Chapitre 430
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L’armée descendit la colline, son approche annoncée par de puissantes sonneries de cor qui résonnèrent au-delà de la palissade entourant la ville. Les sentinelles signalaient l’arrivée de la coalition.
Peu après, les portes s’ouvrirent pour accueillir l’armée, dévoilant une vaste étendue de terres agricoles rustiques. Maxi observa le paysage tout en suivant les chevaliers à cheval. Les quartiers urbains autrefois ravagés comptaient désormais de solides maisons en bois, et des dizaines de paysans s’affairaient à labourer les champs jonchés de cadavres autrefois. De toute évidence, nombre d’habitants étaient revenus.
En dépassant les faubourgs, ils aperçurent un petit marché et une citadelle de pierre. Riftan arrêta l’armée devant la porte du château, où la Dame de Darund et ses suivantes vinrent les accueillir.
« Nous vous souhaitons la bienvenue à Darund », annonça-t-elle.
Maxi observa la noble dame à travers les rangs. La Dame de Darund affichait une élégance irréprochable dans une magnifique robe rouge et verte. Une couronne de velours ornait sa tête.
Un large sourire illumina son visage anguleux tandis qu’elle ouvrait les bras en signe de bienvenue. « Vous devez être épuisés par le voyage. Vous êtes libres de vous reposer ici aussi longtemps que vous le souhaitez. »
« Nous sommes seulement venus rendre la relique sacrée. Nous ne nous attarderons pas », répondit sèchement Riftan, puis il désigna d’un regard les Chevaliers du Temple derrière les troupes de Wedon. Ils firent avancer jusqu’à la porte une voiture transportant le calice.
Maxi observa attentivement le grand coffre qu’on sortit de la voiture. Le clerc de la paroisse de Darund en vérifia le contenu, puis fit signe aux soldats postés à la porte. Ceux-ci s’en emparèrent aussitôt et disparurent dans le château.
La Dame de Darund observa cet échange silencieux, puis s’adressa au commandant des Chevaliers du Temple. « Vous avez tenu parole, et je vous en suis reconnaissante. »
Le chevalier ne répondit pas. Maxi promena son regard de son visage impassible, dissimulé sous sa capuche, aux sentinelles sur le rempart du château, puis à celles de la cour intérieure. Bien que la citadelle fût de taille modeste et ses défenses solides, avec des gardes en nombre doublé, elle n’offrait toujours pas la sécurité imposante d’une grande ville.
Elle doutait qu’il fût sage de laisser une relique aussi importante dans un petit domaine, surtout alors que les dragoniens étaient toujours en liberté. Et si les monstres s’en prenaient de nouveau à la ville ? Le visage assombri par l’inquiétude, elle regarda les chevaliers pénétrer les uns après les autres dans le château.
En franchissant la porte, Maxi jeta un discret coup d’œil en arrière. Les Chevaliers du Temple se dirigeaient vers la chapelle, tandis que les soldats de Wedon, de Livadon et de Balto commençaient à établir leur camp à l’extérieur des murs du château.
Maxi allait conduire Rem à l’écurie de la cour lorsqu’une grande main lui saisit le bras.
« Laisse les serviteurs s’occuper de ta jument, dit Riftan. » freewebn(o)vel
Apparu de nulle part, Riftan lui prit les rênes de Rem et les tendit à un palefrenier. Puis il guida doucement Maxi vers la grande salle, un bras autour de ses épaules. Un somptueux festin se préparait dans la vaste pièce baignée de lumière.
« Nous avons organisé un banquet en votre honneur, dit la Dame de Darund en conduisant Riftan à la place d’honneur. Le repas sera bientôt prêt, veuillez donc prendre place. »
Sur ces mots, elle s’excusa pour aller superviser les préparatifs en cuisine. Maxi parcourut des yeux la table éclairée aux chandelles, le ventre noué par l’anxiété. Le souvenir du dernier dîner tendu dans cette salle refit surface. Elle aurait tant voulu éviter le banquet et se reposer, mais décliner l’hospitalité de leur hôtesse aurait été impoli. À contrecœur, Maxi s’assit à côté de Riftan.
La princesse Agnes, Sejuleu Aren, Richard Breston, Kuhael Leon et des chevaliers de haut rang venus de divers royaumes ne tardèrent pas à les rejoindre. Heureusement, aucune dispute houleuse n’éclata cette fois-ci. Après avoir profité du banquet, chacun regagna ses quartiers.
Au lendemain d’une nuit paisible, la coalition reprit la route. Maxi alterna entre les trajets en voiture et les galops à travers les prairies. Les collines escarpées du sud-est d’Osiriya rendaient parfois les déplacements en voiture difficiles. Ces jours-là, Maxi déployait ses remarquables talents d’écuyère et traversait les champs herbeux baignés de lumière dorée.
Après plusieurs jours de voyage incessant, ils arrivèrent au canal Gillian. Le cœur de Maxi se mit à battre plus vite. Était-ce la satisfaction d’avoir accompli leur mission ou l’appréhension de ce qui les attendait ? Elle inspira profondément l’air chaud, chargé de senteurs d’herbe, de fleurs et d’eau fluviale. D’un léger mouvement des rênes, elle poussa Rem en avant.
Après environ une heure de route le long de la voie d’eau scintillante aux reflets argentés, ils aperçurent enfin la grande ville au loin. Les soldats reformèrent rapidement leurs rangs et sonnèrent le kopel pour avertir les sentinelles de Balbourne.
Les lourdes portes de la ville, renforcées de fer, s’ouvrirent en grand, et des acclamations assourdissantes jaillirent de l’intérieur.
« Rosem Wigrew d’Calypse ! Rosem Wigrew d’Calypse ! »
Le regard de Maxi parcourut la foule qui bordait la rue, tandis qu’elle tentait de tout absorber. Un coup d’œil suffisait à comprendre que des milliers de personnes s’étaient rassemblées.
Lorsque les chevaliers se mirent en marche, des femmes répandirent des pétales sur leur passage, et une musique entraînante s’échappa des portes ouvertes des auberges et des tavernes. Le cœur gonflé de fierté, Maxi suivit le cortège.
La foule ne cessait de grossir tandis que l’armée avançait sur la route soigneusement pavée. Maxi admirait cette scène exubérante lorsqu’une jeune fille se faufila entre les chevaliers pour lui tendre un grand bouquet.
« Que Dieu bénisse la Dame Écarlate ! » s’écria-t-elle en courant à côté du cheval de Maxi.
Surprise, Maxi contempla un instant le visage constellé de taches de rousseur de la jeune fille, puis accepta le bouquet, les joues brûlantes. La joie de la jeune fille éclatait sur son visage.
Ce n’est qu’alors que Maxi se rendit compte que certaines personnes la dévisageaient avec curiosité. Ses cheveux roux et son manteau bleu des Chevaliers du Dragon rouge avaient dû leur rappeler la chanson embarrassante qui parlait d’elle. Elle rabattit précipitamment sa capuche sur sa tête, mais il était trop tard. Les gens l’avaient déjà reconnue et scandaient son surnom à son passage.
Mortifiée, Maxi baissa la tête. Même à présent, elle n’était toujours pas habituée à attirer autant l’attention.
Remarquant son malaise, Sidina gloussa. « Pourquoi être si gênée ? Sans tes efforts, cette guerre aurait pu se terminer bien autrement, tu sais. Tu devrais être fière de ce que tu as accompli. »
« Ce n’est pas moi seule qui ai agi, et je ne crois pas… que ma contribution soit plus importante que celle des autres », marmonna Maxi.
Elle repensa aux moments décisifs de leur campagne militaire : Vesmore sauvée grâce à la barrière dressée à temps par Calto, les golems animés avec l’aide des mages, et les soldats défendant courageusement le rempart. Et, surtout, les hommes qui avaient risqué leur vie pour abattre le dragon. S’il y avait des gens dignes des plus grands éloges, c’était bien eux. Maxi était mortifiée de recevoir des louanges imméritées à cause d’une chanson enjolivée, popularisée par un seul barde.
« Bon sang, tu es vraiment bornée », lâcha Sidina en claquant la langue d’exaspération.
Sans relever la remarque, Maxi se faufila entre les chevaliers dans l’espoir de se cacher parmi eux. À son grand soulagement, l’attention de la foule se reporta sur les Chevaliers du Temple, qui faisaient leur entrée dans la ville. Des acclamations de « Rosem Wigrew d’Leon » retentirent, suivies d’éloges tout aussi enthousiastes pour les Chevaliers royaux de Bolosé et les Chevaliers de Phil Aaron.
De jeunes femmes s’approchaient hardiment d’eux, leur offrant des fleurs ou des mouchoirs brodés de leurs noms. Alors que Maxi observait ce tourbillon d’enthousiasme, des coups de trompette annoncèrent un accueil venu de l’avant. Le cortège était enfin arrivé à la Grande Basilique d’Osiriya.
Riftan traversa rapidement le parvis et arrêta son cheval devant l’entrée de la chapelle principale. Le Grand Prêtre Lugias ne tarda pas à venir les accueillir, accompagné des clercs.
« Bienvenue. Nous attendions avec impatience votre retour sain et sauf », leur souhaita le Grand Prêtre.
« Nous avons mené à bien la mission que nous avait confiée le Conseil des Sept Royaumes », répondit Riftan en s’avançant.
Le vieux clerc regarda Riftan avec satisfaction, puis contempla la multitude de chevaliers rassemblés devant lui. « Nous avons tout mis en œuvre pour rendre votre séjour ici aussi agréable que possible, annonça-t-il d’une voix solennelle. Les clercs vous conduiront à vos quartiers. »
Les clercs se mirent bientôt à escorter les chevaliers de chaque royaume jusqu’aux logements qui leur avaient été attribués. Les mages furent conduits au dortoir de l’académie, comme lors de leur précédente visite, tandis que les chevaliers gagnèrent l’ancien Palais de Roem.
En marchant avec sa jument, Maxi remarqua que Riftan se tenait toujours auprès du prêtre de nuit. Elle s’arrêta et le regarda disparaître dans la chapelle après ce qui lui sembla être un échange sérieux. Richard Breston, Kuahel Leon et Sejuleu Aren montèrent bientôt les marches de la chapelle à leur tour. Il semblait que les commandants avaient été convoqués pour une réunion.
L’inquiétude se peignit sur le visage de Maxi. Elle savait que les monarques exigeraient un compte rendu détaillé et que, sans aucun doute, sa rune de golem serait évoquée. Cela risquait de mettre Riftan dans une position difficile.
Elle se mordillait anxieusement la lèvre lorsque la voix de Ruth interrompit ses pensées. « Vous n’entrez pas, madame ? »
Maxi tourna la tête vers lui. Ruth poussa un profond soupir, comme s’il avait compris. « Vous ne pensez tout de même pas que les monarques s’en prendront au commandant suprême qui revient victorieux. Vous devriez vraiment cesser de vous inquiéter pour rien et regagner vos quartiers. »
« V-vous croyez que tout ira bien ? » demanda Maxi.
« J’en suis certain. Même si l’Église orthodoxe condamnait votre rune de golem, vous avez Sir Riftan, Sir Sejuleu et la princesse Agnes pour prendre votre défense. Et si cela ne suffit pas à vous rassurer, le pape et les Tours des Mages sont pour l’instant de votre côté. Le pape désapprouve peut-être la rune en son for intérieur, mais il est tenu de vous protéger. »
Maxi fronça les sourcils, un peu plus inquiète à l’idée que le pape pût secrètement désapprouver son travail. Pourtant, elle comprit aussi que s’en faire ne servirait à rien. Retenant un soupir, elle prit le chemin du Palais de Roem.