Chapitre 7
Londres — 24 décembre 2004
Le silence retomba dans la maison.
Imiko se tenait à quelques pas de Marcus, les poings serrés, le souffle encore irrégulier. Son attaque n’avait servi à rien. L’homme l’avait immobilisé sans difficulté, puis l’avait relâché comme s’il ne représentait pas une menace suffisamment importante pour justifier davantage d’efforts.
C’était humiliant.
Mais ce qui l’agaçait le plus, c’était cette tranquillité. Marcus ne criait pas. Il ne menaçait pas de le frapper. Il ne cherchait même pas à lui faire comprendre qu’il venait de commettre une erreur.
Il le regardait simplement.
Comme s’il attendait quelque chose.
— Arrête de me fixer, lâcha Imiko.
Marcus retourna vers le plan de travail.
— Alors arrête de me donner des raisons de le faire.
Il reprit son couteau et termina de couper les légumes, sans tourner le dos complètement à l’enfant. Ses manches retroussées laissaient apparaître les tatouages qui couvraient ses avant-bras. Dans cette cuisine lumineuse, au milieu des ustensiles soigneusement rangés et des odeurs de nourriture chaude, il avait l’air parfaitement à sa place.
Imiko, lui, n’avait qu’une envie : trouver une sortie.
Il observa discrètement la pièce. La porte derrière lui menait probablement au couloir. Une autre ouverture donnait sur une salle à manger. Il apercevait également une porte vitrée au fond, mais ignorait si elle était verrouillée.
La fenêtre près de l’évier était trop haute pour être franchie facilement.
Marcus remarqua son manège.
— La porte d’entrée est au bout du couloir.
Imiko releva brusquement les yeux.
— Quoi ?
— Tu cherches une sortie depuis que tu t’es réveillé. Je t’indique simplement où elle se trouve.
— Tu crois que je vais te demander la permission de partir ?
— Non.
La réponse désarçonna légèrement Imiko.
Marcus posa le couteau sur la planche et se tourna vers lui.
— Tu peux partir si c’est ce que tu veux.
Imiko plissa les yeux.
— Et tu vas me laisser faire ?
— Je viens de te le dire.
— Pourquoi ?
Cette fois, Marcus ne répondit pas immédiatement.
Il aurait pu lui expliquer qu’il ne comptait pas le retenir contre son gré. Qu’il n’avait aucun intérêt à garder chez lui un enfant qui le détestait déjà. Qu’il avait simplement agi sous l’impulsion du moment, sans réfléchir aux conséquences.
Mais il doutait que ces explications changent quoi que ce soit.
Alors il se contenta de répondre :
— Parce que je ne suis pas ton propriétaire.
Imiko resta immobile.
Il avait appris à se méfier des adultes qui choisissaient soigneusement leurs mots. Ceux qui prétendaient agir pour son bien étaient souvent les premiers à lui rappeler qu’il leur devait quelque chose.
Cette fois, il préférait attendre de découvrir le prix.
— Tu veux quoi en échange ?
Marcus fronça légèrement les sourcils.
— En échange de quoi ?
— Tu m’as emmené chez toi sans me demander mon avis et tu prétends maintenant que je peux partir. Alors, qu’est-ce que tu veux de moi ?
Le ton d’Imiko était sec, presque agressif. Il ne cherchait pas à dissimuler sa méfiance.
Marcus l’observa quelques secondes.
— Rien.
— Mensonge.
— Tu as le droit de le penser.
— Tous les adultes veulent quelque chose.
— Tu as rencontré beaucoup d’adultes, pour en être aussi certain ?
Imiko se raidit.
Le changement fut presque imperceptible : ses épaules se tendirent, son regard se vida de toute curiosité et son visage se referma.
Marcus le remarqua.
Il venait de toucher un sujet qu’il n’aurait pas dû approcher aussi vite.
— Laisse tomber, reprit-il. Je n’ai pas besoin de connaître ta vie pour te donner un repas.
— Alors ne pose pas de questions.
— D’accord.
Marcus retourna à sa préparation.
Imiko attendit.
Il s’attendait à une nouvelle tentative. Une question déguisée. Une remarque sur ses vêtements, son état ou son comportement. Quelque chose qui lui permettrait de comprendre où l’homme voulait en venir.
Rien ne vint.
Le bruit du couteau contre la planche reprit, régulier et presque agaçant.
Imiko finit par détourner le regard.
Quelques minutes plus tard, Marcus déposa une assiette sur la table.
— Assieds-toi.
Imiko ne bougea pas.
Marcus soupira.
— Ce n’était pas un ordre militaire. C’est simplement plus pratique pour manger.
— Je peux manger debout.
— Tu peux aussi manger sur le toit, si ça te chante. Mais la table est là.
Il tira une chaise et s’assit lui-même.
Imiko resta debout encore quelques secondes, comme s’il cherchait à déterminer si la situation cachait un piège. Puis son estomac décida pour lui.
Il s’approcha de la table et s’installa à l’extrémité opposée.
Le repas était simple, mais chaud. Marcus avait préparé de la viande accompagnée de légumes et de pommes de terre. Une assiette de pain se trouvait au milieu de la table, avec une carafe d’eau.
Imiko fixa la nourriture.
— Tu as mis quelque chose dedans ?
Marcus, qui s’apprêtait à se servir, s’arrêta.
Il ne rit pas. Il ne se vexa pas non plus.
— Non.
— Comment je peux le savoir ?
— Tu ne peux pas.
La réponse surprit Imiko davantage qu’une protestation.
Marcus reprit calmement ses couverts.
— Tu peux attendre que je mange si ça te rassure.
Il coupa un morceau de viande et le porta à sa bouche.
Imiko le surveilla attentivement. Il attendit qu’il avale, qu’il reprenne de l’eau, puis qu’il se serve à nouveau.
Ce n’était pas une preuve absolue. Mais c’était déjà quelque chose.
Il commença à manger.
Au départ, il se força à ralentir. Il ne voulait pas donner à cet inconnu une raison supplémentaire de le regarder comme un enfant incapable de se tenir correctement. Pourtant, la faim accumulée au fil des jours reprit rapidement le dessus.
Marcus fit semblant de ne rien remarquer.
Il avait suffisamment vécu pour comprendre qu’un enfant qui mangeait avec cette urgence ne le faisait pas par manque de bonnes manières.
— Tu as un nom ? demanda-t-il finalement.
Les couverts d’Imiko s’immobilisèrent.
— Pourquoi ?
— Parce que je préfère éviter de t’appeler « gamin » pendant toute la soirée.
— Tu peux.
— Je pourrais aussi t’appeler « voleur », mais je suppose que tu n’apprécierais pas davantage.
Imiko leva les yeux vers lui.
— Tu m’as vu voler ?
— Tu as essayé de me faire les poches.
— Tu ne peux pas le prouver.
Marcus esquissa un sourire.
— Je crois que nous pouvons nous passer de ce débat.
Imiko reprit son repas. Il aurait pu refuser de répondre, mais il n’y avait aucun intérêt à cacher un nom qu’il utilisait depuis toujours.
— Imiko.
— Imiko, répéta Marcus.
Il ne demanda pas d’où venait ce prénom. Il ne fit aucune remarque sur sa sonorité et ne chercha pas à savoir s’il s’agissait de son véritable nom.
Il l’accepta simplement.
— Moi, c’est Marcus.
— Je ne t’ai rien demandé.
— J’avais remarqué.
Imiko baissa de nouveau les yeux sur son assiette.
Pour la première fois depuis son réveil, une question lui vint sans qu’il ait besoin de la formuler comme une accusation.
Pourquoi cet homme faisait-il autant d’efforts pour une situation qui ne le concernait pas ?
Il la garda pour lui.
Il n’avait pas envie d’entendre une réponse qui lui déplairait.
Le repas se poursuivit dans un calme relatif.
Marcus mangeait sans se presser. De temps en temps, il jetait un regard vers l’enfant, non pour surveiller chaque mouvement, mais pour vérifier qu’il continuait à manger.
Imiko, lui, observait tout.
La vaisselle. Les meubles. La qualité des vêtements de Marcus. La maison, jusque dans les détails qui lui échappaient encore. Rien ici ne ressemblait aux endroits où il avait passé ses dernières semaines.
Il connaissait la richesse. Il avait grandi au milieu d’elle.
Mais il n’avait jamais eu l’impression qu’elle lui appartenait.
Dans la maison des Wycliffe, chaque objet semblait rappeler à qui il était destiné et qui n’avait pas sa place parmi les autres.
Ici, il ne savait pas encore ce que les choses signifiaient.
— Tu vis seul ? demanda-t-il soudain.
Marcus releva la tête.
— Pourquoi cette question ?
— Je regarde autour de moi. Il n’y a personne.
— Ce n’est pas tout à fait une réponse.
— C’est la seule que tu auras.
Marcus posa ses couverts.
— Oui. Pour ce soir.
Imiko fronça les sourcils.
— Pour ce soir ?
— Ma fille est chez sa mère.
Il n’avait pas prévu de parler d’elle. Pourtant, la question lui avait échappé plus naturellement qu’il ne l’aurait cru.
Imiko sembla réfléchir.
— Tu as une fille ?
— Oui.
— Elle a quel âge ?
— Quatorze ans.
— Alors pourquoi tu es tout seul ?
Marcus laissa échapper un souffle amusé, sans que son expression perde complètement son sérieux.
— Parce que ses parents ne vivent plus ensemble.
Imiko fixa son assiette.
— Tu l’as abandonnée ?
La question tomba sans précaution.
Marcus ne répondit pas tout de suite.
Il aurait pu se défendre. Expliquer qu’il aimait sa fille, qu’il faisait ce qu’il pouvait pour elle, que les circonstances étaient plus compliquées qu’un simple départ. Il aurait pu rappeler qu’il ne l’avait pas abandonnée et que la séparation ne faisait pas de lui un mauvais père.
Mais Imiko ne lui avait pas posé cette question par curiosité.
Il voulait savoir si un adulte pouvait quitter un enfant sans considérer cela comme une faute.
— Non, répondit Marcus. Nous sommes séparés, sa mère et moi. Ce n’est pas la même chose.
— Ça revient au même pour elle.
Marcus resta silencieux.
Cette fois, il n’avait pas de réponse simple.
— Peut-être, dit-il finalement. Parfois, les décisions des adultes compliquent la vie des enfants. Même quand ils pensent faire ce qu’il faut.
Imiko eut un rire bref, dépourvu de joie.
— Les adultes pensent toujours faire ce qu’il faut.
Marcus ne contesta pas.
Le regard de l’enfant s’était éloigné. Il ne semblait plus regarder la table, ni même la pièce. Pendant un instant, quelque chose d’ancien et de profondément amer avait traversé son visage.
Marcus comprit qu’il ne fallait pas insister.
— Je ne prétends pas être un bon père simplement parce que j’ai une fille, dit-il. Je peux faire des erreurs. Mais je ne considère pas qu’elle cesse d’être ma fille parce que je ne vis pas sous le même toit qu’elle.
Imiko serra ses doigts autour de sa fourchette.
— Tu veux que je te félicite ?
— Non.
— Que je te plaigne ?
— Encore moins.
— Alors pourquoi tu me racontes ça ?
Marcus le regarda droit dans les yeux.
— Parce que tu m’as posé une question et que j’y ai répondu.
Imiko ne trouva rien à répliquer.
Il détestait cette façon de parler. Marcus ne cherchait pas à gagner. Il ne semblait pas vouloir avoir raison. Il se contentait de répondre, puis laissait les mots exister sans exiger qu’Imiko les accepte.
C’était déstabilisant.
Il aurait préféré un mensonge évident. Au moins, il aurait su quoi en faire.
Quand les assiettes furent presque vides, Marcus se leva pour débarrasser.
Imiko se redressa immédiatement.
— Je peux le faire.
Marcus s’arrêta.
— Pourquoi ?
— Parce que j’ai mangé.
— Et ?
— Je ne vais pas te laisser faire tout le travail.
Marcus observa l’enfant, puis les assiettes.
— Tu n’es pas obligé de me rendre service pour avoir mangé.
— Je n’ai pas dit que je le faisais pour ça.
Le ton était devenu plus dur.
Marcus comprit qu’il avait commis une erreur, même si elle lui semblait insignifiante. Pour lui, accepter de l’aide ne devait pas créer de dette. Pour Imiko, recevoir quelque chose sans contrepartie paraissait impossible.
Il recula d’un pas.
— Très bien. Tu peux prendre les assiettes.
Imiko les empila soigneusement et les porta jusqu’à l’évier. Il se lava ensuite les mains, sans qu’on le lui demande, puis s’écarta.
Marcus reprit sa place devant le plan de travail.
— Merci.
Imiko tourna brusquement la tête.
— Quoi ?
— Je t’ai dit merci.
— Pour trois assiettes ?
— Oui.
L’enfant le dévisagea comme s’il venait de prononcer une absurdité.
Puis il retourna dans la salle à manger.
Marcus ne le suivit pas immédiatement.
Il commençait à comprendre que les gestes les plus ordinaires pouvaient prendre une signification particulière pour ce garçon. Une assiette offerte pouvait devenir une dette. Une question pouvait ressembler à un interrogatoire. Une main tendue pouvait annoncer une punition.
Il ignorait ce qui lui était arrivé.
Il savait seulement qu’Imiko s’attendait systématiquement au pire.
Et cette certitude, chez un enfant de dix ans, lui déplaisait profondément.
Un peu plus tard, Marcus guida Imiko vers le salon.
Un feu brûlait dans la cheminée. La pièce était vaste, meublée de fauteuils sombres et d’une bibliothèque imposante. Une grande horloge marquait le passage des secondes dans un coin.
Imiko s’arrêta près de l’entrée.
— Je peux partir maintenant ?
Marcus regarda l’horloge.
— Tu peux.
— Alors pourquoi tu m’as fait venir ici ?
— Parce que tu étais en train de manger dans ma cuisine et que je pensais que tu apprécierais un endroit où t’asseoir sans rester devant une assiette.
— Je n’ai pas besoin de ton salon.
— Je m’en doutais.
Imiko croisa les bras.
— Tu ne vas vraiment rien me demander ?
Marcus s’appuya contre le dossier d’un fauteuil.
— Si. Une chose.
Le visage de l’enfant se ferma aussitôt.
— Je le savais.
— Tu peux me laisser terminer avant de décider que je suis un monstre ?
— Non.
Marcus eut un petit mouvement de tête, comme s’il reconnaissait la difficulté de la tâche.
— Très bien. Je vais faire court. Si tu décides de rester cette nuit, tu peux dormir dans la chambre où tu t’es réveillé. Tu auras un lit, de quoi te laver et un petit-déjeuner demain matin.
Imiko ne bougea pas.
— Et en échange ?
— Rien.
— Arrête de dire ça.
— Tu préfères que je t’invente une dette ?
— Je préfère que tu me dises ce que tu veux vraiment.
Marcus réfléchit un instant.
— Je veux que tu ne passes pas la nuit dehors si tu as la possibilité de l’éviter.
Imiko sentit sa mâchoire se contracter.
— Tu ne me connais pas.
— C’est vrai.
— Tu ne sais rien de moi.
— C’est vrai aussi.
— Alors ne fais pas comme si tu pouvais décider de ce qui est bon pour moi.
Marcus redressa légèrement la tête.
— Je ne décide pas de ce qui est bon pour toi. Je te propose un endroit où dormir. La décision de rester t’appartient.
— Et si je pars ?
— Je ne te poursuivrai pas dans la rue.
Imiko chercha le mensonge dans son regard.
Il ne trouva rien de certain.
C’était précisément ce qui le rendait méfiant.
— Tu fais ça parce que c’est Noël ? demanda-t-il.
Marcus regarda le feu.
— En partie.
— C’est stupide.
— Peut-être.
— Tu ne peux pas sauver tous les enfants qui volent dans la rue.
— Je n’en ai jamais eu l’intention.
— Alors pourquoi moi ?
La question resta suspendue entre eux.
Marcus ne répondit pas tout de suite. Il revit brièvement la foule, les lumières des vitrines, la silhouette trop maigre qui avait tenté de lui faire les poches. Il revit surtout le visage d’Imiko lorsqu’il l’avait attrapé : pas celui d’un enfant surpris en faute, mais celui de quelqu’un qui avait déjà décidé qu’il n’y aurait aucune issue favorable.
Et il pensa à sa fille.
À ses quatorze ans, à son absence ce soir-là, à la facilité avec laquelle il aurait pu passer la soirée à considérer cette séparation comme une simple organisation familiale.
— Parce que je t’ai vu, finit-il par répondre. Tu étais là, et tu avais faim. Je pouvais faire quelque chose. Alors je l’ai fait.
Imiko le fixa.
— C’est tout ?
— C’est tout.
— Tu es vraiment idiot.
Marcus haussa les épaules.
— On me l’a déjà dit.
Cette fois, Imiko ne répondit pas.
Il détourna les yeux, contrarié de ne pas parvenir à classer cet homme dans une catégorie qu’il connaissait. Marcus n’était ni assez agressif pour être une menace évidente, ni assez insistant pour correspondre aux adultes qui exigeaient de lui une obéissance immédiate.
Il restait pourtant un inconnu.
Et les inconnus étaient dangereux.
— Je ne vais pas rester longtemps, prévint-il.
— Je ne t’ai pas demandé de rester longtemps.
— Je partirai demain.
— Si c’est ce que tu veux.
Imiko serra les poings.
— Tu pourrais au moins essayer de me convaincre.
Marcus le regarda avec étonnement.
— Tu viens de me reprocher de vouloir décider à ta place.
L’enfant resta muet.
Puis, furieux contre lui-même, il se dirigea vers le couloir.
— Montre-moi où je peux dormir.
Marcus ne sourit pas. Il ne fit aucun commentaire sur cette décision, pas même une remarque qui aurait pu être interprétée comme une victoire.
Il se contenta de le conduire jusqu’à la chambre.
Sur le seuil, Imiko s’arrêta.
La pièce était exactement comme il l’avait laissée en se réveillant : le grand lit, les rideaux épais, la commode, la lampe près du fauteuil. Ses affaires étaient posées sur une chaise.
Il les regarda longuement.
Marcus s’en aperçut.
— J’ai laissé ce que tu avais avec toi au même endroit.
— Tu as fouillé mes poches ?
— J’ai vérifié que tu n’avais rien qui puisse te blesser pendant que tu étais inconscient. Je n’ai rien gardé.
Imiko se tourna vers lui, les yeux froids.
— Ne touche plus à mes affaires.
— D’accord.
— Et ne rentre pas ici quand je dors.
— D’accord.
— Je ferme la porte.
— C’est une porte. Tu peux la fermer.
Imiko détesta presque autant cette réponse que les précédentes.
Marcus s’apprêtait à repartir lorsqu’il ajouta :
— La salle de bains est au bout du couloir. Il y a des serviettes propres dans le placard. Si tu as besoin de quelque chose, tu peux me le demander.
— Je ne demanderai rien.
— C’est ton choix.
Marcus s’éloigna.
Imiko attendit que ses pas disparaissent avant de fermer la porte.
Il resta quelques secondes à écouter.
Aucun bruit de serrure. Aucun verrou tiré de l’extérieur.
Il vérifia la poignée, ouvrit la porte de quelques centimètres, puis la referma.
Il pouvait sortir.
Cette constatation aurait dû le rassurer.
Elle ne fit qu’ajouter une nouvelle question à toutes les autres.
Pourquoi lui laisser autant de liberté si cet homme avait pris la peine de le ramener ici ? Pourquoi lui donner à manger sans exiger quoi que ce soit ? Pourquoi lui parler de sa fille, de sa séparation, de décisions difficiles, comme s’ils étaient deux personnes ordinaires partageant une conversation ordinaire ?
Imiko n’avait pas de réponse.
Il retira ses chaussures et s’assit au bord du lit. Le matelas s’enfonça sous son poids, trop confortable pour qu’il s’y sente immédiatement à l’aise.
Il n’avait pas l’habitude de dormir dans un endroit où il n’avait pas besoin de garder un œil ouvert.
Il posa ses chaussures près de la chaise, assez proches pour pouvoir les récupérer rapidement. Il conserva ses vêtements. Puis il s’allongea sur le dessus de la couverture, sans éteindre la lampe.
Il ne faisait pas confiance à Marcus