Chapitre 84
Chapitre 84 : Chapitre
Maxi, Ludis et Sybil grimacèrent de dégoût. À leur réaction, la princesse Agnes éclata de rire.
« Ce ne sont que des rumeurs. Si quelqu’un se faisait prendre, il serait aussitôt banni ; je doute donc qu’il y ait quelqu’un d’assez fou pour faire une chose pareille. »
« La punition est sévère, en effet, mais… je ne comprends pas pourquoi quiconque voudrait avaler de telles choses », remarqua Sybil en retenant un haut-le-cœur dans sa manche.
« Quoi qu’il en soit, fabriquer un objet magique à Drachium n’a rien de facile. Non seulement les mages doivent obtenir l’autorisation d’un clerc pour acheter le matériel nécessaire, mais ils doivent aussi se le procurer au marché noir, à prix d’or. C’est pourquoi les mages de la capitale se rendent dans les régions du sud du royaume, où l’influence de l’Église réformée est plus forte. »
« Cela veut dire… que les mages pourraient affluer… à Anatol, eux aussi ? »
« Je pense qu’un grand nombre sont déjà ici. J’en ai vu plusieurs faire des affaires avec les mercenaires. Je parie que d’autres viendront à Anatol dès qu’ils apprendront que l’Église y exerce peu d’influence. »
Si la princesse avait raison et que davantage de mages s’installaient à Anatol, la région en tirerait profit. Après tout, elle manquait cruellement de mages. Il en faudrait au moins trois ou quatre de plus pour soigner les gens plus efficacement si une nouvelle attaque de monstres dévastatrice venait à se produire.
Mais même si d’autres mages venaient à Anatol, ils repartiraient tous dès le retour de l’hiver… Ils ne seraient pas d’une grande aide, à moins de parvenir à les convaincre de s’installer ici.
Maxi était plongée dans ses pensées lorsque la princesse, qui l’observait en silence, lui demanda d’un ton énigmatique : « Êtes-vous une adepte de l’Église réformée, Maximilian ? »
« À ma connaissance… le Duché de Croyso… suivait l’Église orthodoxe. On en observait toujours… les doctrines avec rigueur », répondit Maxi. Puis, craignant que la princesse ne se méprenne, elle ajouta aussitôt : « Mais… cela ne signifie p-pas… que je considère la magie… comme immorale. Je vois la magie… comme un don… accordé par Dieu. Rien de différent de l’art de l’épée… ou de l’intelligence. » 𝒇𝙧𝚎𝐞𝙬𝒆𝑏𝑛𝑜v𝚎𝒍.c𝑜m
« C’est gentil à vous de dire cela », répondit la princesse avec un doux sourire.
Maxi pensait vraiment ce qu’elle avait dit ; elle ne cherchait pas simplement à plaire à la princesse. Pourtant, elle préféra taire le fait qu’elle apprenait elle aussi la magie. Elle était trop gênée pour se prétendre mage devant une si grande sorcière. Rien que d’y penser la faisait rougir. Se raclant la gorge, Maxi tapota la paroi pour signaler au cocher de repartir.
« Où allons-nous maintenant ? »
« Au château, Votre Altesse. Nous avons perdu tellement de temps au marché que je crains d’être déjà épuisé et couvert de poussière », se plaignit son suivant en étirant les jambes. « J’aimerais prendre un bon bain et me reposer avant le coucher du soleil. »
Ils avaient parcouru la moitié des faubourgs d’Anatol. Tous les occupants de la voiture, à l’exception de la princesse, étaient épuisés ; ils décidèrent donc de rentrer au château. Le ciel flamboyait sous les derniers rayons du soleil.
À leur arrivée, Maxi descendit de la voiture et leva les yeux vers les nuages indigo qui traversaient le ciel couleur d’ambre. Elle avait été sur les nerfs tout au long du trajet, et ses épaules ainsi que sa nuque étaient maintenant raides.
Grimaçant, Maxi se dirigea vers la grande salle lorsqu’un bras s’enroula autour de sa taille et l’attira contre un torse robuste. Surprise, elle se retourna. C’était Riftan, en armure complète, qui la serrait dans ses bras par-derrière.
« Tu as dû trouver la journée fatigante, à être traînée partout. »
La princesse descendit de voiture avec l’aide d’Ursuline et porta une main à sa bouche, feignant l’indignation. « Ciel, quelle méchanceté ! À t’entendre, on croirait que j’ai forcé Maximilian à m’accompagner aujourd’hui. »
Sans prêter attention à la princesse, Riftan passa un bras autour des épaules de Maxi et déposa un baiser sur le sommet de sa tête.
Il ne l’avait pas témoignée une telle affection depuis un bon moment. Le visage de Maxi s’empourpra. Ces marques d’affection en public la gênaient toujours, mais son cœur s’emballa et un frisson lui hérissa les fins cheveux de la nuque. Un tremblement lui parcourut l’échine quand il lui caressa doucement le côté du cou.
« Déjà de retour, commandant ? » demanda Hebaron en levant les yeux des bagages qu’il déchargeait. « Je pensais que l’inspection du terrain pour la construction de la route prendrait du temps, alors je croyais que vous rentreriez tard. J’espère qu’il n’y a pas de problème. »
Riftan poussa un soupir et relâcha Maxi.
« Je le crains. C’est pour ça que je vous attends ici, Ursuline et toi. Rassemblez tout le monde dans la salle du conseil. J’ai quelque chose à discuter avec vous. »
« Bon sang. À cette heure-ci ? »
« Exactement », répondit fermement Riftan.
Hebaron fit la moue. Maxi se mordit également la lèvre, mais de déception. L’idée de devoir encore passer la nuit seule l’irrita.
Ignorant son mécontentement, Riftan se tourna vers Maxi. « Tu dois être fatiguée. Tu devrais aller te reposer. »
Sur ces mots, il la poussa doucement vers la grande salle. Maxi s’éloigna à contrecœur, Ludis sur ses talons, puis s’arrêta net. La princesse suivait les chevaliers au lieu de gagner ses appartements.
« Laissez-moi me joindre à vous. Je vous aiderai si je le peux, en souvenir du bon vieux temps », dit la princesse Agnes à Riftan.
Riftan lui accorda un bref signe de tête. « C’est très aimable à vous. »
Maxi regarda d’un air absent Hebaron, Ursuline, Riftan et la princesse se diriger vers les quartiers des chevaliers.
Sa poitrine se serra. Une sensation désagréable lui noua le ventre. Désespérant de s’en débarrasser, Maxi gravit les escaliers à la hâte.
***
La soirée s’écoula tandis que Maxi dînait seule dans ses appartements et tuait le temps en regardant les chatons jouer. Elle se demanda quelles délibérations retenaient les chevaliers dans la salle du conseil jusqu’à une heure si tardive. Les serviteurs lui apprirent que Riftan avait demandé qu’on leur y serve également le souper.
Malgré son épuisement, Maxi alluma une bougie et se mit à lire un texte ancien à son bureau. Elle était déterminée à veiller jusqu’au retour de Riftan. Au bout d’un moment, elle entendit la porte s’ouvrir et le vit entrer sans bruit.
« Vous… voilà. »
Riftan s’immobilisa alors qu’il retirait son armure et se tourna vers elle.
« Je pensais que tu dormirais. »
Il ôta sa robe et s’avança vers elle.
« Pourquoi es-tu encore éveillée ? Cette sortie a dû te fatiguer. »
« Ce n’était pas… si fatigant. »
Riftan fronça les sourcils, lui prit le menton et effleura de son pouce calleux les cernes sous ses yeux.
« Je sais que tu as été très occupée avec le jardin et les préparatifs pour nous accueillir. Tu n’as pas besoin de te donner autant de mal. »
« Je vais… bien. C’est vous… qui avez besoin de repos. »
Son toucher la fit fondre. Maxi posa impulsivement la joue contre sa main et déposa un baiser dans sa paume. Elle sentit sa main tressaillir. Riftan poussa un grognement et plaqua sa bouche contre la sienne. Ses lèvres étaient légèrement froides, et Maxi goûta sur sa langue des traces de vin.
« Ces derniers temps, j’ai eu du mal à contenir mon désir », marmonna-t-il, une pointe d’autodérision dans la voix grave.
Il lui prit la joue et écarta les boucles qui couvraient son oreille. La lueur de la bougie éclairait son visage, lui donnant presque un air sinistre.
« Mais je ne veux pas t’épuiser. Si tu n’en as pas envie… »
« J-je… ça ne me dérange pas. »
Maxi tendit prudemment la main vers son bras. Il lui avait terriblement manqué.
Riftan plongea son regard dans le sien. Un grondement bestial résonna dans sa gorge, et il se mit à lui dévorer les lèvres avec une ardeur féroce.
Maxi lui passa la main dans les cheveux. Une chaleur couvait en elle. Riftan se débarrassa à la hâte de ses vêtements et se mit à lui caresser les seins. Tandis qu’il les palpait jusqu’à les rendre sensibles, Maxi lui caressa le torse et le cou, durs comme la pierre. Il ressemblait à un chien enragé qu’on aurait libéré de sa laisse. Rien n’aurait pu apaiser son désir fiévreux.
…
Riftan l’embrassait avec avidité, comme s’il voulait l’engloutir tout entière, tout en caressant la chair entre ses cuisses. Ce ne fut que lorsqu’elle fut rendue folle de désir qu’il finit par la pénétrer.
Le plaisir aigu qu’elle n’avait pas ressenti depuis longtemps lui donna l’impression de fondre. L’orgasme auquel il la mena fut si intense qu’il brûla les émotions persistantes accrochées à son cœur. Pourtant, même au cœur de ce plaisir, Maxi ressentit un vide.
Le regard lointain, étendue dans ses bras, elle fixa le baldaquin au-dessus du lit. Il lui semblait incroyable qu’une faim en elle demeure insatiable, même dans les bras de la passion. Pourquoi ne parvenait-elle pas à se débarrasser de cette angoisse, alors qu’il la chérissait plus qu’elle ne le méritait ? Cette solitude ressemblait à une tache impossible à récurer.
« Est-ce que je t’ai quand même épuisée ? »
Sentant sa tension, Riftan lui caressa la peau luisante de sueur. Sa voix trahissait son inquiétude.
Maxi enfouit le visage contre son épaule et secoua la tête. Comme il ne semblait pas rassuré, Riftan caressa son sein gonflé et rosé, puis couvrit son épaule de baisers.
« Agnes t’a-t-elle dit quelque chose ? »
« Qu’est-ce que… vous entendez… par quelque chose ? »
Riftan se redressa sur un coude, une légère ride barrant son front. « Tu essaies de me soutirer quelque chose ? »
« N-non… Je ne comprends vraiment pas… ce que vous voulez dire. »
« La princesse a le sang chaud et sait parler par énigmes de façon à pousser les gens à révéler ce qu’ils pensent vraiment. Elle aime aussi provoquer les autres pour le plaisir, ou les manipuler pour qu’ils fassent ce qu’elle veut. Je te le demande parce que j’avais peur qu’elle t’ait fait la même chose. »
…
Riftan disait du mal de la princesse, et pourtant Maxi se sentait toujours contrariée. Elle n’y comprenait rien. Elle posa sa jambe sur sa cuisse dure comme la pierre et remua les orteils, feignant l’indifférence.
« Vous vous entendez… très bien avec elle, on dirait. »
« Quoi ? »
Riftan ouvrit de grands yeux, puis éclata de rire, comme s’il trouvait sa remarque absurde.
« Tu ne vois donc pas comment je me comporte avec elle ? Qu’est-ce qui peut bien te faire croire qu’on s’entend ? »
« Vous traitez aussi… Ruth, Sir Hebaron… et les autres chevaliers de la même façon… Pourtant, vous vous entendez bien avec eux… non ? »
Riftan l’observa, le regard intense. Maxi sentit ses joues s’embraser. Elle était mortifiée que sa jalousie soit si évidente. Les lèvres de Riftan se tordirent en un sourire narquois.
« Présenté comme ça, je suppose que je ne peux pas dire qu’on est en mauvais termes. C’est une femme talentueuse, même si elle est agaçante. Et elle n’est pas aussi arrogante que le reste de la famille royale. »
Maxi cacha de nouveau son visage contre son épaule pour dissimuler sa mine dépitée. Riftan lui embrassa le sommet de la tête et taquina les pointes tendues et roses de son sein.
« Mais c’est tout. Je m’entends peut-être bien avec elle, mais je n’ai jamais désiré cette femme. Et je suis sûr que c’est pareil pour la princesse. »
« Comment… pouvez-vous le savoir ? »
« Vers la fin de la Campagne du Dragon, nous avons fait équipe pendant presque un an, mais elle n’a jamais essayé de me faire des avances. »
Maxi voulut lui demander ce qu’il entendait par « avances », mais elle garda le silence. La réponse n’aurait fait qu’accroître son tourment. Elle détestait qu’ils aient passé une année ensemble. Elle savait qu’elle ne pouvait pas en vouloir à Riftan, mais cela la rongeait.
Voyant que son humeur ne s’était pas améliorée, Riftan parut contrarié.
Il lâcha brusquement : « Tu t’entends bien avec Ruth, toi aussi, n’est-ce pas ? »
La mention inattendue de Ruth la surprit. Maxi releva vivement la tête, stupéfaite.