chaque fois que le quartier général entendrait mon nom, il se souviendrait de cet incident.
Si j’accumule d’autres mérites, au moins, on ne pourra pas les ignorer ni me les retirer. Je pourrai partir d’ici plus tôt.
Une petite variable était apparue, mais mon plan de quitter le Nord avant la Grande Invasion n’avait pas beaucoup changé.
*****
Après mon entretien privé avec Berun, je retournai à la caserne et annonçai la récompense à mes subordonnés.
« Une réduction de la durée de service ? C-C’est vrai ? »
« Tu crois que je plaisante ? »
Ils se dévisagèrent un instant, bouche bée, puis éclatèrent en acclamations.
« Ouahhh !! »
« Voyons voir, on m’a retiré trois mois. Plus que trois ans à tenir ! »
« Hé. Quoi ? Il te reste encore trois ans ? Moi, j’en ai pour deux ans et dix mois. »
« Tss, tss. Trois ans ou deux ans et dix mois, c’est pratiquement pareil. »
« Et toi, Max, il te reste combien de temps ? »
« Hum. Il ne me reste plus qu’environ un an et huit mois. »
« Waouh… Je t’envie. Moi, j’en ai encore pour longtemps. »
Ren poussa une exclamation admirative, comme un simple soldat qui entendait le temps qu’il restait à servir à un sergent.
« Hé, Marcus, quel dommage pour toi, quand même. »
« ………………… »
Marcus ne faisait pas partie de l’unité au moment des faits et n’avait donc reçu aucune récompense. Il se contenta de garder le silence, le regard envieux posé sur moi et les autres.
Même Marcus enviait une durée de service plus courte.
« Bon, assez plaisanté. C’est l’heure de l’entraînement, alors préparez-vous. »
« Oui, mon commandant !! »
La récompense les avait peut-être motivés. À partir de ce jour-là, les membres de l’escouade s’entraînèrent avec encore plus d’ardeur.
« Ren, ce n’est pas l’heure de te reposer. Recommence à courir ! »
« O-Oui, mon commandant ! »
Comme leurs capacités s’étaient améliorées, je décidai qu’il était temps de commencer l’entraînement aux armes que j’avais repoussé jusque-là.
Naturellement, Marcus en fut l’instructeur. Il maniait la lance et l’épée mieux que la plupart des chevaliers ; enseigner aux autres ne lui posait donc aucun problème.
« Après avoir porté une estocade à votre adversaire, faites pivoter la hampe du poignet en la retirant. Elle ressortira plus facilement. »
« Et si elle reste coincée dans un os ? »
« Raccourcissez votre prise sur la hampe, enfoncez votre épaule dans l’adversaire et tirez de toutes vos forces. »
« Oh. »
Les membres de l’escouade ne cessaient de progresser et comblaient peu à peu leur manque de maîtrise des armes.
À ce rythme, ils finiraient par surpasser la plupart des soldats réguliers au combat.
Ils s’en sortent tous bien.
Alors que je les observais avec un sourire satisfait…
« Hmm ? »
Un groupe passa devant la caserne.
Quoi ? Ce ne sont pas les soldats de Pellon ? Pourquoi ont-ils tous cette tête-là ?
Ils étaient couverts de crasse et de sang.
Ils avaient l’air misérables.
Ils se sont battus contre des barbares ?
J’ignorais ce qui s’était passé, mais ils avançaient en titubant, le visage sale, tout en portant leurs fardeaux. Pris de pitié, je décidai de leur donner un coup de main.
« Monsieur ! Cela faisait un moment, commandant d’escouade Pellon. »
« Ah, Ubel. »
« Vos charges ont l’air lourdes. Laissez-moi vous aider. »
« Ce n’est pas nécessaire… »
« Ha ha, ne faites pas de manières. On s’entraide, non ? »
Avant qu’il puisse m’en empêcher, je lui prêtai main-forte. Il secoua la tête, comme si j’étais impossible à gérer.
« Hmm. Dans ce cas, j’accepte votre aide. »
« Oui, monsieur. Tout ça, ce sont des prises de guerre ? »
Je pris quelques-uns des fardeaux que les soldats portaient ; il acquiesça.
« Nous sommes partis en reconnaissance ce matin, nous avons éliminé des cannibales sur notre route et rapporté tout ça. »
Les cannibales étaient des barbares anthropophages, un peuple que l’Empire haïssait plus que tous les autres.
Ils se sont battus contre les cannibales, réputés pour leur cruauté même parmi les barbares. Pas étonnant qu’ils soient dans cet état.
C’était un miracle qu’il n’y ait pas eu de morts.
Alors que je comprenais la situation et hochais la tête…
« Euh… hein ? »
« Hé, regardez où vous allez ! »
« Merde… On tombe !! »
Trois soldats qui portaient quelque chose enveloppé dans un tissu perdirent l’équilibre et s’écrasèrent au sol.
« Bande d’idiots ! À quoi vous pensiez ? Vous n’avez fait que vous plaindre de la difficulté du trajet, du début à la fin. »
« P-Pardon, monsieur. Mais ce n’est pas juste de nous accuser. »
« C’est vrai. On ne se plaignait pas. Cette hache est juste beaucoup trop lourde. »
Une hache ?
Le mot éveilla mon intérêt.
« Ce qu’il y a dans le tissu, c’est une hache ? »
« Si ça vous intrigue, jetez donc un œil. »
Avec sa permission, je dénouai le tissu et examinai ce qu’il contenait.
Froufrou.
« C’est… »
« Elle appartenait à un jeune guerrier parmi les cannibales que nous avons affrontés tout à l’heure. Ils étaient si forts qu’ils arrivaient à peine à soulever ce truc ridicule. Nous ne les avons abattus qu’avec nos arcs et nos flèches. »
La hache mesurait environ un mètre quarante.
Sa taille seule en imposait, mais sa lame représentait un tiers de sa longueur totale. Elle avait l’air si lourde qu’une personne ordinaire n’aurait pas pu la soulever, même si elle était revenue d’entre les morts.
Et ce n’était pas tout.
La lame était noire, comme si on l’avait trempée dans de l’encre.
Je l’examinai de près. Aucun doute possible.
C’est de la glace noire.
La glace noire était un minerai qu’on ne trouvait qu’au-delà des Monts Elnes, sur les terres barbares. Une fois raffinée, elle dégageait un léger froid et prenait une teinte noire translucide.
Dans le jeu, impossible d’en apercevoir la moindre trace avant le début du commerce avec les barbares. Je n’aurais jamais cru en voir comme ça.
Plus lourde que le fer ordinaire, elle était pourtant deux fois plus résistante. Insensible à la chaleur comme au froid, elle comptait parmi les minerais les plus précieux du jeu.
Il paraît que certaines tribus avaient coutume de fabriquer des armes en glace noire pour leurs guerriers aguerris ou ceux qui promettaient un bel avenir.
Le propriétaire de cette hache devait être un guerrier de cette trempe.
Pellon ne sait pas que cette arme est en glace noire ?
La glace noire était peu connue des Impériaux ; il était donc normal que seuls les marchands ou les forgerons compétents la reconnaissent.
Si je m’y prends bien…
Je n’étais pas du genre à convoiter les biens des autres, mais cette fois, j’en avais envie.
Tandis que je cherchais comment la lui obtenir, une idée assez correcte me vint.
« Commandant d’escouade Pellon, qu’avez-vous l’intention de faire de cette hache ? »
« Elle est trop lourde pour être utilisée telle quelle. Je compte la faire fondre pour en tirer d’autres armes. »
« Quoi ?? »
Faire fondre de la glace noire ?
Vous avez perdu la tête ?
La glace noire nécessitait une méthode de raffinage spéciale. Peut-être à cause de cette particularité, une fois raffinée, la faire fondre de nouveau la transformait en quelque chose de pire que de la ferraille.
Horrifié à l’idée que Pellon transforme un trésor inestimable en déchet, je m’empressai de prendre la parole.
« L’arme semble en bon état. Ce serait dommage de la faire fondre, non ? »
« Qu’est-ce que ça peut faire qu’elle soit en bon état ? Personne ne peut la manier. »
Parfait. Il avait mordu à l’hameçon.
« Et s’il y avait quelqu’un qui en était capable ? »
Il semblait avoir compris ce que je voulais.
« Ha ! Ne me dites pas que vous voulez cette hache ? »
« … Ha ha. C’est juste que ce serait dommage de la faire fondre. »
« Hmm. Maintenant que j’y pense, vous avez manié une hache pendant la mission d’escorte. »
Il se souvenait de m’avoir vu manier une hache pendant la mission d’escorte et m’adressa un sourire entendu.
« Personne dans mon escouade ne se sert d’une hache, et j’avais l’intention de la faire fondre si nécessaire. Si vous arrivez à la soulever tout seul, je vous la donne sans discuter. »
« Allons, commandant d’escouade, vous êtes dur avec lui. »
« Comment voulez-vous que quelqu’un la soulève tout seul ? Même ce barbare arrivait à peine à la balancer en titubant. »
« De toute façon, elle ne vous sert à rien. Donnez-la à Ubel. »
« Vous êtes mesquin. »
Les soldats, qui s’étaient liés d’amitié avec moi pendant la mission d’escorte, huèrent Pellon.
« Taisez-vous, vous autres ! »
Pellon balaya leurs protestations d’un geste et me regarda.
« Alors ? Vous voulez essayer ? »
« Si vous me le proposez, je vais essayer. »
« Je reconnaîtrai que vous la méritez si vous arrivez seulement à la soulever. »
La soulever, et ce serait tout ?
Je ne pouvais pas m’en contenter.
Ce n’est pas comme si c’était un haltère.
Je décidai de profiter de l’occasion pour tester les limites de ma force colossale.
Le visage grave, je saisis le manche de la hache.
Puis…
Ffftt.
Je levai la hache à deux mains.
« Q-Quoi… »
« C’est dingue. Vous arrivez à la soulever tout seul ? »
Pellon et les soldats me regardèrent, bouche bée, comme s’ils n’avaient jamais imaginé que j’y parviendrais vraiment.
Mais je n’en avais pas fini.
Hop !
Ffffft !!
La hache fendit l’air dans un violent souffle de vent.
La puissance qui se dégageait de ma force colossale, conjuguée au poids propre à une arme lourde, était terrifiante.
« … Je n’aurais jamais cru que vous réussiriez vraiment à la soulever. Comme promis, elle est à vous. »
« Merci ! »
Est-ce que j’étais heureux de m’approprier le bien d’un autre sous prétexte d’un pari ?
Évidemment.
Elle n’allait pas finir à la casse, de toute façon ?
Mieux vaut cent fois que je m’en serve plutôt qu’elle soit réduite à de la ferraille.
Bien sûr, j’avais l’intention de rendre la pareille à Pellon dès que l’occasion se présenterait.
Elle est plus lourde que mon ancienne hache, mais sa prise est nettement meilleure.
Ma première véritable arme.
Je voulais lui donner un nom. Lequel choisir ?
D’abord, elle est noire, et c’est une hache.
Ma décision était prise.
Désormais, tu t’appelleras Hache noire.
Les autres se seraient peut-être moqués de mon manque d’imagination, mais rien ne valait la simplicité. Je préférais les noms comme Blanchette ou Jaunette, ceux qui venaient à l’esprit dès qu’on regardait l’objet.
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