Chapitre 456
Chapitre 456 : Histoire annexe : Le Dragon blanc – Partie 5
Une goutte de sang coula le long de son cou. Ce ne fut qu’alors que Wolfgar sembla comprendre la gravité de la situation, et son sourire s’effaça. Il recula jusqu’au mur, la voix chevrotante : « Tu crois que tu vas t’en tirer comme ça ? Menacer un noble avec une arme, ça te vaudra la potence ! »
« Mais avant ça, ton corps inutile servira d’engrais », répondit doucement Riftan avant de jeter un coup d’œil au jardin jonché de roses.
Le visage de Wolfgar se décolora. Il lança sèchement à son frère, qui se tenait raide derrière eux : « Ne reste pas planté là ! Va chercher les gardes avant que… »
« Silence. » Riftan appuya le poignard contre la peau de Wolfgar, juste sous son menton. « Je t’ai dit que j’étais venu parler. Continue de crier et je n’aurai pas d’autre choix que d’en finir tout de suite. C’est ce que tu veux ? »
Wolfgar se raidit et secoua lentement la tête. Alors seulement, Riftan éloigna légèrement son poignard.
Quand Wolfgar fut certain que la lame était à bonne distance, il osa demander : « Qu’est-ce que tu me veux ? »
« Tu as insulté publiquement l’homme que je sers, puis tu es parti comme si de rien n’était. Je ne peux pas l’accepter. » La voix de Riftan était basse et menaçante. « Quand nous en aurons fini ici, tu retourneras dans la salle du banquet. Tu t’inclineras bien bas devant Evan Triton et lui présenteras des excuses respectueuses pour ton comportement de tout à l’heure. »
« Tu ne peux quand même pas t’attendre à ce que je fasse ça », ricana Wolfgar, incrédule.
Riftan se pencha vers lui, d’un ton dangereusement doux. « Regarde-moi. Tu devrais avoir peur. Comme tu le dis, je suis une bête capable des pires atrocités — des choses que tu ne pourrais même pas imaginer — sans ciller. » Il gronda comme un lion montrant les crocs. « Evan Triton est assez magnanime pour pardonner même à une ordure comme toi. Moi, je suis moins indulgent. Quand on me met en colère, j’agis, et de la manière la plus cruelle qui soit. »
Quoi que Wolfgar eût vu dans les yeux de Riftan, cela suffit à le faire blêmir comme un mort.
Riftan repoussa le noble et désigna le hall du menton, avec arrogance. « Si tu as compris, tu iras lui demander pardon. Maintenant, va. »
« Espèce de sale vermine répugnante ! » rugit Wolfgar en se dégageant et en tirant son épée. « Tu crois pouvoir me menacer ? Tu es déjà mort ! Demain, ce ne sera pas ton adoubement, mais ton exécution ! »
« Nous verrons bien lequel de nous deux finira à la potence », déclara Riftan en s’avançant lentement.
Wolfgar, qui semblait prêt à brandir son épée, tressaillit et recula d’un pas. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Tu crois vraiment que le roi Reuben ignore les manigances du marquis d’Ardenbrook dans son dos ? »
Ursuline vit une peur intense traverser le visage de Wolfgar avant de disparaître.
« Je ne sais rien de ces sottises ! » beugla Wolfgar, comme pour dissimuler son trouble.
« Laisse-moi t’expliquer. Sa Majesté sait que ton grand-père manipule le marché de l’argent et qu’il a fait frapper de grandes quantités de derhams pour financer les forces de l’opposition. »
Ursuline retint son souffle.
Tendu, Wolfgar dévisagea Riftan avec méfiance. « J’espère que tu as des preuves, si tu oses salir le nom d’un marquis. »
« Malheureusement, il n’y a aucune preuve matérielle. Le marquis est extrêmement méticuleux, là-dessus. Il a bien effacé ses traces. »
Un sourire satisfait étira les lèvres de Wolfgar. « Dans ce cas, tu n’auras pas droit à une mort sans douleur. Tu seras aussi puni pour avoir calomnié mon grand-père. On t’arrachera les membres… »
« Mais toi, tu as laissé des traces. »
Wolfgar interrompit son babillage triomphant et serra les mâchoires.
Riftan poursuivit calmement : « Le marquis t’a-t-il promis son titre ? Tu as obéi à ses ordres avec un zèle démesuré, comme si tu lui appartenais, Wolfgar Ricaydo. Plus j’ai enquêté sur cette affaire, plus j’ai vu ton nom apparaître — et le tien seulement. »
Comme Wolfgar ne répondait pas, Riftan ajouta : « Voici un conseil. Le marquis n’a absolument pas l’intention de faire d’un Ricaydo son héritier. Il se sert simplement de son petit-fils stupide et naïf pour servir ses propres intérêts. Plus tu cours à ses ordres, plus tu mets ta famille et ta misérable vie en danger. »
« Q-Quelles preuves… »
« Va demander les preuves au roi Reuben. Je les lui ai déjà transmises. Il y a un bon moment, même. » Riftan tapota la joue pâle de Wolfgar. « Sa Majesté fait simplement preuve de clémence en fermant les yeux sur tes petits jeux, par égard pour ton père. »n/ô/vel/b//jn dot c//om
Wolfgar recula en titubant. C’était la première fois qu’Ursuline voyait son frère arrogant aussi intimidé.
Pour enfoncer le clou, Riftan ajouta : « Encore un dernier conseil. Si tu tiens à conserver ta petite place d’héritier, tu ferais mieux de commencer à bien te tenir. Sa Majesté semble vouloir faire de l’autre Ricaydo le prochain comte. »
Riftan jeta un regard à Ursuline, qui se tenait gauchement sur le côté du couloir. Wolfgar lança à son frère un regard furieux, les yeux injectés de sang.
Tandis que l’aîné des Ricaydo demeurait là, tremblant, Riftan lui souffla à l’oreille : « Tu comprends, maintenant ? Qu’est-ce que tu attends ? Va le supplier. »
Wolfgar fit volte-face et partit vers la salle du banquet. Riftan le suivit un moment du regard, puis rengaina son poignard et se tourna vers les jardins.
Ursuline, qui était resté planté là, hébété comme en transe, reprit brusquement ses esprits et attrapa Riftan par le bras. « Ce que tu viens de dire… C’est vrai ? »
« Va le demander à ton frère. » Riftan repoussa froidement sa main.
Ursuline se mordit la lèvre. « Même si c’est vrai… Je ne pourrai jamais devenir le prochain comte. Mon père étouffera sûrement toute l’affaire pour protéger mon frère et… »
« Tu crois que les affaires de ta famille m’intéressent ? » répliqua froidement Riftan. « Peu m’importe lequel d’entre vous deviendra le prochain comte Ricaydo. Je voulais simplement faire payer à ton frère, qui n’a pas de cervelle, ses paroles déplacées. »
Riftan posa un pied sur la balustrade, prêt à escalader la clôture. Le jeune noble semblait ne pas l’intéresser le moins du monde.
Quelque chose s’agita alors en Ursuline, qui saisit impulsivement Riftan par le col. « Wolfgar fera tout ce qu’il peut pour se débarrasser de moi, maintenant. C’est ta faute ! Comment peux-tu être aussi irresponsable, alors que c’est toi qui… »
« Lâche-moi », gronda Riftan.
Ursuline tressaillit.
Tout en détachant les mains d’Ursuline de son col et en rajustant sa tunique, Riftan déclara : « Grâce
à moi, tu connais maintenant la plus grande et la plus fatale faiblesse de Wolfgar Ricaydo. Au lieu de te plaindre, réfléchis à la façon dont tu pourrais tirer parti de ce que tu as appris. »
« Qu’est-ce que je pourrais bien… »
Riftan lui lança un regard agacé, comme s’il lui reprochait d’attendre qu’on lui mâche le travail. Ursuline rougit.
Riftan soupira, sa voix s’adoucissant. « À ta place, je demanderais l’aide du roi Reuben. Sers-toi de ce que tu as appris aujourd’hui pour faire pression sur ton père. Il existe d’innombrables façons de remplacer ton frère comme héritier avant qu’il ne te tue. »
Comme Ursuline gardait le silence, Riftan ajouta : « Je crois en avoir assez dit. » Puis il s’éloigna d’un pas brusque.
Ursuline regarda autour de lui, mais l’homme avait déjà disparu. Il serra les poings. Pour une raison ou une autre, il tremblait de tout son corps. Il se sentait complètement impuissant, comme si le monde autour de lui était en train de
s’effondrer.
***
Le lendemain, Wolfgar Ricaydo et ses hommes quittèrent le palais en hâte, avant l’aube.
Son fils aîné indiscipliné parti, le comte sembla beaucoup plus serein. Il convoqua Ursuline tôt dans la matinée.
« Wolfgar a enfin dû retrouver un peu de bon sens. Hier, il a présenté ses excuses à lord Triton devant les nobles, pour lui avoir parlé avec tant d’irrespect », dit le comte Ricaydo à son
plus jeune fils, tout sourire.
Ursuline observa le visage de son père. D’ordinaire, il aurait été déçu de voir briller dans ses yeux un espoir aussi vain, mais aujourd’hui, il ne ressentait rien.
Il repensa aux paroles de Riftan Calypse, la nuit précédente : son frère avait commis une trahison, et le roi Reuben détenait des preuves accablantes. Si le roi le souhaitait, il avait parfaitement le droit d’envoyer Wolfgar Ricaydo à la potence quand bon lui semblerait. Peut-être ne serait-il plus si difficile de convaincre son père de déshériter Wolfgar, pour préserver l’honneur de leur
famille.
Mais est-ce vraiment ce que je veux ?
Perplexe, Ursuline fronça les sourcils. Il avait toujours voulu se libérer de l’influence de Wolfgar, mais
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il n’avait jamais aspiré à devenir comte.
« Enfin, quoi qu’il en soit, nous devons nous préparer à assister à la cérémonie d’adoubement. Je veux que tu
te tiennes à mes côtés aujourd’hui. »
La voix enthousiaste de son père tira Ursuline de ses pensées. Dès que le comte claqua des doigts, des serviteurs apportèrent des caisses remplies de vêtements et de parures luxueux. En temps normal, Ursuline aurait rechigné, mais il revêtit docilement la tenue choisie par son père. La révélation bouleversante de la veille l’occupait tant qu’il n’avait guère d’énergie à consacrer à autre chose.
« Tu es splendide. J’ai la chance d’avoir un fils aussi beau dans mes vieux jours. »
Le comte contempla Ursuline avec fierté avant de prendre son manteau. Il sortit bientôt de la pièce et prit la direction de la cathédrale, à l’extrémité nord du palais. Ursuline suivit son père sous la longue galerie bordée de piliers blancs, puis à travers les vastes jardins.
Quelques instants plus tard apparurent un clocher imposant et une grande entrée voûtée. Ursuline entra avec précaution. De chaque côté de l’allée menant à l’autel se tenaient près d’une centaine de témoins : des nobles parés de leurs plus beaux atours, les chevaliers qui les escortaient et des prêtres vêtus de robes blanches.
Les rumeurs selon lesquelles le roi affectionnait particulièrement Riftan Calypse semblaient donc fondées. Même les fils des familles les plus illustres n’auraient pu réunir autant de témoins. Le comte lui-même parut surpris par le nombre inattendu d’invités. Après un instant d’hésitation, il reprit contenance et s’installa au premier rang d’un banc à compartiment, près de l’allée. Ursuline le suivit et put mieux voir le roi Reuben III, assis de l’autre côté de l’autel.
Le souverain de Wedon portait une couronne d’or sertie de rubis et de diamants sur ses cheveux couleur lin, ainsi qu’un manteau de velours rouge sur les épaules. Il paraissait plus jeune et plus digne que jamais.
Il se leva et proclama d’une voix retentissante : « Toutes les parties concernées étant présentes, que la cérémonie commence. »