Chapitre 422
La source de ce contenu est
Le sol tremblait à chaque pas du golem, dont l’immense jambe de pierre s’enfonçait profondément dans la terre. Sa création avait dû considérablement réduire la densité du sol ; le champ n’était plus qu’un bourbier, où les monstres morts-vivants qui chargeaient s’enfonçaient avec leurs masses de fer. Lorsque le golem leva le bras, Maxi ferma instinctivement les yeux.
Un lourd fracas retentit, et une légère secousse ébranla le sol.
« Par ici, madame, dit Gabel en éloignant Maxi de la herse. Quelques monstres pourraient passer… »
Il se figea aussitôt en voyant que sa manche était trempée de sang.
« Mon Dieu, vous êtes blessée ! » s’exclama-t-il.
« Poussez-vous. Laissez-moi la soigner. »
Anette bouscula le chevalier décontenancé et guida Maxi près de l’escalier menant aux remparts. Elle la fit s’agenouiller, puis sortit un couteau. Sans hésiter, elle déchira les vêtements de Maxi pour dégager les blessures sur sa cuisse et son épaule, puis entreprit d’essuyer délicatement le sang à l’aide d’un linge propre.
La douleur s’intensifia, arrachant une grimace à Maxi. Il semblait que ses sens, paralysés par la terreur un peu plus tôt, revenaient peu à peu.
« J-j’ai mal. »
« Tant mieux. Cela signifie que vos nerfs vont bien », répondit Anette d’un ton brusque. Elle examina avec soin la profonde entaille à l’épaule de Maxi. « Aucun os n’est brisé non plus. »
Elle lança rapidement un sort de guérison sur les blessures. Lorsqu’elles eurent disparu, Maxi mit son épaule à l’épreuve. Comme Anette le lui avait dit, ses nerfs ne semblaient pas endommagés.
Maxi retira son gant et vérifia qu’elle maîtrisait toujours parfaitement son bras, puis regarda Anette et les chevaliers. « T-tout le monde va bien ? Il y a quelqu’un qui… »
Soudain, un rugissement assourdissant déchira l’air et le sol trembla violemment. Elle se releva en titubant et gravit les marches à toute allure. Une fois en haut du rempart, elle découvrit deux êtres colossaux, chacun aussi grand qu’un petit château, qui piétinaient brutalement les monstres. Le golem d’Anette s’était lui aussi activé.
Gabel, qui l’avait suivie, murmura : « Ils sont vraiment impressionnants. »
Les autres semblaient eux aussi stupéfaits par la taille gigantesque des golems. Anette était la seule à avoir l’air inquiète. Leur hauteur, bien supérieure à ce qu’elle avait prévu, la mettait visiblement mal à l’aise.
Elle craignait sans doute qu’une rune présente un défaut.
La même idée taraudait Maxi. Et si les golems échappaient à tout contrôle ? Elle observa avec anxiété les constructions gigantesques repousser l’armée de monstres qui avançait.
Lorsque les monstres battirent en retraite, les golems cessèrent leur déchaînement. La formule qui leur ordonnait d’agir uniquement en présence d’une menace semblait intacte. À peine Maxi eut-elle poussé un soupir de soulagement que des acclamations tonitruantes éclatèrent autour d’elle.
Surprise, Maxi regarda autour d’elle. Les soldats, épuisés par dix jours de combats incessants, semblaient désormais pleins d’espoir. Quelques-uns s’approchèrent et la hissèrent sur leurs épaules avant que Gabel et Garrow aient pu les en empêcher.
Emportés par leur joie, les soldats ne semblèrent pas entendre son cri de surprise. Tandis qu’ils la portaient toujours sur leurs épaules, ils défilèrent le long du rempart. Maxi détourna le regard, embarrassée, quand les soldats se mirent à scander son nom.
Mais la guerre n’était pas terminée. La retraite de l’ennemi ne serait que temporaire, et une nouvelle attaque était inévitable. Malgré tout, elle ne parvenait pas à gâcher la joie des soldats. Ces hommes avaient travaillé dur pendant des semaines ; ils méritaient de savourer leur victoire, ne serait-ce qu’un instant. Maxi ne put donc que leur adresser un geste maladroit tandis qu’ils célébraient leur succès.
Peu après, on apprit que les monstres qui attaquaient le rempart ouest s’étaient eux aussi retirés. Toutefois, les craintes de Maxi se révélèrent fondées lorsqu’il apparut que l’ennemi n’avait pas renoncé à Vesmore. D’après les rapports des éclaireurs, l’armée des morts-vivants campait près de la Forêt Noire, une vaste étendue boisée à l’ouest des monts Lexos, à seulement deux malteons — soit environ trois kilomètres.
« Je crois qu’ils cherchent à créer d’autres morts-vivants, dit Agnes dans un profond soupir. La princesse s’était rendue à l’atelier des mages avec le rapport. Il doit y avoir de nombreux monstres enterrés près des montagnes. Ils veulent certainement remplacer leurs pertes. »
« Pourquoi tiennent-ils tant à prendre Vesmore ? Si leur but est de détruire le Sanctuaire invoqué, mettre à sac n’importe laquelle des cinq villes devrait suffire », demanda Sidina en penchant la tête.
Elle était venue prêter main-forte à la création des golems.
« Je pense que c’est parce que Vesmore est la ville la plus proche du repaire du dragon, répondit Agnes en haussant les épaules. Ils veulent sans doute attaquer le groupe de la campagne militaire le plus vite possible, une fois la barrière abattue. »
Maxi hocha la tête. Les monstres savaient certainement qu’un groupe de la campagne militaire était en route pour vaincre le dragon et devaient donc se hâter de détruire la barrière. De plus, comme l’ennemi ne pouvait pas savoir si les autres villes possédaient elles aussi des golems, il avait probablement conclu qu’il valait mieux se concentrer sur Vesmore. Une ville qui avait épuisé une grande partie de ses forces au cours des dix derniers jours était une cible plus facile qu’une autre forteresse. Roman web gratuit.
« Combien de temps faudra-t-il pour terminer les golems supplémentaires ? » demanda Agnes.
« N-nous en aurons trois autres dans trois jours. »
Le visage d’Agnes s’éclaira. Après avoir été témoin de l’immense puissance des golems, elle devait penser que ce nombre suffirait à défendre la ville.
« Alors, je vous en prie, continuez ainsi. »
Dès que la princesse eut quitté l’atelier, les mages rassemblés autour de la table poussèrent un soupir collectif. Ils étudiaient les formules afin de comprendre pourquoi les golems avaient grandi davantage que prévu. Après avoir longuement examiné la rune, Anette avança une hypothèse.
« Je crois que le circuit de mana du golem a absorbé trop de mana de terre pendant sa création. Le manque de mana de feu dans les environs a probablement augmenté la proportion des autres éléments. »
Les frères Godric, qui dégustaient un porridge chaud dans un coin, levèrent les yeux de leurs bols. « Alors pourquoi ont-ils mis autant de temps à apparaître ? À un moment, on a vraiment cru qu’on avait échoué ! »
« Avec leur taille accrue, le circuit a probablement mis plus longtemps à se compléter, répondit Maxi en s’adossant à sa chaise. Le problème… c’est qu’on n’a aucune idée de combien de temps ils vont tenir. Si tout se passe comme prévu, ils dureront au moins un mois, mais maintenant… je n’en suis plus si sûre. Une semaine serait peut-être le mieux qu’on puisse espérer. »
Une atmosphère sombre envahit l’atelier. Se massant les tempes douloureuses, Maxi se pencha sur les plans. Une rune située à l’intérieur du golem lui permettait d’absorber du mana de lui-même, mais cela ne suffisait absolument pas à maintenir longtemps une construction magique d’environ cent kevettes. Le mana des pierres magiques s’épuiserait et, privée de sa source d’énergie, la créature retournerait aussitôt à la poussière.
« Ne vaudrait-il pas mieux refaire les formules ? » suggéra prudemment Sidina.
Maxi secoua la tête. « J’ai peur que nous n’ayons pas le temps. Notre meilleure option… c’est de continuer à créer les golems comme ça. »
« Mais il ne nous reste que dix pierres de qualité supérieure. »
« Cela devrait nous en fournir assez pour environ quinze jours. »
Tous se tournèrent vers Calto, qui venait d’entrer dans la pièce. Jusqu’alors, il était resté confiné dans sa chambre, affaibli par les effets du gigantesque bouclier qu’il avait lancé.
Il tira une chaise et s’assit. « Sept golems devraient suffire à défendre la ville. Vous devez terminer les trois autres et utiliser les pierres restantes pour en créer de nouveaux. Si chacun tient une semaine, nous devrions pouvoir gagner du temps jusqu’à ce que le groupe de la campagne militaire tue le dragon. »
Un pli profond se dessina au coin de la bouche de Calto. Il fixa pensivement la lueur des bougies, puis répondit avec circonspection : « Sans Sektor, les monstres n’auront aucune raison d’assiéger la ville. Il nous suffit de tenir jusqu’à ce que le groupe de la campagne militaire élimine le dragon. »
Maxi fronça légèrement les sourcils. Les dragoniens renonceraient-ils si facilement ? Ils pourraient aussi chercher à se venger et lancer une attaque encore plus féroce.
Mais nous n’avons pas d’autre choix.
Maxi contempla l’établi, ragaillardie par une nouvelle détermination. Ils devaient se concentrer sur la défense de la barrière, du moins jusqu’à ce que le groupe de la campagne militaire mène sa mission à bien. Ils n’avaient pas de temps à perdre à s’inquiéter de la suite.
Maxi rassembla les plans éparpillés et les distribua à Sidina, Anette et aux jumeaux Godric. « Nous devrions nous mettre au travail si nous voulons terminer les golems avant le retour des monstres. »
Les mages de la garde de jour les rejoignirent le soir, ce qui leur permit d’achever trois golems en seulement deux jours. Cette fois, on décida qu’Anette, Alec et Dean iraient installer les figurines des golems à l’extérieur de la ville. Maxi était épuisée d’avoir supervisé tout le projet et n’avait pas eu l’occasion de se reposer. Elle demanda aux frères et sœurs Umri de terminer le travail pendant qu’elle allait enfin dormir un peu.
Le lendemain, une corne la réveilla. Enfilant son manteau à la hâte, Maxi se précipita sur le rempart.
La colline n’était plus qu’une mer de milliers de morts-vivants. Leurs pieds squelettiques martelaient le sol tandis qu’ils chargeaient vers la ville. Comme prévu, les golems s’activèrent. Une nouvelle bataille venait de commencer.
« Tout le monde à son poste ! » tonna Agnes depuis la tour de guet.