Chapitre 76
Chapitre 76 : Chapitre đłđđeđe૊ïœ
Malgré son état lamentable, Ulyseon la salua calmement. « Bonjour, ma dame. »
StupĂ©faite, Maxi dĂ©visagea le visage ensanglantĂ© de lâĂ©cuyer, puis ordonna aux domestiques dâapporter un linge propre et de lâeau chaude. Gabel entra Ă son tour dans la salle Ă manger et soupira en les voyant.
« Le terrain dâentraĂźnement Ă©tait boueux Ă cause de la pluie, et aujourdâhui tombait justement le jour de lâexercice Ă©questre des Ă©cuyers. Rovar est tombĂ© de cheval pendant la charge. »
« Non seulement il est tombĂ©, mais il a si bien rompu les rangs quâil a aussi blessĂ© dâautres personnes », marmonna Sir Elliot en se frottant le visage.
Ulyseon se gratta la tĂȘte ensanglantĂ©e, gĂȘnĂ©. « Jâaurais dĂ» faire plus attention. Je vous prĂ©sente mes plus sincĂšres excuses, Sir Elliot. »
« Je nâai Ă©tĂ© dĂ©sarçonnĂ© que trois fois dans ma vie, gamin », grommela Elliot avant de sâĂ©loigner pour se sĂ©cher prĂšs du brasero.
Maxi fronça les sourcils, quelque peu indignĂ©e que les chevaliers prennent avec tant de dĂ©sinvolture lâĂ©tat de lâĂ©cuyer, trempĂ© de sang.
« U-Ulyseon, ne touchez pas Ă votre tĂȘte ! V-Vous saignez. Venez⊠Asseyez-vous. Je⊠vais soigner votre blessure. »
« Ce nâest pas la peine de vous donner cette peine, ma dame. Câest moins grave quâil nây paraĂźt, et le saignement sâest arrĂȘ- »
« C-Cessez⊠de faire lâidiot⊠et venez vous asseoir. »
Maxi conduisit Ulyseon jusquâĂ une chaise prĂšs du brasero et lây força Ă sâasseoir, sans tenir compte de son air surpris. Elle sâinquiĂ©tait sincĂšrement pour le garçon ; il lui faisait penser Ă un chien errant blessĂ©. Elle se pencha pour mieux examiner sa blessure.
Gabel lui tendit une serviette propre imbibĂ©e dâeau chaude. « Je crois quâil sâest ouvert le cuir chevelu. Son casque Ă©tait trop grand. Je ne pense pas quâil se soit cassĂ© un os⊠mais la plaie est profonde. Ne sera-t-il pas difficile de la soigner, ma dame ? »
« Ma⊠magie devrait⊠suffire. »
Maxi tamponna dĂ©licatement la zone et examina la blessure. Sous les cheveux argentĂ©s de lâĂ©cuyer, poissĂ©s de sang, sâĂ©tirait une longue entaille.
Maxi plaça sa main au-dessus de la plaie et se mit Ă puiser dans sa magie. GrĂące Ă ses sĂ©ances quotidiennes dâaccumulation de mana, sa magie de guĂ©rison Ă©tait dĂ©sormais aussi rapide que celle de Ruth. Elle Ă©carta les mĂšches collĂ©es au front moite de lâĂ©cuyer pour vĂ©rifier que la blessure Ă©tait entiĂšrement refermĂ©e.
« Ătes-vous⊠b-blessé⊠ailleurs ? »
« N-Non, ma dame », rĂ©pondit Ulyseon, les joues rougissantes, lui qui avait dâordinaire le teint pĂąle et sans dĂ©faut.
Comprenant que son geste pouvait passer pour inconvenant, Maxi retira précipitamment sa main.
Ulyseon Ă©tait si mince et si dĂ©licat quâon aurait pu le prendre pour une femme, mais il restait un chevalier en formation qui rejoindrait un jour les rangs des Chevaliers du Dragon rouge. Il Ă©tait certainement dĂ©placĂ© de le traiter comme un enfant.
Maxi lui adressa un sourire gĂȘnĂ© et lui tendit une serviette propre. « V-Vous devriez⊠vous essuyer le sang. »
« Oh ! Merci, ma dame. »
Ulyseon lui sourit largement, avec toute la fraĂźcheur de la jeunesse, puis prit la serviette et se mit Ă se frotter le visage.
Elliot quitta sa place prĂšs du feu et sâapprocha de Maxi.
« Pourriez-vous aussi soigner une bosse, ma dame ? » demanda-t-il en se tenant lâarriĂšre du crĂąne.
Maxi se mit aussitĂŽt Ă appliquer sa magie de guĂ©rison sur la blessure de Sir Elliot. Pendant ce temps, les autres chevaliers sâĂ©taient sĂ©chĂ©s et se goinfraient des plats disposĂ©s par les servantes.
Maxi se joignit Ă eux pour finir son repas. Dâordinaire, les chevaliers dĂ©jeunaient dans leurs quartiers, prĂšs du terrain dâentraĂźnement, tandis quâelle passait gĂ©nĂ©ralement ses aprĂšs-midi cloĂźtrĂ©e dans la bibliothĂšque. Il Ă©tait rare quâelle partage leur table Ă cette heure-lĂ .
Ils sâassirent Ă©paule contre Ă©paule, leurs carrures imposantes serrĂ©es autour de la table. Maxi les observa tout en sirotant sa soupe, dĂ©sormais tiĂšde.
« L-Le seigneur⊠a-t-il quitté le chùteau ? »
« Le commandant est dans la salle du conseil, en délibération avec Sir Hebaron, Sir Ursuline, Sir Remus et⊠le sorcier. »
« U-Une délibération ? »
« Ils prĂ©parent probablement le raid contre les monstres que nous mĂšnerons au retour dâAquarias. »
Gabel, qui savourait sa soupe fumante en face dâelle, prit soudain la parole. « Notre ordre accorde beaucoup dâimportance Ă la hiĂ©rarchie, ma dame, et les chevaliers les plus compĂ©tents ont davantage voix au chapitre. Câest pourquoi le commandant les rĂ©unit souvent Ă la fin de lâhiver pour discuter des projets Ă venir. Et comme on a appris quâune horde de monstres migrait depuis le nord, je suppose quâils prĂ©parent aussi des contre-mesures. »
Ulyseon, qui dĂ©vorait son dĂ©jeuner, se mĂȘla Ă la conversation.
« Vous croyez que je pourrai participer au prochain raid ? » demanda-t-il, les yeux brillants.
Elliot ricana. « AprĂšs le dĂ©sastre que tu as causĂ© aujourdâhui, il faudra peut-ĂȘtre repousser ta cĂ©rĂ©monie dâadoubement Ă lâannĂ©e prochaine. » đđżđđđeđđđŃ”đđ.cđđ¶
« Je suis dâaccord avec lui », le taquina Gabel. « Jâai entendu dire que tu avais fait une sacrĂ©e chute pendant le dernier raid contre les gobelins. Comment comptes-tu rĂ©ussir lâĂ©preuve dâinitiation en Ă©tant aussi maladroit ? Je doute que tu puisses attraper un lĂ©zard de feu, et encore moins un drake. »
« Je ne referai pas les mĂȘmes erreurs ! » sâexclama Ulyseon, indignĂ©. « Laissez-moi vous le prouver ! Je pourrais en attraper deux⊠non, trois, si vous mâen donniez lâoccasion ! »
Maxi avait du mal Ă suivre leur conversation. Elle se contenta de tourner le regard dâun interlocuteur Ă lâautre.
Remarquant sa curiositĂ©, Elliot, qui mangeait tranquillement Ă cĂŽtĂ© dâelle, lui expliqua avec dĂ©fĂ©rence : « Pour ĂȘtre admis dans les Chevaliers du Dragon rouge, les novices doivent chasser un monstre de la race des dragons et en rapporter la dĂ©pouille. Ils doivent obtenir une pierre de dragon avant leur cĂ©rĂ©monie dâadoubement pour ĂȘtre acceptĂ©s. Câest un rituel propre Ă notre ordre. »
« En rĂ©alitĂ©, le type de monstre importe peu, tant quâil possĂšde une pierre magique », intervint avec enthousiasme un jeune chevalier aux cheveux brun foncĂ©. « Mais les drakes sont un bon choix pour les dĂ©butants. Rapporter un lĂ©zard de feu ferait dâeux la risĂ©e de tous, tandis que les wyvernes, les hydres et les basilics sont trop dangereux pour que de jeunes chevaliers les chassent seuls. »
« Q-Quel genre de m-monstre est⊠un drake ? »
« Il ressemble Ă un dragon et mesure gĂ©nĂ©ralement de vingt Ă trente kevette (six Ă neuf mĂštres). Il est couvert dâĂ©cailles et possĂšde des crocs ainsi que des griffes acĂ©rĂ©s. Mais contrairement au dragon, il nâa pas dâailes et ne peut pas utiliser le Souffle du Dragon. »
« Il ne faut tout de mĂȘme pas le sous-estimer. Il compense son incapacitĂ© Ă voler par une vitesse prodigieuse. Quand un drake se lance Ă votre poursuite, mĂȘme Ă cheval au grand galop, impossible de le semer. Il a aussi un odorat trĂšs fin, alors lui Ă©chapper en se cachant nâa rien dâune partie de plaisir. »
« Et puis, il résiste trÚs bien à la magie, si bien que la plupart des attaques magiques sont inutiles. »
Les autres chevaliers se mirent Ă leur tour Ă prendre la parole, visiblement dĂ©sireux dâeffrayer lâĂ©cuyer.
« Le plus dangereux, câest quâils se dĂ©placent en meute. Seuls, ils ne sont pas trĂšs intelligents, mais en groupe, ils poursuivent leur proie sans relĂąche et communiquent entre eux. Ce nâest pas un monstre quâun chevalier novice devrait affronter. »
« Ah ! Je vois dĂ©jĂ la scĂšne. Rovar fonce tĂȘte baissĂ©e sur un drake et finit tragiquement dans son assiette ! »
« Dans son assiette, tu dis ? PlutĂŽt en amuse-bouche. Il est si chĂ©tif que je parierais quâil lâavalerait tout rond. »
Maxi Ă©tait la seule que leurs plaisanteries semblaient effrayer. Elle dĂ©tailla le visage candide et la silhouette frĂȘle de lâĂ©cuyer, les yeux pleins dâinquiĂ©tude. CâĂ©tait une Ă©preuve bien trop rude pour un garçon de dix-sept ans.
« V-Vous nâallez pas⊠y aller s-seul, nâest-ce pas, Ulyseon ? »
Garrow Livakion, qui avait jusque-lĂ mangĂ© tranquillement dans un coin, prit la parole. « Je lâaccompagnerai, ma dame. Uly et moi sommes les seuls Ă©cuyers Ă ĂȘtre adoubĂ©s cette annĂ©e. »
Maxi resta sans voix. Garrow nâavait quâun an de plus quâUlyseon. Il Ă©tait certes plus grand et plus robuste que son ami, mais nâavait pas encore perdu toute sa jeunesse. Le visage de Maxi sâassombrit.
« V-Vous ne serez que⊠tous les deux ? Ce ne sera pas⊠trop dangereux ? »
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« Ils ne mĂ©riteraient pas de rejoindre les rangs des Chevaliers du Dragon rouge sâils Ă©taient incapables de prendre de tels risques », dĂ©clara fermement Elliot. « Et puis, avec leur niveau, Rovar et Livakion sont tout Ă fait Ă la hauteur. Ă condition quâils ne ratent pas tout comme aujourdâhui. »
« Je crois que je vais devoir en traĂźner un Ă©norme pour rĂ©tablir mon honneur », lança Ulyseon en relevant le menton. « Vous verrez. Jâutiliserai ses Ă©cailles pour vous fabriquer de nouvelles bottes. »
« Ha ! Tùche plutÎt de ne pas finir en cure-dent. »
Les chevaliers ricanĂšrent et Ă©clatĂšrent de rire. Maxi Ă©tait consternĂ©e par la dĂ©sinvolture avec laquelle ils plaisantaient si cruellement. NâĂ©taient-ils pas inquiets Ă lâidĂ©e dâenvoyer ces jeunes gens sans dĂ©fense au-devant du danger ?
Maxi fronça les sourcils et leur lança un regard noir. Gabel, pliĂ© en deux de rire, sâinterrompit en la voyant. Son sourire sâeffaça peu Ă peu.
« HĂ© ! Ăa suffit, ces propos indignes devant sa dame ! »
Maxi ne releva pas que ce « HĂ© ! » nâavait rien de particuliĂšrement poli et poursuivit plutĂŽt en exprimant son inquiĂ©tude pour les Ă©cuyers.
« Q-Quelquâun⊠les surveillera, nâest-ce pas ? Ulyseon et⊠G-Garrow sont encore si jeunes. Ne faudrait-il pas⊠que quelquâun les accompagne⊠pour sâassurer quâils ne⊠»
« Ma dame, nous ne sommes pas des enfants quâil faut surveiller. La cĂ©rĂ©monie dâinitiation est un rite de passage que nous devons accomplir pour ĂȘtre reconnus comme de vĂ©ritables chevaliers. Nous nâavons pas besoin de tuteur ! »
« Il a raison. Vos paroles blessent notre fierté, ma dame. »
Ulyseon et Garrow protestĂšrent tous deux, sur un ton presque boudeur. Maxi les fixa, stupĂ©faite et silencieuse. Nâavaient-ils pas peur de mourir ou dâĂȘtre blessĂ©s ? Les deux Ă©cuyers ne semblaient ni effrayĂ©s ni anxieux face Ă lâĂ©preuve qui les attendait.
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Maxi ne put sâempĂȘcher dâadmirer leur assurance inĂ©branlable. Elle avait vĂ©cu quatre ou cinq ans de plus quâeux, et pourtant, elle nâavait mĂȘme pas la moitiĂ© de leur courage.
« J-Je ne voulais pas⊠vous offenser. Je mâinquiĂ©tais⊠simplement⊠»
« Vous nâavez rien Ă craindre, ma dame. Ils nâen ont peut-ĂȘtre pas lâair, mais ces deux-lĂ sont des Ă©pĂ©istes exceptionnels. »
Maxi releva vivement la tĂȘte Ă cette voix inattendue et vit Hebaron et Riftan entrer Ă grands pas dans la salle Ă manger.