Chapitre 85
Chapitre 85 : Chapitre
Riftan étudia son visage comme s’il cherchait à s’assurer de quelque chose.
« Mais ça ne veut pas dire que tu as envie de coucher avec lui, n’est-ce pas ? » lança-t-il sèchement.
« B-Bien sûr que non ! »
Que Riftan évoque seulement cette idée la vexa. Maxi fronça les sourcils. Était-il encore contrarié qu’elle passe du temps avec Ruth ?
Sentant la colère monter, Maxi protesta : « J-Je… vous jure que je n’ai… jamais nourri… de pensées aussi immorales ! Et… Ruth ne trahirait j-jamais votre confiance… »
« Je sais. Je veux seulement t’expliquer ce qu’il en est entre la princesse et moi. Je ne la déteste pas… En fait, je dirais même que j’ai une bonne opinion d’elle. Mais je n’ai jamais eu envie de l’embrasser. »
Riftan murmura d’une voix grave, tout en lui suçotant doucement la lèvre. Le contact de sa barbe naissante contre son visage était agréable.
« Ce que je ressens pour toi est différent. »
« Qu’est-ce que… vous ressentez… pour moi ? »
Le cœur battant, Maxi leva les yeux vers son visage viril. Ils n’avaient en commun que leur lit, et ce minuscule pan de sa vie était la seule chose qu’elle pouvait revendiquer comme sienne.
Riftan la regarda, puis l’attira contre sa poitrine. Elle entendit sa voix au-dessus de sa tête.
« Tu es ma seule famille », soupira-t-il.
Elle ne s’était pas attendue à cela. Le cœur de Maxi se serra. Retenant son souffle, elle répéta ses paroles en silence. Sa famille. Elle n’avait jamais considéré Riftan comme un membre de sa famille, mais il avait raison : ils en formaient une. Il était son mari, et elle était sa femme. Maxi sentit une boule se former dans sa gorge.
Son silence sembla troubler Riftan, qui posa la main sur son ventre.
« Même si nous serions trois si tu me donnais un enfant », ajouta-t-il d’un ton amusé en lui caressant le ventre.
« V-Vous… voulez un enfant ? »
« Ce serait bien. Un petit bout avec des cheveux roux et de grands yeux gris qui ramperait partout. Qu’est-ce qu’on pourrait ne pas aimer ? »
« J-Je… voudrais que notre enfant… ait les cheveux noirs », murmura Maxi, la gorge serrée par l’émotion.
Il lui suffisait d’imaginer un bébé qui ressemblait à Riftan pour être comblée de joie.
Notre enfant.
Depuis son arrivée à Anatol, elle avait été bien trop occupée pour seulement penser aux enfants. Mais maintenant qu’elle y songeait, il était temps qu’ils en aient un.
Les yeux ensommeillés de Maxi brillèrent. Elle s’imagina tenir un bébé tout doux dans ses bras et respirer son odeur de lait, tandis qu’elle passait les doigts dans sa chevelure noire et épaisse. Que ressentirait-elle en le sentant téter, ses petites lèvres roses et potelées contre elle ? Et quelle joie ce serait de le voir accourir en l’appelant maman ! Cette perspective fit battre le cœur de Maxi. Puis une pensée soudaine vint interrompre sa rêverie.
Cela faisait presque six mois qu’elle était arrivée à Anatol. N’était-il pas étrange qu’elle ne soit toujours pas enceinte ? Sa nourrice lui avait dit que ses saignements cesseraient lorsqu’elle serait enceinte. Si c’était le cas, n’auraient-ils pas déjà dû s’arrêter ? Riftan s’était absenté quelques fois, certes, mais ils n’avaient pas négligé leurs devoirs conjugaux.
En se rappelant combien sa propre mère avait eu du mal à concevoir, Maxi s’inquiéta.
« Dormons. »
Riftan tendit le bras pour éteindre la lampe, puis remonta la couverture jusqu’au menton de Maxi. Elle se blottit contre lui, tout chaud, et chassa ce terrible pressentiment. Il était encore trop tôt pour s’inquiéter ainsi. Certains couples devaient essayer pendant des années avant de parvenir à concevoir un enfant. Elle était certaine qu’en patientant… elle pourrait lui annoncer la bonne nouvelle.
***
Le lendemain, Maxi se réveilla une nouvelle fois seule dans la chambre baignée de soleil. Les yeux encore lourds de sommeil, elle jeta un regard à la place vide à côté d’elle, puis soupira en se redressant. La ponctualité de Riftan était stupéfiante.
Le moral en berne, Maxi sortit du lit et s’habilla. Elle comptait s’occuper des tâches qu’elle n’avait pas pu accomplir à cause de son excursion avec la princesse. Elle devait notamment vérifier l’avancement des travaux d’aménagement des jardins et s’assurer que les invités ne manquaient de rien.
C’était encore une journée ordinaire et bien remplie, mais Maxi se sentait plus légère. Elle sourit en repensant aux bras chaleureux de Riftan qui l’avaient tenue toute la nuit. C’était rassurant de savoir que sa passion pour elle ne s’était pas éteinte.
Quand Maxi sortit de ses appartements, les servantes qui nettoyaient les fenêtres s’inclinèrent devant elle en lui adressant de grands sourires.
« Bonjour, madame. »
« Avez-vous bien dormi, madame ? »
« Oui. Les invités… ont-ils passé une bonne nuit ? »
« Oui, madame. Tous nous ont dit avoir bien dormi. À l’exception de la princesse, ils se reposent tous dans leurs chambres. »
« Et Son Altesse ? »
« Son Altesse est partie très tôt ce matin au terrain d’entraînement des chevaliers avec Monseigneur. »
« Avec… Monseigneur ? »
Voyant son visage se décomposer, une servante perspicace s’empressa d’ajouter : « Les chevaliers royaux les accompagnaient aussi, madame. J’ai entendu dire qu’ils allaient assister à l’entraînement des sentinelles. »
« J-Je vois. »
Gênée que la servante ait deviné son dépit, Maxi se détourna rapidement. Riftan lui avait clairement fait comprendre la veille qu’il ne ressentait rien pour la princesse. Pourtant, savoir qu’il était en ce moment même avec la princesse Agnes la troublait. Avait-elle toujours été aussi jalouse ?
Maxi dévala les escaliers en se frottant le visage rougi. Son inquiétude persista tandis qu’elle inspectait les jardins avec Rodrigo.
Ce n’était pas comme si son mari était allé retrouver une autre femme en secret. Alors pourquoi avait-elle l’impression d’être acculée ? Maxi se mit à arpenter le jardin. Enfin, incapable de supporter davantage cette anxiété, elle prit la direction du terrain d’entraînement. Sa présence risquait de les gêner, mais elle ne pensait pas retrouver son calme sans les rejoindre.
Gardant cette idée en tête, elle franchit rapidement le portail. C’est alors qu’un cri retentit ; elle baissa les yeux depuis l’entrée.
Les chevaliers devaient participer à un entraînement spécial, car ils étaient plus nombreux que d’habitude sur le terrain. La princesse Agnes et ses suivantes se tenaient à l’écart, et Maxi aperçut les écuyers parmi le groupe à l’autre bout.
Tous les regards étaient tournés vers les deux chevaliers qui s’avançaient vers l’aire de combat. Maxi ouvrit de grands yeux. Ils portaient tous deux un casque, mais elle reconnut aussitôt Riftan.
Riftan va se battre contre ce chevalier ? Mais pourquoi ?
Les deux chevaliers dégainèrent leurs épées. À son armure, il était évident que l’adversaire de Riftan faisait partie des chevaliers royaux de la princesse. Un conflit avait-il éclaté entre Riftan et les invités ?
Le chevalier royal chargea soudain Riftan à une vitesse incroyable pour un homme en armure. On aurait dit une boule de plomb lancée à travers les airs.
Maxi poussa un cri et recula en chancelant, mais sa voix fut couverte par le fracas tonitruant des épées.
Riftan dévia la lame de son adversaire comme un éclair. Le chevalier royal abattit aussitôt son épée de nouveau. Leurs lames s’entrechoquèrent à une vitesse supérieure au battement d’ailes d’un colibri, et le vacarme assourdissant résonna sur tout le terrain.
Maxi regarda la scène, stupéfaite et muette. Les deux chevaliers s’attaquaient avec une telle violence que leurs pieds s’enfonçaient dans le sol, soulevant autour d’eux une poussière semblable à du brouillard.
Le duel était si intense qu’il était étonnant qu’aucun des deux n’ait encore tranché l’autre en deux. Incapable de supporter plus longtemps cette scène terrifiante, Maxi détourna les yeux et aperçut Sir Elliot. Il s’approchait d’elle, l’air inquiet.
…
« Vous allez bien, madame ? »
« S-Sir Elliot… »
Instinctivement, Maxi s’agrippa à sa cape.
« Q-Que se passe-t-il, au juste ? P-Pourquoi Riftan… »
« Rassurez-vous, madame, ils ne font que s’entraîner l’un contre l’autre. »
Elle le regarda, incrédule. « S-S’entraîner ? »
Elle entendait toujours le fracas tonitruant de leurs épées derrière elle.
« C-Comment peut-on appeler ça un entraînement ? Et s’ils se blessaient ? » 𝒇𝘳𝐞𝚎𝓌𝑒𝑏𝒏𝑜𝙫ℯl.c𝚘𝒎
« Je ne sais pas pour le chevalier royal, mais le commandant ne fait que ménager son adversaire. »
Elliot s’efforça de rassurer Maxi, mais son cœur s’emballait à chaque fois que leurs épées s’entrechoquaient. Les chevaliers qui regardaient les bras croisés, sans montrer la moindre inquiétude, l’indignaient.
« Si vous ne vous sentez pas bien, madame, laissez-moi vous raccompagner », proposa Elliot en observant avec inquiétude son visage blême.
…
Maxi s’appuya sans y penser contre le chevalier qui la soutenait. À cet instant, un bruit métallique aigu retentit, puis le silence tomba sur le terrain.
Folle d’inquiétude, Maxi se retourna pour vérifier que Riftan n’était pas blessé. À son grand soulagement, il se tenait droit comme une statue de pierre. Il posa la pointe de son épée contre la gorge de son adversaire. Après un long silence, le chevalier royal leva lentement les bras pour signifier sa défaite.
La tension retomba, et Maxi poussa un soupir de soulagement. Aucun des deux ne semblait blessé. Elle détendit ses épaules raides, puis sentit un regard brûlant se poser sur elle.
À contrecœur, Maxi baissa de nouveau les yeux. Riftan, qui avait retiré son casque, la fixait d’un air orageux. Il rengaina son épée, s’avança vers elle et l’éloigna d’Elliot.
« Explique-moi ce que tu fais avec ma femme. »
Elliot recula d’un pas.
« J’essayais de soutenir madame. Le combat l’a bouleversée », répondit-il, visiblement décontenancé.
Riftan lui lança un regard noir, puis se tourna vers Maxi. « Tu n’as rien à faire ici. Ce n’est pas un endroit pour quelqu’un d’aussi craintif que toi. »
Sur ces mots, il lui saisit le bras et se dirigea vers le portail. Maxi gémit lorsque son gantelet lui entailla la peau, et Riftan la lâcha aussitôt, comme s’il s’était brûlé. Elle se frotta l’avant-bras douloureux et leva vers lui un regard perplexe. Elle ne comprenait pas ce soudain mécontentement.
« J-Je vais bien. J’ai… seulement été surprise… parce que je n’avais jamais vu… des chevaliers s’entraîner de cette façon. »
« Tu n’as jamais assisté à une joute ni à un tournoi d’épée longue, Maximilian ? »
C’était la princesse Agnes.