Chapitre 442
442 Chapitre 203
Alors que Maxi quittait les gradins, l’esprit ailleurs, la voix animée de Sidina la tira de ses pensées.
« Les exploits de sir Riftan sont devenus une véritable légende, ici, à Balbourne ! Réfléchissez un peu. Il a fait une entrée fracassante, comme une comète, en remportant l’épée de sir Khan Miguel lors d’un tournoi. Il a vaincu sans peine les chevaliers les plus forts. Puis, après plus de dix ans, il revient, auréolé du nom de Rosem Wigrew, pour devenir le nouveau porteur d’Ascalon. N’est-ce pas épique ? Son histoire est sur toutes les lèvres dans les tavernes. »
Surprise, Maxi se tourna vers Sidina. Elle savait que l’épée bâtarde de Riftan comptait parmi les plus précieuses des Sept Royaumes, mais elle ignorait qu’elle avait appartenu à l’un des douze chevaliers de Darian le Monarque.
Elle déglutit et balaya du regard la foule près de la sortie. Tous les visages rayonnaient d’excitation, comme si chacun s’apprêtait à voir un mythe prendre vie. Le cœur de Maxi se serra. Une grande main jaillit alors de derrière un pilier. Elle poussa un cri, surprise, puis reconnut cette odeur familière. Elle leva les yeux vers le visage bronzé et ciselé de son mari.
« R-Riftan… »
La serrant contre lui, Riftan dit à Garrow : « Vous pouvez disposer. Escortez les mages jusqu’à leurs quartiers. »
Puis il fit volte-face et s’éloigna sans attendre de réponse. Perplexe, Maxi le suivit comme une chèvre attachée à une laisse. Où l’emmenait-il ?
Il longea le mur du stade, puis s’engagea dans une ruelle isolée. Maxi jeta des regards anxieux à droite et à gauche.
« Q-Qu’est-ce qu’il y a ? Où allons-nous si préci— »
Le reste de ses paroles fut étouffé par un baiser. Les yeux de Maxi s’écarquillèrent de surprise. Riftan la souleva du sol et l’embrassa avec la faim d’un homme privé de nourriture depuis des jours. Cette passion tranchait tellement avec le bref baiser qu’ils avaient échangé un peu plus tôt qu’elle se demanda presque si c’était bien le même homme qui s’était éloigné d’elle.
Dans un gémissement, Maxi s’agrippa à son manteau. Sa langue, brûlante et insistante, s’entremêlait profondément à la sienne. Quand elle tenta de reprendre son souffle, ses lèvres la suivirent avec obstination. Elle le repoussa par les épaules, mais il se contenta de soupirer d’impatience, la plaqua contre le mur et mordilla sa lèvre inférieure.
« Ne bouge pas », marmonna-t-il en approfondissant le baiser.
La tête lui tournant, Maxi ferma les yeux. Le bruit de leurs baisers passionnés lui emplissait les oreilles. Chaque effleurement de sa langue brûlante lui picotait la nuque, et son cœur menaçait d’exploser. Riftan ne se détacha d’elle que lorsqu’elle sentit qu’elle allait défaillir.
« Pense à respirer », dit-il.
Rouge et haletante, Maxi lui lança un regard incrédule. « J-je le ferais… si vous m’en laissiez le temps ! »
« Je t’en laisse le temps, maintenant. Respire autant que tu veux », répondit-il d’un ton magnanime avant de plonger la bouche dans son cou. Toute troublée, Maxi jeta rapidement un coup d’œil autour d’elle.
Ils se trouvaient dans une ruelle étroite, entourée de caisses vides et de piles de bois. Impossible de savoir à quoi servaient ces provisions. L’endroit était manifestement peu fréquenté, mais quelqu’un pouvait toujours surgir.
Maxi lui martela l’épaule du poing. « V-vous devez arrêter. Nous sommes en public… À quoi pensez-vous ? »
Riftan cessa de lui mordiller le lobe de l’oreille et gronda : « Je me maîtrisais très bien jusqu’à ce que tu me provoques. »
Maxi fronça les sourcils, exaspérée. « C-comment vous ai-je provoqué, au juste ? Et… je-je ne me souviens pas vous avoir demandé de vous maîtriser. »
« C’est comme ça que tu réponds à ton mari, qui s’efforce désespérément de ne pas troubler ton sommeil ? »
« Je ne vous ai jamais demandé d’être aussi prévenant. »
Riftan plissa les yeux. « Ah oui ? »
Son ton menaçant ramena Maxi à la raison. Comprenant qu’elle poussait à bout un homme dont la patience était déjà à la limite, elle arrêta aussitôt ses mains baladeuses avant qu’elles ne se glissent sous son manteau.
« P-pas maintenant. Plus tard. Je ne veux pas le faire ici. »
Il continua pourtant à lui caresser la poitrine par-dessus sa robe de soie légère, les sourcils froncés. Il semblait tiraillé. La frustration de n’avoir pas pu assouvir son désir était manifestement à son comble. Malgré son souffle laborieux et la luxure qui brillait dans ses yeux, il retira sa main à contrecœur. Puis il gémit et cogna son front contre le mur.
Maxi ne put s’empêcher de rire. Ce redoutable chevalier qui se comportait comme un enfant déçu, c’était amusant. Plus à l’aise, elle lui embrassa la joue.
« Soyez encore un peu patient. C’est votre fort, après tout. »
Le visage grave, Riftan demanda : « Tu te rends compte que tu deviens plus méchante de jour en jour ? »
Avec un sourire, Maxi lui embrassa l’autre joue.
Il la fusilla du regard, toujours visiblement frustré, puis passa les doigts dans ses cheveux et recula. « Vas-y. Taquine-moi autant que tu veux. Mais sache que ce soir, je te le rendrai au centuple. »freewebnov(e)l
Maxi rit pour lui montrer qu’elle n’avait pas peur. « J’ai hâte. »
Après lui avoir lancé un regard agacé, Riftan soupira doucement et l’aida à remettre ses vêtements en ordre. Ils sortirent de la ruelle pour déboucher sur une rue déserte. Le ciel rougissait au soleil couchant et les boutiques du quartier fermaient leurs portes.
En traversant la place, Maxi remarqua la grande taverne et plusieurs puissants chevaux de guerre attachés derrière une clôture. Elle les observait, se demandant si des chevaliers étaient à l’intérieur en train de profiter de leur soirée, lorsqu’elle entendit des éclats de voix tout près. Elle se retourna et aperçut Richard Breston et ses hommes, installés autour d’une table dans la cour de la taverne. Elle tira rapidement Riftan par le bras.
« A-allons-y », le pressa-t-elle.
Riftan les observait en silence, mais se laissa docilement entraîner par elle.
« Tiens, qui voilà ? » lança derrière eux une voix enjouée. « L’homme dont toute la ville parle. »
Maxi étouffa un gémissement. Parmi tous ceux qui auraient pu les remarquer, il avait fallu que ce soit Richard Breston. Adossé à la clôture de la taverne, Breston se mit à parler, visiblement décidé à les provoquer. Son haleine empestait le vin.
« Mais pourquoi le chevalier invincible m’évite-t-il comme un lâche ? »
« Qui aurait envie de marcher sur une ordure ? » répliqua Riftan.
« Bon sang, pourquoi tant de colère ? Même moi, je souris alors qu’on a renversé sous mes yeux la table que j’avais préparée. »
Breston haussa les épaules et éclata d’un rire tonitruant. Un frisson parcourut l’échine de Maxi. Il était manifestement ivre.
« I-Ignorez-le », souffla-t-elle à Riftan.
« Ne t’inquiète pas. Je n’ai pas l’intention de faire une scène ici », la rassura Riftan avant de les entraîner dans l’autre direction.
Breston n’avait cependant pas l’intention de s’arrêter là.
« Ça me revient ! » cria-t-il à leur intention. « Demain, je suis opposé à ton chien ! »
Riftan s’immobilisa, puis se tourna vers Breston.
Après avoir avalé une gorgée dans sa chope, le Nordien marmonna d’une voix pâteuse : « Je m’excuse d’avance. Quelqu’un m’a mis de mauvaise humeur. Avec toute cette rage, je risque de paralyser mon adversaire sans le faire exprès. »
« Essaie donc, répondit Riftan d’une voix d’une douceur glaciale. Mais sache que je te ferai la même chose, sans le faire exprès. »
Richard Breston conserva son sourire malgré cette menace inquiétante. Il rit et leva sa chope. « Ah, comme c’est excitant. Grâce à quelqu’un, je n’ai plus rien à perdre, maintenant. »
Riftan lui lança un regard menaçant, puis s’éloigna.
« Q-Qui est son… adversaire ? » demanda Maxi avec urgence.
« D’après sa description, Rovar ou Nirtha », répondit Riftan entre ses dents. Il y avait tout simplement trop de participants pour en être certain.
Maxi jeta un coup d’œil autour d’elle avant de demander prudemment : « Ne devrions-nous pas leur conseiller de déclarer forfait ? Qui sait ce que cet homme va… »
« Tu me demandes d’insulter mes hommes ? » Les lèvres de Riftan se tordirent en un sourire sarcastique. « Je leur dis de battre en retraite s’ils ne veulent pas être blessés ? Parce que Richard Breston m’en veut ? Je doute qu’ils m’écoutent. »
« Inutile d’être sarcastique. Je suis seulement… inquiète. »
Riftan soupira. « Ce ne sont pas des bretteurs qui se laisseraient massacrer. Tu n’as pas à t’inquiéter. »
Après avoir observé son visage sans rien dire, Maxi reporta son regard sur le stade. L’édifice circulaire baignait à présent dans les teintes rouges du coucher de soleil. Elle serra la main de Riftan, tentant de chasser ses craintes.
***
Le lendemain, le stade accueillit une foule encore plus nombreuse. Incapable de trouver des places dans les gradins réservés au public, Maxi se faufila entre les spectateurs en direction des sièges réservés à la noblesse. Tout en marchant, elle essaya d’estimer le nombre de personnes présentes. À vue de nez, plus de dix mille personnes étaient venues assister au tournoi. Le spectacle était vraiment impressionnant.
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