Chapitre 94
Chapitre 94 : Chapitre
Pour la première fois de sa vie, Maxi joua aux dés, but de la bière éventée en regardant des artistes de rue et goûta une tourte à la pâte fine dont la garniture lui était inconnue. Le ventre plein de toutes sortes de mets nouveaux, la princesse la persuada de participer à un concours de lancer de perche.
« Tenez la perche par son extrémité pour la lancer plus loin. Saisissez-la ici et imaginez que vous la projetez très haut », expliqua la princesse Agnes.
La princesse avait déjà lancé sa perche sans le moindre effort et obtenu un excellent score.
Maxi grimpa maladroitement sur l’estrade et déglutit. À quelques pas, Riftan l’observait, les bras croisés. Si elle réussissait, cela suffirait peut-être à apaiser un peu son inquiétude excessive.
Le visage résolu, Maxi lança la longue perche de toutes ses forces. Pourtant, non seulement elle n’atteignit aucun des drapeaux, mais elle ne parcourut même pas cinq kevette — environ un mètre et demi — avant de retomber au sol dans un fracas. Maxi sentit ses joues s’embraser. Le garçon de douze ans qui avait participé juste avant elle avait fait mieux.
« Mademoiselle ! Il faut lancer la perche vers le haut ! »
Un homme à la barbe broussailleuse éclata de rire et lui tendit de nouveau la perche. Maxi aurait voulu descendre de l’estrade, mais elle avait l’impression qu’elle deviendrait la risée de tous si elle s’enfuyait. Elle ferma les yeux et lança la perche de toutes ses forces. Cette fois, elle s’éleva assez haut et atteignit le deuxième drapeau.
Le visage rougi, Maxi se tourna vers Riftan. Son exaltation s’évapora lorsqu’elle aperçut deux femmes vêtues avec élégance qui se déhanchaient avec coquetterie autour de Riftan et de Sir Elliot.
L’une d’elles tendit la main pour s’accrocher au bras de Riftan, et Maxi sentit une colère brûlante la traverser. Elle descendit de l’estrade et marcha droit vers elles.
« R-Riftan ! »
Riftan se tenait là, les bras croisés et les sourcils froncés. Il tourna vivement la tête vers Maxi quand elle l’appela. Quatre paires d’yeux se braquèrent en même temps sur elle. Maxi perdit un instant courage, mais reprit vite un air déterminé et se glissa entre eux.
Elle lança un regard sévère aux femmes. « Vous avez quelque chose à voir… avec mon mari ? »
« Oh là là ! Alors, vous êtes venue profiter de la fête avec votre épouse. »
Les femmes gloussèrent en battant des mains, sans la moindre gêne. L’odeur âcre de l’alcool assaillit Maxi, qui fronça les sourcils et recula d’un pas. Telles des chattes tournant autour d’un poisson, les femmes souriaient et poursuivaient leurs avances.
« Quel bel homme vous avez là. Je vous envie. »
« C’est vrai ! Pourquoi ne nous le prêteriez-vous pas un moment ? Entre femmes, il faut savoir partager les beaux hommes, vous savez. »
Cette demande effrontée fit blêmir Maxi. On lui avait appris que la bienséance était une vertu chez une dame ; voir ces femmes, ivres, faire ouvertement des avances à un homme marié lui était incompréhensible.
Elle avait l’impression qu’elles étaient tombées dans le piège d’une tentatrice tout droit sortie des enfers. Un frisson lui parcourut l’échine et elle s’agrippa au bras de Riftan.
« N-non, je ne vous le prêterai pas ! »
« Oh, vous voulez le garder rien que pour vous ? »
« Nous voulons seulement vous l’emprunter un petit moment. »
« Hors de question ! »
Au bord des larmes, Maxi leva les yeux vers Riftan, le suppliant d’intervenir. Il était resté raide comme un roc. À son appel silencieux, il cligna des yeux comme s’il reprenait ses esprits, puis se frotta vigoureusement le visage. Une rougeur lui monta le long du cou, hâlé et magnifique.
« Euh… enfin… » balbutia Riftan en détournant le regard. « Vous l’avez entendue… Elle ne veut pas me prêter. »
Maxi le fixa. Elle n’en croyait pas ses oreilles : c’était tout ce qu’il avait trouvé à dire ? Elle entendit alors un éclat de rire.
« Oh, c’est incroyable ! Qui pourrait le croire ? Le grand Mago qui ne trouve plus ses mots… »
La princesse Agnes, qui avait suivi Maxi, était pliée en deux. Son rire était si sonore qu’il sembla tirer les femmes de leur torpeur avinée.
« Hmm, quel dommage. Enfin, on trouve un bel homme, et il est déjà pris par deux… »
L’une des femmes, qui dévisageait la princesse d’un air hagard, sembla se désintéresser de la scène et recula.
« Tant pis, j’imagine. Et si on allait boire encore un peu là-bas ? »
Après avoir poussé des soupirs déçus, les femmes agitèrent les doigts et s’apprêtèrent à partir.
« Ravie de vous avoir rencontrés. Si jamais vous cherchez à vous amuser, venez nous retrouver à l’auberge Rhedyn. »
Les femmes s’éloignèrent d’un pas nonchalant, telles des chattes balançant la queue. Maxi plissa les yeux et les suivit du regard. Comment pouvaient-elles tenter avec autant d’audace de séduire un homme marié ? Elle fronçait toujours les sourcils quand la princesse Agnes, qui riait encore à s’en tenir les côtes, tituba jusqu’à elle.
« Il faut leur reconnaître ça… Peu de gens auraient l’audace d’aborder cet homme. »
La princesse essuya ses larmes, puis se hissa sur la pointe des pieds pour rabattre la capuche de la robe de Riftan sur sa tête.
« C’est toi qui devrais te cacher le visage, pas nous. Je dois dire que je suis surprise, Riftan. Je ne te croyais pas du genre à flirter avec d’autres femmes sous les yeux de ton épouse. »
« Qui accuses-tu de flirter ? » aboya Riftan. Puis il se tourna vers Maxi. « J’essayais de les faire partir, mais elles se sont montrées plus tenaces que je ne le pensais… »
Maxi lui jeta un regard méfiant. « On n’aurait pas… d-dit que vous essayiez de vous en débarrasser. »
Le visage de Riftan prit une expression indéchiffrable à cette réponse brusque. Il avait l’air à la fois penaud et heureux. Maxi le fusilla du regard. Le sourire qui tira soudain ses lèvres la mit en colère.
Elle lui tourna le dos et saisit la princesse par le bras. « Votre Altesse et moi n’avons pas encore fini de profiter de la fête… alors vous devriez aller vous amuser aussi, Riftan. »
Sur ces mots, elle s’éloigna à la hâte avec la princesse, avant que Riftan ait le temps de répondre. La princesse Agnes gloussa et se laissa entraîner.
« Excellente idée, Maximilian. Amusons-nous sans eux », dit-elle en filant devant Maxi comme le vent.
Elles laissèrent les hommes décontenancés derrière elles et coururent droit vers les prairies verdoyantes où résonnait la musique. De jeunes femmes coiffées de couronnes de fleurs dansaient sur les pentes, leurs longues ceintures se balançant au rythme de leurs mouvements. Sans hésiter, Agnes prit Maxi par la main.
« Dansons, nous aussi ! »
Avant même de s’en rendre compte, Maxi fut entraînée dans la foule. Main dans la main avec la princesse, elle se mit à tourner sur elle-même. Leurs mouvements ressemblaient davantage à des sauts qu’à une danse, mais, au milieu de cette prairie où chacun s’agitait en harmonie avec la musique, leur danse frivole ne détonnait pas. Bientôt, Maxi se retrouva à suivre les femmes qui tournoyaient autour du champ.
La musique entraînante qui emplissait l’air manquait de raffinement et n’avait rien à voir avec les airs sophistiqués des bals donnés au Château de Croyso. Les mouvements des femmes s’accélérèrent.
La mélodie rythmée de la vielle et les notes délicates du luth se mêlaient au vent pour composer un air ravissant. Le joyeux battement du tambour, la flûte et le son puissant des cornemuses s’entrelacaient à leur tour.
Maxi se sentit pareille à un roseau qui se balançait dans le vent. Emportée par le rythme enivrant, elle éprouva pour la première fois de sa vie ce que c’était que de danser en se laissant complètement aller.
Les femmes riaient en frappant leurs tambourins, tandis que les spectateurs battaient la mesure du pied. Bientôt, la voix claire du joueur de luth s’éleva au-dessus de la musique.
Le chevalier rassemble les morceaux
De son corps brisé
Et s’élève vers les cieux
Son chêne bien-aimé
…
Seule, au sommet d’une colline,
Elle agite ses branches frêles dans le vent
Ô mon amour, mon bien-aimé,
Quand la neige aura fondu,
Je déchirerai mon corps
Et, avec mes jeunes feuilles,
Je te chanterai une chanson
Comme j’aimerais que le vent
Porte ma voix jusqu’à toi
Maxi connaissait cette chanson, elle aussi. Elle racontait l’histoire du chevalier légendaire, Wigrew, et de la nymphe qui l’avait aimé.
Les jeunes filles couronnées de fleurs se mirent à tournoyer plus vite autour du champ et entonnèrent à leur tour les paroles pleines de nostalgie, si étrangement accordées à leur joyeuse mélodie. Grisées d’une agréable ivresse, Maxi rit à en trembler de tout son corps. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois où elle avait ri ainsi.
…
Son cœur battait fort au rythme du tambour et son sang circulait si vite dans ses veines qu’elle sentit longtemps son pouls battre jusqu’au bout de ses doigts. Elle se sentait libre. Qui aurait cru qu’elle prendrait autant de plaisir à déplier son corps perpétuellement voûté sous le soleil et à le faire bouger comme bon lui semblait ?
« Maxi. »
Sentant une main lui saisir le bras, Maxi leva les yeux, le visage écarlate. Riftan, toujours la capuche sur la tête, la regardait de ses yeux brûlants.
Elle frissonna en voyant le désir intense gravé sur son visage tendu. Riftan la tira par le bras et l’entraîna hors de la foule. La princesse, trop occupée à profiter de la fête avec les autres femmes, ne leur prêtait aucune attention.
À bout de souffle, Maxi tenta de reprendre sa respiration tout en le suivant. La musique et les voix enthousiastes lui parvenaient à présent de loin.
freewebnovel.com
La main de Riftan caressant sa taille, il jeta un regard autour d’eux pour vérifier qu’ils étaient à l’abri des regards. Maxi sentait le désir pressant qui s’était emparé de lui. Son corps s’échauffa et devint sensible, comme s’il ne demandait qu’à être touché par lui.
C’était une excitation irrésistible qu’elle n’avait jamais connue. Même la colère qui l’avait envahie peu auparavant semblait attiser son désir.
« R-Riftan… »
« Viens. »
Il l’entraîna dans un endroit à l’écart et l’embrassa avec violence, comme un homme à bout de forces. Quand leurs lèvres se séparèrent, son souffle brûlant effleura les lèvres gonflées de Maxi et la troubla. Ce n’était pas assez. Au contraire, son baiser ne fit qu’attiser sa soif, comme si elle venait d’avaler de l’eau salée. Dans un gémissement étranglé, Riftan la plaqua contre un grand arbre.
Le dos contre l’écorce rugueuse, Maxi passa les bras autour du cou de Riftan. Leurs lèvres humides se joignirent et sa langue chaude et souple explora sa bouche avec une lenteur taquine.
Le plaisir intense lui arracha un gémissement tandis qu’elle caressait les muscles lisses et palpitants de son cou. Sa langue s’enfonça plus profondément dans sa bouche et effleura ses zones les plus sensibles. Elle ne voulait pas que leurs lèvres se séparent, pas même pour reprendre son souffle.
« R-Riftan… »
Elle avait retenu son souffle si longtemps que ses poumons semblaient sur le point d’éclater. Riftan lui empoigna les fesses par-dessus sa robe légère et la plaqua contre lui. Maxi frissonna pitoyablement tandis que son corps dur comme la pierre pressait le sien. Elle n’en revenait pas qu’ils se livrent à une telle chose en plein jour, qui plus est dans un lieu public, alors que la foule s’agitait à quelques pas.
Peut-être n’avait-elle plus toute sa raison. Au lieu de l’arrêter, elle se surprit à tirer sur sa tunique et à caresser les muscles fermes de son torse.
Tel un chien enragé, Riftan couvrit son cou de baisers tout en abaissant le haut de sa robe. Il glissa une main sous ses vêtements. Un gémissement fiévreux lui échappa quand elle sentit ses doigts chauds et calleux taquiner la zone sensible de son sein.
Dévorée par le désir, Maxi enfouit son visage dans l’épaule de Riftan.
Riftan pressa son érection contre son ventre et pétrit habilement son sein. Des éclairs lui traversèrent le corps et un feu primitif s’alluma au plus profond d’elle.
Haletante, Maxi tordit les jambes. Son corps réclamait qu’il la pénètre. Quand elle tira frénétiquement sur sa robe, avide de davantage, il tressaillit comme si une décharge l’avait traversé. Il releva l’ourlet de sa jupe. À cet instant précis, une forte détonation retentit dans le ciel.