Chapitre 439
439 Chapitre 200
« C’est l’un des rares privilèges dont jouit un pape », répondit le chef religieux en haussant les épaules.
Riftan fronça les sourcils. Malgré l’air hautain du pape, il percevait une pointe d’irritation dans sa voix. Peut-être que les controverses et les critiques incessantes qui avaient suivi sa nomination avaient fini par le lasser de sa charge.
Faisant mine de ne pas entendre le cynisme dans la voix du pape, Riftan demanda : « Puis-je savoir pourquoi vous avez troublé le repos des morts pour me faire venir ? »
« Vous êtes bien impatient, n’est-ce pas ? » Le pape le dévisagea avec mécontentement, puis déclara d’un ton résigné : « Très bien. Je vais aller droit au but. On m’a informé que vous aviez refusé l’offre de Sir Aren. »
Abandonnant son masque désinvolte, le pape fixa Riftan d’un regard perçant. « Croyez-vous vraiment que l’ordre actuel puisse se maintenir longtemps ? »
Riftan décroisa les bras et s’interrogea sur les raisons de cette question. Était-ce une mise à l’épreuve, ou cherchait-il une confirmation ? Les deux possibilités le mettaient mal à l’aise.
« N’est-ce pas au Saint-Père de faire en sorte que cela soit possible ? » répliqua Riftan, un sourire sarcastique aux lèvres.
La bouche du pape se crispa. La remarque insolente l’avait manifestement irrité, mais Riftan s’en moquait. Il en avait assez des gens qui tentaient de sonder ses intentions par des questions détournées.
« La Confédération méridionale de Balto montre les crocs, et même Heimdall VI souhaite maintenir l’accord de paix pour le moment, ajouta Riftan d’un ton glacial. Quand Dristan aura recouvré ses anciens territoires, il n’aura plus aucune raison de faire la guerre. L’armistice sera donc préservé. »
Plongeant son regard dans les yeux turquoise du pape, Riftan articula lentement : « La suite dépend de vous. »
« Je regrette de ne pas disposer d’un tel pouvoir, avoua le pape à voix basse. L’Église n’a jamais été aussi divisée. Comment pourrais-je espérer maintenir dans l’ordre les nobles des Sept Royaumes, alors que je suis incapable d’unifier une Église morcelée ? »
« Pourtant, vous semblez avoir efficacement réduit au silence les clercs orthodoxes », remarqua Riftan en fronçant les sourcils.
Jusqu’ici, tout ce qu’il avait observé lui indiquait que le pape était un homme d’une remarquable habileté. Devenu pape avant ses cinquante ans après avoir manœuvré plus habilement que treize grands prêtres, il avait dirigé avec brio le Conseil des Sept Royaumes sans céder aux pressions des autres monarques. Riftan ne comprenait pas pourquoi un homme aussi capable se présentait comme faible.
Le pape eut un sourire amer. « Il serait plus juste de dire que j’ai conclu une trêve provisoire avec eux. »
Se détournant pour faire face à l’autel, il prit un ton grave. « Comme vous le savez sans doute, des monstres se cachaient dans la basilique. Et, chose stupéfiante, il s’agissait de clercs officiellement ordonnés par l’Église du Nord. »
Riftan ouvrit de grands yeux. « Ils ne se faisaient pas simplement passer pour des clercs ? »
« En effet. Déguisés en humains, ces monstres ont infiltré le clergé de Balto. Ils n’ont pu y parvenir que parce que personne ne soupçonnait les monstres de pouvoir imiter les humains avec autant de perfection. » Le pape marqua une pause et poussa un soupir. « L’Église orthodoxe a été complètement dupée et a, sans le savoir, envoyé ces faux clercs à la Grande Basilique d’Osiriya. Voilà comment les monstres ont pu vivre parmi nous sans se faire prendre. »
« Je suppose que ce sont eux qui ont volé la pierre de Sektor. »
Le pape acquiesça. « L’Église orthodoxe ne peut plus me tenir pour responsable. Pas après avoir envoyé ces monstres à la Grande Basilique. M’accuser du vol ne ferait que se retourner contre elle. »
« N’est-ce pas une tournure des événements qui vous arrange, Votre Sainteté ? » fit remarquer Riftan avec sarcasme.
Le pape lui lança un regard noir. « En quoi cela m’arrangerait-il ? Nous sommes divisés, certes, mais nous ne formons au bout du compte qu’un seul corps. L’Église orthodoxe est aussi ma famille. Si cela venait à s’ébruiter, toute l’Église serait discréditée et mon autorité gravement affaiblie. Dans le pire des cas, les gens pourraient perdre toute foi en l’Église. »
Le visage du pape s’assombrit, rongé par l’inquiétude.
« L’Église a commis d’innombrables erreurs. Combien de temps encore pourrons-nous contenir les monarques bestiaux dans l’enclos que nous appelons la paix ? »
Riftan resta sans voix. Alors qu’il courait partout comme un imbécile, s’efforçant désespérément de préserver la paix dans les Sept Royaumes, le principal défenseur de l’armistice était sur le point de baisser les bras.
« Puis-je vous demander pourquoi vous me dites tout cela ? » demanda-t-il avec mordant. Abandonnant son calme de façade, il gronda : « Vous insinuez que je devrais renoncer à mes efforts vains et me préparer à la guerre ? »freewebno vel.co m
« Je vous demande votre aide », répondit le pape, la tête haute et l’air digne. « À moi seul, je ne peux préserver l’ordre actuel et maintenir l’armistice. Il nous faut une nouvelle figure emblématique pour rallier le peuple. »
Un silence glacial tomba sur la pièce.
Après avoir fixé le pape d’un regard absent, Riftan secoua la tête, incrédule. « Je ne suis qu’un chevalier qui possède un petit domaine dans le Sud. Qu’attendez-vous de moi ? »freewe(b)novel.com
« Le peuple vous appelle la réincarnation de Wigrew. »
« Je ne suis pas le seul. »
« Certes, mais vous, Riftan Calypse, êtes le plus célèbre », déclara le pape sans détour. « Geyhart Breston, qui fut autrefois le porte-étendard de l’armistice, s’est retiré il y a des années. Sejuleu Aren est trop proche de la famille royale de Livadon, tandis que Sir Quahel Leon n’agit que dans l’intérêt de l’Église. Vous, en revanche, n’êtes pas aveuglément loyal à votre roi. »
Riftan fronça les sourcils. Avait-il déjà désobéi aux ordres du roi Reuben ? Il ne comprenait pas comment on pouvait tirer une telle conclusion alors qu’il avait fidèlement accompli chaque tâche confiée par son suzerain.
« Plus important encore, poursuivit le pape, vous êtes le seul à vouloir protéger l’ordre actuel. Je ne vois personne de mieux placé pour devenir le nouveau symbole de l’accord de paix. »
Riftan dut réprimer un ricanement. Le pape s’était manifestement trompé à son sujet. Contrairement à Sejuleu Aren et à Sir Quahel Leon, motivés par l’intérêt général de leur royaume ou de leur ordre, Riftan agissait pour des raisons bien plus personnelles. Chacune de ses actions visait à protéger une seule personne.
Il ne jugea pourtant pas nécessaire de corriger le malentendu du pape. Après tout, ils poursuivaient le même objectif. Riftan choisit soigneusement ses mots.
« Qu’attendez-vous exactement de moi ? »
« Accepteriez-vous de venir voir ceci ? » Le pape se détourna brusquement et se dirigea d’un pas vif vers l’autel. Il souleva le couvercle d’un sarcophage posé dessus, puis fit signe à Riftan de s’approcher.
À contrecœur, Riftan s’approcha de l’autel et jeta un œil dans le sarcophage, qui mesurait environ trois kevettes de long. Au lieu de restes humains, il contenait une poignée usée par le temps, une garde grossière et le pommeau noirci d’une épée. Tandis qu’il contemplait l’objet, perplexe, la voix du pape résonna à ses oreilles.
« Voici ce qui reste d’Ascalon, l’épée sainte accordée par Dieu lui-même. La légende raconte que sa lame se changea en lumière lorsque Wigrew acheva ses quêtes. »
Riftan releva vivement la tête, surpris.
Le pape effleura la relique sacrée de sa main gantée. « J’ai l’intention de la remettre au champion du tournoi d’escrime de cette année. »
« Vous avez perdu la tête ? »
Insensible à l’impertinence de Riftan, le pape poursuivit calmement : « La légende affirme aussi que l’épée retrouvera sa forme entière si elle est tenue par une personne jugée digne. Pour ceux qui aspirent à voir renaître l’Empire de Roem, c’est un appât irrésistible. »
Riftan accueillit la proposition du pape d’un regard intense et silencieux.
« Je veux que vous obteniez l’épée sainte de Wigrew, déclara le pape d’une voix solennelle. Remportez le tournoi et proclamez votre soutien indéfectible à l’armistice devant tous les nobles et les souverains. »
Riftan serra les mâchoires. « Ai-je mon mot à dire ? »
« La décision vous appartient, répondit le pape avec détachement. Si vous refusez, l’épée tombera probablement entre les mains de Richard Breston. Si telle est la volonté de Dieu, nous ne pouvons que l’accepter. »
Riftan répondit entre ses dents serrées : « Très bien. Je monterai sur la scène que vous m’avez préparée. »
Une lueur de satisfaction traversa le visage du pape.
Après avoir fusillé du regard cet homme à l’audace insolente, Riftan ajouta : « Mais ne vous attendez pas à ce que tout se déroule comme vous l’avez prévu. »
« Si vous êtes vaincu, ce sera également le destin. Tout ce que je vous demande, c’est de donner le meilleur de vous-même. »
Le regard de Riftan revint au sarcophage et à la relique qu’il contenait. La garde noircie de l’épée semblait vibrer d’une étrange aura. Après un long silence pensif, il hocha lentement la tête.
***
La nouvelle stupéfiante qu’Ascalon serait le prix du tournoi d’escrime de cette année se répandit dans la ville comme une traînée de poudre. Les habitants bruissaient d’excitation à l’idée de contempler de leurs propres yeux la relique de l’âme de Wigrew. Enflammés par l’ambition, les chevaliers y virent l’occasion d’inscrire leur nom dans la légende.
Quelques voix s’élevèrent pour dénoncer l’idée d’offrir un objet aussi sacré en récompense, mais elles furent noyées par l’enthousiasme général. L’excitation atteignit son comble, d’autant que des chevaliers renommés de tous les Sept Royaumes étaient réunis à Balbourne. Même les nobles, d’ordinaire si distants, ne purent dissimuler leur impatience à l’idée d’assister à l’affrontement de ces guerriers illustres.
Le𝓼 romans les plus récents sont publiés sur freew(e)bnove(l).𝓬𝓸𝓶