Chapitre 449
Maxi contempla son reflet dans le miroir. Sa robe fluide, aux reflets nacrés, était ornée d’une ceinture colorée, et une cape dorée retombait sur ses épaules. Elle n’avait jamais paru aussi radieuse.
Les taches de rousseur qui parsemaient d’ordinaire son visage étaient dissimulées sous une couche de poudre, celle qu’elle avait rapportée de Balbourne à l’insu de Riftan. Elle admira un instant son reflet, puis se tourna vers Ludis.
« Comment me trouvez-vous ? »
« Vous êtes magnifique, madame », répondit sa servante en tressant habilement les cheveux de Maxi. « Parmi toutes les personnes qui participeront à la fête aujourd’hui, aucune dryade ne sera aussi belle que vous, j’en suis sûre. »
Maxi esquissa un sourire timide, puis reporta les yeux sur son reflet. Autrefois, elle aurait balayé ces compliments d’un revers de main, les prenant pour de vaines flatteries. À présent, elle les accueillait comme des paroles sincères. Elle-même ne pouvait nier le charme de la femme aux yeux argentés qui lui souriait dans le miroir.
Perdue dans ses pensées, elle remarqua à peine que Ludis achevait sa tresse élaborée.
« Voilà, madame », annonça Ludis, l’air satisfaite.
Maxi examina attentivement le travail de sa servante dans le miroir, puis se retourna, rayonnante. « Merci. C’est magnifique. »
Une fois prête, Maxi attacha une bourse de pièces d’argent à sa taille et quitta sa chambre. Un frisson d’excitation la parcourut. Depuis son retour à Anatol, elle avait vécu comme dans un rêve, mais cette journée s’annonçait plus spéciale encore. Elle descendit l’escalier, légère comme si elle marchait sur des nuages.
Arrivée en bas, elle aperçut Sidina et Anette qui sortaient de la cuisine. Elle fit aussitôt volte-face. Pour cette seule journée, elle ne voulait pas être leur prisonnière. Elle remonta les marches sur la pointe des pieds, espérant passer inaperçue, mais il était trop tard.
« Maxi ! »
Retenant un grognement, Maxi se retourna vers elles. Sidina accourut, les yeux pétillants.
« Quelle coïncidence ! Nous venions te chercher. Tu vas à la fête ? » Sidina agita gaiement la longue ceinture qui ornait sa robe jaune vif. « On m’a dit que toutes les femmes qui participaient à la fête du printemps d’Anatol en portaient une. Les servantes me l’ont donnée ce matin. Elle est jolie, hein ? »
Maxi parvint à sourire avec gêne, mais Sidina était trop enthousiaste pour remarquer le peu d’ardeur de son amie.
« Tu sais, nous sommes presque toujours restées enfermées au château depuis qu’on nous a envoyées ici pendant l’affaire du Paxias, poursuivit Sidina. J’attends ce jour avec impatience depuis que j’ai entendu parler de la fête du printemps. »
« C’est vrai que nous nous sommes plutôt ennuyées ces derniers temps », renchérit Anette en soufflant sur sa frange.
Maxi prit un air soucieux en remarquant qu’Anette aussi portait une ceinture tressée, blanche et jaune. Les deux femmes débordaient d’enthousiasme à l’idée de la fête.
« C’est merveilleux de pouvoir se créer de bons souvenirs avant de retourner à la Tour ! » s’exclama Sidina.
« Vous savez déjà quand vous partez ? »
« Dans deux jours », répondit Anette, visiblement soulagée. « Nous avons reçu des nouvelles hier des mages stationnés à l’est. Les Chevaliers du Temple ont retrouvé et éliminé les derniers dragoniens. Nous n’avons donc plus besoin de rester ici. »
Sidina et Anette se trouvaient alors à Anatol pour trier et organiser les rapports envoyés à la Tour par les mages de tout le continent. Du moins, c’était la raison officielle.
En vérité, Anette était venue rendre visite à ses frères, qui avaient décidé de s’installer à Anatol, et Sidina avait choisi de l’accompagner.
Maxi regarda avec une pointe de tristesse ses amies, devenues pour elle des piliers. « Avez-vous envisagé de vous établir définitivement à Anatol ? Si cela vous intéressait, je pourrais demander aux Chevaliers du Dragon rouge de… »
« Je te remercie, mais j’ai décidé de consacrer ma vie à la recherche, à la Salle de Nome, répondit Anette avec fermeté. Les missions ponctuelles ne me dérangent pas, mais je refuse d’être attachée à un seul maître. »
Sa voix trahissait une certaine aversion. Maxi supposa que le mépris de son amie pour la relation entre maître et serviteur n’avait fait que s’accentuer après que divers seigneurs féodaux l’avaient harcelée à Balbourne.
Maxi soupira. Elle avait espéré qu’Anette, avec son esprit pénétrant et ses remarquables aptitudes de mage, resterait à Anatol à la place de ses frères. Les jumeaux avaient beau être doués pour fabriquer des dispositifs magiques, leurs capacités innées ne dépassaient pas celles de mages de bas niveau.
Comme si elle avait lu dans ses pensées, Anette lui adressa un sourire amer. « Je sais que les jumeaux sont loin d’être les meilleurs, mais j’espère que tu prendras soin d’eux. Ils aiment vraiment cet endroit. »
« Je ne suis pas mécontente d’eux, assura rapidement Maxi, prise de remords. Je suis reconnaissante qu’Alec et Dean aient choisi Anatol. »
Les deux frères étaient indéniablement d’une grande aide pour Anatol. Ils avaient considérablement amélioré les armes et les armures et, tout récemment, ils avaient presque réussi à redécouvrir la technique de fonte de l’orichalque, le prétendu minerai de Dieu. Cette avancée avait mis les chevaliers en ébullition à l’idée de nouvelles épées forgées dans ce métal.
En revanche, Alec et Dean laissaient beaucoup à désirer en tant que mages. Ils tenaient davantage du forgeron que du lanceur de sorts. Ils avaient même délaissé leur spécialité, les dispositifs magiques, pour passer tout leur temps à la forge. Ruth, dont l’impatience à leur égard ne cessait de croître, était sur le point d’exploser.
« Le domaine a prospéré ces dernières années, ajouta Maxi dans l’espoir de les convaincre, tout comme les Chevaliers du Dragon rouge. Anatol a besoin de mages talentueux. »
Elle lança à Sidina un regard plein d’espoir. La réponse de son amie fut cependant tout aussi tiède.
« Je ne compte pas non plus demander une affectation de sitôt. Je viens tout juste de devenir mage chevronnée, et je ne veux pas laisser passer l’occasion d’approfondir mes études. Cela dit, puisque l’Église a assoupli ses règles sur la magie interdite, j’envisagerai peut-être un poste plus tard. Et Anatol sera en tête de ma liste. »
Les romans les plus récents sont publiés sur frёewebnoѵel.ƈo๓.
« D’ici là… quelqu’un d’autre aura pris ta place », répondit Maxi d’un ton maussade.
Sidina lui prit affectueusement le bras. « Ne boude pas. Je viendrai te voir souvent, c’est promis. »
« Ce qu’il me faut, c’est quelqu’un pour m’aider à abattre le travail, pas pour prendre le thé avec moi. »
« Patience, dit Anette en lui donnant une tape sonore dans le dos. Je suis sûre que tu crouleras bientôt sous les candidatures. Beaucoup de mages rêvent de servir sous les ordres de ton mari. »
Maxi cessa de bouder, ne voulant pas accabler ses amies qui s’apprêtaient à entreprendre un long voyage. Elle secoua la tête avec résignation. « Je comprends. Je n’insisterai plus. »
« Parfait. Alors, arrêtons là les bavardages et allons-y. La fête sera terminée si nous continuons à traîner », pressa Sidina en tirant Maxi par le bras.
Maxi hésita un instant, puis se laissa entraîner. Il semblait qu’il lui faudrait attendre avant de profiter de la fête seule avec Riftan.
Avec un petit soupir, Maxi traversa le jardin avec ses amies. Sidina avait dû en faire la demande à l’avance, car une voiture les attendait déjà près du portail. Deux chevaliers, le visage caché sous des capuchons noirs, levèrent les yeux à leur approche.
Maxi écarquilla les yeux en les reconnaissant. « Vous allez nous escorter, Sir Ursuline ? »
« Nous ne pouvons pas confier votre protection à n’importe qui, madame », répondit le chevalier, toujours aussi impassible. « Allons-nous partir ? »
« Mais… »
« La ville est pleine de visiteurs, ajouta Elliot en retirant son capuchon. Nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher la vigilance. »
Maxi hésita, se demandant s’il était convenable d’entraîner dans ses projets de fête les deux hommes chargés de diverses tâches administratives au domaine.
Remarquant sa réticence, Elliot se pencha vers elle. « À vrai dire, nous nous sommes portés volontaires pour nous accorder un peu de répit, madame. »
« Ma foi, dit Sidina avec compassion. » Puis, tirant le chevalier par le bras, elle s’exclama : « C’est décidé. Profitons tous ensemble de la fête ! »
Sur ces mots, elle entraîna Elliot dans la voiture. Après les avoir regardés, incrédule, Ursuline soupira et fit signe à Maxi et Anette.
« Je vous en prie, montez. Je vous suivrai à cheval. »
« Pourquoi ne pas venir avec nous ? Votre bras est encore en train de guérir », répondit Maxi.
« Je suis tout à fait rétabli, madame, répondit le chevalier avec raideur. Grâce aux exercices quotidiens que vous m’avez recommandés, je peux à présent bouger le bras librement et j’en ai retrouvé toutes les sensations. Vous n’avez pas à vous inquiéter. »
Comprenant qu’elle avait peut-être froissé sa fierté, Maxi monta dans la voiture sans ajouter un mot. Une fois Anette installée, la voiture se mit en route.
Maxi observa par la fenêtre la ville, désormais hérissée de bâtiments de pierre. À l’emplacement de l’ancienne forêt de bouleaux se trouvait maintenant un quartier animé, peuplé de colporteurs et de boutiques en tout genre. Les misérables maisons de bois avaient cédé la place à des immeubles de trois étages, serrés les uns contre les autres. Elle contemplait la ville florissante, la poitrine gonflée de fierté. Le bras posé sur le rebord de la fenêtre, elle admirait les toits baignés par la douce lumière du soleil printanier.
La voiture s’arrêta bientôt sur la place. Après être descendue avec l’aide d’Ursuline, Maxi jeta autour d’elle un regard curieux. Le terrain qui accueillait autrefois la fête était devenu un vaste marché ; les étals et les attractions avaient donc dû se disperser dans toute la place et le long de la rue principale. Des tentes colorées bordaient les routes, et chaque taverne comme chaque auberge débordait de clients.
« On m’a dit que la scène se trouvait sur la colline où paissaient autrefois les moutons. Souhaitez-vous que nous vous y conduisions, madame ? »
Maxi acquiesça aussitôt. La foule était si dense qu’il était presque impossible de s’en extraire, et encore moins de parcourir les tentes. Le groupe emprunta rapidement la route étroite, envahie de colporteurs, qui menait aux abords de la ville.
Lorsqu’ils parvinrent enfin à s’éloigner du quartier commerçant bondé, Maxi aperçut un groupe de femmes qui dansaient en cercle sur une colline verdoyante aux pentes douces. Son visage s’illumina d’un large sourire.
Les paroles de la vieille chanson leur parvenaient, portées par le joyeux air de vielle.
Le chevalier rassemble les morceaux
De son corps brisé
Et s’élève vers les cieux
Son chêne bien-aimé
Seul sur une colline
Agite ses fines branches dans le vent
Ô, mon bien-aimé,
Quand la neige aura fondu
Je mettrai mon corps en pièces
Et, avec mes nouvelles feuilles,
Je chanterai pour toi
Oh,
Comme j’aimerais que le vent
Porte ma voix jusqu’à toi
Le cœur de Maxi s’envola en entendant cette chanson qu’elle avait tant désiré revivre. Elle saisit les mains de ses amies et gravit la colline en courant. « Allons danser avec elles ! »
D’abord surprises, Anette et Sidina la suivirent sur la pente herbeuse et se mirent à danser en cercle. Maxi se glissa entre deux femmes qui agitaient des tambourins.
Elle continua de danser jusqu’à ce qu’un vertige la force à s’arrêter et à s’appuyer contre une clôture voisine. Sidina la repéra et se mit à tournoyer avec encore plus d’entrain, comme pour se vanter de son endurance supérieure.
Ne voulant pas être en reste, Maxi rejoignit aussitôt le cercle. Les femmes accélérèrent leurs mouvements au rythme de la vielle, qui s’emballait. Maxi tourbillonna et bondit à travers le champ jusqu’à être trempée de sueur. Ce ne fut que lorsqu’une soif insupportable la saisit qu’elle redescendit la colline.
Elliot et Ursuline, adossés à une clôture, s’empressèrent de lui offrir à boire.
« Il y a là-bas des stands d’activités, dont certains sont aussi accessibles aux dames. Souhaitez-vous les voir ? » demanda Elliot.
« Oui ! Allons-y tout de suite ! » s’exclama Sidina.
Le groupe se dirigea vers les tentes derrière la colline et commença à en découvrir les attractions. Cette partie de la fête, à l’écart du centre-ville animé, était agréablement peu fréquentée. Ils s’essayèrent au tir à l’arc sur les cibles près du mur du château, et Maxi acheta même quelques accessoires originaux à un colporteur venu de Lakazim. Ensuite, elle participa à un atelier de confection de couronnes de fleurs.
Sa couronne, qu’elle avait ambitieusement tressée avec toutes sortes de fleurs colorées, était si voyante qu’elle eut un peu honte de la porter.
Anette secoua la tête en examinant la création de Maxi. « Tu n’as vraiment pas de dextérité. »
« C’est juste que tu es particulièrement douée, rétorqua Maxi. Je pense que je suis plutôt dans la moyenne. »
Anette renifla avec dédain. Maxi lui jeta un regard en biais, puis posa délibérément la couronne sur sa tête. Pendant ce temps, Sidina, qui s’était concentrée avec application sur le tressage de ses tiges, acheva enfin la sienne. Les trois femmes continuèrent ensuite d’explorer la fête et d’en profiter.
« Allons danser encore ! » s’écria Sidina.
Visiblement conquise par la danse traditionnelle d’Anatol, Sidina partit en trombe vers la colline, comme un poulain surexcité. Maxi allait la poursuivre quand elle sentit une main se poser sur son épaule. En se retournant, elle vit Elliot désigner l’arrière d’une tente. Ses yeux s’écarquillèrent à la vue de sa jument, Rem, attachée là.
« Sir Riftan vous attend, madame », murmura Elliot.
Maxi tourna brusquement la tête vers lui. Le chevalier posa un doigt sur ses lèvres, puis lui fit signe de le suivre.
Après avoir adressé un regard désolé à ses amies, qui dansaient joyeusement sur la colline, Maxi se dirigea discrètement vers sa jument. Elle retira de sa tête l’encombrante couronne et l’accrocha à la selle de Rem, puis suivit Elliot loin de la fête.
Ils longèrent le mur de la ville pendant un moment, jusqu’à ce qu’Elliot s’engage dans un sentier étroit.
« Par ici, madame. »
Il désigna une petite entrée voûtée, manifestement réservée aux soldats. Maxi observa l’allée sombre d’un air perplexe, puis fit prudemment avancer Rem. De l’autre côté s’étendait une épaisse forêt de bouleaux, traversée par un chemin nivelé.
« Où allons-nous ? » demanda Maxi.
« Sir Riftan m’a demandé de vous escorter jusqu’à la colline derrière le château. »
Un sourire lumineux éclaira son visage. Riftan et elle s’y promenaient souvent à cheval.
« Je peux continuer seule à partir d’ici », dit-elle à Elliot.
Avant qu’il ait le temps de protester, Maxi sauta en selle et s’élança au galop. À la sortie de la forêt ombragée, une colline et un grand arbre se dressèrent devant elle. Riftan l’attendait au sommet.
Elle arrêta vivement sa jument et se précipita dans les bras de son mari, le couvrant de baisers. « Vous m’attendez depuis longtemps ? »
« Oui », répondit Riftan d’un ton maussade.
Maxi s’écarta un peu pour lui adresser un regard contrit.
Riftan croisa les bras et plissa les yeux. « N’avions-nous pas convenu d’aller ensemble à la fête ? »
« Eh bien, ce qui s’est passé, c’est que… »
« Après ma brève visite à la maison de la guilde, on m’a appris que mon épouse sans cœur était déjà partie s’amuser en ville. » Il pencha le visage vers le sien, l’expression assombrie. « Que penses-tu de cette trahison abominable ? »
« Est-il nécessaire de le dire comme ça ? » murmura Maxi, les yeux baissés avec timidité.
Riftan lui pinça la joue, prenant un air sévère pour plaisanter. « Je crois que tu me dois des excuses, jeune dame. »
« Je suis désolée. »
« Bien. Je te pardonne. » Il relâcha sa joue avec un sourire. « Mais seulement parce que je sais que tes amies vont bientôt partir. »
Puis il siffla pour appeler Talon, qui broutait derrière le gros arbre.
« Nous profiterons du reste de la fête demain », dit-il en retirant de la besace de Talon une outre de vin et un paquet de nourriture. « Pour l’instant, faisons un pique-nique. »
Une lueur de dépit traversa le visage de Maxi tandis qu’elle fixait le dos de son mari. Il n’avait pas dit un mot sur son apparence, alors qu’elle avait passé toute la matinée à se préparer.
Ces derniers temps, Riftan se comportait avec elle comme s’il la considérait comme une petite sœur. C’était agréable de le voir si détendu en sa compagnie, mais les moments où sa seule présence le faisait visiblement perdre contenance lui manquaient aussi.
Elle le regardait étaler sa cape sur l’herbe lorsqu’une idée lui vint. Elle prit la couronne sur sa selle, s’accroupit près de lui et s’éclaircit doucement la gorge.
« Riftan… J’ai quelque chose pour vous. »
Il la regarda, surpris. Avec un grand sourire, Maxi tira de derrière son dos la couronne criarde et la posa sur sa tête.
« C’est un cadeau. Vous l’accepterez, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle, les yeux suppliants.
Riftan cligna des yeux en la regardant. Il ne semblait ni aussi décontenancé ni aussi gêné qu’elle l’avait imaginé. Au contraire, quelque chose paraissait l’avoir pris au dépourvu. Perplexe, Maxi inclina la tête tandis qu’il retirait la couronne pour l’examiner. Ses lèvres s’incurvèrent en un sourire attendri.
« Merci. C’est un cadeau splendide. »
Puis il se pencha pour lui donner un baiser léger comme une plume. Maxi leva les yeux vers lui, submergée par une étrange impression de déjà-vu. Elle avait le sentiment de connaître ces yeux bienveillants depuis bien plus longtemps qu’elle ne s’en souvenait.
Une expression troublée apparut sur son visage devant ce désir inexplicable, mais elle s’effaça bientôt lorsqu’elle lui rendit son sourire.
Le pique-nique préparé par Riftan fut un pur délice. Après s’être régalée d’une tourte savoureuse et d’un gâteau fourré aux fruits confits — sans doute des créations du chef du château, passé maître en la matière —, le tout arrosé de vin de qualité, Maxi s’adossa au large tronc de l’arbre.
Le champ en contrebas baignait dans la lumière du printemps. Une brise légère balaya l’herbe et fit frémir les feuilles au-dessus d’eux. Le chant lointain de la périphérie de la ville leur parvint avec le vent, et Maxi se surprit à fredonner à son tour.
Lorsqu’elle remarqua que Riftan bâillait à s’en décrocher la mâchoire, elle tira sur sa manche et lui tapota les genoux. « Tiens, pose la tête sur mes genoux, pour te dédommager de t’avoir abandonné tout à l’heure. »
Riftan haussa un sourcil, mais ne protesta pas. Maxi rit doucement et écarta les mèches rebelles qui lui couvraient le front. Il ferma les yeux, savourant apparemment sa caresse, puis ne tarda pas à sombrer dans un léger sommeil.
Le bonheur au cœur, Maxi contempla en silence le visage paisible de son mari. À cet instant précis, une forte rafale balaya la colline.
Maxi leva les yeux. Les feuilles luxuriantes de l’arbre bruissaient comme si elles chantaient. Les paroles de la vieille ballade se mêlaient à leur musique, racontant l’histoire d’une femme et de son unique amour. Sans même en avoir conscience, Maxi murmura le dernier couplet.
Je t’aimerai
Jusqu’à mon dernier souffle
Sentant Riftan lui serrer doucement la main, elle lui rendit son étreinte. La tête appuyée contre le tronc, une pensée lui traversa l’esprit.
Rien ne pouvait être plus paisible que cet instant.