Chapitre 11
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ Vétéran du Front du Nord ◈
Chapitre 11 : L’initiation des nouvelles recrues (1)
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Maintenant que Marcus était avec nous, nous n’avions plus rien à faire ici.
« Capitaine du ravitaillement, nous allons rentrer. »
« Ah, vous devez être fatigué après cette mission d’escorte. Allez vous reposer. Je ferai livrer les provisions de la recrue à part. »
« Merci. »
Après avoir remercié le capitaine du ravitaillement, nous regagnâmes notre caserne.
Il s’était passé beaucoup de choses aujourd’hui, alors tout le monde devait être épuisé. Pourtant, ils s’étaient rassemblés dans la clairière devant la caserne, comme s’ils avaient encore quelque chose à faire.
« Hop ! »
« Tout le monde est prêt ? »
« Je passe le premier. »
« Max, montre-nous ce que tu sais faire ! »
« Allez, Max, on compte sur toi. »
Max s’échauffa et s’avança, encouragé par les autres.
La raison de ce rassemblement, c’était l’initiation des nouvelles recrues.
Je n’en savais pas grand-chose, mais Max m’expliqua qu’il s’agissait d’une vieille tradition dans les unités de soldats-bagnards.
Apparemment, c’était une épreuve obligatoire destinée à discipliner les nouvelles recrues.
Quoi qu’il en soit, dans notre escouade, l’initiation consistait en un combat à mains nues. Contrairement à la fois où j’y étais passé, un soldat ordinaire s’était joint à nous cette fois-ci : ils semblaient donc bien décidés à faire les choses dans les règles.
Bon. Mieux vaut instaurer la discipline comme ça que d’avoir des problèmes quand ça comptera vraiment.
Les hommes n’étaient-ils pas censés se souder en échangeant des coups ?
Je n’avais rien contre cette initiation.
Il y avait tout de même un problème.
« Je te laisse attaquer le premier. »
Max agita les doigts en direction de Marcus pour le provoquer.
« … »
« Quoi ? T’as peur ? En même temps, avec une tête pareille, tu dois passer ton temps à séduire les femmes. »
Tressaillement !
Pour la première fois, une veine saillit sur le front de Marcus.
Je comprenais qu’il cherche à créer une ambiance brutale, mais…
Hum, il ne devrait pas faire ça…
Que Max comprît ou non où je voulais en venir, il continua de provoquer Marcus.
« Tss. Quand je t’ai vu tout à l’heure, je me suis dit que tu savais te battre. Mais maintenant, t’as l’air de rien. »
« … »
« T’as au moins ce qu’il faut dans le pantalon ? Hé. Baisse-le, je vais vérifier. »
Le visage de Marcus se figea dans une expression glaçante.
En un éclair, Marcus bondit et lui enfonça le poing dans le ventre.
Crac !
« Gah ! »
Dans un cri étranglé, Max fut projeté à plus de trois mètres. Il roula sur le sol avant de s’immobiliser.
Il ne bougeait plus.
Un seul coup de poing l’avait assommé.
Les autres membres de l’escouade, qui avaient assisté à la scène, laissèrent échapper des exclamations abasourdies.
« Hein ? »
« C-cette scène me rappelle quelque chose… »
Bon sang. Je savais que ça arriverait.
Marcus détestait qu’on l’humilie sur le plan sexuel.
Marcus avait dit que, depuis son enfance, les femmes le harcelaient à cause de sa beauté exceptionnelle. Enfin, je crois que c’était ça.
Et Max venait de le harceler sexuellement sans rien savoir de lui…
Je secouai intérieurement la tête en regardant Max, effondré et bavant de la mousse.
Marcus a vraiment mis toute sa force dans ce coup.
C’était de ça que je parlais.
Une initiation des nouvelles recrues ?
C’était courant ici, donc soit.
Un combat à mains nues pour discipliner une recrue ?
Certes, l’intention était bonne.
Mais comment comptaient-ils s’y prendre, au juste ?
Ils ne s’y mettaient pas tous en même temps. Les membres de l’escouade n’avaient aucune chance de battre Marcus lors d’une série de duels.
Même dans le jeu, Marcus était ce monstre qui serait appelé Dieu de la Guerre, après avoir développé ses talents martiaux et ses capacités de commandement.
Pour Marcus, cette initiation n’était rien de plus qu’une occasion de se mettre en valeur.
Mais je ne pouvais pas non plus laisser les choses en rester là.
Je n’avais aucune animosité envers Marcus.
Mais il était possible qu’un jour, à un moment crucial, Marcus n’obéisse pas à mes ordres. Même si ce n’était pas une question de discipline, je devais gagner son respect.
Et pour gagner ce respect…
Je devais lui faire perdre son élan pendant cette initiation.
Avec des armes, dans un vrai combat, peut-être. Mais je n’étais pas sûr de moi à mains nues.
Je veux dire que je n’étais pas sûr de perdre.
Après la chute de Max, les membres de l’escouade déclarèrent qu’ils allaient le venger et se ruèrent sur Marcus.
Mais…
« A-attends… Urk ! »
Boum !
« Je me rends ! Je me rends… Aah ! »
Boum !
« T-tu as gagné… Gah ! »
Encore furieux de la provocation de Max, Marcus ne leur fit aucun quartier.
« M-moi, j’ai rien fait… Aïe ! »
Marcus mit les membres de l’escouade hors de combat les uns après les autres. Une fois Ren, le dernier, lui aussi assommé, il ne resta plus personne pour l’affronter.
Marcus balaya du regard les membres de l’escouade, inconscients ou à peine capables de tenir debout. Il reprit son souffle, puis me regarda.
« C’est fini. »
Son regard semblait dire : « Ça vous suffit ? »
Je m’y étais attendu, mais le spectacle dépassait tout ce que j’avais imaginé.
Incroyable… Ils sont tous tombés sans réussir à lui porter un seul coup.
Je réprimai un rire amer et me forçai à parler.
« Maintenant que vous avez mis tout le monde au tapis, vous devriez aussi vous mesurer à moi. »
« …Vous voulez dire, à vous, commandant d’escouade ? »
Marcus posa la question d’un ton hésitant.
On aurait dit qu’il trouvait inconvenant de frapper un officier supérieur.
En voyant à quel point Marcus semblait certain de sa victoire, je me braquai.
« Quoi ? Déjà fatigué ? Si c’est le cas, tu peux commencer après avoir encaissé quelques coups. »
À ma légère raillerie, le visage de Marcus se durcit.
« …J’en ai encore sous le pied. »
« Alors, ça marche. »
« C-commandant… »
Max et Martin avaient repris connaissance.
Je claquai la langue en les regardant.
« Tss, tss. Minables. À partir de maintenant, votre entraînement sera doublé. Retenez bien ça. »
« Q-quoi… ? »
Je les laissai derrière moi, l’air d’avoir perdu leur pays, et m’avançai.
Reposez-vous. Je vais vous venger.
Contrairement aux affrontements contre les autres membres de l’escouade, l’atmosphère changea lorsque Marcus et moi nous fîmes face. J’étais l’un des hommes les plus imposants de l’unité, et Marcus n’était pas loin de ma taille.
À première vue, j’avais l’avantage.
Nous faisions à peu près la même taille, mais j’étais plus massif.
Et encore, c’était seulement parce qu’il n’avait pas fini de grandir.
Marcus avait dix-huit ans cette année. D’ici un an ou deux, quand il aurait achevé sa croissance, ses épaules s’élargiraient et il gagnerait encore quelques centimètres.
Bien sûr, même avant d’avoir atteint sa pleine stature, Marcus méritait déjà le nom de monstre.
Ffffft !
Marcus réduisit la distance en un instant et lança un coup de poing vers mon ventre.
Son poing fendit l’air avec une force considérable, mais je l’esquivai sans peine.
En regardant les combats précédents, j’avais remarqué que Marcus visait toujours le ventre avec son premier coup.
Je comprends qu’il veuille neutraliser son adversaire rapidement sans le blesser gravement, mais…
Marcus ne devait pas me sous-estimer.
Quand j’esquivai son coup, le visage de Marcus prit un air grave.
Il avait compris que je ne serais pas un adversaire facile.
Après avoir évalué la distance un instant, Marcus chargea comme un taureau.
On dirait qu’il compte se rapprocher pour transformer ça en bagarre.
Grosse erreur.
Ma force monstrueuse et les techniques de combat acquises dans ma vie antérieure étaient mes meilleures armes.
« Hop ! »
Je stoppai sa charge sans effort, saisis son col d’une main, pivotai des hanches et le plaquai au sol.
Un étrange lancer par-dessus l’épaule.
Un mélange de force anormale et de techniques apprises dans ma vie antérieure.
La vision de Marcus bascula en un instant, et le choc brutal lui arracha un grognement.
« Urgh ! »
Le vrai combat n’avait même pas commencé. Il ne pouvait pas déjà réagir comme ça.
Je saisis aussitôt Marcus, toujours au sol, et tentai une clé de soumission.
Marcus se débattit de toutes ses forces pour me repousser, mais comment un débutant qui n’avait jamais combattu au sol aurait-il pu se débarrasser de moi ?
Tel un serpent aguerri, je m’enroulai autour de Marcus et plaquai mon avant-bras épais contre son cou.
Une guillotine.
Je verrouillai mon bras et resserrai l’étau autour de sa gorge. Pour la première fois, Marcus parut décontenancé.
« Ghhk ! »
Même avec sa maîtrise du mana, il ne pourrait pas se libérer sans me surpasser par sa technique ou sa force brute.
Serre…
Son visage rougit peu à peu. Sentant le danger, Marcus s’acharna à dégager mon bras.
Boum, boum, boum !
Marcus me frappa sur le côté et tira de toutes ses forces sur mon bras, mais c’était inutile.
Il me suffit de serrer plus fort.
Serre !
Comme le surhomme qu’il était devenu après s’être éveillé au mana, Marcus résista plus de trente secondes à mon étranglement de toutes mes forces.
Flop…
À la fin, la force quitta peu à peu son corps et Marcus s’affaissa.
« Ouf… »
Je relâchai la prise et vérifiai son état.
Heureusement, il s’était seulement évanoui.
« Le commandant… »
« Il a gagné ? »
Quand Marcus s’effondra, les membres de l’escouade qui regardaient derrière nous écarquillèrent les yeux.
« Ouais ! »
« Le commandant a gagné ! »
Je répondis à leurs acclamations d’une voix lasse.
« …Arrêtez de faire tout ce boucan et portez-le à la caserne. »
« Oui, monsieur ! »
Je comprenais aussi leur point de vue.
Si j’avais perdu, eux aussi auraient dû surveiller l’humeur de Marcus à partir de maintenant… Ah. Plus important, j’ai un mal de chien.
Le côté où Marcus m’avait frappé me lançait.
J’avais probablement un bleu.
Ce n’était pas tout.
Bon sang ! C’est quoi, cette marque de main ?
En examinant mon avant-bras, j’y distinguai une empreinte de paume bien nette, sans doute laissée par Marcus. Elle prouvait qu’il avait utilisé le mana et s’était battu de toutes ses forces.
Je ris en regardant les membres de l’escouade emporter Marcus.
Je ne pourrais pas refaire ça une deuxième fois.
Non, cette astuce ne marcherait pas une seconde fois.
Avec Marcus, Marcus va analyser cette défaite et chercher un moyen de gagner.
Si nous nous battions de nouveau, je risquais de perdre, mais je m’en fichais.
Une victoire me suffisait. Pourquoi me battre encore avec lui ?
Mon objectif avait été de le calmer et d’instaurer la discipline.
Maintenant que je l’avais atteint, il n’y avait aucune raison de continuer à me battre.
Comme le disait un vieux proverbe, un sage remportait la victoire quand il le pouvait, puis prenait la fuite.
Marcus serait furieux s’il l’entendait.
Mais les paroles d’un perdant n’atteignaient pas le vainqueur.
*****
Pendant ce temps, tandis qu’Ubel achevait l’initiation et s’allongeait dans la caserne, Berun reçut le rapport de Pellon sur le déroulement de la mission d’escorte.
« Ha ! Je trouvais qu’il y avait beaucoup d’incidents pendant les escortes, ces derniers temps. Alors c’était ça ? Ils détournaient des soldats-bagnards pour les vendre comme esclaves ? Quelle horreur… »
Même si les soldats-bagnards étaient des criminels, ils restaient des soldats chargés de défendre les lignes de front de l’Empire.
Les détourner en secret pour les réduire en esclavage, ce n’était pas une affaire à prendre à la légère.
« Je vais moi-même signaler cette affaire au haut commandement. »
À la réception du rapport, Berun le sut instinctivement.
Une tempête est sur le point d’éclater.
La situation actuelle de l’Empire était un véritable chaos.
À l’intérieur de ses frontières, des courtisans corrompus s’emparaient à répétition de charges, de titres et de territoires pour les vendre, afin d’accroître leurs richesses et leur gloire. À l’extérieur, des royaumes et des tribus barbares aux intérêts divergents ne cessaient de provoquer l’Empire.
Si l’Empire était resté à l’abri malgré tout, c’était uniquement parce que sa puissante armée tenait les ennemis étrangers en respect.
Pourtant, quelques années plus tôt, les courtisans corrompus avaient commencé à étendre leur influence jusque dans l’Armée impériale.
Dès que le commandement général l’apprendra, ils dégaineront leurs épées.
À présent, l’Armée impériale était grosso modo divisée en deux factions.
La Faction intègre, dont les commandants avaient obtenu leur poste selon les règles et restaient loyaux à l’Empire, et la Faction corrompue, dont les commandants avaient acheté leur poste en soudoyant des courtisans corrompus.
Berun appartenait à la Faction intègre.
Pour récupérer l’argent dépensé à l’achat de leurs postes, les membres de la Faction corrompue se livraient à toutes sortes de malversations dans l’armée.
La Faction intègre voulait s’en débarrasser, mais trop de gens étaient impliqués, des courtisans corrompus au pouvoir jusqu’aux officiers du commandement général, pour qu’elle puisse agir facilement contre eux.
Et maintenant, nous avons surpris des marchands d’esclaves et des commandants de la Faction corrompue en lien les uns avec les autres…
Ils avaient des circonstances accablantes, des preuves et même des témoins.
La Faction intègre ne laisserait jamais passer une telle occasion.
Avant que les preuves ne puissent être détruites, elle s’emparerait rapidement des meneurs, les relierait à leurs crimes passés et tenterait d’éradiquer la Faction corrompue.
Nous voilà au cœur de la tempête.
Si la Faction modérée purgeait la Faction corrompue, il ne serait pas exagéré de dire que Berun et ses soldats seraient au centre de la purge et à l’origine de son déclenchement.
« Ouf. Nous voilà mêlés à une affaire bien compliquée. »
« Mais vous n’avez pas l’intention de laisser passer ça, n’est-ce pas ? »
« Bien sûr que non. »
Berun n’était pas du genre à assister à une injustice sans rien faire.
« Vous avez tout de même accompli quelque chose de remarquable, cette fois. Si tout se passe bien, vous pourriez même devenir commandant de mille hommes ? »
« Ça… »
À la question enjouée de Berun, Pellon se gratta la tête.
Ils se connaissaient depuis longtemps et, en l’absence de témoins, ils plaisantaient souvent ensemble.
« Quelqu’un comme moi, commandant de mille hommes ? »
« Ce n’est pas un mal de voir grand. »
« Je connais mes limites. Après toutes ces années passées dans les casernes, j’ai fini par savoir à peu près qui pouvait gravir les échelons. Au mieux, je peux devenir commandant d’une centaine d’hommes. Je ne pourrais pas aller plus loin. »
« Hum, vraiment ? Et qui, selon vous, a du potentiel ? »
« Dans le coin, il y a vous, commandant d’une centaine d’hommes. Et… »
Pellon s’interrompit, et Berun lui adressa un sourire malicieux.
« Ubel ? »
« Oui. »
Pellon avait sincèrement cru que Berun ne faisait l’éloge d’Ubel que parce qu’il était issu de la noblesse.
Mais après avoir vu Ubel à l’œuvre au combat, il avait dû changer d’avis.
La façon dont Ubel donnait calmement ses ordres alors qu’il était encerclé par l’ennemi révélait une telle maîtrise qu’il était difficile de croire qu’il venait des rangs des soldats-bagnards.
Si Ubel n’avait pas été là…
La mission d’escorte partie plus tôt dans la journée aurait pu être la dernière de Pellon.
Pellon n’aimait pas les soldats-bagnards.
Non, il serait plus juste de dire qu’il les haïssait.
Quand Pellon venait d’entrer dans l’Armée impériale, un chef d’escouade qu’il respectait et suivait sincèrement avait été tué par un soldat-bagnard déserteur. Depuis, Pellon ne considérait plus les soldats-bagnards comme des êtres humains.
Des gens qui s’enfuyaient dès que leur vie était en danger et n’hésitaient pas à tuer leurs alliés. Voilà ce qu’étaient les soldats-bagnards, aux yeux de Pellon.
Mais Ubel était différent. Même dans une situation défavorable, il avait dirigé ses subordonnés avec responsabilité et démontré ses talents en remportant une victoire décisive.
« Dire que même vous, si exigeant, vous êtes laissé convaincre par Ubel. Il est vraiment impressionnant. »
« Hum. Je ne me suis pas laissé convaincre. J’ai simplement trouvé Ubel utile, pour un soldat-bagnard. »
« Tss. Vous n’êtes même pas capable d’être honnête. Enfin, je rédigerai le rapport militaire officiel exactement comme vous me l’avez décrit. »
« Très bien. »
Pour transmettre le rapport de Pellon au haut commandement, Berun y apposa son sceau.
Le document détaillait les exploits des soldats.
Tout en haut du rapport, à côté du nom de Pellon, figurait celui d’Ubel.
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