Chapitre 447
447 Chapitre 208
Baissant sa visière, Riftan fixa de son regard perçant le géant qui lui faisait face. Richard Breston, qui se pavanait avec arrogance, son épée ensanglantée posée sur l’épaule, adopta lentement une posture offensive.
L’air humide pesait, chargé de la soif de sang manifeste de l’homme. Il était évident qu’il ne s’intéressait pas à un simple duel d’escrime : son seul objectif était d’anéantir son ennemi.
Riftan inclina son épée, prêt au combat. Le vacarme des spectateurs déchaînés s’estompa tandis que ses sens se concentraient sur la bête devant lui. De lentes bouffées blanches s’échappaient de la bouche de l’homme, comme d’un dragon sur le point de cracher du feu.
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Ces pensées traversaient l’esprit de Riftan lorsque le Nordique se rua sur lui avec une force explosive. Il balança son épée ; le choc résonna dans son épaule comme un coup de tonnerre. L’attaque avait la puissance d’un ogre frappant avec une masse de fer.
Riftan élargit sa position pour tenir bon. L’immense espadon du Nordique, deux fois plus grand qu’une claymore ordinaire, était intimidant à lui seul. Entre les mains d’un homme manifestement issu d’une lignée de géants, cette arme frappait comme un bélier.
Saisissant la poignée de son épée à deux mains, Riftan repoussa son adversaire, mais celui-ci ne bougea pas d’un pouce. Derrière la visière de Breston, ses yeux rouge sang brillèrent tandis qu’il laissait échapper un rire cruel.
« Quelle déception. C’est tout ce que peut faire le fameux tueur de dragons ? »
Riftan déplaça discrètement son épée pour dévier celle de Breston. Puis, pivotant d’un demi-tour, il frappa de l’autre côté. Mais Breston fut plus rapide.
Après avoir plongé en avant pour esquiver l’attaque, Breston balaya les jambes de Riftan d’un coup venu d’en bas. Sa longue lame racla le sol avant de se redresser en tourbillonnant. Il maniait une aura de lame.
Riftan se tordit sur le côté et échappa de justesse au coup qui visait sa poitrine. Sans se laisser décourager, son adversaire se rua de nouveau sur lui et abattit son arme avec une force colossale. Riftan bondit en arrière pour prendre ses distances. L’espadon fendit l’air avant de s’enfoncer profondément dans le sol. L’arène trembla comme si une météorite l’avait frappée.
Riftan recula pour éviter les éclaboussures de boue et adopta une posture défensive. Son adversaire serra les dents en arrachant son épée au trou qu’elle avait creusé dans le sol.
« À quoi tu joues ? » beugla l’homme, sa voix furieuse résonnant dans le stade. « Tu espères encore remporter une victoire honorable contre moi ? »
Sans tenir compte de ses provocations, Riftan affûta son regard, à la recherche d’une ouverture. Apparemment exaspéré par son calme, Richard Breston se rua sur lui comme un taureau furieux.
« Je veux un combat à mort ! Une bataille qui décidera du sort de l’humanité ! Cette mascarade de combat ne me suffit pas ! »
Sa lame gigantesque s’abattit sur la tête de Riftan. Celui-ci esquiva l’attaque fulgurante d’un pas de côté et riposta d’un coup diagonal, brisant brièvement l’élan de son adversaire. Pourtant, le Nordique s’accroupit aussitôt et balaya le sol de son épée avant que Riftan ait le temps de contre-attaquer.
Riftan intercepta de justesse la lame qui visait sa tête. À cet instant, un froid mordant lui parcourut la peau. Il recula, une douleur brûlante lui transperçant le poignet droit. Du givre recouvrait son gantelet et son brassard.
On dirait que ce n’est pas de la magie.
Après avoir ouvert et refermé le poing, Riftan jeta un bref coup d’œil à l’estrade. Si les grands prêtres avaient détecté la moindre magie, ils auraient aussitôt interrompu le duel. Comme aucun d’eux ne bougeait, Riftan en conclut que le givre provenait d’un pouvoir inhérent au grand espadon de Richard Breston.
Passant son arme dans sa main gauche, Riftan se mit à tourner autour de lui avec la prudence d’un loup qui guette sa proie, attendant le bon moment pour bondir.
Breston pointa son épée vers Riftan et le provoqua : « On dirait un chien de chasse bien dressé. »
Riftan ne répondit pas.
« Où est passée ta rage de guerrier ? Le pantin de Reuben III, le jouet du duc de Croyso, et maintenant un pion dans le jeu d’échecs du pape. Même le bétail ne serait pas aussi docile que toi. »
Riftan resta concentré, insensible à ses provocations. Son absence de réaction déforma le visage du Nordique en un rictus démoniaque.
« Une bête en cage survit grâce à la nourriture que lui donne son maître, gronda-t-il, mais le loup tue avec ses crocs, l’aigle avec ses serres et le bison avec ses cornes. Quant à l’homme, on lui a donné des épées et des armures pour faire la guerre. »
Le grand espadon de Breston se mit à luire d’une lueur blanche. Il abaissa sa posture et lança avec férocité : « Tu as réduit à néant mes ambitions… nos ambitions. Maintenant, Riftan Calypse, tu vas payer ! »
Le géant bondit dans les airs. C’était une prouesse stupéfiante pour un homme de sa carrure, surtout en armure lourde. Riftan plongea sur le côté tandis que Breston retombait dans un fracas assourdissant, creusant un cratère et projetant la boue en gerbes pareilles à des vagues.
Profitant de l’aveuglement momentané de Riftan, causé par les débris, Richard Breston fondit sur lui et lança une attaque incessante. Riftan recula sans relâche, parant chaque coup sauvage. En comprenant que son adversaire cherchait à garder le contrôle tout en attendant le moment propice pour frapper, Breston vit la fureur s’allumer dans ses yeux.
Le Nordique serra les dents et taillada rageusement l’air de son épée. « Tu crois que tu es devenu quelqu’un parce que les gens t’appellent la réincarnation de Wigrew ? »
Après avoir bloqué de justesse un coup vertical, Riftan saisit son épée à deux mains et repoussa Breston de toutes ses forces. Il vit les bras de son adversaire trembler.
Breston insista et siffla : « Tu peux jouer les chevaliers tant que tu veux, tu resteras toujours un étranger ! »
Riftan donna une dernière poussée, faisant légèrement chanceler Breston en arrière.
Mais le Nordique croisa de nouveau les épées et cracha : « Ta mère était une putain païenne, et ton père assez dépravé pour tremper sa queue en elle. » Puis, riant au nez de Riftan, il ajouta : « Et toi, tu es le rejeton de ces bêtes sans vergogne. »
Dans un déferlement de puissance, Riftan le repoussa et se jeta sur lui. Breston tenta de se défendre, mais il était trop tard.
La lame de Riftan trancha son armure et lui ouvrit une longue entaille au bras et à la poitrine. Pourtant, Breston sembla presque ravi d’avoir enfin réussi à le faire réagir. Il éclata d’un rire tonitruant et contre-attaqua.
« La vérité te fait mal ? »
Riftan dévia l’épée de Breston et visa sa poitrine découverte d’une estocade.
Breston la bloqua de justesse et poursuivit ses railleries : « Tu veux en entendre une autre, que tu ignores ? » Sa voix s’abaissa, comme s’il s’apprêtait à révéler un grand secret. « La rouquine est tout autant une putain, puisqu’elle écarte les jambes pour un roturier comme toi. »
Quelque chose se brisa en Riftan. Avant même qu’il ait pu prendre une décision consciente, son corps réagit et projeta le géant dans les airs. Breston décrivit un arc en direction des gradins, mais heurta heureusement l’un des piliers de soutien. Malgré tout, les spectateurs, pris de panique, se mirent à fuir.
Imperturbable au milieu du chaos, Breston se releva d’un bond en riant à gorge déployée. « Maintenant, tu es prêt à te battre pour de vrai ! »
Sur ces mots, l’homme se jeta dans l’arène. Riftan affronta de plein fouet ce boulet de canon humain. Leurs épées s’entrechoquèrent avec une telle violence que des bourrasques balayèrent le stade.
Riftan sentit le froid glacial du grand espadon blanc s’infiltrer dans ses doigts. Peu lui importait que son armure se couvre de givre : il repoussa son adversaire, puis lança les bras en grand. Breston para le coup, mais, s’il avait été ne serait-ce qu’un peu plus lent, il aurait été fendu en deux.
Breston afficha un sourire carnassier. Gris de joie d’avoir réussi à provoquer son adversaire, il semblait presque euphorique, sans se rendre compte qu’il venait d’échapper de peu à la mort.
D’un puissant bond, Breston balança son épée dans un large mouvement horizontal. Riftan réagit rapidement, esquiva en pivotant sur le côté et riposta de sa propre lame.
Alors qu’il tailladait la cuisse du Nordique, celui-ci leva sa longue jambe musclée et asséna un violent coup de pied dans l’abdomen de Riftan. C’était comme être percuté par un taureau furieux.
Obligé de racler le sol avec son épée pour ne pas tomber, Riftan vit Richard Breston charger. Le géant fonça sur lui, projetant de la boue dans toutes les directions. Au lieu d’esquiver, Riftan élargit sa position et prépara son épée. Alors qu’une ombre immense s’abattait sur lui, il frappa en diagonale de toutes ses forces et renversa Breston comme un épouvantail culbuté.
Profitant de l’occasion, Riftan se jeta sur le géant à terre et enfonça son épée entre son épaule et sa poitrine. La lame transperça la chair et les muscles avant de se planter dans la boue en contrebas.
L’immobilisant d’un genou sur la poitrine, Riftan cracha : « Rends-toi, si tu tiens à la vie. »
Breston se mit à trembler de façon incontrôlable. Il rit dans la boue et le provoqua : « Vas-y. Tue-moi. »
Riftan plissait les yeux dans le silence qui suivit lorsqu’il se rejeta brusquement en arrière : Breston venait de cogner sa tête contre la sienne. Le sang lui coulait désormais du front. Il s’éloigna de son adversaire.
Mais Breston se releva d’un bond, aussi vigoureux qu’une bête sauvage, et s’accroupit aussitôt en position offensive. « Je préfère te prévenir : je ne suis pas du genre à accepter la défaite. »
Riftan se tint le front tout en observant l’homme en silence.
« Personne ne se rendra, gronda Breston avec la férocité d’un prédateur qui flaire le sang. Ce duel ne s’achèvera que lorsque l’un de nous sera mort. »
« Je vois », répondit enfin Riftan, la frustration perceptible dans sa voix.
Rassemblant ses forces, il se rua en avant. Le Nordique leva son espadon pour parer, aggravant la blessure à l’épaule et imbibant de sang l’uniforme de combat porté sous son armure. Même ainsi, il refusa de reculer.
Breston balança son espadon en un large arc, apparemment indifférent au risque de perdre à jamais l’usage de son bras. La folie s’était emparée de lui, une folie qui se souciait peu du lendemain. Riftan était certain que l’homme ne regretterait pas de mourir de sa main.
Riftan concentra la chaleur à la pointe de sa lame. Une énergie rouge sombre parcourut sa surface métallique trouble, telle des veines palpitantes. Sentant la menace imminente, son adversaire prépara lui aussi son coup final.
Saisissant la poignée de son épée, Riftan traversa l’arène dévastée aussi vite que le vent.
Richard Breston frappa le premier. La lame blanche, nimbée d’une énergie glaciale, s’abattit comme l’éclair sur la tête de Riftan. Celui-ci riposta en frappant la lame juste au-dessus de la garde, faisant légèrement reculer les bras massifs de Breston.
C’était le moment. Riftan visa directement la poitrine découverte. Le choc, pareil à un rocher frappé par une masse de fer, projeta l’homme à travers la boue. Quand Riftan se redressa, Breston était à genoux, une main sur le ventre, crachant du sang.
Riftan le regarda de haut et déclara calmement : « J’ai gagné, Richard Breston. »
« Foutaises ! Je n’ai pas encore… »
Breston s’interrompit brusquement et baissa les yeux vers son épée. Ses yeux s’écarquillèrent de stupeur. Il ne tenait plus qu’une poignée, sans lame.
Riftan envoya d’un coup de pied la lame sectionnée vers lui. « Tu as beau vouloir te déchaîner comme une bête, je me fiche de ce que tu veux. »
Le grand espadon blanc, héritage de la famille Breston que l’on disait forgé à partir de dents de dragon, glissa dans la boue et s’arrêta aux pieds du Nordique.
Alors que celui-ci le fixait d’un regard vide, Riftan ajouta : « Je suis un chevalier. » Breston releva la tête ; Riftan soutint son regard meurtrier sans ciller. Il poursuivit lentement : « À ce titre, je respecterai le code de chevalerie et ferai grâce à mon adversaire. »
Breston ne répondit pas.
« J’ai eu maintes occasions de t’ôter la vie aujourd’hui, mais j’ai choisi de ne pas le faire. Souviens-t’en, Breston : tu ne vis que grâce à ma clémence. »
Les yeux du Nordique flamboyèrent, rouges de rage et d’humiliation. Après l’avoir observé un instant en silence, Riftan se pencha vers lui et dit d’une voix douce : « Passe le reste de tes misérables jours à porter le poids de cette défaite humiliante. »
Le visage déformé par l’humiliation, l’homme bondit sur ses pieds, apparemment prêt à poursuivre le combat malgré ses blessures.
Riftan s’apprêtait à lever son épée quand la trompette retentit sous le ciel couvert. Le combat était terminé.
« Le… vainqueur final est Sir Riftan Calypse ! »
Dès que l’annonce fut faite, des Chevaliers du Temple en armes envahirent l’arène. Sejuleu Aren était parmi eux. Face à Breston, il déclara : « Si vous souhaitez préserver ce qui vous reste d’honneur chevaleresque, je vous conseille d’accepter votre défaite. »
Les yeux rouges du Nordique lancèrent des éclairs menaçants. Après avoir fulminé comme une bête acculée, il finit par tourner les talons et s’éloigna. Son avant-bras saignait abondamment, laissant une traînée écarlate sur le sol ravagé de l’arène. Les chevaliers de son ordre se précipitèrent pour l’aider, mais il les repoussa brutalement et sortit en trombe.
Ce fut alors que le public, qui avait retenu son souffle d’un seul mouvement, éclata en acclamations.
« Rosem Wigrew d’Calypse ! Le nouveau maître d’Ascalon ! »
Riftan rengaina son épée et se tourna vers la section réservée à la noblesse. Il repéra sans peine le visage pâle de son épouse au milieu de la foule exubérante. Elle était assise avec dignité, la tête haute, mais Riftan savait qu’elle peinait à garder contenance.
À cet instant, une bourrasque humide le frôla et caressa sa silhouette élancée. Des mèches de ses cheveux jusque-là impeccablement coiffés se défirent et retombèrent doucement autour de son visage.
Dans son esprit, l’image d’une jeune fille solitaire sembla se superposer à celle de son épouse. Mais l’instant fut fugace, et la scène redevint bientôt celle de la noble dame qui le regardait d’en haut avec inquiétude et tendresse.
Il prit une profonde inspiration, puis expira lentement. Ce stade ne serait pas le théâtre de son déshonneur. Il ne s’était battu ni pour le pape ni pour la paix des Sept Royaumes.
Il s’était battu pour elle seule, et voulait que tout le monde le sache.