Chapitre 432
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Maxi fronça les sourcils. « V-vous devez vous tromper. Je faisais simplement… »f reewebnovel.com
Son esprit se vida lorsque la lumière des bougies éclaira pleinement l’homme qui se tenait devant elle. Comme envoûtée, elle le détailla lentement du regard. Elle ne se souvenait pas l’avoir jamais vu vêtu avec autant d’élégance.
Il portait un manteau noir lustré sur une chemise blanche ajustée, dont la douce lumière révélait les broderies ouvragées qui couraient sur l’étoffe lisse. Des boutons dorés et ornés étincelaient à la lueur vacillante des flammes, et même sa ceinture de cuir arborait une boucle gravée d’un dragon.
Le regard de Maxi descendit le long du pantalon noir qui soulignait avantageusement ses longues jambes, puis s’arrêta sur ses bottes de cuir cirées. Elle releva les yeux et croisa les siens. La lumière dorée donnait un éclat mystérieux à son visage ciselé et à ses yeux couleur d’agate.
Ses joues s’empourprèrent soudain. Il ressemblait davantage à un noble menant une vie dissolue à la cour qu’à un chevalier. Son air mécontent, associé à sa présence imposante, le rendait étrangement encore plus séduisant.
« Vous faisiez simplement… quoi ? » insista Riftan d’un ton impérieux en se penchant vers elle.
À court de mots, Maxi tenta de détourner le regard.
Riftan tendit la main pour lui relever le menton. Les sourcils froncés, il la dévisagea. « Qu’est-ce que tu as sur le visage ? »
Maxi sortit de sa torpeur. Avant qu’elle ait pu réagir, Riftan lui avait pris le visage entre les mains et lui frottait les joues avec les pouces. Affolée, elle lui repoussa la main d’une tape.
« Q-Qu’est-ce que vous faites ?! »
« Tu as de la poudre blanche sur le visage », dit-il d’un ton contrarié.
Elle se retourna vivement pour vérifier son reflet dans un plateau d’argent et constata que la majeure partie de la poudre avait disparu. Elle contempla son reflet, consternée, puis se tourna vers lui en le fusillant du regard.
« On m’a mis cette poudre exprès ! Comment avez-vous pu l’essuyer ? »
« Pourquoi tu te mettrais une chose pareille sur le visage ? » demanda-t-il, perplexe. Il épousseta les restes de poudre accrochés à ses doigts.
Maxi serra les mâchoires en levant les yeux vers ses traits impeccables. Elle doutait qu’il ait jamais connu le malheur d’avoir un visage comme le sien.
« V-Vous ne comprenez vraiment pas ? Pour cacher mes taches de rousseur, bien sûr ! »
Un instant plus tard, elle remarqua les regards des chevaliers. Rouge de honte, elle leur lança un regard hautain avant de s’enfuir vers le mur.
Riftan la suivit, toujours aussi perplexe. « Je trouve tes taches de rousseur adorables. Elles te donnent l’air d’un petit lutin espiègle. Pourquoi les cacher ? »
Son visage s’empourpra davantage tandis qu’elle le fusillait du regard. Elle ne comprenait pas comment il pouvait débiter des choses aussi gênantes sans ciller.
Bien que sa colère fût en train de retomber, elle prit délibérément un ton brusque. « V-Vous êtes le seul à penser ça. Les autres… »
Riftan la plaqua soudain dans un coin, en grondant : « Qui d’autre a besoin de te trouver belle ? »
Maxi le dévisagea, incrédule. Comment la conversation avait-elle pu prendre cette tournure ? Elle releva le menton. « A-Alors, et vous ? Qui essayez-vous d’impressionner avec ces vêtements ? »
Un léger pli se forma entre ses sourcils. Son mécontentement face à sa question était manifeste, mais, à sa grande surprise, il répondit docilement le premier. « C’est un cadeau de Sa Majesté. Il se plaint de ma tenue depuis avant l’expédition. À peine arrivé, il m’a couvert d’une montagne de vêtements. Je crois qu’il voulait m’exhiber. »
Agacé, il déboutonna le haut de sa chemise, dévoilant son cou robuste et ses clavicules saillantes. Maxi déglutit par réflexe, puis pinça aussitôt les lèvres en remarquant les femmes rougissantes autour d’eux. Elles s’éventaient tout en lançant des regards furtifs dans la direction de Riftan.
Maxi fut soudain prise de l’envie de l’emmitoufler et de le cacher aux regards indiscrets. Elle foudroya les femmes du regard, puis se tourna vers lui avec sévérité.
« Ce n’est pas juste. Vous avez gâché mon visage… alors que vous, vous attirez les femmes comme l’incarnation même de la tentation. »
« L’incarnation de quoi ? » Il laissa échapper un rire incrédule. « Tu veux dire que tu aimerais aussi que les hommes te regardent ? »
« V-Vous savez très bien que ce n’est pas ce que je voulais dire », rétorqua-t-elle. « J-Je voulais seulement me faire belle… et profiter du banquet avec vous. »
Riftan marqua une pause, étudiant son visage comme s’il cherchait à comprendre ce qui la contrariait. Il sembla toutefois conclure que toute cette histoire autour de son apparence était une énigme insoluble.
Il lui glissa une mèche derrière l’oreille et déclara avec sincérité : « Tu es la plus belle femme du monde. Je te trouve déjà à couper le souffle, alors pourquoi aurais-tu besoin de te faire belle ? »
De nouveau rouge jusqu’aux oreilles, Maxi promena autour d’elle un regard nerveux. Elle faillit mourir de honte en remarquant un homme qui les observait, stupéfait, depuis une table voisine.
« J-Je comprends. Allons ailleurs », balbutia-t-elle en tirant sur son bras.
Riftan passa plutôt son bras autour de ses épaules et les fit pivoter. « Je crois qu’on devrait aller par là. »
Maxi le suivit en se demandant où il l’emmenait. Lorsqu’elle comprit qu’il la conduisait au centre de la salle, elle jeta un regard inquiet autour d’elle. Elle avait l’impression que tous les yeux étaient braqués sur eux.
Admiration, adoration, curiosité et regards moins bienveillants convergeaient vers eux de toutes parts. Des nobles du Nord les dévisageaient avec hostilité, des clercs tatillons les observaient avec méfiance, tandis que les Chevaliers du Temple les entouraient de regards indéchiffrables.
Maxi rentra les épaules sous le poids de l’attention générale, mais Riftan ne semblait pas s’en soucier. Il la conduisit dans un vaste espace près du balcon, où les danseurs s’écartèrent avec grâce pour leur faire place.
Se tournant vers elle, Riftan lui tendit la main d’un air enjoué. « Ma belle dame, me ferez-vous l’honneur de m’accorder une danse ? »
Maxi déglutit avec nervosité. Danser dans cette salle de banquet, au milieu de l’élite des Sept Royaumes, qui se livrait tout entière à une bataille de nerfs invisible, lui donnait l’impression de marcher sur une couche de glace trop fine. Mais elle ne parvenait pas non plus à refuser le regard tendre et pétillant de Riftan.
Lorsqu’elle posa la main dans la sienne, il se mit lentement à la guider. Maxi suivit ses pas parfaitement maîtrisés comme si sa vie en dépendait. Un sourire effleura ses lèvres ; il était manifestement amusé par les efforts désespérés qu’elle faisait pour le suivre.
Rougissante, Maxi leva vers lui un regard furieux et essaya de lui écraser le pied, en faisant passer son geste pour une maladresse. Mais Riftan avait un coup d’avance. Évitant son attaque avec agilité, il l’attira à lui et se mit à les faire tournoyer. Maxi étouffa un cri en s’agrippant à son avant-bras.
Avec une facilité déconcertante, il la souleva au rythme de la musique. Quand ses pieds retrouvèrent le sol, il accéléra leur cadence. Maxi avait grand-peine à suivre. Elle n’eut plus le loisir de s’inquiéter des regards attentifs ni des tensions qui couvaient dans la salle de banquet. Elle ne pensait qu’à sa silhouette musclée qui évoluait avec grâce contre la sienne, à son talent de danseur, qui la faisait même paraître douée, et à ses yeux noirs pleins d’affection.
Comprenant son intention, Maxi le pinça discrètement sur le côté et arqua un sourcil. Pourtant, elle ne tarda pas à se rendre compte qu’elle était incapable de ne pas lui rendre son sourire.
« Savez-vous que vous êtes le partenaire de danse le plus mal élevé qui soit ? Vous bougez comme si votre seul but était de me donner le tournis ! »
« Quel malheur que dame Calypse me trouve si médiocre », déplora Riftan en claquant la langue. « Une véritable calamité, puisqu’elle est condamnée à danser avec ce partenaire mal élevé jusqu’à la fin de ses jours. »
Maxi gloussa et secoua la tête, feignant l’exaspération. Tandis que le luth et la vielle achevaient leur mélodie, Riftan les guida discrètement vers le balcon.
Reprenant son souffle, Maxi leva les yeux vers son mari. La pleine lune dessinait des anneaux argentés dans ses yeux sombres. Un instant, elle crut que son cœur allait éclater de joie. Ils avaient surmonté bien des épreuves pour arriver jusque-là. Il leur restait encore des problèmes à résoudre, mais le simple fait d’être ensemble la rendait heureuse.
« Vous danserez encore avec moi… quand nous serons de retour à Anatol, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle.
« Quand tu voudras. »
« Et quand pourrons-nous rentrer ? »
Son sourire s’effaça légèrement. « Je crains que tu doives patienter encore un peu », répondit-il en regardant vers la salle de banquet illuminée.
« C’est à cause de ma rune de golem ? »
« Non, je te l’assure », lui répondit-il fermement. « Les gens t’estiment beaucoup. Personne ne veut risquer de provoquer un tollé en te faisant passer en jugement. Tu n’as rien à craindre. »
« Alors, pourquoi… ? »
« Le pape profite de cette occasion pour renforcer sa position et l’accord de paix. Il compte garder les nobles ici pour des semaines de célébrations victorieuses. Je soutiens le Roi Reuben et le nouveau pape, alors j’ai décidé de rester pour défendre leur cause. »
Riftan laissa échapper un profond soupir et lui effleura la joue.
« J’ai besoin que tu patientes encore un peu. Après ça, plus rien ne m’empêchera de te ramener chez nous. »
Maxi comprit soudain que Riftan avait tout autant envie qu’elle de rentrer chez eux. Balbourne était certes l’une des plus grandes villes des Sept Royaumes, et la splendeur du Palais de Roem comme celle de la Grande Basilique d’Osiriya étaient véritablement écrasantes, mais rien n’égalait le charme rustique et vibrant d’Anatol.
Maxi lui serra la main pour le rassurer. « Je peux attendre aussi longtemps qu’il le faudra. Ne vous inquiétez pas pour moi. »