Chapitre 433
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Le regard de Riftan s’adoucit, se chargeant d’une tendresse chaleureuse. Maxi éprouvait toujours une joie particulière lorsqu’il la regardait ainsi, les yeux doux et débordants d’affection. Cela la comblait d’une satisfaction différente de celle qu’elle ressentait quand ses yeux s’embrasaient de désir.
« Nous dansons encore une fois ? » demanda-t-il en portant sa main à sa joue.
Maxi jeta un regard hésitant vers la salle de banquet. La mélodie lente venait de céder la place à une ballade entraînante. Malgré ses doutes quant à ses talents de danseuse, elle brûlait de vivre au moins un autre moment précieux avec son mari.
Elle s’écarta de la balustrade où elle s’appuyait et répondit : « Seulement si vous promettez… d’être gentil, cette fois. »
« Pourtant, tu aimes quand je suis brutal », la taquina Riftan avec un sourire en coin.
Maxi lui lança un regard noir, les joues en feu. « Vous n’aurez pas droit à cette danse si vous ne vous comportez pas en gentilhomme. »
Riftan eut un petit rire. Bien que Maxi prît plaisir à leur badinage, elle lui adressa une moue boudeuse avant de se diriger vers la salle.
Il l’enlaça aussitôt et murmura d’un ton apaisant : « À vos ordres, ma dame.
Sur ces mots, il posa son bras sur le sien et la conduisit galamment à l’intérieur. Maxi le suivit jusqu’à la piste de danse, gardant son air réticent. Pourtant, la danse qu’ils attendaient n’eut pas lieu.
Ils s’apprêtaient à rejoindre les autres couples lorsqu’Elliot s’approcha de Riftan. « Commandant, le roi vous demande. »
Une lueur d’agacement passa sur le visage de Riftan. Il leva les yeux vers la galerie, où seuls les invités d’honneur étaient installés, et les plissa. Puis, dans un soupir, il lâcha le bras de Maxi.
« Pardonne-moi, mais je dois y aller. »
Maxi dissimula sa déception et répondit d’un ton léger : « On n’y peut rien. »
Il se pencha pour lui déposer un baiser sur la joue. « Je me rattraperai, c’est promis. »freewebn(o)vel
Après avoir demandé à Elliot de l’escorter, il traversa la salle à grands pas. Maxi le suivit des yeux tandis qu’il montait l’escalier de la galerie, puis quitta la piste avec Elliot. Plusieurs personnes tentèrent de l’aborder, mais Elliot les évita adroitement et la ramena à la table des Chevaliers du Dragon rouge.
Une fois assise, Maxi observa la salle de banquet. Au loin, elle aperçut Sejuleu Aren en pleine conversation avec son suzerain. Le commandant livadonien semblait savourer pleinement la soirée en héros de la campagne militaire.
À l’inverse, Kuahel Leon était assis à une table sur le côté de la salle. Il dissimulait à peine son ennui tandis qu’il écoutait un noble. Maxi vit quelqu’un s’approcher de lui et lui murmurer quelque chose à l’oreille. Il quitta la salle quelques instants plus tard. Si Riftan avait raison, le clerc travaillait sans doute dans l’ombre pour consolider la position du pape. Maxi éprouva soudain de la compassion pour cet homme, tout juste rentré de la guerre et déjà empêtré dans les intrigues politiques.
Mais je ne suis pas vraiment en position de m’inquiéter pour les autres.
Essayant de faire abstraction des nombreux regards curieux posés sur elle, Maxi porta son gobelet à ses lèvres. Les chevaliers formaient un rempart protecteur autour d’elle, mais subir sans cesse leur attention l’épuisait tout de même.
« Vous avez l’air fatiguée, ma dame », remarqua Elliot avec inquiétude. « Permettez-moi de vous raccompagner à votre chambre. »
À contrecœur, Maxi se leva. Elle craignait que, si elle restait jusqu’au retour de Riftan, elle ne finisse par devoir cacher son visage dans l’un des plats.
Maxi prit congé et récupéra sa cape. Ulyseon et Garrow se proposèrent pour la raccompagner, mais le cercle de jeunes femmes éprises d’eux refusa de les laisser partir.
Adressant un sourire moqueur aux jeunes chevaliers décontenancés, Maxi quitta la salle de banquet avec Elliot. Malheureusement, ce fut le dernier moment romantique qu’elle partagea avec son mari pendant un certain temps. Les jours suivants, Riftan fut accaparé par de nombreuses réceptions en journée et festivités en soirée, dont certaines étaient organisées par le pape.
Elle aussi reçut des invitations, mais les déclina poliment. Beaucoup souhaitaient en savoir davantage sur la rune du golem, et elle craignait qu’un faux pas n’attise l’hostilité ou ne lui attire des réprimandes. Ruth lui conseilla également d’éviter autant que possible les mondanités.
« Beaucoup se font de vous une image fantaisiste et ridicule, ce qui les rend moins craintifs à l’égard de la rune du golem. Je vous conseille de limiter au maximum vos interactions sociales afin de préserver cette aura de mystère. »
Maxi lança un regard noir au sorcier, absorbé par ses notes. Elle savait que les rumeurs à son sujet étaient largement exagérées, mais les qualifier de « fantaisies ridicules » n’en était pas moins décourageant.
« Vous me suggérez de m’enfermer pour que les gens ne découvrent pas qui je suis vraiment ? » demanda Maxi d’un ton boudeur.
« Je ne vois pas comment vous êtes arrivée à cette conclusion, ma dame », répondit Ruth sans se troubler. « Les gens ont tendance à idéaliser les personnages des histoires. Dès que vous ne serez pas à la hauteur de leurs attentes, ils se retourneront contre vous. Mais si vous vous faites discrète, on vous trouvera humble et on vous idolâtrera sans doute encore davantage. »
Il posa sa plume et la regarda d’un air sage.
« Votre sécurité dépend moins de l’accord entre la Tour des Mages et le pape que de votre popularité auprès du peuple. Plus on vous croira sainte, plus vous serez en sécurité. »
Maxi sentit sa gorge se dessécher tandis qu’elle se rappelait une fois de plus la précarité de sa situation. Résolue à suivre le conseil de Ruth, elle décida de se montrer inoffensive et humble.
« Je comprends. Je ferai de mon mieux pour rester prudente. »
Satisfait de sa réponse, Ruth reprit sa plume et se remit à écrire en langue ancienne, de son élégante écriture. Maxi jeta un coup d’œil à son travail et vit qu’il classait les informations recueillies par les mages au sujet des dragonides. Ne voulant pas le déranger davantage, elle se leva.
Elle sortit du cabinet et pénétra dans le cloître baigné de soleil. Elle avait pensé tenir compagnie à Sidina et Anette, mais elles étaient parties visiter les environs et ne rentreraient probablement pas de sitôt.
Maxi regagna finalement sa chambre. Elle allait ouvrir un recueil de contes populaires pour tuer le temps lorsqu’on frappa à la porte. Pensant que Riftan avait quitté la salle en douce pour venir la voir, elle ouvrit avec un grand sourire, puis se figea de stupeur. La dernière personne qu’elle s’attendait à voir se tenait devant elle.
« Rosetta… »
Sa sœur, qui semblait être devenue encore plus belle au fil des années, la regarda de haut avec arrogance. « À présent, c’est Votre Altesse. »
Remise de sa surprise, Maxi sursauta et recula d’un pas. Elle s’inclina raide comme un piquet. « Votre Altesse. »
« Tu ne sais toujours pas plaisanter », soupira Rosetta. D’un bref signe de tête, elle indiqua aux quatre chevaliers et aux deux dames de compagnie derrière elle : « Vous attendrez ici. »
Puis, sans attendre qu’on l’invite, elle entra dans la chambre de Maxi. Cette dernière ne put que la regarder, interdite. Depuis son entrée dans la famille royale de Wedon, Rosetta avait acquis une allure plus majestueuse que jamais. Un magnifique diadème orné de perles, de saphirs et de rubis couronnait ses cheveux blonds soigneusement relevés en torsades. Un collier couvert d’innombrables diamants parait son cou gracieux, et sa robe de velours et de soie était finement brodée des armoiries des maisons de Croyso, de Rosem et de Wedon.
Sa sœur semblait étaler ses illustres origines, rappelant à tous qu’elle était la femme au lignage le plus prestigieux du Continent de Roviden.
Installée dans le fauteuil de velours près de la fenêtre, Rosetta désigna celui qui lui faisait face. « Assieds-toi. »
Maxi soupira avant de refermer la porte derrière elle. Prenant place sur le fauteuil libre, elle demanda : « Quand es-tu… arrivée ? »
« Aujourd’hui. Le pape m’a invitée en disant qu’il souhaitait bénir mon fils en personne. »
« J’ai appris que tu étais devenue mère », dit Maxi avec embarras. « Je sais que je m’y prends tard, mais… félicitations. »
Sous le regard scrutateur de Rosetta, elle déplaça nerveusement les yeux. Elle ne parvenait pas à comprendre la raison de cette visite inattendue.
Enfin, Rosetta rompit le long silence. « J’ai moi aussi entendu parler de toi. Tes accomplissements sont tout à fait remarquables. »
Ne sachant que répondre, Maxi esquissa un sourire évasif.
Rosetta la dévisagea avec curiosité, puis lança brusquement : « Tu as bel et bien changé, comme tu l’avais promis. »
Il fallut un instant à Maxi pour se rappeler leur dernière conversation. Les événements de ce jour-là lui semblaient appartenir à un passé lointain. La femme qu’elle était devenue n’avait plus rien à voir avec celle d’autrefois ; elle n’était plus impuissante. Jamais plus elle ne se laisserait soumettre aux sévices ou à la tyrannie.
« Oui, j’ai changé », affirma Maxi.
Rosetta finit par détourner les yeux et regarder par la fenêtre. « J’ai été informée de tes projets pour faire valoir tes droits sur les terres de notre père, dit-elle d’un ton neutre. Certains vassaux seraient prêts à te soutenir, selon les circonstances. Est-ce la terre que tu convoites ? »
Maxi se raidit. « Es-tu venue pour connaître mes intentions ? »
« Je dois comprendre tes projets pour décider de la marche à suivre », répondit Rosetta en haussant ses épaules fines. « Père veut que je donne naissance à un fils qui héritera du nom de Croyso, ainsi que de tout le reste. Cet arrangement profitera aussi à la famille royale. Un prince à la tête du duché renforcerait l’unité du royaume. Sa Majesté attend donc un deuxième petit-fils, à qui il pourra aussitôt accorder le duché. Mais tes revendications pourraient compliquer les choses. » Rosetta parlait comme si elle évoquait le temps qu’il faisait. « Ton mari exerce un grand pouvoir dans le Sud ; il pourrait très facilement peser sur le tribunal royal. Si tu portes l’affaire devant les tribunaux, tu as des chances d’obtenir une part importante de l’héritage. »
Maxi dévisagea sa sœur. On aurait presque dit que Rosetta voulait qu’elle le fasse. L’encourageait-elle à intervenir et à ruiner les ambitions de longue date de leur père ?
Une idée lui vint alors : tout comme elle, Rosetta était peut-être encore prisonnière du vieux nœud coulant de leur père. Une colère qui ne s’était jamais éteinte assombrissait les beaux yeux de sa sœur. Maxi ne connaissait que trop bien ce sentiment, sauf qu’elle s’était déjà libérée de l’héritage funeste du duc de Croyso.
Elle connaissait sa réponse.
La haine et les ambitions d’un vieillard mourant ne pesaient rien face aux épreuves qu’elle avait déjà traversées. Elle n’avait aucune envie de gâcher sa précieuse vie dans une âpre querelle d’héritage, simplement pour contrarier les aspirations méprisables d’un homme qui ne serait bientôt plus de ce monde.
« Je ne souhaite pas hériter du duché. »
La réponse de Maxi fit passer une vague d’émotion dans les yeux de sa sœur. Elle ajouta avec un sourire doux : « Tout ce que je désire se trouve à Anatol. »