Chapitre 446
Les nobles se prélassaient sous des auvents colorés, brodés chacun de leurs armoiries. Des dizaines de serviteurs s’affairaient autour d’eux, veillant à satisfaire le moindre de leurs besoins. En contrebas, les riches citoyens prenaient place, tandis que le rez-de-chaussée grouillait de gens du peuple vêtus plus modestement. On aurait dit que toute Balbourne s’était donné rendez-vous dans le stade.
Riftan parcourut du regard les spectateurs, dont les visages étaient rouges de chaleur et d’excitation, puis s’arrêta sur l’espace réservé à la noblesse de Wedon. Malgré la distance, il repéra aussitôt son épouse parmi les aristocrates vêtus avec extravagance.
Elle était d’une élégance saisissante dans sa robe vert sombre, ses longues mèches soigneusement relevées en chignon. Il ne distinguait pas son expression, mais sa posture raide lui apprit qu’elle était anxieuse.
Son visage s’assombrit d’inquiétude : il craignait que le stress ne la fasse défaillir. Il savait bien que son épouse n’était pas aussi fragile qu’elle en avait l’air, mais ne pouvait s’empêcher de s’alarmer chaque fois qu’il posait les yeux sur elle.
« Et maintenant, le moment que vous attendiez tous ! » tonna l’administrateur, vêtu de manière flamboyante. « Que les demi-finales commencent ! »
Depuis l’entrée de l’arène, Riftan détourna son attention de la foule pour la porter sur l’estrade.
« Pour le premier combat, le champion de Livadon et commandant des Chevaliers royaux de Bolosé, sir Sejuleu Aren, affrontera le champion de Wedon et commandant des Chevaliers du Dragon rouge, sir Riftan Calypse ! Que les chevaliers entrent dans l’arène ! »
La foule éclata en acclamations assourdissantes. Riftan se retourna en entendant de lourds pas approcher derrière lui. Sejuleu Aren, vêtu d’une armure noire, vint se placer à ses côtés.
« Prêt à te faire rosser, mon ami ? » lança le chevalier d’un ton enjoué.
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Sans relever sa provocation, Riftan s’avança dans l’arène. Les acclamations s’apaisèrent tandis que les deux chevaliers se faisaient face.
Levant la main, l’administrateur déclara : « Ce tournoi rend hommage à l’esprit de Wigrew et des douze chevaliers ! J’exhorte nos combattants à respecter le code de la chevalerie dans leur duel ! »
Au son de la trompette qui annonçait le début du combat, Riftan dégaina aussitôt et adopta une posture offensive. Sejuleu Aren pointa la lame de son épée vers lui. Malgré son humeur habituellement joviale, sa posture ne trahissait pas la moindre faiblesse.
Les lèvres de Riftan s’incurvèrent légèrement. Le commandant livadonien n’était manifestement pas qu’un beau parleur. Cette fois, il était bien plus sur ses gardes que lors de leur premier duel.
« Tu ne devrais pas en finir en trois minutes pour préserver ta réputation ? » le railla Sejuleu, tandis que Riftan cherchait une ouverture sans bouger. Sans prêter attention à sa pique, Riftan élabora sa stratégie.
Soudain, la lame étincelante de Sejuleu fondit sur lui. Riftan leva son épée et sentit la force du coup lui secouer les bras. La puissance inattendue de l’attaque fit monter son adrénaline.
Il repoussa Sejuleu, prêt à contre-attaquer. Mais avant même qu’il ait pu brandir son arme, un nouvel assaut s’abattit sur lui. Le regard de Riftan virevoltait à la recherche d’une ouverture tandis qu’il parait sans relâche les attaques de Sejuleu. Le chevalier ne semblait pas vouloir faire durer le combat.
Il ne me laisse pas la moindre occasion d’attaquer.
Sejuleu, déterminé à l’emporter rapidement, se concentrait uniquement sur l’offensive. Il semblait savoir que le temps jouait contre lui. Riftan recula, aiguisant ses sens à l’extrême. La moindre erreur pouvait lui être fatale.
Fidèle à sa réputation de maître d’armes, Sejuleu Aren maniait sa lame par des coups rapides et imprévisibles. Son arme semblait douée d’une volonté propre.
Riftan serra les mâchoires en se concentrant sur la lame étincelante de son adversaire, qui fondait sur lui des deux côtés. Il para chaque coup, tout en gardant une distance constante. Puis, brusquement, Sejuleu changea son rythme.
Comprenant que son adversaire cherchait à porter un coup décisif, Riftan se prépara à l’encaisser. Presque dans le même instant, la lame acérée jaillit vers sa poitrine avec la précision d’une flèche. Il leva vivement son épée, dévia le coup et se déporta sur le côté pour déséquilibrer Sejuleu.
Sejuleu se baissa pour adopter une posture défensive, mais Riftan repéra une ouverture fugace et visa son flanc. Des étincelles bleues jaillirent au choc de leurs lames. Un crissement aigu résonna, et le sang coula.
Riftan claqua la langue en reculant. Son attaque avait manqué sa cible de peu et n’avait laissé qu’une entaille superficielle au bras de son adversaire. Malgré tout, l’issue du combat était désormais claire.
Il réduisit de nouveau la distance, Sejuleu étant à présent sur la défensive. Quand Riftan lança un puissant coup, Sejuleu parvint à peine à le bloquer ; il ne faisait clairement pas le poids face à sa force.
Le commandant livadonien serra les dents tandis qu’il reculait, impuissant. « Je vois que tu es toujours aussi fort. »
Riftan abattit son épée à deux mains, au point de presque enfoncer les jambes de Sejuleu dans la boue. Conscient de son désavantage physique, Sejuleu fit habilement pivoter sa lame pour dévier celle de Riftan, puis se jeta sur sa cuisse.
Mais Riftan fut plus rapide. Il balaya l’espace d’un coup diagonal ; sa lame passa juste sous le casque de Sejuleu. Sentant le danger imminent, celui-ci s’immobilisa aussitôt.
Après un instant de silence étouffant, Sejuleu expira profondément. « Je me rends. »
La trompette retentit depuis l’estrade, et le public éclata en applaudissements tonitruants. Riftan abaissa lentement sa lame, qu’il tenait contre la gorge de son adversaire. Sejuleu retira son casque, le jeta de côté et passa une main dans ses cheveux humides.
« L’Exterminateur de dragons est décidément un adversaire coriace. »
Plissant les yeux sous les acclamations assourdissantes, Riftan releva sa visière. Ses sens étaient à ce point exacerbés que les bruits puissants lui étaient plus difficiles à supporter que d’ordinaire.
« Tu as progressé, dit Riftan en rengainant son épée. Le combat était serré. »
« De ta part, je prends ça pour un grand compliment », répondit Sejuleu en souriant. Il lui tendit la main.
Riftan hésita, les yeux fixés sur la main tendue. Après avoir brièvement étudié le visage rayonnant de Sejuleu, il finit par accepter la poignée de main.
Le sourire de Sejuleu s’élargit. « C’était un combat grisant. J’attends notre prochaine rencontre avec impatience. »
Relâchant sa main, Riftan se tourna vers l’entrée de l’arène. Il s’apprêtait à sortir lorsqu’il aperçut Richard Breston, prêt pour le tour suivant. Le chevalier du Nord avait l’air visiblement mal à l’aise.
Breston saisit Riftan par l’épaule alors qu’il allait gagner la salle d’attente et lui siffla à l’oreille : « Ne t’attends pas à ce que notre combat soit aussi ennuyeux. »
Poussant Riftan par l’épaule, Breston s’avança dans l’arène. La trompette retentit de nouveau.
« Le prochain combat opposera sir Richard Breston, des chevaliers de Phil Aaron, à sir Nell Anthus, de la garde royale d’Arex ! »
Lorsque les acclamations retombèrent, une étrange tension s’installa dans le stade. Incertaine de la férocité dont Richard Breston ferait preuve cette fois-ci, la foule se tut, nerveuse. Le chevalier d’Arex entra dans un silence palpable, son surcot jaune drapé sur son armure de plates.
Lorsque les deux chevaliers se firent face, l’administrateur lança : « J’exhorte nos combattants à respecter le code de la chevalerie et à livrer un duel loyal ! »
À peine l’annonce achevée, Breston tira de son dos son espadon blanc. Après avoir soigneusement étudié la posture de son adversaire, Riftan observa l’autre chevalier. Sir Nell Anthus semblait tendu, visiblement effrayé.
Il compte probablement se rendre après quelques coups.
Bien que son honneur l’empêchât de déclarer forfait d’emblée, il ne semblait nullement désireux de se battre sérieusement contre le chevalier du Nord.
Le regard de Riftan s’attarda sur l’expression crispée et peu assurée de Nell Anthus, puis il se détourna. Un cri atroce le fit alors sursauter. Se retournant vivement, il vit l’épée de Breston profondément enfoncée dans l’épaule d’Anthus.
« Tu dégaines pour sauver la face, mais tu n’as aucune intention de te battre. Quel déshonneur », railla Breston en donnant un coup de pied à son adversaire à terre, puis en arrachant sa lame ensanglantée. Il la pointa ensuite vers Riftan. « Tu peux venir, maintenant. Le vrai spectacle va commencer. »
Après avoir observé Breston d’un regard glacial, Riftan jeta un coup d’œil au chevalier blessé. Des clercs se précipitèrent pour le soigner par magie, mais il était évident que sa blessure serait mortelle. Riftan entra dans l’arène.
« Oui, finissons-en maintenant, dit-il en dégainant son épée. Tu m’as lassé. »
La foule pétrifiée se mit à murmurer. Décontenancé, l’administrateur déclara d’une voix forte : « Le règlement du tournoi doit être respecté ! Je demande aux deux finalistes de rester dans la salle d’attente jusqu’à ce que la situation soit résolue. »
« À quoi bon attendre ? rétorqua Breston. Les demi-finales sont terminées ! Il est temps de désigner le vainqueur. »
Au milieu des murmures, certaines voix réclamèrent la finale. Ceux qui avaient soif de sang se mirent à scander qu’ils voulaient un combat spectaculaire.
L’administrateur décontenancé se tourna vers les grands prêtres. Après avoir délibéré entre eux, le visage grave, ceux-ci finirent par donner leur accord à contrecœur. Le combat final allait commencer.
Se raclant la gorge, l’administrateur tonna : « Avec l’accord des finalistes, la finale va commencer ! »
Des acclamations enthousiastes firent trembler l’air humide. Riftan passa devant la mare de sang et prit position au centre de l’arène boueuse. Lorsque le chevalier d’Arex fut emporté sur une civière, la trompette retentit pour signaler le début du combat.