Chapitre 455
Chapitre 455 : Histoire parallèle : Le Dragon blanc — Quatrième partie
Ursuline déglutit nerveusement et le suivit jusqu’au terrain d’entraînement. Les chevaliers qui s’exerçaient en duo les observèrent avec intérêt. Il semblait qu’eux aussi fussent attentifs à ce chevalier en devenir dont on parlait tant, qu’ils en aient conscience ou non.
Ce n’était guère surprenant. La présence intimidante et singulière de Riftan Calypse suffisait à mettre n’importe qui sur les nerfs.
Riftan s’arrêta dans un coin libre et fit face à Ursuline. « Maintenant, tire ton épée. »
Puis il dégaina la sienne. Il comptait apparemment s’entraîner avec de véritables lames.
Le cœur d’Ursuline résonnait à ses oreilles. Il tira son épée de son fourreau et se prépara à attaquer lorsqu’une voix tonna sur le terrain.
« Qu’est-ce que tu crois faire ? »
Ursuline se retourna et vit Wolfgar Ricaydo s’avancer vers eux, vêtu d’un gambison cramoisi sous son armure d’argent. Ses hommes le suivaient. À la vue de la fureur qui flamboyait dans les yeux de Wolfgar, Ursuline se raidit, déconcerté par la colère de son frère.
Ursuline rengaina son épée et se redressa. « Qu’est-ce qui t’amène ici… »
Sa question fut interrompue par une main impitoyable qui lui saisit la gorge. Son visage se tordit de douleur.
Wolfgar secoua violemment son frère, l’étranglant. « Tu n’as donc aucune fierté en tant que noble ? Tu oses croiser le fer avec cette brute de basse extraction et salir le nom de notre famille ? »
La foule inspira d’un seul souffle. Wolfgar ne prêta aucune attention aux visages stupéfaits autour d’eux et relâcha Ursuline d’un geste dégoûté, comme s’il voulait se laver les mains d’une chose répugnante.
« Écoute-moi bien, espèce de crétin de frère, gronda-t-il. Nous ne nous entraînons pas avec des animaux. Tu sais pourquoi ? Parce que les animaux, on les élève et on les abat, on ne se bat pas en duel contre eux. » Ursuline toussa, défiant son frère du regard.
Wolfgar lui lança un regard noir. « Fais tes bagages. À partir de maintenant, tu accompagneras mes hommes. Nous allons reprendre ton entraînement depuis le début. »
« Je fais partie des chevaliers royaux. Père veut que je sois entraîné ici avec… »
Ursuline poussa un cri lorsqu’un coup violent lui frappa le crâne. Sa vue se brouilla un instant.
Wolfgar l’empoigna par les cheveux et siffla : « Tu oses me répondre ? Je suis le futur comte, et tu es membre de la Maison Ricaydo. Tu obéis à mes ordres. »
« Mais tu… tu n’es pas encore comte. » Ursuline fusilla son frère du regard, les yeux injectés de sang, puis ajouta : « Tu n’as pas le droit de me donner des ordres. »
Une lueur menaçante brilla dans les iris bleus de Wolfgar. Il leva son bras musclé. Les yeux d’Ursuline s’écarquillèrent, mais il était déterminé à ne pas montrer sa peur. Toutefois, avant que le coup ne s’abatte, Evan Triton s’interposa et saisit le poignet de Wolfgar.
« Qu’est-ce que cela signifie ?! » exigea le vicomte.
« C’est une affaire de famille. Ne vous en mêlez pas », lança sèchement Wolfgar.
« J’ai promis à votre père d’aider ce garçon du mieux que je pourrais s’il lui arrivait un jour des ennuis. » Le vicomte resserra sa prise sur le poignet de Wolfgar. « Lâchez-le. »
Après avoir lancé un regard hostile au vicomte, Wolfgar finit par relâcher Ursuline.
Ursuline se retira en se tenant la tête douloureuse. La fureur de Wolfgar se détourna alors de son frère pour se porter sur celui qui l’avait arrêté. Il se pencha tout près de Triton pour lui parler.
« J’ai beaucoup entendu parler de la façon dont vous vous êtes attiré les faveurs de mon père, mais je ne m’attendais pas à vous voir jouer les nourrices, en plus. Vous êtes donc si désespéré que ça de gagner ses bonnes grâces ? »
« Comment osez-vous ! » s’écria un jeune chevalier du Dragon rouge, le visage écarlate de rage tandis qu’il dégainait son épée.
Le vicomte leva une main autoritaire pour l’arrêter, puis s’adressa doucement à Wolfgar. « Je ne pensais pas que vous prêtiez autant attention aux rumeurs qui courent sur moi. »n/ô/vel/b//jn dot c//om
« Elles étaient impossibles à manquer. Vous savez au moins ce que les gens racontent ? Votre ridicule tentative de créer un ordre de chevalerie composé de toute la racaille et de tous les rebuts du Continent de Roviden ? Et votre façon de vous prostituer auprès des nobles royalistes ? »
Un silence tomba sur le terrain d’entraînement après cette remarque profondément insultante. L’atmosphère était si tendue qu’une bagarre pouvait éclater à tout moment.
Triton rompit le silence d’un ton calme. « Vous auriez tout à gagner à réapprendre les bonnes manières auprès de votre père. » Il secoua la tête d’un air contrit et claqua la langue. « J’ai moi-même deux subordonnés grossiers, mais ils ne vous arrivent pas à la cheville. »
« Qui êtes-vous pour me faire la leçon ? » gronda Wolfgar en faisant un pas menaçant vers lui.
Une épée longue apparut juste sous sa gorge et lui barra la route. Wolfgar tressaillit et recula. À l’autre bout de la lame se tenait Riftan Calypse, qui le transperçait d’un regard glacial.
« Tu devrais savoir qu’il ne faut pas faire autant de bruit quand on a un animal dans le dos, murmura sombrement Riftan. Il pourrait bien faire quelque chose d’imprévisible. »
« Toi… toi, sale bâtard de basse extraction… »
Le menton de Wolfgar trembla de fureur. Il semblait incrédule qu’un vaurien pareil ait osé pointer une épée sur lui. Les dents serrées, il agrippa la poignée de sa propre arme. Les chevaliers qui s’étaient massés sur le terrain se tenaient prêts à attaquer ; il parut comprendre qu’il était en mauvaise posture. Il serra la mâchoire et recula d’un pas.
Fusillant du regard Riftan Calypse et Evan Triton, il les menaça : « Je ne l’oublierai pas. »
Wolfgar quitta aussitôt le terrain d’entraînement, suivi de ses hommes. Ursuline regarda son frère s’éloigner,
puis se raidit lorsque Triton s’approcha et s’arrêta devant lui.
Le vicomte avait les yeux pleins de compassion et la voix tendue par l’inquiétude lorsqu’il lui demanda : « Est-ce que ça va ? »
Ursuline ne répondit pas et s’enfuit.
***
Ce soir-là, Ursuline revêtit ses habits de cérémonie et se rendit à la salle de banquet comme si rien ne s’était passé. L’amertume sourde de son orgueil blessé persistait, mais il n’allait pas s’enfermer dans sa chambre comme un lâche. Il ne laisserait jamais Wolfgar exercer une telle
influence sur lui.
Redressant les épaules, il pénétra dans la vaste salle. Des centaines de nobles remplissaient ce lieu somptueux. En descendant l’escalier et en balayant la foule du regard, il aperçut Riftan Calypse et les chevaliers du Dragon rouge installés à une table près de l’entrée.
Quelques hommes le saluèrent, l’ayant manifestement reconnu après l’incident de la journée. Ursuline ne leur prêta aucune attention et s’enfonça dans la salle. Cette fois, il repéra son père, Wolfgar Ricaydo et les nobles royalistes assis autour d’une longue table.
Ursuline réprima un soupir devant l’atmosphère tendue. Wolfgar semblait bien décidé à faire des histoires ce soir. Ce qu’il avait dit avait rendu les nobles écarlates de rage. Après un instant d’hésitation, Ursuline s’approcha lentement de la table.
En apercevant son frère, les yeux de Wolfgar s’embrasèrent.
Ursuline serra les poings. Il avait su que Wolfgar l’attendrait. L’aîné des
Ricaydo ne tolérait jamais que son demi-frère lui tienne tête.
Wolfgar se leva brusquement à l’approche d’Ursuline. « Je discutais justement avec Père à ton
sujet. » Un sourire de loup étira ses lèvres. « Il dit qu’il veut respecter tes souhaits. Il est
tout à fait d’accord pour que tu rejoignes mes hommes, si tu le souhaites. »
Ursuline regarda son père, qui paraissait bouleversé. De toute évidence, le comte Ricaydo avait sacrifié son second fils pour apaiser son héritier turbulent.
« Je ne veux pas te servir, mon frère », répondit calmement Ursuline, en avalant l’amertume qui lui remontait dans la gorge.
« C’est à cause de ce qui s’est passé aujourd’hui ? » demanda Wolfgar en lui serrant l’épaule comme s’il voulait la broyer. « Je ferai tout mon possible pour te remonter le moral. Viens, suis-moi. Mes
hommes seront ravis de t’accueillir. »
« Je ne… »
« Ursuline. »
Ursuline se retourna en entendant son père.
Le comte Ricaydo poussa un léger soupir. « J’ai appris ce qui s’est passé plus tôt aujourd’hui. Wolfgar dit qu’il
voudrait te présenter ses excuses. »
Comme Ursuline ne répondait pas, le comte poursuivit : « Écoute-le au moins. Tu pourras toujours
prendre ta décision ensuite. »
Ursuline garda le silence. Son père était aveugle dès qu’il s’agissait de son fils aîné et voulait croire que la brutalité de Wolfgar n’était qu’une fougue juvénile. Réprimant sa déception, Ursuline se tourna et suivit Wolfgar. Son frère
afficha un sourire triomphant et le conduisit le long d’un passage qui s’étendait au bout de la salle, enveloppé
dans l’obscurité. Ursuline regarda autour de lui avec nervosité tandis qu’ils avançaient.
Wolfgar ne dit pas un mot avant d’atteindre un endroit désert, où il s’arrêta et se tourna
vers Ursuline. « Nous pouvons enfin parler tranquillement. »
Ursuline se tendit imperceptiblement.
À cet instant, une voix douce murmura dans l’ombre : « Tout à fait. »
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Wolfgar fit volte-face. Au même moment, un long bras surgit de l’ombre et entraîna
son imposante silhouette dans l’obscurité. Les yeux d’Ursuline s’écarquillèrent.
Riftan Calypse plaqua Wolfgar contre le mur, une lame acérée contre sa gorge.
« Nous pouvons enfin parler tranquillement », répéta Riftan d’une voix douce comme du velours.
Wolfgar semblait désorienté et peinait à comprendre ce qui venait de se passer. Ursuline était tout aussi
stupéfait. Un silence étouffant s’ensuivit.
Puis la voix calme de Riftan fendit l’air. « Tu as dit quelque chose tout à l’heure que tu n’aurais pas dû dire. Je vais te faire présenter des excuses. »
Un nouveau silence glacial s’installa, avant que Wolfgar ne laisse échapper un rire rauque. « Tu veux parler du moment où je t’ai traité
d’animal ? »
Riftan ne répondit pas et Wolfgar ricana. « Très bien, très bien. Je m’excuse. Maintenant, si c’est tout, écarte-toi de
mon chemin. »
Après ces excuses creuses, il repoussa Riftan, comme s’il considérait ses actes comme de la
simple fanfaronnade.
Un sourire cruel se dessina sur les lèvres de Riftan. Il approcha la dague de la gorge de Wolfgar et gronda : « Tu crois que je plaisante ? »